lundi 22 août 2011

1986 versus 2011 et la sortie de crise

1986 versus 2011 et la sortie de crise
Michel William
22/08/2011

La situation socio économique qui prévaut après le départ de Mr Préval de la présidence en 2011 s’apparente á celle qui existait après celui de Jean Claude Duvalier en 1986. Dans les années 1980 , il y a eu un soulèvement général de la population contre la violation de ses droits fondamentaux, droits politiques, droit au travail, droit á la santé, droit á l’éducation, droit á la justice, droit á la sécurité alimentaire, droit á la parole, qui avaient poussé les haïtiens á se révolter contre un régime politique vieux de trente ans, qui ne pouvait satisfaire aucune de ses revendications . Dans l’imaginaire collectif, le régime lavalassien remonterait á 1986 et nom á 1990 qui marque non seulement la fin d’un régime dictatorial, mais aussi le démarrage d’un régime d’espoir en quête d’ancrage avec l’ élection de Jean Bertrand Aristide á la présidence de la république. Du point de vue socio économique , la situation des droits de l’homme, á l’exception du droit de la parole qui reste un butin de guerre du peuple haïtien, au lieu de s’améliorer, s’est empirée de 1986 á 2010. Les services essentiels qui relevaient des attributions de l’état et qui donnaient tant bien que mal un minimum de services á la population sont réduits á leur plus simple expression .Ils ont été littéralement remplacés par ceux fournis par les ONG qui reçoivent un budget neuf fois supérieur á ceux alloués á l’administration publique .Les ONG ont déçu la population qui se plaint de la volatilité des services offerts .La population vit amèrement le mauvais fonctionnement des services de l’état dont la présence des édifices publics délaissés évoque leur vocation á subsister aux épreuves de la politique .

Vingt six ans de services aux rabais des ONG soutenus par le gouvernement des lavalassiens ont dessillé les yeux de la population qui s’est désolidarisée de la majorité des élus ayant cautionné le fonctionnement de ces régimes. Après vingt six années de pouvoir axés sur des promesses non tenues , une situation généralisée d’insatisfaction chez les jeunes et vieux a crée un besoin de changement radical sinon un renouvellement systématique du personnel politique. La présence de la MINUSTHA a bloqué nos leaders politiques traditionnels dans la canalisation de ce vent de changement. Leur participation aux différents gouvernements de Mr Aristide et de Mr Préval les en a enlevé aussi l’audace. Comme tous les projets du président Préval sont intégrés, il aboutissaient á l’accélération de la perte de crédibilité de nos leaders dans des élections truquées á l’avance qui les réservaient des scores ridicules.

Les deux situations 1986 et 2011 se différent du point de vue politique. Alors que du point de vue de liberté de la parole, le régime des Duvalier opprimait visiblement la population ,la presse et les leaders de l’opposition, celui des lavalassiens laissait au peuple ce droit acquis mais en réduisait considérablement la portée. Il se bouchait les oreilles aux revendications du peuple, éliminait physiquement par le biais des gangs organisés les leaders politiques, ou en achetait leur silence par la corruption au sommet.

La MINUSTHA, envoyée par le conseil de sécurité pour stabiliser la vie politique dans un pays où le motif de la déstabilisation est le chômage et son corollaire la misère, a produit le résultat inverse. Elle a renforcé le climat propice á la déstabilisation des institutions du pays en souscrivant de par sa nature á la collaboration avec les gouvernements et avec les ONG pour justifier sa présence. Chaque fois que le mécontentement populaire donne des signes d’essoufflement et se prépare á renverser la situation, les Nations Unies ont toujours pris les devant et appuyé le président Préval dans son projet caché de continuité en souscrivant á toutes les élections magouilles qui ont culminé avec le maintien du même personnel politique á l’origine de la frustration populaire, 2001, 2006, 2009 et 2011. Le régime des lavalassiens a dominé la vie politique du pays pendant vingt six ans. C’est un régime également épuisé par le temps qui n’a rien á offrir á la nation que la décomposition des institutions et la corruption. Les Nations Unies et la famille du GPR ne l’entendaient de cette oreille. Le changement devra se faire par les élections .Quelles élections !

La MINUSTHA, supra entité politique et militaire , prise aux pièges du projet opaque du président Préval de maintenir une continuité rejetée par le peuple, a fait basculer le pays dans l’instabilité en étant á l’origine de l’émergence en 2011 de deux forces politiques inégales : Une présidence faible, jouissant de la légitimité du vote, l’autre législative du bloc des GPR, jouissant d’une majorité de facto dépourvue de légitimité .

Au début de mai 2011, le GPR fort de sa majorité parlementaire de facto, a cousu un amendement constitutionnel qui, s’il est passé, consacrera la mort née du pouvoir de la présidence de Martelly et le sauvetage du projet de continuité boycottée par l’intrusion de ce dernier . La lutte entre la présidence et le GPR est une lutte dont les objectifs sont très précis et différents. Du coté de la présidence on cherche l’équilibre du pouvoir astucieusement manipulé dans la constitution, du coté du GPR, on cherche la constitution d’un pouvoir d’assemblée qui trouve sa consolidation dans l’acceptation de l’amendement verrouillé de la constitution. Le GPR cherche un pouvoir constitutionnel á vie. Le blocage de la désignation du premier ministre est lié á la ratification d’un gouvernement qui ne fera pas obstacle á la promulgation de la version amendée de la constitution et au contrôle des élections á venir. La presse intimidée inutilement par l’animation bravo de l’artiste devenu président, au lieu de projeter dans l’opinion publique naïve le jeu habile du GPR, semble voir noir et faire le jeu de ce dernier qui brouille les cartes en prêtant au président l’intention de porteur d’un projet fasciste qui serait en réalité une tentation de l’INITE.

Comment sortir de la présente crise ?

-Il est suggéré au président l’organisation d’une matinée présidentielle sympathique de la presse qui réunirait la majorité des journalistes haïtiens dans le but de désamorcer la grenade á retardement que constituaient certaines déclarations antérieures confuses. Elle aura créé un nouveau climat de confiance qui rassure nos travailleurs du micro et de la plume. Je ne le cache pas. J’ai peur de certains éditoriaux.
-Les Nations Unies étant á l’origine de la confusion électorale et de la constitution de ces deux forces politiques inégales, doivent être aussi l’entité politique devant accompagner les dites forces dans la recherche de la solution á la crise. Pour éviter d’être accusées de pro ou contre l’une des deux parties, les Nations Unies inviteront á la table des négociations la société civile qui défendra la pertinence des intérêts immédiats de la nation noyés momentanément dans les dilatoires.
Au menu de ces négociations seraient inscrits du coté de la présidence les point suivants :
1-L’obligation pour tous les points inscrits dans l’agenda de négociation de respecter la volonté populaire exprimée dans le vote présidentiel.
2-La refonte de la version amendée de la constitution avec la participation large de la population avec droit de dissolution du parlement á cote du maintien de droit du parlement de ratification et de révocation du gouvernement
3-La création immédiate d’une nouvelle force armée á coté de la police nationale
4-La fusion du ministère de l’Environnement avec la création de la nouvelle force armée
5-La participation du GPR dans le gouvernement au niveau des ministères qui doivent apporter les services techniques á la population avec des titulaires qui n’ont pas déjà servi au timon de ces ministères
6-La création du conseil constitutionnel
7-La création d’une banque autonome de développement au capital de base de 1milliard de gourdes dont 1/10 viendra du gouvernement haïtien pour organiser le crédit á la production.
8-Le vote immédiat de la loi sur la décentralisation et des collectivités
9-La nomination de juges sur la base d’élection, la mise en place du conseil interdépartemental et celle du conseil électoral indépendant permanent.
10-Le renforcement des institutions publiques et un nouveau rôle dévolu aux ONG.
12-L’organisation des élections pour le renouvellement du tiers du sénat
13-L’élection des maires et des casecs pour renouveler le personnel politique du pouvoir local
michelwilliam1000@hotmail.com

lundi 15 août 2011

Quid de la formation d’un gouvernement intérimaire par décret


Michel William
michelwilliam1000@hotmail.com

Depuis le 14 mai 2011, le président Martelly se démêle avec un gouvernement démissionnaire qui ne peut engager par devant la nation et l’international aucun accord, aucun traité aucune nouvelle activité qui réclame une loi ou un financement du budget de la république sans l’approbation du parlement haïtien. Ce gouvernement qui expédie les affaires courantes est celui qui fonctionne avec l’administration et les forces politiques alliées de Mr Préval . Le sénat majoritaire du groupe des 16 n’a pas accepté la conformité technique des pièces de Maitre Bernard Gousse parce que le faisant, il dit craindre que, si la chambre basse en venait á faire de même, le président utilisant ses pouvoirs réglementaires , pourrait prendre un décret qui autorise le PM á se présenter devant le parlement pour faire sa déclaration de politique générale .Il craint qu’en cas de rejet de cette déclaration de politique générale, le dit gouvernement ne reste trop longtemps en place pour liquider les affaires courantes et ne constitue un pouvoir sur lequel le parlement n’aurait aucun contrôle. C’est une possibilité.

En clair le parlement joue en faveur du maintien tacite du gouvernement démissionnaire de Mr Bellerive jusqu'à la ratification d’un nouveau gouvernement, á parfum et á visibilité de continuité, impossible á prévoir. La formation de ce gouvernement avec le partage des prérogatives de l’exécutif qui y est conditionnel peut signer la condamnation á mort du pouvoir de Martelly. A l’opposé, Mr Martelly , peut également soutenir qu’il ne peut pas accepter á l’infini le maintien d’un gouvernement d’opposition illégal aussi longtemps que le parlement joue politique et manipule une administration dont il est coresponsable des insuffisances. De préférence, Mr Martelly a besoin d’avoir les coudées franches d’un gouvernement même intérimaire pour avancer dans son programme de changement.

Les exemples suivants illustrent , s’il en était besoin , la complexité politique de la situation et l’opportunisme des anciens grands commis au regard des institutions qu’ ils étaient appelés á créer mais qu’ils n’ont pas faites pour gouverner dans la continuité sans s’exposer á des velléités de poursuites des nouveaux occupants.
-La majorité des conseillers électoraux provisoires ont été révoqués, ou amenés á rechercher la protection des ambassades pour éviter d’être arrêtés ou se faire tués pour compromissions faites avec ou contre le pouvoir présidentiel des vingt dernières années. Le dernier président du conseil électoral qui se dit passible seulement de la haute cour de justice n’avait pas hésité á traduire un des leurs devant le parquet de Port-au-Prince pour détournement alors qu’aujourd’hui il est accusé de corruption . Existerait-il une application constitutionnelle de deux poids deux mesures pour chacun des conseillers?

-Une réponse á maitre René Julien , á l’émission de moment vérité de samedi 13 Aout de Signal FM, du sénateur Anacasis á qui était demandé d’expliquer la dimension extraordinaire du problème prioritaire, qui aurait justifié la nomination de 21 consultants tirés exclusivement de la quarante huitième , au même moment par le ministre de l’intérieur ,a craché la vérité politique toute nue « l’urgence d’élections pour des consultants candidats á leur propre succession » Que cache cette déclaration ?

-Un commissaire du gouvernement convoque un ministre de l’intérieur qui se fait accompagner du ministre de la justice A.I, l’employeur du commissaire, premier ministre par surcroit et du président de la chambre des députés pour répondre des accusations de corruption citées plus haut. Inédit ! Comme pour prolonger le spectacle déshonorant des institutions ,le sénat a trouvé bien de convoquer cette fois le ministre A.I de la justice (premier ministre) en compagnie du même commissaire ai du parquet , pour donner la réplique politique á ce dernier.

Voilà les responsables et membres des institutions du pouvoir de la continuité avec lesquels Mr Martelly doit trouver une « compromission » L’Article 136 de la constitution dit : Le Président de la République, Chef de l'Etat, veille au respect et à l'exécution de la Constitution et à la stabilité des Institutions. Il assure le fonctionnement régulier des Pouvoirs Publics ainsi que la continuité de l'Etat.
Comme la constitution de 1987, même violée par tous les présidents haïtiens de 1987 á 2011 , reste aussi le seul acte légal qui donne au président des pouvoirs réglementaires pour corriger certaines défaillances , il serait peut être logique de penser que le président peut prendre des décrets pour débloquer uniquement des situations d’urgence . Le Président Préval n’avait il pas obtenu une loi de prolongation de mandat inconstitutionnel après avoir prolongé antérieurement celui des sénateurs et des députés de façon á bénéficier de trois mois supplémentaires pour gérer ses élections et faire passer á la volée son amendement vicié de la constitution ?. Martelly n’a pas besoin de répéter les prevaleries pour trouver une issue á la crise du blocage politique .Il suffit qu’au niveau de la présidence et du parlement on recherche le dépassement de soi, les activateurs humains de choix, le regard tourné vers l’avenir et non vers le passé, pour y trouver une sortie heureuse.
Pour le moment les passions sont trop exacerbées pour trouver un premier ministre qui puisse faire le compromis en évitant la compromission. Le président Préval a laissé un héritage politique lourd d’hypothèques. L’évocation á longueur de journée d’un programme commun de gouvernement est un alibi dont aucun des responsables politiques ne croit l’opportunité de l’exécution avec le financement incertain de l’international. On devrait penser á un décret pour nommer un gouvernement intérimaire, pour trois mois, le temps nécessaire pour que la présidence et le parlement trouvent un modus operandi avec le concours de toutes les autres forces politiques, économiques et diplomatiques pour résoudre la crise. Cette initiative appartiendrait au président de la république qui doit en consultation avec les deux présidents d’assemblée et ceux des commissions des deux chambres, établir la portée de ce décret. Il faut un accord politique minimum .Ce décret présidentiel pourrait être la base légale de cet accord politique. C’est á mon humble avis , le sens á donner á l’option ouverte de gouverner par décret qu’a laissée tomber le président Martelly. Je serais plus porté á croire et á faire croire que cette déclaration était un lapsus regrettable qu’il faille que son porte parole tente de fignoler. Cette déclaration ne devrait pas justifier la levée des boucliers des parlementaires qui savent très bien que cette option n’est pas ouverte et ne sera jamais ouverte avec la présence des forces de stabilisation de la MINUSTHA qui gèrent l’apparence de stabilité politique et aussi le fric.
michelwilliam1000@hotmail.com

vendredi 12 août 2011

Clarens, tel qu’en lui-même…


Claude Moïse
Montréal, 9 août 2011

Clarens est parti. La nouvelle de son décès m’a surpris et consterné. Une collaboration professionnelle active de cinq ans, faite de respect mutuel et d’échanges affectueux marque une vie, la mienne, si longue soit-elle. Mais un segment de vie d’une grande densité, de 2004 à 2009, celui de l’aventure exaltante du Nouveau Matin où j’ai eu le privilège de m’engager à côté de gens de qualité. Clarens en était et pas des moindres.

Il est arrivé tranquillement au nouveau Matin, succédant à Gary Victor et transportant avec lui ses souvenirs, son savoir-faire, ses méthodes, sa pédagogie de rédacteur en chef acquis au Matin, l’ancien de la rue Américaine à Port-au-Prince. Sabine Manigat l’appelait le Père tranquille. Il était pourtant loin d’atteindre l’âge qui va généralement avec un tel profil. Au contact de l’homme, c’était cependant l’impression qu’il laissait tant il avait la posture, la démarche, le regard doux, parfois amusé, de celui qui a tant vu, tant entendu et compris tant de choses.

Il avait une écriture limpide, une plume alerte, fluide et incisive à la fois. Mais quand on lui demandait de commenter l’actualité, il souriait ; pas la peine d’insister. Quand il se résignait à produire un texte, il refusait de le signer. Souvent, trop souvent, il réécrivait celui des autres. Il avait plutôt la fibre de l’éditeur, pas l’âme de l’éditorialiste. Il ne pouvait pourtant pas se passer des chroniques, éditos et analyses de nos collaborateurs. Il fallait le sentir – on ne pouvait pas le voir – trépigner d’inquiétude à attendre la copie de Sabine, de Jacques Roche, de Kesner Pharel, de Lyonel Trouillot, de Patrice Dumont ou de Roody Edmé. À moi, il chuchotait : « Alors Claude, qu’est-ce que tu donnes aujourd’hui ? »

Son bureau était une école. Sans en avoir l’air, il a formé plusieurs jeunes. Il fallait les voir agglutinés autour de celui que tout le monde appelait affectueusement Le rédacteur. Ils attendaient ses instructions, ses ordres de mission, posaient des questions, prenaient des notes. Il leur apprenait, comme disaient nos grand-mères, à faufiler d’abord, coudre ensuite. Il les envoyait sur le terrain, suivait parfois leur itinéraire au téléphone et attendait leur retour pour un produit qui tarde à venir et dont il savait qu’il aurait fort à faire pour en venir à bout. Et là, il besognait, raturant, reformulant, polissant. Se déplaçant de temps en temps vers le bureau de Danice Joachim, le graphiste en chef, pour prendre de l’avance. Boucler l’édition demande du temps, et le temps lui faisait la guerre. Pour lui, il n’était pas question que le journal ne paraisse pas. Le circuit de la production à la diffusion était long et compliqué. Alors, beau temps, mauvais temps, insécurité ou non, il ne bougeait pas, travaillant tard dans la nuit, jusqu’à deux, trois heures du matin. Nicole Siméon, secrétaire de rédaction, le gourmandait ; je lui faisais remarquer qu’il ne pouvait pas continuer longtemps à combler toutes les défaillances. En tête-à-tête, il me détaillait toutes les difficultés; on se lamentait et lui de m’interpeller : « Sais-tu, Claude, qu’il y a des trous qu’on ne comble pas ? Alors on fait mieux de passer à côté. »

Je n’oublie pas que l’on avait relancé le quotidien à une période de grande ébullition nationale, où l’insécurité avait atteint une effroyable poussée de barbarie. Nous avons vécu au cours des années 2004 et 2005 les pires moments de criminalité : progression foudroyante du kidnapping, assassinats fréquents, histoires d’horreur répandues ici là. La panique gagnait Port-au- Prince. Clarens ne dérogeait pas. Quand en juillet 2005 Le Matin a été frappé de plein fouet par l’enlèvement et la séquestration de Jacques Roche, c’était à lui, Clarens, qu’on recourait pour mener les négociations avec les ravisseurs. Calme, rassurant au téléphone, il se voulait persuasif auprès de son interlocuteur anonyme. Et nous autour de lui, confiants, nous attendions le mot qui nous délivrerait de cette insupportable angoisse. Mais il ne disait pas plus que ce qu’il croyait pouvoir nous calmer. Jusqu’à ce jour fatidique du 14 juillet où s’est répandue la nouvelle de la découverte du cadavre de Jacques horriblement mutilé. Alors à l’immense cri de douleur et de rage s’élevant des locaux du journal, Clarens répondait par un silence stupéfait. Je l’ai vu prendre sa tête dans ses mains et se courber sur son bureau. Il souffrait. C’était son échec, notre échec. Il m’avouera plus tard nous avoir tu ce qui lui déchirait les entrailles : les suppliques et les cris d’épouvante de Jacques soumis à la torture. Nous avions plusieurs fois évoqué cette période. Je le trouvais triste, mais il l’était avec dignité. J’avais finalement appris à ne pas le « secouer », car, pour paraphraser l’écrivain et journaliste Henri Calet, je soupçonnais que son corps était rempli de larmes.

Il y avait beaucoup à apprendre du labeur opiniâtre de ce forgeron du Matin. Beaucoup à comprendre de cet homme des grands-fonds dont la pensée « prend racine dans le sol nu de la vie ». Ce collaborateur-là, je l’admirais ; cet homme-là, je l’aimais parmi tous ceux qui, dans notre pays naufragé, dans notre société à haute intensité d’aliénation, savent ce qu’il faut de courage pour garder espoir et d’espoir pour prendre courage. De la foi aussi, celle de Clarens qui n’était pas une certitude, mais un rêve qui permet de vivre d’espérance.


lundi 1 août 2011

La crise idéologique du capitalisme occidental

La crise idéologique du capitalisme occidental
www.lecercle.lesechos.fr
Par Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'Economie
Wednesday, July 27, 2011 2:03 PM

Les problèmes de l'économie américaine auraient dû apprendre aux Américains (et à d'autres) qu'il faut plus d'égalité, plus de régulation et un meilleur équilibre entre le marché et l'Etat. Au lieu de cela, les économistes néolibéraux menacent à nouveau l'économie mondiale, et au minimum l'Europe et les Etats-Unis.

NEW-YORK – Il y a seulement quelques années, une idéologie à la mode - la croyance dans l'efficacité de l'économie de marché libre de toute entrave - a mené la planète au bord de la ruine. Même à son apogée, entre le début des années 1980 et 2007, le capitalisme américain orienté vers la dérégulation n'a permis qu'à une poignée de gens, les plus fortunés du pays le plus riche de la planète, de s'enrichir encore davantage. En réalité, durant les 30 ans de montée en puissance de cette idéologie, année après année, le revenu de la grande majorité des Américains a stagné ou baissé.
La croissance de l'économie américaine n'avait pas de caractère durable. Elle ne pouvait se prolonger qu'au moyen d'une consommation financée par une montagne de dettes toujours croissante, une grande partie du revenu national bénéficiant uniquement à une petite minorité.

Je faisais partie de ceux qui espéraient que la crise financière apprendrait aux Américains et à d'autres une leçon sur la nécessité de plus d'égalité, plus de régulation et un meilleur équilibre entre le marché et l'Etat. Malheureusement cela n'a pas été le cas. Bien au contraire, une résurgence des idées économiques de droite, suscitée comme toujours par des considérations idéologiques et la défense d'intérêts particuliers, menace à nouveau l'économie mondiale - ou à tout le moins l'économie de l'Europe et de l'Amérique où ces idées continuent à prospérer.

Aux USA, cette résurgence droitière qui nie les lois fondamentales des mathématiques et de l'économie menace d'entraîner le pays à la faillite. Si le Congrès décide de dépenses qui dépassent les revenus, le budget connaîtra un déficit, un déficit qu'il faudra financer. Plutôt que de comparer les programmes de dépenses publiques avec le coût d'une hausse d'impôt pour les financer, la droite veut agir sans discernement. Refuser toute hausse de la dette publique contraint à financer les dépenses exclusivement par la fiscalité.

Cela ne répond pas à la question de savoir quelles dépenses doivent être prioritaires. Si le payement des intérêts de la dette publique ne l'est pas, un défaut est inévitable. Par ailleurs une baisse des dépenses en ce moment, en pleine crise due à une idéologie qui soutient aveuglement l'économie de marché, va prolonger le ralentissement.

Il y a 10 ans, au milieu d'un boom économique, les USA avaient un tel excédent qu'il pouvait pratiquement combler la dette publique. Des réductions d'impôt et des guerres inappropriées, une récession majeure et la hausse des dépenses de santé publique (alimentées en partie par l'administration Bush qui voulait donner toute liberté à l'industrie pharmaceutique pour fixer les prix, alors que l'argent public était en jeu) a rapidement transformé un large excédent en un déficit record en temps de paix.
Cette situation indique comment remédier au déficit américain : il faut remettre le pays au travail en stimulant l'économie, mettre fin à des guerres stupides, limiter les dépenses militaires, brider le prix des médicaments et enfin augmenter les impôts, au moins pour les plus riches. Mais la droite ne veut rien de tout çà et réclame au contraire davantage de baisses d'impôt pour les entreprises et les contribuables les plus riches, ainsi qu'une baisse des dépenses d'investissement et de protection sociale, ce qui mettrait en danger l'avenir de l'économie américaine et réduirait à rien ce qui reste du contrat social. En même temps le secteur financier américain exerce un maximum de pression pour échapper à toute réglementation, de manière à revenir à la situation antérieure alors même qu'elle conduit au désastre.
La situation est à peine meilleure en Europe. Alors que la Grèce et d'autres pays de l'UE sont confrontés à une crise de la dette, la solution en vogue consiste simplement à les pousser à adopter des mesures d'austérité et de privatisation auxquelles on a tant eu recours dans le passé, avec pour seul effet de rendre les pays concernés plus pauvres et plus vulnérables. Cette politique a échoué en Asie de l'Est, en Amérique latine et ailleurs et elle échouera aussi en Europe - d'ailleurs elle a déjà échoué en Irlande, en Lettonie et en Grèce.

Il existe une alternative : une stratégie de croissance soutenue par l'UE et le FMI. La croissance donnerait l'espoir que la Grèce remboursera sa dette, de ce fait les taux d'intérêt baisseront et l’Etat aura plus de latitude pour faire des investissements stimulant la croissance. La croissance en elle-même accroît les revenus fiscaux et réduit les dépenses sociales telles que les indemnités de chômage. Et la confiance retrouvée dope encore davantage la croissance.
Malheureusement les marchés financiers et les économistes de droite prennent le problème à l'envers : ils croient que l'austérité va générer la confiance et que la confiance va générer la croissance. En réalité l'austérité mine la croissance, ce qui affaiblit la position budgétaire de l’Etat ou à tout le moins se traduit par une amélioration bien moindre que celle promise par les partisans de l'austérité. Quoi qu'il en soit, la confiance est ébranlée, ce qui met en mouvement une spirale descendante.

Avons-nous besoin d'une autre expérience qui sera chère payée si nous appliquons des idées qui ont déjà échoué à de multiples reprises ? Si l'Europe ou les USA ne parviennent pas à restaurer une croissance saine, cela aura des conséquences négatives pour toute l'économie mondiale. Si les deux échouent ce sera désastreux - même si les principaux pays émergents atteignent une croissance durable. Malheureusement si la sagesse ne l'emporte pas, c'est la direction vers laquelle se dirige le monde.-

Copyright: Project Syndicate, 2011.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz


Joseph_E_Stiglitz
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The Ideological Crisis of Western Capitalism
The US economy's troubles should have taught Americans (and others) that they need greater equality,stronger regulation, and a better balance between the market and government. Instead, resurgent right-wing economics once again threatens the global economy – or at least Europe and America.

NEW YORK – Just a few years ago, a powerful ideology – the belief in free and unfettered markets – brought the world to the brink of ruin. Even in its hey-day, from the early 1980’s until 2007, American-style deregulated capitalism brought greater material well-being only to the very richest in the richest country of the world. Indeed, over the course of this ideology’s 30-year ascendance, most Americans saw their incomes decline or stagnate year after year.

Moreover, output growth in the United States was not economically sustainable. With so much of US national income going to so few, growth could continue only through consumption financed by a mounting pile of debt.

I was among those who hoped that, somehow, the financial crisis would teach Americans (and others) a lesson about the need for greater equality, stronger regulation, and a better balance between the market and government. Alas, that has not been the case. On the contrary, a resurgence of right-wing economics, driven, as always, by ideology and special interests, once again threatens the global economy – or at least the economies of Europe and America, where these ideas continue to flourish.

In the US, this right-wing resurgence, whose adherents evidently seek to repeal the basic laws of math and economics, is threatening to force a default on the national debt. If Congress mandates expenditures that exceed revenues, there will be a deficit, and that deficit has to be financed. Rather than carefully balancing the benefits of each government expenditure program with the costs of raising taxes to finance those benefits, the right seeks to use a sledgehammer – not allowing the national debt to increase forces expenditures to be limited to taxes.

This leaves open the question of which expenditures get priority – and if expenditures to pay interest on the national debt do not, a default is inevitable. Moreover, to cut back expenditures now, in the midst of an ongoing crisis brought on by free-market ideology, would inevitably simply prolong the downturn.

A decade ago, in the midst of an economic boom, the US faced a surplus so large that it threatened to eliminate the national debt. Unaffordable tax cuts and wars, a major recession, and soaring health-care costs – fueled in part by the commitment of George W. Bush’s administration to giving drug companies free rein in setting prices, even with government money at stake – quickly transformed a huge surplus into record peacetime deficits.

The remedies to the US deficit follow immediately from this diagnosis: put America back to work by stimulating the economy; end the mindless wars; rein in military and drug costs; and raise taxes, at least on the very rich. But the right will have none of this, and instead is pushing for even more tax cuts for corporations and the wealthy, together with expenditure cuts in investments and social protection that put the future of the US economy in peril and that shred what remains of the social contract. Meanwhile, the US financial sector has been lobbying hard to free itself of regulations, so that it can return to its previous, disastrously carefree, ways.

But matters are little better in Europe. As Greece and others face crises, the medicine du jour is simply timeworn austerity packages and privatization, which will merely leave the countries that embrace them poorer and more vulnerable. This medicine failed in East Asia, Latin America, and elsewhere, and it will fail in Europe this time around, too. Indeed, it has already failed in Ireland, Latvia, and Greece.

There is an alternative: an economic-growth strategy supported by the European Union and the International Monetary Fund. Growth would restore confidence that Greece could repay its debts, causing interest rates to fall and leaving more fiscal room for further growth-enhancing investments. Growth itself increases tax revenues and reduces the need for social expenditures, such as unemployment benefits. And the confidence that this engenders leads to still further growth.

Regrettably, the financial markets and right-wing economists have gotten the problem exactly backwards: they believe that austerity produces confidence, and that confidence will produce growth. But austerity undermines growth, worsening the government’s fiscal position, or at least yielding less improvement than austerity’s advocates promise. On both counts, confidence is undermined, and a downward spiral is set in motion.

Do we really need another costly experiment with ideas that have failed repeatedly? We shouldn’t, but increasingly it appears that we will have to endure another one nonetheless. A failure of either Europe or the US to return to robust growth would be bad for the global economy. A failure in both would be disastrous – even if the major emerging-market countries have attained self-sustaining growth. Unfortunately, unless wiser heads prevail, that is the way the world is heading.

Joseph_E_Stiglitz

samedi 9 juillet 2011

COMMENT SAUVER HAITI !

Emmanuelle Gilles
9 juillet 2011

L’Espagne n’est pas un partenaire « important » pour Haïti comme les Etats Unis, la France et le Canada. Haïti n’a pas de relations chaudes avec l’Espagne pourtant le Président Martelly s’y est rendu laissant derrière lui une crise dont il ne connait ni la durée ni la fin. M. Martelly, aurait-il été invité par le Roi d’Espagne? Si c’est dans le cadre d’un développement touristique dont l’Espagne est un des champions, il aurait pu attendre qu’il ait un gouvernement bien installé. Néanmoins nous pensons qu'une fois le Premier Ministre et gouvernement installé, Haïti gagnerait à négocier avec la Chine de Pékin qui souhaite développer des relations diplomatiques avec Haïti car contrairement à USAID et l’Agence de Coopération Française ou l’Agence Canadienne de développement, la Chine pourrait mieux nous apprendre comment nourrir 10 millions d’habitants et partager leurs stratégies de génération d'emplois. Je pense qu’Haïti devra coute que coute diversifier ses partenaires et explorer une nouvelle coopération avec les asiatiques car Il est évident que la coopération avec les occidentaux a échoué comme l'atteste d'ailleurs l'aspect général d'Haïti.

La réticence d’Obama à recevoir le nouveau chef d’état de la Caraïbe témoigne d'un manque de confiance a l'egard du President Haitien. On note qu'Obama n’a pas fait l’honneur d’une visite à notre pays non plus après le séisme. Son souhait durant sa campagne d’une nouvelle coopération éliminant la dépendance en assistance internationale vers le développement économique n’était que du vent. Les Etrangers doivent cesser d’imposer à Haïti leur politique soi-disant, en fonction de leurs intérêts. Le pays doit nourrir 10 millions d’Habitants et reconstruire une capitale détruite ce qui ne veut pas dire qu'Haïti doive cesser de chercher et de défendre ses propres intérêts. La coopération américaine, française ou canadienne à travers leurs agences de développement n’a rien réalisé de visible dans notre pays pourtant ils ont beaucoup investi en Costa Rica contribuant ainsi à l'expansion économique de ce pays par le développement du tourisme et bien d'autres choses. Ce dont nous avons besoin de l’occident c’est son expertise, sa technologie et ses connaissances pluridisciplinaires pour nous aider à développer notre pays. Hélas! Force est de constater qu’après des décennies de coopération avec l’occident, Haïti est le pays le plus sous développé de la Caraïbe. Alors nous nous demandons à quoi bon cette coopération ! Si nous avons parlé de Costa Rica c'est surtout pour souligner que ce pays a eu des leaders à la hauteur des objectifs visés contrairement à Haïti ou une classe soi-disant intellectuelle éclairée a jugé de hisser au pouvoir un chanteur de compas. Il existe un problème majeur avec une classe d’hommes et de femmes qui font de la chose politique un jeu de casino. C’est ainsi qu’Haïti avec cette classe pourrait avoir un long chemin à parcourir avant qu'elle sorte de cette situation que nous déplorons tous.

Le Président n’est toujours pas en mesure après tantôt deux mois de faire ratifier un Premier Ministre afin de mettre un gouvernement sur pied. On s’en rend compte unanimement que M. Martelly ne connait pas son rôle de Chef d’Etat à en juger par sa visite récente à New York et son comportement. Ce régime parlementaire qui devrait fonctionner qu’avec des partis politiques bien structurés à la place de ces énergumènes crée comme des « Frankenstein » programmés pour emmerder la nation plutôt que la servir est une honte. Les étrangers le savent et le comprennent mais cette situation fait leur affaire car plus le gouvernement est faible, plus ils le contrôlent. La perte de notre souveraineté vient avec la démocratie qui nous dirige vers la médiocratie sachant qu’une majorité peu éduquée ne peut faire un choix honorable. C’est même paradoxal de vouloir et la démocratie et la bonne gouvernance quand on sait que la democratie nous donne n'importe quoi.

Un premier Ministre normalement ne peut être rejeté avant même de soumettre son programme de gouvernement, il ne peut être évalué qu'après 6 mois de travail, si bien entendu il n’y a des goulots d’étranglement qui ne paralysent pas son action. De ce fait, rien ne justifie le refus de M. Gousse par les parlementaires.

Si le Président Martelly veut vraiment gouverner ce pays, qu’il se détache de Sweet Micky et qu’il commence à agir en Chef d’Etat. Comme il avait pensé mettre en branle de bonnes stratégies de campagne, il doit se doter maintenant de bons spécialistes en protocole et de Conseillers étoffés qui puissent le transformer en Chef d’Etat. Tout s’apprend. Il aurait aussi à exercer son autorité pour dissoudre ce parlement si toutefois la nomination de Gousse est rejetée. Il serait obligé d’organiser de nouvelles élections législatives pour donner au pays une chance et une figure. Les problemes strategiques necessitent des solutions strategiques. On ne peut diriger un pays avec un Président aléatoire et avec des parlementaires abrutis. Le petit groupe qui a porté Michel Martelly à se présenter comme candidat exploitant sa popularité de musicien est aussi coupable que Préval qui entend gouverner le pays à travers des parlementaires mafieux. Dissoudre le Parlement est le seul moyen de neutraliser le pouvoir de Préval et ses intentions d'influencer la politique haitienne au niveau du parlement. Autrement, le pays n’avancera pas d’un iota et on aura 5 ans de jeux politiques habituels et un petit groupe qui s’enrichit au détriment du pays et de son peuple.

Pour l’instant, le pays est dans une impasse qui ne lui permettrait pas d’avancer, cette impasse s’éternisera aussi longtemps que ce style de démocratie à l’occidental nous est imposé et financé par l’extérieur. Haïti doit recouvrer sa souveraineté qu’elle a perdue depuis que sa politique et ses stratégies sont dictées par des voisins et que son budget est financé par eux. Les étrangers s’interfèrent avec arrogance dans nos affaires profitant du vide créé par notre recul devant nos propres responsabilités. Toussaint Louverture qui avait le reve et la vision est furieux en constatant notre lâcheté. La défaillance de nos Institutions ainsi que notre proximité des Etats Unis encouragent l’arrivée chez nous des gangs et des armes à feu à la portée d’une population affamée, ce qui déstabilise le pays davantage sous des gouvernements indifférents et insouciants. Cependant, le succès du capitalisme demeure un mystère pour nous et n’est pas à notre portée aussi facile que la proliferation des gangs. Leurs modèles de développement et d’investissement ne seront jamais préconisés par ces partenaires occidentaux.

Pour sauver Haïti, il nous faut :

· Refaire la constitution qui serait soumise à un réferendum dans laquelle des conditions sérieuses et plus adaptées à notre réalité seraient fixées pour accéder à la présidence et au parlement ;

· Eliminer l’aide au développement ou l’assistanat;

· Création d’un climat de sécurité – promouvoir un Etat de droit - démantèlement des gangs par la peine capitale.

Installer un Conseil Electoral permanent qui a pour but d'organiser des elections sans interference de l'executif;

· Réunir les ambassadeurs accrédités en Haïti pour leur faire savoir que ce pays ne peut plus fonctionner comme durant les dernières décennies et qu’ils doivent accepter un nouvel ordre, un nouveau paradigme pour que Haïti démarre.

· Contrôle de naissance pour réduire l’explosion démographique ;

· Développement du secteur « Service » en vue de la génération de l’emploi;

· Création d'Ecoles pour la formation d'une main d’œuvre haïtienne afin de générer des emplois ;

· Développement du tourisme à l’intention de la diaspora haïtienne d'abord et développement du tourisme à plus grande échelle par la suite;

· Organiser des élections avec les propres ressources du pays sans interférence étrangère;

· Exiger que la coopération bilatérale aboutisse au développement d’un secteur choisit par le gouvernement de la République et qui pourrait être soit l'agriculture, soit le tourisme, les logements sociaux, l'énergie dans le cas contraire cette coopération n’aurait pas sa raison d’être.

· Encourager la diaspora à mettre son expertise au service de la nation;

· Eduquer, sensibiliser le peuple de manière à ce qu’il fasse des choix raisonnés pour la nation;

· Développer un système d’impôts efficace pour approvisionner le budget de l’Etat;

· Développement du système bancaire à travers le territoire afin de faciliter les prêts hypothécaires et générer des capitaux pouvant garantir une économie en développement et l'habitat;

· Identifier les richesses de la nation par des experts nationaux et internationaux et les vulgariser dans le monde;

· Investir dans la recherche afin d’identifier et d'exploiter nos ressources;

· Développer d’autres formes de coopération avec les pays nordiques et les Asiatiques dans les domaines de la recherche et de production alimentaire;

L’heure de la délivrance

Me Serge H. Moïse av.
Barreau de P-au-P.
8 Juillet 2011

Nous n’avons pas encore atteint le fond du gouffre, certes non, autrement nous pourrions avec un ouf de soulagement, nous croiser les bras, attendant la remontée, le retour à la civilisation.

La reconstruction et la refondation du pays vont exiger de tous et chacun d’entre nous un sérieux examen de conscience pour comprendre que l’état de déliquescence de notre société résulte de notre laxisme collectif. Ce que nous avons fait, ce que nous n’avons pas fait, ce que nous aurions dû faire et le plus important, ce que nous pouvons faire à partir de maintenant afin de mettre un terme aux inégalités qui nous caractérisent en tant que peuple le plus pauvre du quart-monde.

Ils sont nombreux à se tromper en affirmant péremptoirement que notre pays est foutu, qu’il n’y a plus rien à faire, d’autres parlent d’incompétence aigue, de mauvaise foi et même de malédiction. Ils sont dépités découragés, gênés, à bout de souffle et préfèrent ne plus entendre parler de ce train en perte de vitesse, mais qui se dirige irrémédiablement vers le point de non retour.

A ceux-là, nous disons, avec toute la force de nos convictions, que tout n’est pas encore perdu; nous les exhortons à ne pas baisser les bras, car paradoxalement, la solution à nos problèmes est à portée de la main, que dis-je, elle est en nous, enfouie sous le poids des innombrables frustrations et déceptions accumulées au fil de nos deux siècles d’histoire.

En effet, nous sommes douze millions d’âmes, issues de nos vingt sept mille kilomètres carrés dont le tiers en diaspora, toutes des créatures divines pour les croyants, dotées d’intelligence, de volonté, d’amour du prochain, de conscience et de dignité humaine. Nous réunissons donc ce qu’il faut pour réaliser notre propre rédemption.

Point n’est besoin d’une longue et fastidieuse dissertation pour faire la démonstration de notre échec collectif, c’est aujourd’hui un fait patent, indéniable et injustifiable puisque l’échec, comme disait l’autre, n’a point d’excuse.

Ceci étant dit, nous savons donc que, ce que nous constatons avec amertume et consternation n’est que notre œuvre à nous tous, sans exception aucune. Toute approche manichéenne pour tenter de se dédouaner personnellement ou en groupe n’est qu’hypocrisie et fumisterie. Notre faillite nationale, qu’on me rende fol ou sage, ne fait que projeter l’image du nous collectif.

En dépit de ceux qui ne savent à quels saints se vouer, il existe encore, et plus nombreux qu’on ne le croirait, les irréductibles qui s’accrochent avec toute l’énergie dont ils sont capables, à l’idée salvatrice qu’Haïti ne peut mourir en aucun cas. Ce sont des rêveurs qui maintiennent les sceptiques, oubliant qu’il n’y aurait aucun avancement, ni progrès si l’homme avait perdu la faculté de rêver.

Le rêve ou miracle haïtien demeure encore possible, dussé-je me répéter, cela ne dépend que de nous et seulement de nous. Nous ressassons depuis notre plus tendre enfance : l’union fait la force, nous avons eu l’occasion dans le passé, de mettre en pratique cette maxime, nous l’avons traduit dans notre succulent vernaculaire, notre langue maternelle : « men anpil chay pa lou » et chose pour le moins bizarre, au moment où même la nature, après le séisme le plus dévastateur que nous ayons connu, nous le commande, nous éprouvons toutes les difficultés du monde à créer cette grande chaine de solidarité, sans laquelle le sauvetage n’est pas pour demain, ni après-demain.

Les beaux discours et les palabres ont déjà prouvé leur inutilité ainsi que leurs effets contreproductifs et nocifs. L’heure est venue de changer radicalement nos habitudes de penser et d’agir – acta non verba - . L’éducation se fait par l’exemple, il appartient donc à notre élite, si tant est qu’il y en ait encore une, d’indiquer la voie à suivre à travers des projets concrets qui tiennent compte des intérêts de tous les groupes sociaux et en particulier de ceux des plus démunis de notre société, afin d’éviter une explosion sociale aux conséquences imprévisibles.

Quand nous mettrons en place des structures pour une politique de plein emploi, pour une éducation avec pour objectif de former le nouvel homme haïtien et évidemment la nouvelle femme haïtienne, qui aura à cœur le développement et le rayonnement de sa terre natale au lieu de rêver d’un visa de sortie comme unique planche de salut.

Quand la justice et la sécurité ne seront plus qu’un faire semblant, que l’épuration de l’administration publique ne sera plus un vœu pieux, que nos médecins, agronomes, avocats, infirmières, professeurs, entrepreneurs et autres compétences certaines n’auront plus à s’expatrier pour s’épanouir.

Quand enfin, notre premier ministre – tout moun ladan l - et un gouvernement réunissant les meilleurs éléments de notre faune politique, avec un plan de politique générale en adéquation avec les besoins de la république, un parlement en mesure de remplir efficacement la mission à lui dévolue par la constitution, une opposition critique mais constructive; alors commencera à sonner, pour des lendemains qui chantent, l’heure tant attendue, enfin, l’heure de la délivrance !

jeudi 16 juin 2011

A l’instar de l’armée d’Haïti, le Parlement haïtien, en dysfonctionnement, peut disparaître

Daniel Altine
15 juin 2011

Au cours des 25 dernières années, le Parlement haïtien, dans ses deux branches, Sénat et Chambre des Députés, s’est révélé d’une sécheresse désespérante, et ne s’est jamais élevé à la hauteur des défis auxquels a fait face le peuple haïtien. Après la chute de maison Duvalier, alors qu’on devait s’attendre à une production législative importante dans les domaines économiques et sociales en vue de créer le cadre favorable à l’état de droit et de service, à la bonne gouvernance économique, aux investissements, ainsi que d’améliorer les conditions des masses défavorisées, nos « honorables » députés et sénateurs, des différentes législatures, se sont toujours signalés par une absence de leadership, par une absence non seulement d’une claire conscience des enjeux, mais de conscience tout court, de conscience des souffrances de ce bon peuple haïtien, de conscience de la finalité du travail de parlementaires et de leurs devoirs de serviteurs, de conscience de leur statut d’hommes d’état. A cette trame de fond, il convient d’ajouter leur arrogance, cette attitude autocentrée et corporatiste qui fait croire qu’on leur doit tout, sans avoir à rendre compte à qui que ce soit.



Tout compte fait, il est tout à fait justifié de considérer le Parlement Haïtien, dans son format et dans son fond actuels, comme un élément gênant de blocage de toutes initiatives sérieuses et stratégiques de développement du pays et de viabilisation de la nation haïtienne. A cet égard, il n’est pas exagéré de croire qu’il disparaîtra, comme l’armée haïtienne.



Il faut au pays, un Parlement de service, dans une République du Tricentenaire de l’Indépendance dont il faudra faire l’ingénierie, nouvelle Institution républicaine qui travaillera, avec leadership, pour propulser le pays dans le 21ème siècle et dans le classement des pays viables.
Daniel Altiné

vendredi 10 juin 2011

RÉPONSE DU MINISTRE BRÉSILIEN DE L'ÉDUCATION INTERROGÉ PAR DES ÉTUDIANTS DES ÉTATS-UNIS.

Objet: À LIRE ABSOLUMENT! RÉPONSE DU MINISTRE BRÉSILIEN DE L'ÉDUCATION INTERROGÉ PAR DES ÉTUDIANTS DES ÉTATS-UNIS.
:
Date: Jeudi 9 juin 2011, 16h56


Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis... La presse nord-américaine a refusé de publier ce texte.
Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie.
Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.
Réponse de M. Cristovam Buarque:
En effet, en tant que Brésilien je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.
En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour
toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier.
Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.
De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par
les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.
Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France.
Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau. Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies,
soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier.
Si les États-Unis veulent internationaliser l'Amazonie à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis.
Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts brésiliennes. Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des Etats-Unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves forestières du monde en échange d'un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école.
Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école, ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.
En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à
nous!

Ce texte n'a pas été publié. Aidez à sa diffusion. Merci !!!

Frantz

Chef-d’œuvre !

Par Daly Valet
Le Matin: 10 au 16 juin 2011

C’est un truisme de dire que nous sommes un peuple extraordinaire. En fait, un peuple assez spécial sur notre île magique. C’est notre petit coin de terre à nous, détaché en tout du reste du monde. On peut en user et en abuser. Au nom d’un certain droit dit souverain. Comme si tout était élastique et extensible à l’infini. Nous vivons tout dans le merveilleux et l’onirisme. Le futur, c’est hier. Le passé, c’est déjà demain. Ici, c’est le temps qui n’existe pas. On se la coule douce dans une insouciance toute primitive. Le chronographe qui enregistre les durées et marque la fuite du temps n’a pas été inventé pour nous. Il y a le temps haïtien et le temps humain réel. Nous avions inventé un monde dans le monde. Et, dans ce petit monde bien à nous, taillé sur mesure, c’est comme une fierté de susciter l’émerveillement chez le visiteur venu d’un autre monde. Notre palmarès est tellement impressionnant.
Peuple d’artistes et de braves. Ingénieux. Lors d’un certain passé, nous avions pu même vaincre la Grande Armée de Napoléon. Première république noire. Nous résistons aux intempéries. Nous construisons nos demeures n’importe où et n’importe comment. Nous défions toutes les lois humaines et naturelles, notamment celles de la pesanteur, de la résilience et de la tolérance face à l’intolérable. Unique PMA des Amériques, nous avons encore des ressources naturelles à dilapider et des trésors humains à sous-exploiter. Nos villes, ce sont des bidonvilles. Nos forêts ? Ce sont désormais des déserts sauvages en nette progression. Nos enfants de famille, nos jeunes, c’est aujourd’hui cette petite armée en guenilles et désœuvrée de nos rues. Nos dirigeants, des protecteurs ? Ce sont justement les loups du troupeau. N’est-ce pas extraordinaire pour un peuple d’avoir réalisé autant en si peu de temps d’existence ? De la perle mythique à la peau de chagrin, il faut le faire.

Il y a vraiment lieu d’en être fiers. Les générations gouvernantes actuelles ont poussé notre génie créateur si loin qu’elles réussissent souvent le tour de force de transformer les bisbilles de clans en motifs sérieux de conflits interminables très couteux pour la nation. La présente crise constitutionnelle en est un échantillon. L’apport des uns et des autres en fait une œuvre collective. Un vrai chef-d’œuvre d’artistes postmodernes. Ils sont autant beaux et élégants que l’œuvre elle-même.
Imaginez un René Préval qui n’avait, en tant que président, que cette révision constitutionnelle à offrir à l’histoire comme réalisation majeure. Une révision justement qu’il appelait de ses vœux inlassablement, et qui, reconnaissons-le, constitue une contribution majeure, et tout à son honneur, dans le processus d’institutionnalisation démocratique en Haïti. Imaginez ce même Préval qui, dans sa légèreté légendaire de chef d’État, a tout fait pour noyer son propre bébé durant ses dernières heures au palais national. A trop vouloir jouer avec le temps, notamment en l’instrumentant pour rendre ineffective toute dissidence et placer ses adversaires devant le fait accompli de ses blitz fatals; et pour avoir fait de la révision une affaire personnelle, il a publié, le 13 mai 2011, dans le journal officiel de la république, Le Moniteur, un texte soi-disant final qu’il semble n’avoir pas soumis à une relecture patiente et experte, truffé d’erreurs et d’incohérences, en plus d’être jugé non conforme au document adopté, le 9 mai, par le Parlement en Assemblée Nationale. Depuis, cette question de révision constitutionnelle, qui, en d’autres lieux, aurait constitué une formalité régulière, limpide et légitime, s’est muée en marécage infect. En mutant insensé, chacun y patauge, laid et indigne. Préval se tait alors qu’il a des comptes à rendre sur ce qui s’est réellement passé le 13 mai 2011 quand il devait transmettre le texte de la révision aux Presses Nationales. Certains silences relèvent souvent de complots mafieux. Les assemblées de sénateurs et de députés ne savent même plus quel texte correspond vraiment au document final qu’elles avaient adopté. Ceux, parmi les parlementaires, qui devraient nous dire la vérité, rien que la vérité, s’épuisent à semer le trouble dans nos esprits, à déparler, à se chercher des boucs émissaires et de fausses circonstances atténuantes pour excuser leurs forfaitures multiples. Dans tout cela, le président Martelly continue à trainer les pieds sur la question par de vraies fausses solutions. Il ne fait qu’embrouiller les choses depuis l’échec de la tentative de son camp visant à faire inclure, dans la révision constitutionnelle, le principe de deux mandats présidentiels consécutifs. Des voix crédibles lui prêtent même l’intention de dissoudre le Parlement et de vouloir une refonte complète de la Constitution de 1987 au travers d’une Assemblée constituante. Ruses. Manœuvres déloyales. Complots. Projets anti-démocratiques. Et ce chef-d’œuvre de crise constitutionnelle continue. Une simple révision constitutionnelle transformée outrageusement, et par enchantement, en crise d’État et en grand poker menteur. N’est-ce pas extraordinaire la force de la magie haïtienne et l’ingéniosité de nos politiciens prestidigitateurs? Même nos « experts » en droit constitutionnel sortent aussi des pigeons fabuleux de leurs chapeaux pour faire durer le spectacle.
Le cirque a trop duré. Nos pitreries aussi. Nous ne sommes pas aussi beaux et extraordinaires que nous pensons l’être dans le monde réel des gens normaux. Il nous faut la constitution amendée. L’institution du Conseil constitutionnel, et celle du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire, constituent des avancées démocratiques et institutionnelles majeures. L’une nous évitera les crises institutionnelles d’attributions et les cafouillages dans l’interprétation de la constitution. Avec l’autre, le Pouvoir judiciaire cessera d’être le vassal de l’Exécutif. Ces innovations ne sauraient attendre encore cinq ans avant de devenir opérantes. Elles sont nécessaires aujourd’hui plus qu’hier.

Le vrai chef-d’œuvre, en fait, ce sera une Haïti bien gouvernée, expurgée de ses faux artistes, forgeurs de fausses œuvres et de vraies crises d’État.
D.V.

vendredi 27 mai 2011

Rouzier ?

Le Matin, du 27 mai au 2 juin 2011
par Daly Valet

En 1991, le conteur Jean- Bertrand Aristide, devenu président, a imposé au pays le fabuleux René Préval comme Premier ministre. On connait la suite sinistre des choses. Enfin, jusqu'à cette pagaille institutionnelle et constitutionnelle dans laquelle M. Préval a choisi, de manière compulsive, de laisser la république au terme de son second mandat désastreux de président. En 2011, le chanteur Michel Martelly nous sert le comptable et entrepreneur Daniel Rouzier comme son Premier ministre désigné. Un choix risqué ? Evidemment oui. Dans les circonstances actuelles, il manque à ces deux hommes la profondeur politique qu’il faut pour aller au-delà de l’intangible, surmonter les obstacles humains, « systémiques », institutionnels et pour traduire les professions de foi, les bonnes intentions, en programmes de gouvernement rationnels et en réalisions concrètes.
En termes de gouvernance étatique, 2011 marque, cependant, une évolution par rapport à 1991. Le couple Martelly-Rouzier, au moins dans le discours, semble vouloir privilégier la logique de la reddition des comptes à celle des règlements de comptes, laquelle sous-tendait, essentiellement, l’action de la génération lavalas nouvellement arrivée au pouvoir. Si ce passage de l’affectif à l’effectif dans la gestion des affaires du pays dépasse les mises en scène médiatiques et va au-delà de la rhétorique verbeuse des apprentis politiciens, Haïti aura grandi. Martelly aura été, ainsi, mieux inspiré avec son Daniel Rouzier que ne le fut Aristide avec son René Préval.
Il faut dire que, déjà, et sans préjuger de l’issue du processus de ratification de l’actuel Premier ministre désigné, le pays peut se sentir soulagé de ce que le président Martelly ait jeté son dévolu sur l’homme d’affaires Daniel Rouzier, son contraire en tout. Quand Titid désignait comme Premier ministre un alter-ego, son marassa Ti Rene, M. Martelly choisit un homme qui le surpasse en qualifications, en potentiel intellectuel, et en bilan professionnel et social plus flatteur. Nous ne saurions soutenir ici, par anticipation, que ces contraires finiront éventuellement par bien s’harmoniser ou que ces deux hommes, aux parcours parallèles, s’entendront convenablement dans l’exercice conjoint du Pouvoir exécutif. D’ailleurs, nul ne sait si les violons d’un musicien, novice en politique, s’accorderont vraiment avec les mètres d’un entrepreneur détenteur d’un MBA, encore plus novice que celui-là dans les choses politiques. Il n’en demeure pas moins que, quand un pays choisit, en toute conscience, de se doter d’un Michel Martelly comme chef d’État, et que, de surcroît, ce dernier est en tout temps guetté par son avatar, le boutefeu Sweet Micky, il y a lieu d’applaudir au choix de Daniel Rouzier, un modèle de pondération, de tempérance et d’humilité. Une valeur sûre, un homme de valeurs dans l’Haïti de toutes les carences et des défaillances morales, normatives et éthiques. Par-delà les clivages de groupes, et au-delà même de toute considération coloriste renvoyant aux dogmes traditionnels et retardataires du noirisme et du mulatrisme, il serait dans l’intérêt du pays que le Parlement accorde un vote de confiance à M. Rouzier. Il ne s’agirait pas, sans doute, d’un vote majoritaire d’adhésion, vu la fragmentation de la représentation parlementaire et les hostilités qui s’organisent déjà contre M. Martelly. C’eût été, plutôt, un vote de sagesse que commanderaient les intérêts supérieurs de la nation. Car, en vérité, s’il n’existait pas un Daniel Rouzier à la portée du président Martelly, la république devrait lui en trouver un, ou, à défaut, lui en inventer un de semblable en profil intellectuel et en tempérament.
Le vote favorable à M. Rouzier suppose également que le gouvernement qu’il est appelé à former reflète la composition sociologique du pays. Car, ce serait politiquement imprudent, et du point de vue de l’histoire profonde, de lire dans la victoire de M. Martelly celle d’une classe sociale ou l’occasion d’asseoir la suprématie d’une classe au détriment d’autres. L’équipe de M. Rouzier devra forcément s’ouvrir, par pragmatisme, à la réalité politique haïtienne actuelle, telle qu’elle est exprimée en représentations partisanes au Parlement. Les chantages par la rue, du type populiste, et les mobilisations technologiques inconsidérées sur le mode de la campagne électorale permanente, doivent, à ce stade, disparaitre au profit du libre exercice du jeu institutionnel intraparlementaire de ratification sereine et responsable d’un chef de gouvernement, fût-il le choix d’un président bénéficiant jusque-là de la ferveur saisonnière de l’électorat populaire.
Le débat sur la désignation de Daniel Rouzier comme Premier ministre aura permis, de voir, enfin, à coté des distorsions et des déséquilibres, les bienfaits de notre régime politique mixte à prépondérance parlementaire. Ce régime, n’en déplaise à ses contempteurs, permet de remédier aux dérapages du suffrage universel direct. Le Parlement peut toujours tempérer la déraison et la fureur des urnes avec de la rationalité d’État. C’est à cela que devrait servir chez nous un Premier ministre aux côtés d’un président, lequel, autrement, serait laissé à lui-même avec tous ses travers, la bride sur le cou, si le régime politique haïtien était de type présidentiel classique. Au poste de Premier ministre, M. Rouzier a les atouts requis pour aider le président Martelly à bien gouverner, à compenser ses faiblesses personnelles et à mettre en chantier ses grands projets. Daniel Rouzier mérite, à ce titre, la confiance du Parlement.
D.V

vendredi 20 mai 2011

Michel Joseph Martelly pris au piège de Dessalines.

Par Cyrus Sibert.
Date: Tue, 17 May 2011


Une simple observation des réactions des composantes de la société haïtienne, présentes à l'investiture de Michel J. Martelly, à l’intérieur et devant le Palais National, lors du discours du nouveau Chef de l'Etat, peut expliquer la complexité des contradictions sociales, économiques et politiques qui dresseront des embûches et risquent de faire échec à la volonté de changement du chanteur devenu Président.

Lors de la lecture du discours de circonstance, les réactions étaient différentes suivant les points abordés et selon qu'on appartenait à la bourgeoisie ou à la masse.

Ceux qui en apparence représentaient la bourgeoisie, ont ovationné les promesses de sécurité et de respect du droit de propriété. Ils ont applaudi sans réserve les idées d'égalité en droit de tous les haïtiens, de reprise de la souveraineté nationale. Cependant, ils ont boudé l'idée d'éducation gratuite, d'école obligatoire, de décentralisation, de l'obligation de s'acquitter des devoirs de taxe. Ils sont restés indifférents à l'assertion faisant de la classe moyenne le moteur de l'économie nationale.

Là où nous étions, nous avions observé que tout le monde n'avait pas applaudi Mgr Louis Kébreau quand dans son homélie il disait que nos ancêtres avaient résolu dans l'acte de l'Indépendance la question de couleur en disant au monde, avec fierté, que le peuple haïtien est un peuple nègre. Un bourgeois assis à notre coté trouva stupide la décision de Michel Martelly d'aller saluer la foule au travers des grilles du Palais National.

Le peuple infatigable sous un soleil de plomb, acclamait des idées comme l'école gratuite et obligatoire pour tous les enfants d'Haïti, de création d'emplois, de paiement des taxes. Il était un peu indifférent à l'idée de respect du droit de propriété, d’encadrement des investisseurs…

Ensemble, les deux groupes ont applaudi les idées de sécurité, la fin du kidnapping, la reprise de la souveraineté nationale, la valorisation des richesses et des points forts d'Haïti.

La Banque Interaméricaine de Développement, les États-Unis, le Venezuela, Cuba et les dignitaires de la Caraïbe ont été applaudis par le peuple. La France a été faiblement ovationnée.

Les personnalités qui ont eu une appréciation forte sont Wyclef Jean, Michael Jean et Dumarsais Siméus. Le nom de Bill Clinton a provoqué des applaudissements.

Dans les villes de province comme Cap-Haïtien, la fête était une réalité. Dans certains quartiers populeux les gens sortaient leurs salons et leurs lits, comme en 1991, pour accueillir le nouveau Chef d'Etat. L'idée de décentralisation fait danser les exclus des villes de province qui subissent la centralisation excessive des ressources et du processus de prise de décision à la capitale.

Des observateurs dans le Nord-est nous font remarquer que jamais, la ville de Fort-Liberté n'a connu autant de festivités pour saluer l'investiture d'un Président. Ils pensent que c'est un signe que le peuple croit dans un changement, dans un développement décentralisé, n'en déplaise aux défenseurs du statu quo ante.

Observant cette réalité, à Réseau Citadelle, nous nous sommes dits : comme Dessalines le 18 mai 1803, le Président Michel J. Martelly s'est mis entre l'enclume et le marteau, la bourgeoisie réactionnaire et les masses défavorisées.

Il sera pressuré d’un coté par un peuple qui a rejeté toutes les critiques des traditionnels pour placer sa confiance en lui comme Chef d'Etat et d'un autre coté par les néo féodaux qui ne chôment pas.

La différence des réactions décrites plus haut face au discours expriment les positions de classes : Un peuple rebelle et têtu qui, de façon radicale, a imposé son chanteur populaire; une bourgeoisie opportuniste qui, ayant misé comme d'habitude sur tous les candidats dans la course dans l'espoir de conserver rentes et prébendes, compte sur la couleur de sa peau, les accointances et frottements pour prendre contrôle du nouveau Chef d'Etat; et une classe moyenne contrainte de donner à ce dernier un temps de probation pour prouver sa bonne foi.

On peut conclure que Martelly se retrouve dans la même situation que Dessalines après le Congrès de L’Arcahaie. Il est le Chef d’un Etat autour duquel différents groupes d'intérêts rivaux s’affrontent violemment dans une logique de survie. En toute circonstance, il aura à choisir entre les intérêts de "ceux dont les pères sont en Afrique" et les intérêts " de ceux qui se croient héritiers de la colonie de Domingue".

Il doit toujours se rappeler que sa force réside dans la confiance des masses dans son intelligence, son caractère, son style combatif et surtout sa liberté d'esprit. Il devra écouter tout le monde mais toujours décider dans le sens du changement.

L'étude des trois (3) mouvements dans l'histoire d'Haïti au temps de la colonie a démontré que le peuple est la source, le défenseur authentique du changement et le catalyseur d’une mouvance vers la liberté. Il ne trahit jamais ; il est prêt à faire des sacrifices et à payer le prix; sincère et fidèle, il est dépositaire des valeurs nationales qui unissent la société toute entière.

Alors que dehors le peuple héroïque criait "Arrêter Préval", à l'intérieur, ceux qui lui ont poussé à trahir les masses s'activaient à gérer la continuité de leurs intérêts de clan, de leurs commissions, de leurs chèques, de leurs salaires, en un mot, du statu quo. Seul René Préval portait la responsabilité. Lui seul était décrié par le peuple.

Au Président Michel Martelly de déterminer si en 2016, il sera, lui aussi, sacrifié comme bouc émissaire et décrié. Si la liberté, la prospérité et la paix pour TOUS sont mis sur le banc de touche et relativisés, la société sera déchirée et la pauvreté sera un élément intégral du vécu quotidien de plus de 95% de la population.

Déjà, des mauvais perdants brandissent le colorisme pour anticiper son échec. Des démagogues incapables de conduire le pays au changement depuis des décennies utiliseront le noirisme pour revenir à la charge. Lui seul sait s'il leur donnera gain de cause.

Michel Martelly doit comprendre sa position fragile de « trait d'union » entre noirs et mulâtres, macoutes et Lavalas, riches et pauvres, citadins et paysans, Capitale et Province. Il doit écouter tout le monde, mais décider toujours dans le sens du changement pour tous.

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