dimanche 22 septembre 2013

BFP LA FORMULE GAGNANTE



INDUSTRIALISATION  D’HAÏTI
BFP LA FORMULE GAGNANTE          
Jean Erich René                                                                                                         
17 Septembre 2013                                                
BANQUE  
FINANCEMENT PROJETS  
                                    
La pauvreté n’est pas une tare. Elle s’explique  surtout par le manque  d’accès des classes défavorisées aux technologies appropriées, aux sources de financement et à l’information. Ce ne sont pas les idées qui leur manquent  mais elles se voient réduites à néant, faute de pouvoir concrétiser leurs projets. Il est insensé d’entreprendre des initiatives isolées puisque depuis 1987 nous sommes pris dans l’engrenage du système-monde. Si nous ne voulons pas être phagocytés, il faut se mettre au diapason.

D’une pierre on peut faire plusieurs coups. En lieu et place du Bureau de Monétisation de Projets, une BANQUE DE FINANCEMENT DE PROJETS (BFP) peut contribuer davantage à diminuer considérablement la pauvreté qui s’explique par une insuffisance ou une absence totale de revenu. Les victimes, contraintes à leur misérable sort  ne vivent que d’expédients. En Haïti, compte tenu du système de prêt hypothécaire, jusqu’à présent on ne sert que les intérêts des nantis c’est-à-dire ceux et celles qui ont déjà tout. Les autres qui n’ont rien du tout sont exclus.

 Il est quasi impossible d’atteindre une certaine performance et dégager un revenu substantiel sur le marché des biens et des services sans un capital de départ  et un minimum de connaissances utiles. La micro-finance constitue l’arme la plus efficace pour combattre la sous-production de l’économie haïtienne et partant notre sous-développement. Si Haïti était reconnu comme la Perle des Antilles par la France,  c´était grâce à sa production industrielle intense et l’importance de ses exportations vers la Métropole. Notre vocation industrielle n’est plus à prouver puisqu`elle était déjà éprouvée dans le passé.
L’établissement d’un Système Financier Décentralisé (SFD) en partenariat avec nos anciens Centres de production agro-industrielle permettra de rééditer les exploits d’antan avec un rendement beaucoup plus élevé parce que dans la nouvelle conjoncture  la machinerie supplée à l’esclavage. Il demeure entendu que pour répondre à d’autres besoins, d’autres structures doivent être dressées dans la foulée des initiatives de redressement économique d’Haïti. Le Gouvernement Martelly Lamothe pourrait cueillir la palme du pionnier de l’éveil industriel national en mettant à profit les ressources tant humaines que matérielles disponibles. Grâce au micro-financement et à l’appui technique indispensable, Il ouvrira certes la voie au développement économique et social d’Haïti.

L’État Haïtien, par le truchement de la BFP ou  BANQUE DE FINANCEMENT DE PROJETS, s’accordera le droit imprescriptible de définir et de financer légalement les grandes orientations de son axe économique selon le canevas d’un programme de développement embrassant les potentialités agricoles, agro-industrielles, artisanales et minières du sol et du sous-sol haïtiens.
La BANQUE DE FINANCEMENT  DE PROJETS aura pour mission de :

1.   Identifier les possibilités d’industrialisation et de commercialisation de nos 135 Communes
2.   Apporter les fonds nécessaires, sous forme de crédit orienté, aux différents projets.
3.   Veiller à la mise en œuvre des projets dont la responsabilité d’exécution  et le suivi technique relèvent de chaque opérateur.

Les fonds seront avancés séquentiellement c’est-à-dire selon les différentes étapes d’exécution. La priorité sera accordée d’abord à l’agro-alimentaire et l’industrie de la construction.

Pour une mise en situation plus concrète, grâce à la micro finance, créons une nouvelle génération d`hommes d’affaires haïtiens en identifiant de manière objective les pistes possibles d’industrialisation d’Haïti. Pour faciliter notre éveil économique, nous allons nous inspirer des catalogues de production d´un pays en voie de développement tel que l´Inde  qui a connu un essor économique en faisant de la micro finance et de la micro industrie  ses chevaux de bataille. Construisons nos pôles de développement, à partir de nos ressources en matières premières afin de nous libérer de toutes contraintes externes relativement à nos intrants. Le développement économique commence d’abord par l’éducation. Compte tenu de nos dotations en facteurs de production, par le truchement de l’internet, de copieuses informations seront disponibles relativement à

1.   l’identification et à la localisation des matières premières indispensables,
2.   les procédures scientifiques de préparation,
3.    les machineries indispensables et   leurs fournisseurs pour exploiter les filières suivantes :

a)   Micro-usine de sucre
b)   Micro-usine d’huile de cuisine
c)   Micro-usine d’alimentation animale
d)   Micro-usine de  transformation du riz paddy en riz glacé
e)   Micro-usine de fabrication du savon  (lessive et toilette)
f)    Industrie de conditionnement  des  Légumes
g)    Industrie du café
h)   Industrie des PVC
i)     Industrie de la peinture
j)       Industrie de la craie
k)      Industrie de fabrication de briques, tuiles en argile
l)       Industrie de fabrication des pavés en argile pour les rues
m)   Industrie cosmétique
n)    Industrie de fabrication des matériels sanitaires : lavabo, toilette, urinoir
o)    Industrie de la céramique : carreaux de mosaïque, assiette faïence, soupière, tasse, pot.
p)    Industrie du fer forgé et leur chromage par galvanisation
q)    Industrie de production de sel de table,  chlore  et  hydrogène
r)      Industrie de la vannerie
s)     Industrie de la broderie

Avec la mondialisation, la crise économique se fait ressentir aussi à l’échelle mondiale. Aucune Nation du Monde ne peut vivre en autarcie. La preuve c’est que la chute du Wall Street a eu un effet domino. Les pertes ne sont pas seulement américaines, elles se sont répercutées de proche en proche comme un écho sonore dans toutes les régions du monde. La complexité des relations économiques nous invite à saisir le rôle combien important et indispensable des relations diplomatiques dans le monde d’aujourd’hui.

La vente des marchandises, les mouvements des capitaux, les règles d’imposition et les services y afférents deviennent si compliqués qu’on ne peut pas laisser faire sans entrainer des conséquences désastreuses. Désormais, comme la Chine et Taiwan, au niveau de nos Ambassades et Consulats il nous faut une évaluation rationnelle des enjeux, compte tenu des rapports de force, afin de garantir l'équilibre des échanges commerciaux et atteindre des objectifs économiques bien précis.
                           Jean Erich René                                                                                                                        
                        erichrene@bell.net                                                                                                                             
    



jeudi 5 septembre 2013

PetroCaribe: plus qu'une goutte d'or, la ZEP change la donne!

PetroCaribe: plus qu'une goutte d'or, la ZEP change la donne!
Le Nouvelliste | Publi le :04 septembre 2013
 Nesmy Manigat @nesgat
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L'or noir de PetroCaribe n'a cessé d'enflammer les débats sur la coopération Sud-Sud depuis que El Comandante Chavez a promu l'accord énergétique de 2005. Cette facilité de paiement qui permet aux pays bénéficiaires de disposer d'environ la moitié des recettes de la vente des produits pétroliers sur leur marché intérieur de cet or noir est une véritable manne du ciel. Un financement atypique non lié à aucun projet spécifique. A l'encontre de l'aide publique au développement traditionnelle octroyée par les bailleurs de fonds connus et assortie de multiples conditionnalités, le Venezuela, grâce à ce crédit-fournisseur, permet aux 18 pays membres de décider souverainement des affectations de cette ressource rare et de rembourser graduellement le capital. Si la facture déjà payée à PDVSA du Vénézuela s'élève à près de 1,2 milliard de dollars, 1.1 milliard restant, non encore payé a pu être mobilisé pour être injecté dans l'économie. Cette dette a commencé à être payée au mois de mai dernier. Ce montant aurait été de 1.5 milliard si Chavez n'en avait pas annulé 395 millions après le séisme du 12 janvier. Tout cela a permis au pays de financer son budget d'investissement public, soit 19.5 milliards de gourdes, rien que pour l'exercice fiscal 2012-2013. Aujourd'hui fort du succès de ce mécanisme de financement jugé non contraignant et sans conditionnalité par les États membres, cet accord énergétique s'élargit à travers un mécanisme géopolitique et économique qui prend la forme d'une zone économique. L'objectif est de permettre en plus du pétrole de promouvoir des échanges de biens et services dans différents domaines dont les transports et communication, la production agricole, le tourisme, l'artisanat artistique et utilitaire, la formation dans le cadre d'une université régionale de solidarité. Autrement, une utilisation saine de PetroCaribe devrait non seulement permettre à Haïti de disposer d'un appui substantiel à son budget pour sa politique énergétique, pour ses projets sociaux, mais aussi pour avoir accès à des marchés régionaux avec la possibilité de coproduction complémentaire avec des États-membres. C'est dans ce contexte qu'Haïti reçoit le 11e Conseil des ministres de PetroCaribe qui poursuivra ses discussions sur les termes de référence pour la constitution de la Zone Economique Petrocaribe (ZEP), approuvé par les chefs d'Etat de la région à Managua en juin dernier. Derrière ce succès diplomatique incontestable qui a valu à Haïti d'être retenue pour accueillir cet évènement historique, se cachent de grands enjeux dont il convient d'en relater les plus importants : Une opportunité énergétique encore à saisir Il convient de se rappeler que l'initiative PetroCaribe avait pour objectif dans un premier temps de réduire les inégalités d'accès aux ressources énergétiques, par la voie d'un « nouveau schéma plus favorable d'échanges équitables et justes » entre les pays de la région des Caraïbes et d'Amérique centrale. Huit ans après la signature de cet accord énergétique, Haïti a pu surtout profiter de la première phase qui concerne surtout l'approvisionnement en pétrole. Environ 26 millions de barils ont été importés à date au titre de cet accord. Depuis, trois centrales énergétiques ont vu le jour avec les fonds de PetroCaribe, sans toutefois résoudre la grave crise d'électricité qui affecte l'économie du pays malgré la subvention très discutable de l'EDH et la gestion par celle-ci de son système d'approvisionnement, de distribution et de facturation de son offre. Trois autres points importants figurant dans l'accord restent à être abordés par le pays. Il s'agit du développement de l'offre de gaz, de la promotion des énergies alternatives et de l'appui aux économies d'énergie. Haïti devra rapidement passer à ces autres phases, car PetroCaribe a déjà construit une infrastructure de 13 coentreprises avec 10 pays de la région pour assurer le stockage et le transport d'hydrocarbure, ainsi que le projet de construction et d'amélioration des quatre raffineries de Cuba, de la Jamaïque, de la République dominicaine et du Nicaragua. Cette prochaine phase pour Haïti devra aussi mettre l'accent sur la définition d'une politique énergétique en s'inspirant des exemples à succès de la région et en profitant de l'expertise disponible dans cet espace régional. Une ressource accessible, entraînant une grande dépendance. Sans PetroCaribe, de nombreux programmes sociaux récents du gouvernement n'existeraient pas. Le programme de stabilisation des prix, non plus. La plupart des projets de reconstruction des bâtiments publics et autres infrastructures du genre non plus. En clair, la liste des réalisations du gouvernement actuel en termes d'infrastructures économiques et sociales est à mettre en grande partie sur le compte de PetroCaribe. Certes, il resterait les routes de l'Union européenne et les infrastructures et équipements scolaires de la BID. Mais, PetroCaribe constitue la seule source de disponibilité sûre et mobilisable à très court terme. En effet, si Haïti devait vivre avec ses moyens propres, ses dépenses de fonctionnement d'investissements ne dépasseraient pas 120 dollars américains par habitant contre environ les 300 prévus dans le cadre du budget incluant l'aide publique internationale. Aujourd'hui ces chiffres montrent que cela fait moins de 50 cents par habitant par jour que génère l'État pour subsister et contribuer au bien-être de ses 10 millions de citoyens. Dans ce contexte, l'apport de PetroCaribe est extrêmement important, car elle rajoute sans condition environ 15 cents au 30 dont le pays dispose librement pour fixer ses priorités. La République dominicaine avec ses moyens propres dépensent environ 3 dollars par jour par tête d'habitant. Certes, tous les fonds octroyés à l'État haïtien, qu'il s'agisse des rares prêts ou des dons de l'ensemble des bailleurs, sont sensés respecter les priorités du gouvernement, mais la pratique raconte une autre histoire. Souvent la bureaucratie internationale rencontre les pesanteurs locales, d'où la faible exécution des montants inscrits dans le budget d'investissement et la grande tentation d'une sur-utilisation de PetroCaribe, vu son accessibilité. Cela pose aussi l'importance d'une incontournable et mal-aimée réforme fiscale en Haïti afin d'élargir l'assiette fiscale. Cela suppose, également en amont, une réforme économique pour élargir en nombre et en diversité de secteur les contributeurs que sont les entreprises et augmenter l'épargne intérieure qui pourrait suppléer au manque de capitaux internationaux actuels. En attendant, cet accord entraîne une dépendance extrême des récents gouvernements à cette source de financement. Cela doit être apprécié et corrigé pour en éviter les travers. Une dette utilisable pour construire une solvabilité Quand la banquière et ex-ministre des Finances Marie-Carmelle Jean-Marie déclarait que l'annulation de la dette d'Haïti fut une erreur stratégique, car elle coupait la route à des marchés internationaux de financement de grande envergure, cela a soulevé un tollé dans certains milieux. Le problème posé est tout de même resté entier car Haïti est davantage vue comme un pays pour la philanthropie et non par ceux à la recherche d'un retour sur investissement. L'étiquette de pays en faillite est encore reprise par certaines agences internationales pour qualifier l'économie du pays. Aujourd'hui, le milliard de dette de PetroCaribe représente le seul et réel prêt du pays à côté de la BANDES, la banque de développement du Venezuela pour le financement de l'aéroport du Cap-Haïtien et d'un ancien prêt de Taiwan restructuré déjà à maintes reprises. Aujourd'hui, le niveau de solvabilité du pays n'est même pas connu, ni mesuré au niveau international. Aussi, l'autre grand défi du Centre de facilitation des investissements (CFI), au delà du classement du « Doing business » et des satisfecit du FMI, est d'inscrire le pays dans le classement des principales agences de notation connues qui donnent le baromètre aux investisseurs. On sait par exemple qu'un pays comme la Jamaïque au 31 mars 2013 recueillait une moyenne de «C» auprès de 3 des principales agences la S&P, Fitch, Moody's tandis que la République dominicaine et le Venezuela obtiennent un «B» avec des variantes selon la nomenclature. Il est donc important que le pays s'applique à rembourser dans les délais et dans les termes permis par PetroCaribe cette dette, de façon à commencer à se construire une côte de crédibilité internationale. D'où le défi de bien s'assurer que les investissements réalisés avec ce financement, y compris dans le domaine social, intègre cette notion de saine gestion et de retour sur investissement. Un marché élargi et complémentaire à conquérir Lors du 8e sommet des chef d'État et de gouvernement de PetroCaribe qui s'est tenu à Managua en juin 2013, les leaders présents ont réaffirmé qu'un Conseil des ministres de l'Economie et du Commerce de PetroCaribe devait se réunir dès que possible pour prendre les dispositions nécessaires pour évaluer des formes innovantes d'associations conjointes dans les secteurs productifs afin de renforcer l'indépendance économique régionale. Les premiers documents des groupes de travail qui oeuvrent à mettre en oeuvre la ZEP soulignent qu'il ne s'agira pas d'une simple zone de libéralisation des échanges, mais plutôt « d'une zone économique sous-régionale, qui vise à l'articulation et à la complémentarité des appareils de production ». Il est évident qu'il faudra aussi trouver l'articulation juridique avec les autres schémas d'intégration en cours dont la CARICOM, la CAFTA, etc... Dans le cas d'Haïti, on sait que le problème n'a jamais été l'accès aux marchés extérieurs, déjà que le pays a du mal à atteindre les quotas qui lui sont octroyés, mais la capacité de production et la compétitivité de ses produits. Aussi, il sera difficile de penser à une exportation vers les autres pays de la ZEP qui serait un surplus d'une production pour le marché local, même si son sait que par exemple pour la farine, les Moulins d'Haïti et les Céréales d'Haïti S.A ont la capacité installée suffisante pour augmenter leur production. Mais, les exemples du genre restent rares. Les premières négociations entre le gouvernement et des producteurs ont levé le voile sur le potentiel de certains produits agricoles comme les tubercules, le miel, le sirop de canne, etc.. Mais de la coupe aux lèvres, il faudra un environnement d'affaires, un dialogue public-privé qui soient nettement plus propices que le climat actuel et qui soient de nature à favoriser le renforcement des entreprises qui ont un potentiel véritable en matière d'offre exportable. On sait que le Venezuela en particulier et d'autres pays pourrait absorber une partie d'une production ciblée. L'année dernière, la compensation de la facture pétrolière au Venezuela incluait la réception de 187 014 tonnes de sucre, 21.362 tonnes de viande de boeuf, 10,854 tonnes de pâtes alimentaires, 14.480 tonnes de haricots, 249 556 tonnes de riz paddy, et 51 142 tonnes de fruits. Cela suppose un soutien agressif du gouvernement à ces secteurs à côté du relèvement des tarifs douaniers sur certains produits. Tout compte fait, malgré sa complexité géopolitique et ses propres vulnérabilités, PetroCaribe représente une grande opportunité si Haïti peut en profiter. Aussi est-il essentiel que les projets mis en place permettent au pays d'atteindre son objectif, aujourd'hui encore réalisable, de pays émergent à l'horizon 2030. Le gouvernement ne réussira pas seul cette grande entreprise. Cela requiert une discipline assortie d'indicateurs de résultats qui mobilise à la fois le gouvernement, les partenaires économiques et sociaux à travers un dialogue franc, élargi et sans complaisance. Plus qu'une goutte d'or, PetroCaribe est une obligation de résultats, à la hauteur de ce succès diplomatique.
Nesmy Manigat @nesgat

vendredi 2 août 2013

LA POLITIQUE DE REBOISEMENT DU GOUVERNEMENT MARTELLY-LAMOTHE EN PANNE DE STRATEGIES POLITIQUES ET ECONOMIQUES


La politique de reboisement du gouvernement Martelly Lamothe en panne de stratégies politiques et économiques ?

MICHEL WILLIAM
1 AOUT 2013

Le  reboisement et la conservation  des sols en Haïti sont  les  frères  siamois d’une nation  vulnérable mal prise en charge par un état délinquant. Pour n’avoir pas respecté l’enseignement général sur les bassins versants á savoir  la gestion d’un bassin versant repose sur  3  piliers fondamentaux: la planification intégrée, la responsabilisation territoriale et la prise en compte des contraintes paysannes  dans l’élaboration de la politique nationale, notre énergie est dépensée en vain. Le pays compte trente  bassins versants totalisant  2.177.000 has .De cette superficie, 1.749.900 has de  terre ayant plus de 20% de pente nécessitent une intervention urgente  de l’Etat  haïtien dans un contexte  hautement démocratique. Hautement démocratique   signifie la recherche  d’un consensus politique entre les trois grands pouvoirs de l’état, le quatrième pouvoir et l’opposition politique pour approcher la nébuleuse du reboisement du pays. Compris entre 100.000 et 300.000 gourdes á l’has, le cout des modèles de mise en défense et de reboisement des terres pratiqué dans les projets á financement étranger  n’est pas répétitif. Avec les prix exorbitants  de vente á la république  des plantules  forestières et  fruitières payés entre  vingt et quarante  gourdes l’unité, les gouvernements haïtiens   n’ont  pas opté pour le reboisement ordonné et planifié du pays .Ils ont  plutôt opté pour un  marché de plantules et d’expérimentation des structures anti érosives couteuses, profitables aux ayants droit.

Parallèlement, le pouvoir de Martelly depuis son arrivée aux affaires fait  face aux doléances d’une population  rougies au blanc par une presse  qui projette dans le politique la réalité économique de la rue et qui exprime  le raz de bol d’une opposition qui ne s’attendait pas du tout au retour d’un régime politique  proche du duvaliérisme. Le pouvoir de Martelly en s’attaquant á  n’importe quelle priorité des cinq E  choisies a d’abord un problème de perception politique á  résoudre. Pour le résoudre il devra s’appuyer sur l’aile démocratique de l’opposition  humiliée et affaiblie  par le pouvoir de Lavalas et INITE au cours des vingt cinq dernières années. Des ministères comme  l’Agriculture, l’Environnement, les Affaires Sociales, l’Education Nationale  et  l’Intérieur doivent être gérés par l’OPL, la fusion  la KID, le RDNP et Acaau, comme preuve de sincérité du mikisme á l’opposition anti duvaliériste que son pouvoir n’est pas un retour au duvaliérisme révolu. Ce nouveau pouvoir jettera les bases d’un programme idéologique de reboisement obligatoirement chaud dans les deux pointes, parce  que son exécution  aura exigé l’utilisation de la carotte et du bâton légal. Entendez par l’expression bâton légal une entente politique sur les institutions á mettre en place, sur les programmes et projets á  réaliser et  sur un arsenal de lois organiques et du code pénal révisé  á la lumière des technologies du vingt et unième siècle et des piliers fondamentaux ci-dessus évoqués...

 Le pouvoir de Martelly a choisi le slogan  « chak ayisyen yon pye bwa ». C’est bien, mais  on n’y  a pas trouvé la motivation á la fois nationaliste et économique des élites urbaines   et des paysans qui vivent dans le bassin versant á  reboiser. Encore moins un désir ardent  de  participation en masse de la jeunesse  des écoles qui bénéficient du PSUGO. Ironiquement le PSUGO divise plus qu’il n’unit. On ne sent pas la volonté du gouvernement de forcer le reboisement depuis la collectivité territoriale.  Dans les modèles récents  de reboisement tous les gouvernements haïtiens  sont  en panne de stratégies politiques et économiques. Aujourd’hui le problème haïtien n’est pas de planter des arbres  mais de trouver chaque jour   á  manger et á  entretenir sa famille. Si le reboisement lui offre cette alternative, sa participation est acquise déjà aux idées du pouvoir. Si le pouvoir fait du reboisement un programme  prioritaire, alors  il devra  démontrer qu’il est sérieux et qu’il entend que  tout le monde fasse de l’argent y compris le groupe politique   qui manœuvre derrière  cette idée. Produire des plantules et  les mettre en terre sont une face de la médaille  Le suivi permanent  donné aux plantules mises en terre á  travers les structures mixtes état /société civile est l’autre face de la médaille. Il n’y a pas de stratégie  ni á l’amont  ni á l’aval. C’est aussi le sérieux du gouvernement et des hommes d’affaires qui doit prévaloir  dans le choix des politiques énergétiques  publiques comme alternatives  á  l’utilisation du charbon de bois pour permettre aux investisseurs de faire de l’argent  á  moyen et á  long terme  et non á  très court terme  comme  c’est le cas actuel. Quid du consommateur ? »Jodiya, pou nenpot teknisyen repare yon tib an kwiv nan yon fou /recho a gaz pwopan, pipiti kob li mande  se cinq mil goud» .Yon ti recho 2 plas a gaz pwopan koute  2.500 goud. Yon bonbonn gaz 22 liv koute 600 goud. Yon pano solê 250 watt koute tet neg ,paske wap peye  1,75 dola uss, pou chak watt. Pa gen sekirite.Yap vole yo.Pa gen kredi pou malerez yo achte  teknoloji sa yo. Answit malerez sa yo pa idantifyab nenpot kote yale, pou pemet kredi a  swiv yo tou patou».Et  alors !

Quelles sont les causes justificatives du déboisement ? Quelles sont les politiques facilitatrices  du reboisement ? Quelles sont les conséquences  du non  reboisement ? On ne trouve aucune réponse á ces questions dans le programme triennal de 116 millions de plantules du MDE. Comme si le reboisement se ramenait seulement á placer des commandes de plantules, á les payer, á faire des commissions  puis á  les donner pour être plantées!

Cout d’un has  de terrain  protégé et  reboisé
 A  date et jusqu'à preuve du contraire, ni le ministère de l’agriculture, ni le  ministère de l’Environnement  ne dispose de cout  réel et pratique  pour un has   protégé et reboisé. Un has de terre protégé  et reboisé en montagne  était de quarante  mille gourdes á  l’has, il y a quelques vingt années. Aujourd’hui dépendant de la  nature des structures mécano végétatives de défense  et de restauration de sol établies et du type d’essences forestières  ou fruitières adaptées á   l’écologie,  le cout d’un has  protégé et reboisé  peut varier   de cent  mille á  trois cent  mille  gourdes.  Un seul seuil en béton peut couter jusqu'à 250.000 gdes. Une plantule de bambou est achetée par l’état  entre 50  et 300 gdes, dépendant de la hauteur. Un fruitier  coute  entre  30 et 40 gdes l’unité. Une plantule forestière de vingt cms de hauteur  coute entre vingt á trente gourdes. Une plantule de benzoliv coute dix  gourdes á la pépinière. La plantule de benzoliv  est livrable  sur un mois et demi (lajan an  fet vit vit, men li pa rive nan poch mounn kote ki bezwen benzoliv  la). En reboisant les terres avec une densité clairsemée de 40 á  50 arbres á  l’ha pour permettre temporairement les cultures vivrières sarclées et en prévoyant un taux de 10% de rejets (leftover) il faudrait quatre vingt six millions six cent vingt mille plantules .Imagine-t-on le montant astronomique que l’état aurait á  dépenser  pour produire simplement cette quantité de plantules achetées même aux prix de  la pépinière á 15 gourdes l’unité. On aura besoin d’un milliard deux cent quatre vingt dix neuf millions de gourdes (1.299.000.000 ).Quid  du  cout des seuils en béton, des seuils en murs secs, des haies vives, du transport, de la plantation, de l’entretien, des pots de vins ,en plus de la surveillance permanente des plantules  ? N’en parlons même pas. Que d’économie on aura faite par plantules en donnant ces contrats aux écoles de la section communale? Combien d’argent la république aurait économisé et quelle somme du  budget serait allée aux collectivités  et dans les écoles  en plus du PSUGO ?

Conclusion
Depuis tantôt une vingtaine d’années le reboisement est  devenu la   « nuestra  causa » ou celle de la « familia politica « des ONG internationales et des amis du cercle du pouvoir exécutif. Le reboisement tel que organisé est un processus de racket programmé dans le budget des ministères  ou des ONG dans le simple but de faire des commissions lucratives sur chaque plantule commandée. Ce sont des projets rigolo sauf ceux qui atterrissent maigrement  dans le milieu rural après avoir essuyé la mitraille des kyrielles d’organisations populaires qui relaient les prédateurs haut placés dans le braquage des fonds alloués au  reboisement.

Le pouvoir du gouvernement de Martelly et celui du parlement ne réalisent pas  que les citoyens  sont parvenus á  identifier les vrais problèmes du reboisement et qu’ils les enjoignent de mettre fin á  la valse  des millions qu’ils ne veulent plus  danser. Pour aider le reboisement  á trouver sa voie, mentionnons deux mesures prises dans un autre domaine  par la PNH et qui  ont marché très bien. La première  était le remorquage des voitures  en bon état mal stationnées  sur le  trottoir (les voitures en mauvais état  ne l’étaient pas). Le second est le port   obligatoire du casque  par les motocyclistes. La  première mesure fut rapportée parce que les pénalités payées par les contrevenants  n’allaient pas dans les caisses de l’état. La seconde est légitimement  observée parce que les contraventions  qui se paient chères sont distribuées par la police  au premier venu qui s’aventure á  circuler en moto  sans le port du casque dans les rues des grandes  villes. Si la gestion économique  de ces deux mesures est questionnable il n’en reste pas moins vrai que leur application avait porté  des fruits. Il faut simplement corriger les déviations .La même approche est suggérée pour compléter le paquet de mesures motivationnelles et contraignantes qui conditionnent la réussite d’un projet de reboisement.

Nous n’avons pas, nous n’aurons jamais assez d’argent pour mener á  terme un projet de reboisement  dans les 30 bassins versants dont les eaux en furie  dévastent á chaque averse tout sur leur passage. Au prix magouilleur des contrats de plantules signés entre l’état et les pépiniéristes il faudra  huit milliards de gourdes pour les produire. Avec une fraction du  budget d’investissement demandé de 1 552 142 521  de gourdes  pour le MDE ou de  6 409 316 728 de gourdes pour le MARNDR, combien d’années mettrait chacun de ces ministères  pour reboiser les basins versants et pour les protéger? Dire que les prévisions budgétaires faites par l’état et par la communauté  internationale sont généralement décaissées en fin d’exercice á hauteur de 60% pour le gouvernement  et de 41% pour l’étranger est encore  un autre sujet d’inquiétudes dans l’étude et dans la distribution du budget. Et si lá-encore  avec ces  huit milliards de gourdes  il y avait une chance sur mille que le reboisement réussisse, les haïtiens n’auraient qu’á  attendre l’arrivée de ce jour pour rendre grâce á  Dieu.

Non ! Non ! Il n’y a aucune chance que le reboisement  du pays  réussisse dans ces conditions. Il faut rejeter ces projets rigolo de 116.millions de plantules et de construction de master seuil en béton non étudiés dans un plan ordonné de valorisation des ressources humaines  et de renforcement des institutions étatiques  de proximité qui en conditionnent leurs succès. Si nous voulons que les projets de reboisement réussissent, commençons  d’abord par rétablir l’autorité de l’état dans les sections communales. Le reboisement du pays  est un must qui incombe au premier chef au pouvoir décentralisé. Nous ne pouvons pas  nous y soustraire. Organisons les pouvoirs locaux, rendons-les responsables et fonctionnels. Organisons la justice dans les sections communales. Organisons la police environnementale  ou la police communale sous le commandement de l’autorité civile  locale pour punir les contrevenants. Rendons la production de pépinières obligatoire dans toutes les écoles ayant bénéficié du PSUGO. Donnons ces contrats de production de plantules pour que l’argent du reboisement profite aux gens des zones á reboiser. Etendons ces mesures aux lycées publics et aux collèges privés du secondaire en milieu rural en échange des services fournis par l’état ou par le privé. Faisons  des pratiques de mise en défense  des sols et de reboisement une matière de base dans les programmes annuels d’examens scolaires. Mettons dans le curriculum des examens annuels  de fin d’études le reboisement  et la défense –restauration des sols comme des matières de base obligatoires. Rendons les services d’identification nationale et  d’intelligence nationale fonctionnels  pour pouvoir garantir le crédit donné par les banques  commerciales ou par une banque de développement. Et comme  toutes ces innovations demandent un consensus politique et  du temps pour  mettre en place une gouvernance locale  fonctionnelle ,votons une » loi d’expérimentation »,  choisissons des bassins versants pilotes  dans lesquels ce paquet intégré  de gouvernance et de reboisement sera expérimenté pour servir de lieux d’excursions, de démonstration et de motivation aux  groupes des leaders qui ont ces mêmes problèmes de reboisement chez eux. « Politik se fe tout mounn fe lajan. Martelly dwe fe lajan rebwazman ale nan môn kote rebwazman ap fet la, poul jwenn patisipasyon pep la  tout bon. Si Mateli eseye rale bo kotel,tout pati politik, LAVALAS  ak INITE te imilye yo, lap gen yon chans, poul sove pouvwa’l , ak pati politik  sa yo, kap ede’l nan rebwazman an,  pandan ke lap rasire  opinyon piblik la, menm si janklod Divalye se mounn pa li, pouvwa pal la, la, pa yon pouvwa  divalyeris  ki depase  deja  jodia.»

1er Aout 2013

Références
-Le bluff du Benzoliv et des 116 millions de plantules de reboisement du MDE
Michel William  Nouvelliste juin 2013
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-Les actes de l’Atelier national sur les choix énergétiques MARNDR 21 janvier 2000

-Gestion des Bassins versants, politique sous sectorielle du MARNDR Agr Paul Verlaine  Jean Baptiste (Les actes de la semaine du developpent Rural 13-17 décembre 1999).

jeudi 1 août 2013

"L'ACCULTURATION"



« L’acculturation »
Serge H. Moïse av.

Barreau de P-au-P.

        On n’en parle pas assez, on n’en parle presque pas, mais le pire fléau qui puisse frapper une nation, plus terrifiant que la bombe atomique, demeure l’acculturation de ses élites.

        L’élite d’une société en est le guide nous enseigne la sociologie moderne. Elle en est le fleuron du développement social, économique, culturel et politique. C’est encore elle qui oriente l’éducation, le vivre-ensemble par l’exemple évidemment.

        Elle est le creuset de la mémoire collective, dispensatrice du savoir mais surtout du savoir faire. Elle combat le vice et la corruption sous toutes ses formes. Elle symbolise le beau, le bon et le juste.

        Or dans le cas de notre « singulier petit pays », au lendemain de la guerre de l’indépendance, la geste combien héroïque de mil huit cent quatre, nous avons opté pour la religion de l’ancien maître et pour sa langue, oubliant ou ignorant qu’une langue charrie les valeurs culturelles du peuple qui l’a inventé.

        Cette jeunesse lâchée en pâture pour être « dressée à la française » dans un environnement caraïbéen se retrouve confrontée à une hybridation de son ethos qui rend plutôt difficile la recherche identitaire indispensable à l’épanouissement de l’être humain.

        « Quand vous ne savez pas d’où vous venez, vous ne pouvez pas savoir où aller! »
        L’éducation dans de pareilles conditions se révèle une technique de manipulation, de lavage de cerveau efficace et efficient. C’est tout de même à travers « l’éducation » que la religion, instrument de domination par excellence, atteint insidieusement mais sûrement ses objectifs inavouables et inavoués.

        Tout a commencé avec l’histoire tronquée enseignée et transmise aux générations, les unes après les autres.

        Quoi de plus aberrant que des millions de jeunes négros caraïbéens qui récitent à tue-tête, sans savoir de quoi ils parlent : « Nos ancêtres les Gaulois… ».

        Autre fausseté bien ancrée dans le subconscient de nos pseudo-intellectuels qui vous diront avec une sotte fierté que le français est leur langue maternelle.

        D’autres vous répéteront avec assurance et dans un langage châtié et très pointu : « La révolution haïtienne est fille de la révolution française ». Ainsi, les idées libératrices de Danton et de Robespierre auraient traversé les océans et instruit les pauvres hères taillables et corvéables dans les Antilles, de la voie à suivre. Que ferions-nous sans nos cousins les Gaulois?

        Dire que pas un de nos « zentellectuels », historiens, sociologues et autres « analystologues » n’a pensé à questionner ces incongruités qui se répètent depuis plus de deux cents ans, exception faite de Jacques Casimir qui essaie de remettre la pendule à l’heure.

        Ce n’est un secret pour personne que la métropole peuplait les colonies des rebuts de sa société. Les indésirables repris de justice, forçats de tous calibres, les prostituées auxquelles on offrait une dernière chance de se refaire une vie relativement décente. Tout ceci est tellement occulté que les rejetons issus de ces croisements, s’enorgueillissent du premier géniteur européen de leur lignée, quant à la contrepartie nègre, n’en parlons pas, tout heureux que ce soit difficile sinon impossible de remonter de ce côté de l’arbre généalogique.

        Et tout le monde s’en accommode, sujet tabou s’il en est, comme une espèce de consensus social, l’unique d’ailleurs au sein de cette drôle de société.

        « Il a fallu l’union des noirs et des mulâtres pour réaliser l’indépendance de la première république nègre ».

        Que c’est beau à dire et à écouter! Mais de quelle union parlons-nous? Ogé, Chavannes et consorts ont tenté de régler leurs propres affaires et ont lamentablement échoué. Ces deux leaders ont d’ailleurs payé de leur sang cette échauffourée qui leur a valu hélas le supplice de la roue.

        Les rigaudins après une meilleure évaluation du problème se sont rendus compte qu’ils étaient perdus à moins de s’adjoindre les taillables et corvéables. Et comme lorsqu’on est en situation de faiblesse, il faut se monter plus intelligent, ces gentlemen n’avait pas d’autre choix que de confier le haut commandement des troupes à l’intrépide, l’inégalable Jean-Jacques Dessalines. Lequel, ne flairant pas le piège, se donna corps et âme jusqu’à la proclamation de l’indépendance. Il sera nommé gouverneur à vie, puis sacré empereur. Mais quand vint le moment de partager le butin de guerre et qu’il eût à poser la question fatidique :
        « Et les autres dont les pères sont en Afrique, ils n’auront rien ? »
       
 La réponse ne se fit point attendre en dépit des efforts désespérés de Charlotin Marcadieu. Quel était le projet de société qui sous-tendait cette présumée union qui devait faire la force? Et même après la mort de l’empereur, qu’est-ce qui a eu comme changement d’attitude et de comportement entre bossales et créoles? Divisions mesquines, préjugés incohérents et stupides qui ont culminé, en mil neuf cent quarante six (1946) à ce mouvement noiriste qui n’a guère fait mieux.

        Le colonel John Russel, qui a cantonné au pays pendant l’occupation américaine, confiait à un de ses amis que l’homme haïtien, quelle que soit sa formation, a la mentalité d’un gamin de sept ans. Le président américain Franklin Delanoe Roosevelt n’a-t-il pas affirmé, que pour mieux tenir en laisse ces négros turbulents, il fallait faire en sorte que les va-nu-pieds soient toujours à couteaux tirés avec les nantis portant souliers? Et la vie suit son cours habituel depuis toujours comme si de rien n’était avec le résultat que plus ça change, plus c’est pareil.

        Rions un peu pour ne pas en pleurer. Ceux de notre âge s’en souviendront avec le rictus qui convient en la circonstance. Un petit effort de mémoire, lequel d’entre nous, adolescent et fougueux pouvait oser conter fleurette à une demoiselle de bonne famille dans notre vernaculaire? Il était remis à sa place immédiatement et de belle façon, comme le dernier des béotiens.

        Écrire une lettre à l’élue de son cœur et qui serait ponctuée de fautes d’orthographe ou de mauvais accords dans les verbes, il est voué aux gémonies et son avenir s’annonce peu prometteur.

        Très jeune, il nous a été inculqué que le «  kreyòl » n’était pas une langue humaine et nous y avons cru comme tout bon colonisé.

        Au tout début de l’émigration haïtienne vers des cieux plus cléments, nos compatriotes s’en allaient en République Dominicaine puis à Cuba. Rares étaient ceux qui s’avisaient de traverser les rives du Potomac où ils étaient confinés dans des fonctions de larbins de service.

        Puis vînt l’exode massif à cause de la satrapie duvaliérienne, nos diplômés en quête de survie, furent trop heureux d’offrir leurs modestes services aux différents pays avancés qui au même moment en avait grand besoin.

        Nous y étions en sécurité, vingt fois mieux payés que nous ne l’aurions jamais été sous les tropiques, le Canada, le Québec en particulier, les États-Unis, l’Afrique et la France pour ne citer que ces pays-là, sont vite devenus des havres de paix et de bonheur. Création d’emplois en permanence, la loi l’ordre dans la cité, on était donc enfin sorti de l’auberge.

       Inconsciemment l’acculturation s’accentue et nous fait prendre des grands airs vis-à-vis de ceux-là restés en arrière, dans la colonie dirigée par des comédiens érigés en « rois-nègres », comme l’ont d’ailleurs si bien expliqué Frantz Fanon et Kléber G. Jacob.

        Et en ce qui nous concerne, nos frères « kyskeyens » l’ayant compris ont décidé à travers la constitution de mil neuf cent quatre vingt-sept, en ses articles 13 et 15, nous ont administré, mais à tort bien sûr, un magistral coup de pied au cul.

        Tout ce qui précède n’a d’autre objectif que de nous rappeler que nous sommes tous responsables de la situation lamentable de notre pays, le plus corrompu et le plus pauvre de l’hémisphère, qu’il nous incombe d’en prendre conscience et d’envisager ensemble, main dans la main les voies de notre propre rédemption.

       Haïti c’est chacun d’entre nous, où que nous soyons et quoi que nous fassions. Nous devons donc nous ressaisir individuellement et collectivement afin de divorcer d’avec les effets pervers de notre acculturation et renoncer dans les plus brefs délais au « pitô nou lèd nou la ».

        Nous pouvons le faire et nous le ferons lorsque tous ensemble dans un tête-à-tête franc, ouvert, honnête et constructif, nous parviendrons à donner préséance aux intérêts supérieurs de la nation en mettant de côté nos ambitions personnelles et mesquines.

                                                                

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