samedi 24 septembre 2011

DOCUMENT D'ORIENTATION POUR LA REFONDATION DE L'ETAT D'HAITI SELON UNE VISION HAITIENNE





Document d’orientation
 pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne





Avril 2011
FONDATION HAITIENNE POUR LE DEVELOPPEMENT INTEGRALE LATINO AMERICAIN ET CARIBEEN (FONHDILAC)
DUVAL 24. VAL DES LAURIERS#6
CROIX-DES-BOUQUETS.HAITI.WI.


La FONHDILAC tient à remercier celles et ceux qui ont rendu ce document possible. Ce document est le second de la série et se veut être un hommage humble à la mémoire des trop nombreuses victimes du séisme du 12 janvier 2010. La fondation tient à manifester également sa gratitude au Forum Agricole Goâvien (FAG) qui a facilité une validation certaine des communautés rurales et périurbaines de cet exercice.   


DOCUMENT D'ORIENTATION POUR LA REFONDATION DE L'ETAT D'HAITI SELON UNE VISION HAITIENNE

I.                    CONTEXTE
La République d’Haïti occupe le tiers occidental de l’île d’Haïti (Quisqueya) dans la Mer des Caraïbes sur une  superficie totale de 27 750 km2. La population haïtienne était estimée à 10 millions d’habitants en 2010 alors que le pays ne comptait que 3 millions de personnes en 1950. Cette forte croissance démographique se traduit en une forte densité d´environ 360 habitants par km2. Malgré une tendance à l’urbanisation progressive, la population en milieu rural représente environ 60% de la population totale.
Le pays est administrativement divisé en dix (10) départements. Parmi ces 10 départements, celui de l’Ouest à lui seul absorbe 39% de la population totale avec une très forte concentration dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince (25% de la population).
Située sur la route des cyclones, Haïti est régulièrement victime des ouragans. En 2004, elle a fait les frais de deux inondations majeures suite à des phénomènes climatiques exceptionnels à Mapou/Fond Verrettes en mai et aux Gonaïves en septembre qui font plus de 4,000 morts. En 2008, elle a été dévastée par quatre tempêtes tropicales (Fay, Gustave, Hanna, Ike) ayant frappé neuf (9) des dix (10) départements  du pays. Ces ouragans dévastateurs avaient fait, d’après les organisations humanitaires, plus de 800 morts, 800,000 sinistrés, et causé des pertes matérielles estimées à environ 1 milliard de dollars américains (15% du PIB).  En dépit de cette situation, des efforts du Gouvernement et ceux de la communauté internationale, avaient permis, contre toute attente, à des résultats surprenants en 2009 (taux de croissance du PIB de 2.9%), le seul PMA de la région amérique latine et caraïbe (ALC) venait de surprendre tout le monde dans une année de récession mondiale. Haïti s’est donc replacée sur la carte mondiale du business.
Malheureusement, Haïti a subi, le 12 janvier 2010, un violent séisme de magnitude 7.3, dont l’épicentre se trouvait à 10 Kms de profondeur aux environs de la ville de Léogâne. Ce séisme a provoqué des dégâts dans plusieurs villes haïtiennes  dont la Capitale, Port-au-Prince, et  l’effondrement de la quasi-totalité des symboles physiques de l’État (120% du PIB de 2009 selon le PDNA 2010). Il a été enregistré, selon les autorités compétentes,  316,000 morts, 3,5 millions d’individus en situation d’urgence médicale, 4,000 amputés, 1,3 million de sans abri. Dans le cadre du plan national pour la relèvement et le développement national d’Haïti (PARDNH), il est prévu 34.5 milliards d’USD pour la reconstruction du Pays durant 22 ans. Ce plan présenté à New York, le 31 Mars 2010, a reçu 9.9 milliards d’USD de promesse de la Communauté Internationale (CI). La continuité des travaux prévus dans le cadre du document stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP2008-2011) et les premières actions humanitaires et de relèvement dans le cadre du PARDNH, n’ont certes pas permis de maintenir le taux de croissance du PIB de 2009, mais ont évité un taux de croissance négatif à deux chiffres (taux de croissance 2010 : -5.1% ). Des 9.9 milliards d’USD,  37.2% ont été engagés jusqu’en mars 2011, selon Bill Clinton, dans la cadre de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH). Avec ce taux de croissance négatif, la situation de la population haïtienne (taux de croissance de 2%) s’est donc aggravée : augmentation de la pauvreté, insécurité alimentaire, 55% de la population vit dans des conditions infrahumaines liées à la faiblesse institutionnelle nationale et locale et aux inégalités spatiales dans l’offre des équipements collectifs (Guichard Doré in Le Matin du 15 au 21 avril 2011).
De plus, en 2010, Haïti a du  faire face à d’autres problèmes découlant du choléra (plus de 5000 morts depuis novembre 2010), du cyclone Tomas, des résultats des élections du 28 novembre 2010 (100 M d’USD de dommages) et du 20 mars 2011 (perturbations au niveau de certaines villes et sur les routes nationales). Malgré tout, lors des journées de la finance (4-8 Avril 2011) organisées par le Group Croissance et la Banque de la République d’Haïti (BRH), le Ministre de l’économie et des finances affirme que, en dépit des perturbations politiques enregistrées au cours du premier semestre de l’exercice fiscal 2010-2011, le taux de croissance du PIB de 8.9% prévu sera autour de 8% à la fin de l’exercice, à moins que l’on enregistre des catastrophes graves avant septembre 2011. D’un autre coté, le mercredi 4 avril 2011, à la cérémonie d’ouverture de cet événement, le Gouverneur de la BRH table sur des hypothèses de taux de croissance de  7% du PIB durant les 10 prochaines années pour passer de 700 USD du PIB per capita à 1400 USD per capita. Et l’économiste, Charles Clermont, pense qu’avec une politique axée sur le développement des PME, Haïti pourrait doubler son PIB per capita tous les cinq (5) ans avec une hypothèse de taux de croissance annuel de 15% du PIB, tous les six(6) ans avec une hypothèse de taux de croissance de 12% du PIB selon le Banker, Carl Braun[1], du Groupe UNIBANK.
Lors de la réunion mensuelle du deuxième dimanche du mois de la FONHDILAC, le 9 avril 2011, les cadres de l’institution, comme ils ont fait après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, ont pris la résolution de mettre en place un comité de rédaction pour l’élaboration d’un document d’orientation qui pourrait contribuer à orienter le pays durant les 25 prochaines années y inclus le quinquennat du nouveau président SEM Michel Joseph Martelly.

Ainsi, ce changement de gouvernement et de vision politique a poussé les cadres de la FONHDILAC à réfléchir, suite à leur Plaidoyer pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision Haïtienne, sorti en février 2010, sur ce présent document intitulé : Document d’orientation pour la Refondation de l’ Etat D’Haïti selon une vision haïtienne, 14 mois plus tard. Ce document, qui se veut une suite logique du premier sorti d’il y a environ un an, s’articule autour d’une vision, des objectifs, d’un cadre philosophique, des principes directeurs, des résultats attendus, des grandes lignes d’orientation, des actions, d’une stratégie globale de mise en œuvre, du chiffrage des actions, d’un chronogramme des actions, des risques et de leur gestion.
C’est un document basé sur des hypothèses optimistes (8-12% de croissance économique annuelle et 1% de croissance annuelle de la population) en dépit du fait que Haïti, pays de surprises négatives mais aussi capable d’exploits les plus extraordinaires et de résultats les plus surprenants dans des contextes mondiaux hostiles, puisse faire mentir les plus pessimistes et entrainer ses fils et filles vers des résultats axés sur une vision d’ensemble assez claire et des objectifs précis basés sur des hypothèses de travail certes optimistes, mais réalistes  dans un contexte haïtien de réconciliation nationale et d’envie de vivre ensemble en vue de refaire de notre pays, la perle des Antilles, l’exception culturelle de la Caraïbe, et être un pays émergent à l’horizon 2035

II.                  LA VISION ET LES OBJECTIFS
La vision de cette Haïti de demain n’est pas différente de celle exprimée dans le document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP 2008-2011). Cette vision a été exprimée dans le discours de lancement[2] du PDNA 2010, le 18 février 2010, à Karibe Convention Center, Pétion ville :  Nous partageons un rêve : celui de voir Haïti comme un pays émergent d’ici 2030, société de la simplicité, équitable, juste et solidaire, vivant en harmonie avec son environnement, sa culture et une modernité maîtrisée où l’Etat de droit, la liberté d’association et d’expression et l’aménagement du territoire sont établis, dotée d’une économie moderne, forte, dynamique, compétitive, ouverte et à large base territoriale, où l’ensemble des besoins de base de la population sont satisfaits et gérés par un Etat unitaire, fort, garant de l’intérêt général, fortement déconcentré et décentralisé. 
Cette vision gouvernementale n’est pas trop différente de celle déjà exprimée par la société civile tant en Haïti que dans la diaspora. En tout cas, elle résume bien le texte de plaidoyer de la FONHDILAC, et sied parfaitement à la vision exprimée par la FONHDILAC et à la philosophie dégagée dans le cadre de l’approche hexagonale.

Objectif Principal

L'objectif principal du Document d’orientation pour la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne est de formuler des propositions concrètes aux instances concernées par la refondation de l’Etat d'Haïti, en se basant sur des réflexions menées de manière participative tant au niveau de la FONHDILAC qu’au niveau d’autres entités de l’Etat, de la société civile et de la communauté internationale collaborant avec Haïti, et en profitant au maximum  des expertises et sensibilités disponibles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

Objectifs spécifiques
  1. Promouvoir les actions visant la refondation de l’Haïti de demain, plus équitable, fondée sur le droit, le partage, la solidarité, l'éducation, le respect de l'environnement et le culte du bien commun;

  1. Promouvoir la mise en place d’un système tendant vers un citoyen responsabilisé[3]dans une société économiquement riche, socialement équitable et politiquement responsable[4] ».

  1. Promouvoir le développement d'Haïti par une planification stratégique basée sur l’humain, le social, l’environnemental, sur l’infrastructurel, et sur une bonne gouvernance économique, financière et politique, et tenant compte de l’utilisation efficace des ressources humaines disponibles tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ainsi que des ressources naturelles à l’intérieur d'Haïti;

  1. Mettre en place des mécanismes permettant une solidarité internationale plus efficiente à l'égard d'Haïti dans le cadre de la réforme de l’Etat visant une meilleure distribution de la justice, une meilleure distribution de la richesse du pays, la déconcentration administrative, la décentralisation et l’aménagement du territoire selon 4 régions (Nord, Centre, Ouest et Sud), 10 départements, 42 arrondissements, 140 communes et 570 sections communales.
III.                LE  CADRE PHILOSOPHIQUE ET LES PRINCIPES DIRECTEURS

Approches philosophiques

Le cadre philosophique de ce document d’orientation s’articule autour des approches participatives, territoriales et se base surtout sur l’approche hexagonale développée par la FONHDILAC. « L’approche hexagonale est étroitement liée aux approches Bassin Versant, territoriale, Cluster, à l’approche participative et ses diverses dérivées : le partenariat, la synergie, la responsabilisation individuelle et collective, la mise en réseau aux niveaux local, national, régional et mondial. Elle peut constituer le cadre de diagnostic, d’analyse et d’application de tout le processus de développement durable à ces divers niveaux » D’où les principes directeurs retenus.

Principes Directeurs

Dans le cadre de ce document, nous avons adopté les six principes du groupe GRAHN[5] :
1.       Justice sociale et participation citoyenne : reconstruire une citoyenneté partagée qui permet à chaque Haïtienne/Haïtien de jouir pleinement de ses droits, sans aucune forme de discrimination, tout en assumant pleinement ses devoirs envers la société;
2.       Droit et accessibilité aux services de base : reconnaître le droit de tout citoyen à des services de base tels l'éducation, la santé, l'alimentation, l'eau potable, le logement, et entreprendre les actions nécessaires visant à terme l'accessibilité de  ces services de base à tous les Haïtiennes/Haïtiens, sans exclusive;
3.       Continuité des actions positives : identifier, valoriser et poursuivre les bonnes initiatives qui ont cours dans le pays, en évitant de faire table rase des expériences édifiantes pour repartir de zéro;
4.       Arrimage avec le pays intérieur comme manifestation de la solidarité nationale : prendre en compte les aspirations et les préoccupations de la société civile haïtienne afin de contribuer à la réalisation de celles-ci et de les porter au devant de la scène internationale;
5.       Urgence compatible avec le long terme : régler les problèmes urgents d'aujourd'hui en ayant recours à des solutions intelligentes et responsables qui n'hypothèquent pas l'avenir du pays;
6.       Développement durable : privilégier les choix de reconstruction et de développement qui préservent les générations futures.
Auxquels, nous ajoutons les principes directeurs définis par la FONHDILAC  en relation avec les axes fondamentaux de l’approche hexagonale :
Axe humain
Le principe fondamental est la satisfaction des droits humains fondamentaux en référence à la déclaration universelle des droits de l’homme,  la constitution de 1987 et les objectifs du millénaire pour le développement.

Axe socio-culturel
Au niveau de cet axe, nous avons deux principes fondamentaux
1.       Participation-responsabilisation
2.       Promotion et Protection de la culture nationale

Axe environnemental
Le principe fondamental est le développement durable, exploitation « conservatrice » des ressources naturelles.

Axe infrastructurel
Au niveau de cet axe, nous avons deux principes fondamentaux :
1.       l’aménagement du territoire doit respecter le principe du développement durable
2.       les investissements doivent être répartis de manière équilibrée sur l’ensemble du territoire (déconcentration économique).

Axe économique et financier
Le principe fondamental est l’accès équitable aux biens et services résultant des activités de production et de distribution.

Axe politique
Le principe fondamental est une répartition équitable, socialement (principe démocratique) et géographiquement (décentralisation, déconcentration administrative), de la participation  de la population aux décisions et de leur mise en œuvre.

En référence, au cadre philosophique et aux principes directeurs retenus et développés, on peut s’attendre à  des résultats tels détaillés au point 4.

IV.                LES RESULTATS ATTENDUS
Les résultats attendus le sont eu égard à l’approche hexagonale. L’approche hexagonale vise, tout en s’appuyant sur la démarche participative, à développer un cadre harmonieux pour l’évolution de l’humain dans un cadre social équitable, dans un cadre naturel régénéré et bien équipé par des infrastructures adaptées, dans un cadre économique et financier incitatif et dans un cadre politique responsable et démocratique. D’où l’accent mis sur les six capitaux : le capital humain, le capital social, le capital environnemental, le capital infrastructurel, le capital financier et économique et le capital politique. Ce qui peut se schématiser de manière logique avec l’humain à l’intérieur du social, les deux à l’intérieur de l’environnemental, et l’aménagement de l’environnemental de manière telle à ce que l’ensemble soit en harmonie, le système financier et économique pour réaliser cet ensemble et le perpétuer dans le cadre d’une gouvernance économique régulatrice et incitatrice, et le système politique pour la gestion globale et le maintien de l’équilibre harmonieux du système global.

                En clair, le résultat final  se traduira  par la mise en place d’un nouveau système favorisant une Haïti émergente et moderne à l’horizon 2035 axé sur :

(i)                  Le capital humain comme tenant et aboutissant du processus de développement local et national avec un taux de croissance de population en deçà de 2% ; Ce qui se traduira par une masse critique de gens éduqués (90% de la population) tant au niveau primaire (100%), secondaire (100%), universitaire (70%) et professionnel (100%), en bonne santé  disposant de services de santé, d’eau potable, d’électricité, de communication, d’emploi  (90%) à leur portée et leur permettant de satisfaire leurs besoins primaires (se nourrir, se loger, s’éduquer, se divertir) ;

(ii)                Le capital social comme élément fondamental du système social et  de socialisation (60% de la population regroupés dans des associations) ; en promouvant sa force culturelle, l’haïtien se regroupe en société selon sa religion, son métier, ses intérêts, ses champs de compétences, de loisirs ;

(iii)               Le capital environnemental ou naturel comme cadre naturel, environnemental et géographique d’évolution de l’humain et des groupes sociaux ; l’haïtien procède à la régénération de son environnement naturel (25% de forêt primaire ajouté au 29% de couverture végétale actuelle[6]) qu’il perpétue avec amour à l’intérieur de ses organisations sociale, culturelle, écologique, économique et politique, en réseaux entre elles et avec des organisations de mêmes types au niveau de la caraïbe, de l’Amérique Latine et du monde ;

(iv)              Le capital physique et infrastructurel comme cadre de confort de l’humain et de l’humain regroupé en société ; avec l’aide de  la communauté internationale, l’Etat d’Haïti, à travers ses gouvernements,  procède, à partir d’un excellent plan d’aménagement du territoire, à la réhabilitation, la construction des  équipements (logements (70%), bâtiments administratifs (100%), scolaires (100%), universitaires (4 grandes universités dans 4 régions), sanitaires (70%), industriels (50%), commerciales (50%) et touristiques (40%), réseaux d’irrigation (100%), de routes (100%), d’eau potable (100%), d’électricité (90%), de télécommunications (70%), etc.

(v)                Le capital financier et économique ( taux de croissance du PIB  8-12%  par an, PIB 2035 : 3.5-4500 USD/Hab., à partir de la bonne gouvernance et avec  l’appui de la communauté internationale dans un premier temps, et du secteur privé tant haïtien qu’étranger, comme cadre de financement de l’ensemble et cadre d’évolution des activités économiques et financières susceptibles de contribuer à l’autonomisation de l’humain et des catégories sociales évoluant dans le système et le perpétuer, et

(vi)              Le capital politique comme cadre fondamental de planification, de conception, de coordination, d’incitation, d’orientation et de régulation grâce à la bonne gouvernance, s’oriente vers une Haïti compétitive exploitant à fonds ses richesses naturelles en les répartissant de manière la plus équitable possible grâce à une politique de décentralisation et de déconcentration administrative basée sur les potentialités des différentes régions du pays et d’une vingtaine de pôles de développement.

V.                  LES GRANDES ORIENTATIONS
Les grandes orientations stratégiques  de ce document d’orientation s’articulent autour des grandes lignes suivantes :
(i)                  Une politique de population  et de développement des ressources humaines  axée sur le respect  des règles de la vie associative, de la gestion financière et économique, et de la vie politique, sur le respect de l’environnement et des infrastructures mises en place avec et pour la population, et se basant sur un taux de croissance avoisinant 1% au lieu de 2% actuellement, sur une politique sanitaire visant la couverture sanitaire de tout le pays depuis la section communale la plus reculée jusqu’au niveau de la ville , sur une politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle visant la satisfaction des besoins de la population en la matière jusqu’au niveau de souveraineté alimentaire le plus élevé possible et tenant compte des aspects sanitaires, éducatifs, environnementaux, agricoles, culturaux, économiques et financiers ;

(ii)                Une politique de mise en place d’un système social plus équitable basé sur l’éducation visant la  compétitivité, en passant par  la scolarisation universelle,  le nouveau secondaire, l’université, tenant compte de la culture haïtienne avec des ouvertures sur l’extérieur, en particulier la Caraïbe, l’Amérique Latine, l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie et  le monde, et promouvant une vie associative riche et bien régulée par une gouvernance sérieuse et incitative, des structures de gestion de l’environnement, des infrastructures, des structures de participation à la vie économique et à la vie politique avec des investissements importants dans le système social ;

(iii)               Une politique de  protection de l’environnement  et des ressources naturelles  axée sur l’éducation au respect de l’environnement, sur la gestion des risques et désastres, sur la  participation de la population et de ses organisations à la gestion de l’environnement, sur sa réhabilitation totale, sur la promotion de l’écotourisme, du tourisme culturel,  sur la mise en              place des structures de gestion de l’environnement tant au niveau étatique, que des collectivités territoriales et de la société civile, et sur des investissements importants au niveau de l’environnement ;

(iv)              Une politique d’aménagement du territoire agressive  axée sur l’éducation au respect des infrastructures, sur la participation des structures sociales, de la société civile, des collectivités territoriales et étatiques dans la gestion des infrastructures, avec un zoning strict  des aménagements (logements, routes, irrigation, eau potable, hôpitaux, etc.) respectueux des normes environnementales, tenant compte  de la nature montagneuse de la République d’Haïti et de la situation de la vulnérabilité de l’environnement haïtien et de ses nombreux risques et des investissements importants y relatifs ;

(v)                Une politique économique et financière visant un système financier et économique non inflationniste (taux d’inflation < 10%), protectionniste au même niveau que la Caraïbe sur certains aspects et libérale  sur d’autres aspects,  basée sur des grands choix économiques et financiers,  sur l’harmonisation des politiques fiscales (taux de taxation autour de 15%) et monétaires (taux de change autour de 40 HTG pour 1 USD) et des taux de crédit incitatifs et favorables au développement des petites et moyennes entreprises (PME) et une couverture d’assurance à toutes épreuves couvrant tous les risques auxquels fait face le Pays Haïtien. Tout ceci est soutenu par une  éducation économique et financière à la base, une incitation à la vie économique, à la priorisation de la protection de l’environnement, à la répartition équitable des infrastructures sur tout le territoire national ;

(vi)              Une gouvernance politique visant le bien être de la population haïtienne et axée sur l’éducation politique de la population, sur sa participation à la vie politique, à la gestion de l’environnement, à la gestion des infrastructures, à la gestion des ressources financières, sur la déconcentration administrative, sur la décentralisation à partir de 4 régions, des 10 départements et des 42 arrondissements, sur une justice équitable , sur la reforme de l’Etat, sur la répartition des richesses eu égard aux potentialités de chaque région et des pôles de développement susceptible de garantir une croissance soutenue du PIB autour de 8-12% sur une période de 25 ans.
VI.                LES ACTIONS
De ces grandes orientations découlent les actions suivantes articulées autour des ressources humaines comme tenants et aboutissants du processus de développement durable. Partant de la gouvernance politique qui englobe l’éducation politique, la participation à la vie politique, à la gestion de l’environnement, des infrastructures, des ressources financières, les politiques d’Etat axées autour des six axes et exprimées dans le tableau suivant en termes d’éducation, de gestion, de respects des normes et des règles du jeu établies et en termes d’investissements publics et privés, ne visent qu’au renforcement  du cadre de vie de l’Haïtien et de ses associations. Toutes les actions exprimées dans ce tableau et articulées autour des six axes sont autant de politiques publiques à renforcer et à mettre en œuvre pour aboutir à l’Haïti de demain rêvée par tous les haïtiens.

Croisement des axes en 36 éléments satellitaires ou actions à entreprendre/à consolider
A
B
C
D
E
F
Axe Humain
Axe Social et Culturel
Axe Environ-nemental
Axe Infra-structurel
Axe Economique
et Financier
Axe Politique
I
Axe Humain
Les ressources humaines
Socialisation
Éducation au respect de l’environnement
Éducation au respect des infrastructures
Éducation économique
Éducation politique
II
Axe Social et Culturel
Participation à la vie associative
Système social
Participation à la gestion de l’environnement
Participation à la gestion des infrastructures
Participation à la vie économique
Participation à la vie politique
III
Axe Environ-nemental
Respect de l’environnement
Structures de gestion de l’environnement
Ressources naturelles
Aménagement respectueux de l’environnement
Priorisation de la protection de l’environnement
Gestion de l’environnement
IV
Axe Infra-structurel
Respect des infrastructures
Structures de gestion des infrastructures
Structures de protection de l’environnement
Aménagement du territoire       (4 Régions, 10 dpts, 42 arrondissements, 570 sections communales
Répartition équitable des infrastructures
Gestion des infrastructures
V
Axe Economique
et Financier
Respect des règles de la vie économique
Investissements dans l’éducation
Structures de participation à la vie économique
Investissements dans la vie associative
Investissements protecteurs de l’environnement
Investissements dans les infrastructures (Logements, routes, irrigation, EP, Electricité, NTIC,  ports, Aéroports,etc)
Le système économique et financier
Gestion des ressources financières
VI
Axe Politique
Respect des règles de la vie politique
Politique de développement des ressources humaines
Structures de participation à la vie politique
Régulation de la vie associative
Politique de protection de l’environnement
Politique d’aménagement du territoire
Définition des grands choix économiques et financiers
La Gouvernance

VII.              LA STRATEGIE DE MISE EN OEUVTRE
La stratégie de mise en œuvre  du nouvel Etat d’Haïti selon une vision haïtienne, tout en s’inspirant de certaines propositions  de réformes de l’Etat glanées ça et là et de certaines pratiques en cours au niveau de l’actuel  Etat d’Haïti pour faciliter la transition et la continuité,  se base sur deux points importants à notre avis : A) la réorganisation de l’Etat d’Haïti, et B) la gestion des grandes catégories d’actions.
A.      La réorganisation de l’Etat d’Haïti
Pour la mise en œuvre de l’ensemble des actions ou politiques publiques décrites plus haut, il faudrait procéder par une réorganisation profonde de l’appareil étatique et gouvernemental. La constitution de 1987 modifiée, le plan stratégique de sauvetage National (PSSN), les travaux de réformes de la commission Nationale de reforme administrative (CNRA), les travaux du Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN), les Travaux des diverses commissions présidentielles, les travaux de la société Civile et du secteur privé Haïtien pourront contribuer à la mise en œuvre de ce document d’orientation.
Le regroupement des ministères selon leurs missions et attributions
L’ensemble des services de l’Etat seront regroupés en onze (11) grands ministères : (i)Le  Ministère de l’intérieur, de la défense nationale et des collectivités territoriales,(ii) le Ministère des affaires étrangères, de la coopération externe et des Haïtiens vivant à l’Etranger,(iii) le Ministère de la planification, de l’Aménagement du Territoire, de la fonction publique, (iv) le Ministère de l’économie, des finances, du commerce et de l’industrie, (v) le Ministère des travaux publics, transports et Communications, (vi) le Ministère de l’éducation Nationale, de la jeunesse, des sports et des Services civiques,(vii) le Ministère de la Santé publique, de la population et de la condition Féminine, (viii)) le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles, de l’environnement et de la pêche, (ix) le Ministère de la culture, de l’Information et du Tourisme,(x) le Ministère des affaires sociales, humanitaires, des cultes et de l’emploi. (xi) Le Ministère de la justice et de la Sécurité publique
Les secrétaireries d’Etat
Chaque Ministère sera subdivisé en secrétaireries d’Etat. Les ministères actuels regroupés sous le label d’un  un autre ministère seront dirigés automatiquement par un Secrétaire d’Etat. Chacun des services  de l’État se retrouve déconcentré au niveau des 10 départements et des  42  arrondissements avec  tout le personnel et l’équipement nécessaire pour faire fonctionner le service au niveau local et satisfaire les besoins de la population concernée en la matière.
Ce  mode d’organisation de l’Etat permettrait un fonctionnement optimum jusqu’à l’adaptation finale qui correspondrait à la vision de changement du nouveau pouvoir. Le changement ne devrait pas être seulement un changement de certaines personnes, mais aussi et surtout un changement de mentalité et de structure organisationnelle de l’Etat avec obligation de résultats périodiques et finaux.
L’organisation des Collectivités Territoriales en 4 régions et 42 arrondissements
Les collectivités territoriales seront regroupées dans 4 régions Nord, Centre, Ouest et Sud et administrées au niveau de 42 arrondissements regroupant communes et sections communales avec 20 grands pôles de développement bien équipés , dotés de tous les services de base (hôpitaux, écoles, centres de formation professionnelle, industries, centres de loisir, etc.), et entourés de villes satellitaires tampons bien dotées elles aussi, mais à un degré moindre que les arrondissements, ainsi de suite jusqu'au niveau des sections communales. Les 4 régions seront dotées de 4 campus universitaires garantissant l'avantage compétitif de notre pays dans des domaines bien spécifiques.
B.      La mise en œuvre des grandes catégories d’actions de l’Etat
Pour y parvenir, la nouvelle administration, issue des élections, tout en contrôlant, de manière stricte, la question d’insécurité, devrait s’atteler à quatre (4) grandes catégories d’actions. Il en sera de même pour toute nouvelle administration durant les 25 prochaines années avec  les mêmes catégories d’actions, mais un peu différentes du point de vue thématique d’un quinquennat à l’autre. Peut-être que l’on n’aura plus besoin d’une grande concertation nationale (réf.7.B.3) après la première qu’aura organisée cette nouvelle  administration issue des élections du 20 mars 2011. De toute manière, attardons-nous sur les 4 catégories d’actions.
1.       La gestion des actions d’urgences
Les actions d’urgences se regroupent en actions liées au choléra, le déplacement des sans abri dans des endroits décents, en attendant de les héberger définitivement dans des logements dignes de ce nom au niveau des pôles développement, de préférence loin de Port-au-Prince, d’où nécessité d’un travail de recensement très sérieux des sans abri et de leurs lieux d’origine et de ce dont ils disposaient avant le séisme ; la préparation de la saison cyclonique 2011 avec plan de contingence, la poursuite des travaux de protection des villes contre les inondations périodiques, l’assainissement des villes, des villages, la réparation des rues, des routes de pénétration, des pistes rurales, l’enlèvement des débris dans les zones affectées par le séisme, le curage des drains et des canaux, etc. ; la préparation des campagnes agricoles de printemps, d’été et d’hiver en s’appuyant sur le plan préparé par le ministère de l’agriculture, le cluster agriculture pourrait grandement aider, le traitement des ravines, des rivières, des versants, la mise en place des structures biologiques et mécaniques, etc. ; la création d’emplois temporaires dans les domaines d’assainissement , d’adoquinage de rues, d’irrigation, de conservation de sols et de l’eau, d’enlèvement des débris, de construction de logements sociaux, etc.  Il faudrait que les travaux d’urgences aient des liens de continuité avec les actions durables.
2.       La gestion des actions durables et structurantes
Certaines actions sont en cours d’exécution au niveau des grands chantiers routiers, d’irrigation, d’eau potable, d’électricité, de constructions d’écoles, de centres administratifs, de santé, d’universités, de centres de stockage. Le Gouvernement a intérêt à poursuivre ces actions, à mettre en œuvre les études, à faire d’autres études, à réaliser d’autres projets. Le plan national d’éducation, le plan national d’investissement agricole, le plan national de sécurité alimentaire, le plan directeur de vulgarisation, les travaux des diverses commissions, les 74 projets approuvés par la CIRH, les réformes entamées  au niveau de l’Etat, au niveau du système bancaire, au niveau du système d’assurance, les projets de lois, les décrets, la reforme constitutionnelle, tous ces travaux, toutes ces actions devront  se faire dans un souci de continuité de l’Etat. Il a été programmé un certain nombre d’actions dans le cadre de la CIRH  dont le mandat arrive à terme en octobre 2011. Cette structure devra être remplacée à cette date par une agence de développement d’Haïti (ADH). Il ne faudra pas trop se battre avec la communauté internationale par rapport à cette entité. On pourrait facilement renégocier tout cela au moment de la création de l’Agence de développement.
3.       La grande concertation nationale
Haïti dispose d’un ensemble de plans dont le PARDNH, le PSSN, le GRAHN, les plans de la société civile, du  secteur privé, la grande concertation devrait en faire un plan consensuel sur 25 ans, s'attaquer à l'inégalité sociale, la justice, la déconcentration administrative, la décentralisation à partir des arrondissements, l'aménagement du territoire, l'axe capitale tel que proposé par la FONHDILAC, la mise en place de cette agence de reconstruction en lieu et place de la CIRH avec droit de regard et d'appui de la communauté internationale, les nouveaux amendements de la constitution, la réforme de l’Etat, sa réorganisation pour lui permettre d’être plus performant, le modèle de décentralisation pour Haïti par rapport aux arrondissements, les 20 pôles de développement à mettre en place dans le cadre de la décentralisation et de l’aménagement du territoire, leur découpage, celui des quatre régions, les villes Tampons par rapport aux pôles de développement, la validation d’un ensemble de dossiers sur lesquels Haïti n’a pas encore de consensus, etc.
Cette concertation nationale qui viserait le regain de confiance entre les haïtiens, la réconciliation nationale, devrait être inclusive, semi souveraine, car elle ne doit pas remettre en question les résultats des élections qui ont mis en place la nouvelle administration ni toute la constitution de 1987, car cette constitution est aussi une conquête démocratique et traduit une certaine vision de l’Haïti de demain par rapport à cet Etat prédateur mis en place après 1806. Les résultats de cette grande concertation nationale seront dans la mesure du possible d’application immédiate, sauf le plan consensuel qui devra prendre en compte le plan quinquennal de la nouvelle administration.
Ce plan stratégique sera suivi d’un ensemble de plans opérationnels qui seront exécutés par les ministères regroupant un certain nombre de secrétaireries d'Etat et/ou organismes autonomes sous tutelle de ces ministres avec des structures déconcentrées et décentralisées couvrant tout le pays.
4.       L’Organisation des élections municipales, sénatoriales partielles et indirectes
La Nouvelle administration aura à organiser des élections au cours de cette année en vue de renouveler le tiers du Senat, la mise en place de nouveaux maires élus, des CASECs et des institutions prévues pour la mise en place des Collectivités Territoriales (CT). L’amendement constitutionnel prévoit comment mettre en place le CEP permanent, une fois fait, il faudrait rapidement procéder à la mise en place de ce nouveau CEP et le Conseil Constitutionnel prévus par les amendements. La nouvelle administration pourrait, par la suite, procéder à l’organisation des élections sénatoriales, municipales et indirectes telles que prévues par les amendements constitutionnels.
Il faut noter et souligner que le Nouveau Pouvoir aura à organiser durant sa dernière année de Mandat de 5 ans, les élections générales telles que prévues par les amendements et qui pourraient être confirmés et même renforcés par la grande concertation  semi souveraine avec des résolutions d’application quasi immédiate.
Quant aux autres quinquennats qui viendront après, les élections générales se feront durant la dernière année de la présidence selon le « calendrier harmonisé » prévu par les amendements actuels et peut-être par d’autres issus de la Grande Concertation du Premier quinquennat.

VIII.            LE CHIFFRAGE, LE FINANCEMENT
Dans notre exercice de chiffrage, nous nous inspirons  des réflexions et estimations faites par des professionnels aussi bien haïtiens qu’étrangers. La proposition d’érection d’une ville universitaire de 50,000 habitants près de Ganthier se chiffre à 6 milliards de dollars américains. Le document d’orientation sur Gonaïves reste dans ces ordres de grandeur. Le DSNCRP a prévu pour sa part 4.3 milliards de dollars américains sur trois ans. Ainsi, compte tenu de tout ce qui précède, nos projections pour la construction de cette nouvelle Haïti ont été de 40 milliards de dollars américains sur une période de 10 années. Ce qui correspond à des investissements moyens de 4 milliards par an.
Maintenant que nous prévoyons la mise en œuvre du document d’orientation sur une période beaucoup plus longue de 25 ans au lieu de 10 ans, il faudra revoir à la hausse les chiffres. Le Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN) a prévu 100 milliards USD sur une période de 25 ans. Le Plan d’action pour le Relèvement et le développement National d’Haïti (PARDNH) a prévu 34.5 milliards d’USD  sur 22 ans.
Naturellement, on aurait tendance à se baser sur le montant de financement négocié par le pouvoir actuel et sur lequel il a déjà des promesses de 9.9 milliards d’USD dont 37.2% auraient été décaissés et engagés dans le cadre de la CIRH. Toutefois, il serait plus réaliste de revoir les chiffres à la hausse et les situer au niveau du PSSN, soit 100 milliards, qui correspondent au montant prévu par la FONHDILAC  par extension. D’autant que, selon les hypothèses de taux croissance annuel du PIB (8-12%) prévues par la FONHDILAC, il faudra des investissements annuels (APD, publics et privés) de l’ordre de 4 milliards d’USD/an pour soutenir cette croissance sur une période de 25 ans pour faire d’Haïti, « un pays émergent  et moderne » à l’horizon de 2035.

IX.                LA DUREE
La mise en œuvre de la refondation  de l’Etat d’Haïti se fera en trois phases : l’urgence sur 6 mois, le relèvement sur 18 mois et la reconstruction sur 23 ans subdivisés en périodes quinquennales. Dans la réalité, les trois phases ne sont jamais aussi séquentielles et rigides. En effet, à cause de la vulnérabilité du pays, durant au moins les dix premières années de la reconstruction, l’Etat aura à gérer les urgences annuelles liées aux intempéries, et même au-delà, il y aura toujours des urgences à gérer. C’est pourquoi, il faudra des phases parfaitement imbriquées, articulées et intégrées de façon à former un tout cohérent conduisant au développement durable de notre pays. Ce calendrier doit tenir compte des investissements prévus dans le cadre du DSNCRP, du PARDNH, des investissements des secteurs privés haïtiens et étrangers, de la diaspora haïtienne. Une période de 5 à 7 ans serait suffisante pour atteindre la vitesse de croisière, si nous arrivions à bien gérer les risques inhérents à une telle entreprise aussi ambitieuse de refonder un Etat, et pas n’importe lequel, le plus imprévisible de tous et aussi le plus surprenant.

X.                  LES RISQUES ET LA GESTION DES RISQUES EN GUISE DE CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Avec l’Etat d’Haïti actuel, les risques en temps normal se retrouvent à chaque pas. Dans le cas qui nous concerne de promouvoir la mise en place d’un nouvel Etat, la refondation de l’Etat d’Haïti selon une vision haïtienne, il faudra les multiplier par 4 sinon plus. Aussi allons-nous sélectionner quelques uns qui pourraient surgir à n’importe quelle phase du processus de refondation de l’Etat.
La gestion des risques et désastres
Haïti fait face à des risques cycloniques et sismiques, car elle est sur la route des cyclones et basée sur un réseau de failles sismiques susceptibles de provoquer des tremblements de terre assez violents (7, 8 de magnitude) et d’éventuels tsunamis. Son degré de dégradation environnementale la rend encore plus vulnérable. Ces données doivent être prises en compte dans les politiques publiques. C’est pourquoi, chaque année, dans le budget de la République, les fonds pour la mise en œuvre d’un plan annuel de contingence doivent être inscrits pour gérer ces risques jusqu’à ce que le pays atteigne un niveau de développement qui tienne compte de ces données et qui permettent, une fois le niveau de vulnérabilité jugé assez réduit, de diminuer proportionnellement les coûts prévus pour manager ces risques et désastres. Donc, il faut éviter de refaire pareil.
Tentation de refaire pareil
Dans le cas d'Haïti dévastée, il ne peut s'agir seulement, ni d'abord, de reconstruction technique d'infrastructures et de structures. Il s'agit fondamentalement de reconstruction politique et sociale orientant la reconstruction économique et technique. Ce serait gaspiller l'aide internationale et toute la solidarité citoyenne partout mobilisée à tous les niveaux, si l'on se contentait de refaire une copie neuve sur papier vélin de la société d'avant le séisme.
Dans cette perspective, il ne suffit point de déclarer dans des discours politiquement corrects qu'on reconnaît et respecte la souveraineté d'Haïti. Il faut le montrer dans la pratique et les formes d'aide. C'est d'autant plus nécessaire que l'État haïtien, fragilisé avant le séisme, s'est quasiment effondré après le séisme. Ainsi blessé presque à mort, il est devenu une proie facile pour tous les États forts tentés de se conduire en redresseurs d'États fragiles. La nouvelle administration devra être très vigilante dans ses rapports avec ses partenaires de la communauté internationale.
Les rapports avec la communauté internationale
L'extrême fragilisation du gouvernement Bellerive et de l'État pourrait faire croire à certains qu'Haïti n'a plus les moyens de s'autogouverner dans le court terme. D’où la CIRH. Nous n’avons pas de problème avec cette entité au sein de la FONHDILAC, surtout si elle constitue une sorte de garantie pour la communauté par rapport à notre réputation de corruption. Nous insistons aussi pour la mise en place d’un Fonds Fiduciaire Multi Bailleurs (FMB) unique tel que  souhaité par le gouvernement Bellerive, mais mis en place comme un fonds en plus. Tel n'est pas notre point de vue, car nous voulons  avoir des relations équilibrées avec la communauté internationale telles que prévues par les principes de la déclaration de Paris. Le peuple haïtien n'a besoin d'aucun «consortium» de pays amis pour gérer la crise à sa place, ce qui mettrait entre parenthèses la souveraineté  d'Haïti. Même si l’expertise technique ainsi que l’appui financier de ces pays demeurent incontournables. Donc, ni protectorat déclaré, ni tutelle déguisée! La refondation de l’Etat d’Haïti exige des rapports harmonieux, mais aussi équilibrés entre partenaires.
La lenteur de l’Etat à décider
Pour avoir une chance de réaliser ce rêve de refonder Haïti, l’Etat doit  se départir de sa lenteur proverbiale. Il est impératif que l’Etat Haïtien entame des démarches pour sauvegarder l’intérêt collectif en mettant en place cette Agence de développement  d’Haïti qui pourrait remplacer la CIRH en octobre 2011. Ce faisant, il éviterait que les haïtiens, individualistes invétérés, en l’absence de l’État, ne recommencent à construire n’importe comment comme ils le font déjà, selon le « common sense » et en fonction purement de leurs intérêts égoïstes, il donnerait un signale fort à la CI sur son intention d’investir dans le durable. Dans le cas contraire, un travail de sensibilisation auprès des trois (3) pouvoirs de l’Etat devrait être entrepris par tous ceux qui se retrouvent un tant soit peu dans ce document d’orientation et qui y adhèrent même informellement.
La résurgence des vieux démons de division
Durant les premières heures après le séisme, la solidarité entre haïtiens a été vantée par les observateurs étrangers. Beaucoup de gens se sont sacrifiés pour sauver d’autres frères et sœurs. Avant l’arrivée des secours, on a partagé même un morceau de pain. Mais, depuis quelque temps, on sent venir la division. Avec la période électorale, on est retombé dans les vieux démons de division. Le pays paie les pots cassés. La bataille pour le pouvoir a fait des morts et des dégâts estimés à plus de 100 M d’USD. Avec les premiers décaissements sur les milliards de dollars de  promesses d’aide, la proclamation définitive des résultats des élections du 20 mars 2011, les blessures de division risquent de prendre du temps pour se cicatriser. D’où la nécessité de cette grande concertation nationale pour nous réconcilier avec nous-mêmes . Il faut à tout prix arriver à gérer cette montée de la division en nous concentrant sur l’essentiel, la reconstruction du pays, la refondation de l’Etat d’Haïti.
La mainmise d’un petit groupe avec l’appui de la communauté internationale
La communauté internationale (CI) a sa clientèle en Haïti, un petit groupe  qui le plus souvent  voit ses intérêts avant ceux du pays. Il faut qu’elle change sa façon d’opérer pour se mettre à la hauteur de l’évènement et s’ouvre un peu plus sur d’autres catégories de gens. Les gens de bien qui veulent voir changer les choses pour de bon doivent se liguer contre ce petit groupe. Et la CI doit faire l’effort aussi de s’ouvrir à d’autres groupes qui, certes, ne maitrisent pas son jargon mais qui ont les compétences et l’honnêteté nécessaire pour accompagner cette refondation de l’Etat dans le sens de la collectivité.
La lutte hégémonique entre les grands pour des raisons économiques et géostratégiques
Ce séisme montre déjà la volonté des grands de se battre pour avoir le leadership de la refondation/reconstruction. Cette bataille entre les grands pourrait compromettre cette reconstruction ou la conduire dans des directions opposées à cette vision à l’haïtienne. Les haïtiens doivent faire preuve d’intelligence pour tirer le meilleur parti pour Haïti dans cette lutte des grands. Selon certains experts, il est de plus en plus sûr que notre sous sol dispose de certaines matières assez rares et même du pétrole ; en tout cas, notre pays est placé dans une position stratégique par rapport au reste de la Caraïbe et de l’Amérique Latine. Il nous faudrait avoir une conscience informée de notre réalité pour bien négocier cette solidarité internationale conduite par les grands de ce monde ou tout au moins la gérer pour le mieux.
La barrière constitutionnelle
La constitution de 1987 pourrait constituer une barrière sur certains aspects liés à la refondation de l’Etat suivant la vision dégagée. Il faut voir cette refondation au-delà du prisme de la Constitution de 1987. Il faudrait, si nécessaire, soit la modifier, soit la changer. Même si en tant qu’élément de notre lutte démocratique, il serait préférable de l’amender dans le cadre d’une grande concertation nationale semi souveraine au lieu de la changer pour préserver son coté symbole.
L’amélioration de l’image du pays
L’image du pays n’a cessé de se dégrader au cours de ces dernières 25 années. Les agences internationales dans leur évaluation périodique continue à considérer Haïti comme un endroit à risque de plus en plus élevé. Ces considérations ne sont pas sans conséquences sur la gestion de la collaboration avec les bailleurs de fonds. Les conditions se durcissent, rendant du coup la mise en œuvre des projets et programmes de développement plus compliqués à se mettre en œuvre dans des délais convenables. Un effort sensible au niveau de la gouvernance s’avère être aussi important qu’urgent. Des actions visibles visant la réduction de la corruption et/ou tout au moins sa perception, par exemple,  seraient de grande utilité pour amorcer un changement positif de l’image que nous portons au monde.
La résistance au changement
La résistance au changement va être l’obstacle le plus difficile à gérer, selon Charles Cadet, l’ex-responsable de la très sérieuse Commission Nationale de la Réforme administrative (CNRA) qui avait fait des propositions pertinentes et innovantes pour la restructuration et la refondation de l’Etat, oubliées jusqu’à cette minute dans les tiroirs de l’administration de l’Etat. Il faudrait plus qu’un simple groupe comme la FONHDILAC, mais l’adhésion de la Nation Haïtienne pour porter cette vision de la refondation/reconstruction/construction de l’Etat d’Haïti qui doit redevenir, à terme, La perle des Antilles ou l’exception culturelle de la Caraïbe, et rentrer dans le cercle des pays émergents à l’horizon 2035.
FONHDILAC. Avril 2011.
www.fonhdilac.webs.com



[1] Carl Braun à l’émission de Magazine Economique de Kesner Pharel sur Radio Métropole  avril 2011. Il croit qu’il faudrait à Haïti une « révolution de croissance » sur une période assez longue.
[2] Discours prononcé par le Premier Ministre Jean Max Bellerive le 18 février 2010.
[3] J R Jean-Noël, Approche Participative défis et exigences : un citoyen responsabilisé est un citoyen informé, sensibilisé, sachant communiquer, motivé, formé, faisant partie d’une association qui, elle- même, est en réseau avec d’autres structures tant nationales qu’internationales. Un accès à la citoyenneté avec des droits et des devoirs vis-à-vis du pays.
[4] B Ethéart, réunion du 31/01/02
[5] Groupe de réflexion et d’action pour une nouvelle Haïti basé au Canada
[6] Incluant les 1.5% de forêt primaire actuelle. Ce qui porterait à 54% la couverture végétale du pays. Rappelons qu’Haïti est un pays à vocation forestière (51% de sa superficie devrait être couverte de forêt avec des pentes supérieures à 40%). Entre 10 et 40%, on pourrait pratiquer l’agroforesterie, entre 0 et 10%, l’agriculture irriguée en utilisant  les méthodes traditionnelles et modernes sur au moins 400,000 ha.

Quel Conseil Consultatif pour quel Développement!



Jean Erich René
erichrene@bell.net
Ottawa/Canada
24 septembre 2011

La responsabilité de tracer un itinéraire de parcours pour la Barque Nationale échet d’abord à son timonier. C’est lui qui détient le gouvernail, le compas, la boussole, le sextant et commande l’équipage. Naviguer en haute mer sans savoir comment s’orienter même à l’aide de l’étoile polaire est une lacune dangereuse pour un capitaine et son équipage. Ils risquent de se perdre et même échouer sur n’importe quel récif avec le frêt et les passagers. L'épée de Damoclès est suspendue sur la tête du Peuple haïtien, quand son Président  se présente à la 66 e année de l'ONU pour prononcer un discours complètement décousu et confus. Il réclame une intervention plus efficace de la Communauté Internationale, en invoquant  le paradigme de la charité.

Paradoxalement lorsqu'on comptablise les frais de déplacement  de cet impressionnant cortège qui accompagne le 56e Président d'Haïti, la pauvreté n'était pas au rendez-vous. En revanche, pour motiver leur présence, quel est le  Plan proposé à l'ONU par le Conseil Consultatif Présidentiel pour activer la Croissance Economique d'Haiti? La presse devrait être au courant. Les réussites individuelles n'habilitent pas à concevoir un cadre macroéconomique favorable à l'avancement économique d'une nation. Depuis plus de deux siècles ce sont les nantis du savoir qui manipulent les leviers et régulent l’évolution  de nos sociétés. Toute la politique libérale est le fruit des propositions d'Adam Smith, en passant par David Ricardo jusqu’à nos jours. Sans eux le capitalisme n’aurait pas pu surmonter certains obstacles ni encourager l’évolution de la technologie.


Il est inutile et même insensé de la part du Président Martelly, flanqué d'un Conseil Consultatif, d'évoquer à la Tribune des Nations Unies un Plan de Développement Economique qui, dès sa phase préliminaire, devrait refléter la philosophie politique en cours. Attention! Vous êtes en présence d'une Assemblée savante.Tout le cadre macroéconomique repose sur le paradigme scientifique que professe la doctrine qui prévaut à la réalisation des objectifs visés. Comment Michel Martelly va-t-il concrétiser ce changement tant promis ? Sur quelle base idéologique le Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement  va batir sa stratégie ? Telles sont les questions qui chiffonnebt les Membres de l'ONU qui sont loin d'être des Enfants de Choeur ou des amateurs.
Le Démocrate américain a des options nettement différentes du Républicain. Comme on peut bien le remarquer en ce qui concerne le remboursement de la dette de la Chine, leurs positions sont diamétralement opposées au point d'être obligés de s’asseoir autour d’une table de négociation pour trouver un consensus et sauver la nation. Ils ont chacun leur programme de gouvernement dont les lignes sont claires. Ni Georges Bush ni  Barack Obama ne peuvent pas décider ce que bon leur semble. La doctrine économique des Démocrates américains s’inspire du keynésianisme qui a fait de l’intervention de l’Etat son épicentre. Les Républicains ont comme modèle architectural Adam Smith qui recommande le laisser-faire. Quant à Karl Marx, il s’insurge contre le capitalisme qui, de son avis, est responsable de nos maux et prône la lutte de la classe ouvrière afin de renverser les obstacles qui gênent son épanouissement. L’hérétique Thomas Schumpeter ne croit pas à une dichotomie de l’économique, du social et du politique. Il veut d’abord saisir la complexité de la problématique et fonde ses croyances sur les feux croisés de l’action.
Nous ne pouvons pas faire le tour de toutes les doctrines dans le cadre de cette analyse. Cependant le développement économique ne saurait être entrepris sans un corpus théorique. Il n’arrivera jamais par hasard c’est-à-dire sous l’inspiration d’un maître chanteur dont les cordes vocales trembleront à l'unisson de la croissance économique. Notre plus grande frustration dérive du fait que l'on confond Administration des Affaires et Responsabilités Etatiques. Plus cocasse encore, on mélange microéconomie et macroéconomie dont les missions sont nettement différentes, parfois opposées et même conflictuelles. Il est ridicule de s'accrocher à certains patronymes, sans aucun contenu idéologique, en guise d'un programme politique potable. Ce népotisme gluant a déjà causé le mal du pays. Où est le changement? Aucune démarche scientifique n’explicite le sens de l'orientation ni le choix du Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement.



Le co-pilote Laurent Lamothe

S'il faut croire Laurent Lamothe, le mentor du Président Martelly,PDG de la Global Voice: « La mission du Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et les Investissements consiste à conseiller le chef de l’Etat sur les politiques publiques capables d’attirer de l’investissement dans le pays et projeter une image positive d’Haïti au reste du monde » Et le lobbying ? Que pense le Parlement? Quel est le palmarès des Membres du Conseil Consultatif Présidentiel ? A dire vrai, cette nouvelle excroissance politique n'est pas statutaire et n’a pas encore défini son itinéraire de parcours. Va-t-elle se gargariser de lieux communs en fabriquant un tissu d’incohérences , semblable à une toile d'araignée, pour capturer les imbéciles. Comme c'est le cas déjà avec la CIRH co-présidée par Bill Clinton. Point n’est besoin d’être grand clerc pour saisir le bien fondé de certaines démarches politiques. Les données économiques font partie du quotidien du plus humble des mortels. La ménagère qui va chaque jour au marché se rend compte que le coût de la vie augmente. Les prix de la petite marmite de riz, de maïs, de pois, le coût du loyer, du transport etc. sont des indicateurs fiables. Ce n’est pas en parlant d’investissement qu’on anticipe le développement économique pour se décerner d'avance un certain satisfecit. La justesse des démarches étatiques est identifiable au niveau des résultats obtenus. En conséquence le patron préalablement tracé sera justifié au solde du Bilan du quinquennat du Gouvernement de Michel Martelly, investi au pouvoir avec un taux de croissance du PIB de -5,1%.
Tout plan de développement économique applicable pour Haïti doit être l’objet d’une discussion publique. On ne peut pas accorder à un cénacle d’Hommes d'Affaires, intéressés à leurs profits personnels, le droit de décider pour toute une nation sans expliquer le comment et le pourquoi de l'éventail de mesures déployées. Leur design organisationnel ne peut pas être un secret. L’expérience malheureuse, vécue dans un passé récent avec des Entrepreneurs  s’accaparant à leurs simples profits: le wharf de Port-au-Prince, la Douane, la Minoterie d’Haïti, le Ciment d’Haïti, la Teleco etc. parfois sous des prête-noms etc., est  suffisamment convaincante pour soulever chez les observateurs un doute rationnel. Les non-économistes doivent comprendre à travers quelle grille d’analyse, quelles lunettes , quel paradigme scientifique, le Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement perçoit le progrès d'Haïti.

Le Conseil Consultatif, co-présidé par l'incontournable Bill Clinton

Les retombées sont  toujours fastes pour nos entrepreneurs et néfastes pour le reste de la Nation. Dans le paquet, le Conseil doit ficeler l’ensemble des technologies nécessaires, les diverses modalités de déroulement propres à l’implantation d’une stratégie, suivant une suite logique réalisable dans un espace temporel déterminé. Autant dire que les connaissances techniques appropriées doivent être inventoriées afin de ne laisser la place à aucun flou favorable aux requins. Tout plan de développement économique valable inclut :
• L’identification d’une idéologie politique dont le profil est net et clair
• Le choix d’un paradigme scientifique pour construire le modèle économique subséquent.
• L’évaluation des dotations en facteurs de production c’est-à-dire les ressources naturelles, financières et humaines disponibles.
• Un relevé exhaustif des postes de la comptabilité nationale afin de déterminer le point de départ et esquisser le point d’arrivée dans une fourchette de temps déterminé. Le chemin critique, en une telle occurence, durant les 5 ans du Président Martelly, doit être défini (Méthode PERT/CPM).
• Les objectifs à poursuivre parallèlement aux portefeuilles requis doivent être fixés.
• Les solutions techniques retenues pour résoudre certains problèmes doivent être connues..

Tout un arbre de décisions doit être dressé afin de garantir la justesse, l'équilibre et la ponctualité des mesures à prendre. L’implantation d’un programme de développement doit tenir compte du déroulement prévu à chaque phase, et des moyens engagés. Les investissements n'arriveront pas tout de go. Les aspects légaux, juridiques et sécuritaires sont aussi à signaler. Par entraînement, chaque séquence du processus, mis ensemble, va produire un effet domino, en actionnant la machine et la maintenir en marche. Dans les conditions politico-sociales actuelles, propres au flou, à l'improvisation, à l’ignorance, au pillage, au vagabondage, au dévergondage, au kidnapping, quel Conseil Consultatif pour quel Développement ?

vendredi 16 septembre 2011

La logique des politiques publiques de vaccination des animaux


William Michel
Le 14 sept 2011

La rédaction de cet article fait suite á une réunion entre agronomes et techniciens vétérinaires de terrain  au sujet du mépris grandissant de la population pour les campagnes de  vaccination  et aux réponses négatives  des éleveurs du département de l’Ouest aux activités de l’ONG vétérinaire ARCH .

Part du secteur agricole dans le PIB   de 1995  á  2008  en millions de dollars     
1995 : 45.6%      (PIB 1995 : 3 000 millions $)\
2002 : 29.25%    (PIB 2002 : 3 500 millions $)
2006 : 27%         (PIB 2006 : 4 244 millions $)
2008 : 25,9%      ( PIB   2008  6.966 millions$)

Contribution du sous secteur élevage dans le PIB agricole
 1990 31% du PIB agricole 
 2008 26 % du PIB agricole en 2008
Ref  Sources  Statistiques mondiales

  Le tableau ci-dessus permet de constater une chute   progressive  importante  de la   contribution  de  la production agricole en pourcentage du PIB national au cours  de la dernière décade. La  contribution  du sous secteur élevage  au PIB agricole était de  31% ( Serge  Arnoux politique élevage  1990). Si on  applique  ce pourcentage  du sous secteur élevage  au PIB agricole  en 2008,  la contribution de  ce sous secteur   au PIB agricole s’élèverait a 559.3 millions  de  dollars américains du PIB agricole, alors que  les pertes dues aux problèmes  de santé avoisinent les  30 á  40%. (MARNDR Direction Production Animale) .Dans tout pays où l’irrigation n’est  pas dominante, comme dans le cas d’Haïti montagneuse    á  75%, l’élevage est prioritaire sur l’agriculture parce que l’investissement est moins risqué  pour le décollage économique d’une zone rurale. Tel n’en est pas le cas.

« Le rôle de l’élevage comme système d’épargne est aussi primordial. 80% des exploitations agricoles familiales élèvent un total de 4 millions de volailles, 65% des exploitations élèvent des chèvres (2.5 millions de caprins (plus de deux fois les populations caprines réunies de Cuba, République dominicaine et Jamaïque).55% élèvent du gros bétail (1.5 millions de bovins dont environ un tiers de vaches adultes) et 35% détiennent au total près de 1 million de porcs. Pour les années 1997-1998, les pertes annuelles provoquées en Haïti par la Peste Porcine Classique avaient été estimées à environ huit millions de dollars américains. Les pertes annuelles imputables aux parasitoses internes et externes ont été chiffrées à plusieurs dizaines de millions de dollars américains. Selon une étude réalisée en 2000 par une équipe conjointe FAO/MARNDR, les pertes annuelles causées par la Lucilie Bouchère du Nouveau Monde, s’élevaient alors à plus de 19 millions de dollars américains. La déficience organisationnelle et le manque de ressources humaines, de moyens matériels et financiers des services vétérinaires du MARNDR n’ont pas permis d’enrayer des maladies animales de grande importance économique comme la peste porcine classique ou la maladie de Newcastle ou à caractère zoonotique comme la rage et le charbon bactéridien qui provoquent, depuis des décennies, des dégâts considérables dans l’élevage haïtien et qui représentent, dans le cas des zoonoses un risque pour la santé humaine. » Ref  Plan d’Investissement agricole MARNDR

Ce bref rappel de  statistiques et de vérités  animales du pays  est pour démontrer le poids du sous secteur élevage  dans l’économie agricole  d’Haïti et rappeler  l’élégance de tout choix de politique en matière d’élevage. Il est important  que la communauté  internationale, l’Exécutif et le Législatif qui financent et contrôlent les dépenses publiques  de l’état accordent leurs violons sur les mesures de politiques publiques  de vaccination des animaux en Haïti. Il faut le faire car les choix á l’origine des investissements consentis pour apporter un service pourtant crucial aux besoins des éleveurs haïtiens ne sont pas  toujours  faits  dans  l’intérêt de ces  derniers. Peut on éviter ces pertes ? Combien représentent toutes ces pertes ? Quel est le cout de la structure  de vaccination ?Quel est le prix de la totalité des vaccins obligatoires ? Quel danger constituent ces maladies  non traitées  sur la santé humaine ?Que représente la différence entre le montant des pertes  totales subies par les éleveurs  et le cout de l’infrastructure  de sante animale. ?Le gouvernement  a-t-il choisi effectivement de développer l’économie animale ? Est-il plus profitable de la faire avec des contracteurs ou avec les structures de l’état ? Quelles  sont les chances d’exportation de nos produits animaux. ? Si non, le gouvernement a-t-il choisi de produire pour satisfaire la consommation locale ? Quel pourcentage d’emplois ce choix va créer  sur le terrain ?Qu’est-ce  qui doit être négocié,  par rapport au commerce entrant des produits animaux avec la communauté internationale ?  A la lumière  des ressources naturelles disponibles, quel élevage prioriser , l’élevage bovin ou l’élevage de substitution  ( Porcs et poulets) ?  Quel est le choix politique cohérent á faire ? S’il s’avère que les pertes au niveau de l’éleveur sont de loin supérieures  au cout de l’infrastructure de  santé animale, il faut formuler  des politiques publiques nouvelles  qui permettent  de choisir entre la vaccination et l’éradication . Il est créé  une sorte de  dichotomie  entre  l’état , l’International et la communauté des éleveurs, l’un ne  comprenant pas les décisions ou les réactions de l’autre. 

A ce moment précis  des actions et des réactions des uns et des autres  á propos de la vaccination qui reste  un choix de politique, il est opportun que tout le commun des mortels soit informé des raisons de ce choix  et des nuances fondamentales entre deux méthodes de contrôle de certaines maladies animales : l’éradication et la vaccination . Dans l’éradication  il y a  élimination complète de la  maladie parce que l’animal, élément porteur et vecteur du microbe, est  tué et le microbe aussi -Dans une  politique de vaccination, le germe de la maladie est toujours présent sur le terrain, parce que le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  annuellement la propagation du microbe en réalisant des objectifs  de  97-98% de couverture vaccinale pour réduire considérablement les dégâts économiques.

Il est tout aussi opportun  que ces informations trouvent leur écho dans la  presse  communautaire et  nationale  afin qu’elles aident les bailleurs de Fonds  comme   l’OMS, le PNUD, l’UE, L’OIE, aujourd’hui la  BID  á travers le Programme  DEFI et certaines coopérations bilatérales comme la  USAID, l’Espagne, le  Brésil  á affiner leur politiques de financement des campagnes de vaccination de certaines maladies du bétail en Haïti . La FAO et l’IICA qui devraient apporter leur assistance  technique au ministère  de l’Agriculture dans ce cas  précis  ne l’ont pas faite .Elles ont plutôt adopté une politique de survie qui les oblige á renoncer á leur vocation légale de coopération technique  pour devenir de simples agences d’exécution ou de gestionnaires des fonds de petits projets bloquant ainsi  les services appropriés du MARNDR dans leurs  objectifs de planification  et leurs devoirs de résultats.

Depuis un certain temps,  á différentes époques de l’année et suivant la disponibilité de l’aide humanitaire, le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural annonce la réalisation de campagnes de vaccination  contre certaines maladies du bétail, dont la rage , le charbon bactéridien, la  Peste porcine  classique et la  maladie  du New Castle  pour ne citer que  ces dernières. Le MARNDR aurait sacrifié la méthode de l’éradication par orgueil, par refoulement mêlé d’un sentiment de culpabilité et aurait décidé de ne pas dire la vérité  aux  éleveurs sur la vaccination.   

 Le MARNDR est á l’origine  de la création des groupements de défense  sanitaire connus sous le  sigle de « GSB » qui sont des groupements communaux d’éleveurs formés non seulement pour encourager  le développement de l’élevage mais surtout pour pallier au déficit de  cadres intermédiaires dans la direction de la santé animale. Le MARNDR a toujours souhaité  que les autorités  locales des collectivités territoriales  viennent  en aide  á ces  GSB pour les faciliter la  tache.

En terme de financement traditionnel , après l’USAID, l’OMS,L’UE qui financent les campagnes de vaccination sur la base de projets , entre aujourd’hui en scène la  BID á travers le Programme  DEFI . Apres le séisme du 12 Janvier , a émergé  une Nouvelle ONG , ARCH,  qui travaille sous la tutelle  du ministère de l’Environnement et qui  gaspille annuellement un million de dollars dans la santé animale. Il y a  aussi l’ONG  Veterimed dont le propriétaire est le Secrétaire d’Etat á la production et  á la santé animale.

L’Eradication  une méthode de mauvais gout politique

           Il est écrit  plus haut qu’il existe  une certaine dichotomie entre  le MARNDR et la communauté des éleveurs á propos du choix politique  de la vaccination  comme   techniques  de contrôle  de  certaines maladies  du bétail á grande importance économique  . Dans ce choix , l’état a sacrifié la méthode de  l’éradication  au profit de la vaccination sans pouvoir exprimer clairement sa décision . Les bénéficiaires potentiels en viennent á s’y désintéresser parce que ,disent ils,  la vaccination discontinuée de leurs animaux et organisée sans calendrier annuel fixe ne correspond pas  aux leçons apprises des campagnes antérieures. De plus pendant que se fait une campagne de vaccination, les animaux meurent  d’autres maladies  pour lesquelles  l’état n’offre pas de vaccins. Ces campagnes improvisées  de vaccination les laissent  un arrière gout d’amalgame  technico-politique.

De fait ,le ministère de l’Agriculture  après l’échec cuisant du projet de Développement de l’élevage porcin, PDEP, devenu plus  tard (PRP) projet de Repeuplement Porcin,  avait  préféré  la  vaccination  á  l’éradication  en raison du souvenir amer que charrie ce choix après le massacre des cochons créoles atteints de la peste porcine africaine. Le PDEP a échoué pour la raison bien simple qu’il  n’y avait pas prévu de nourriture pour donner á  manger aux porcs et parce que l’éleveur haïtien  n’avait pas droit au crédit agricole pour acheter á  l’étranger les ingrédients de base de la nourriture comme l’ont fait la Jamaïque  ou la  République Dominicaine. Rappelons aussi que  l’enveloppe budgétaire  du Bureau de Crédit Agricole, BCA,  n’a jamais  dépassé les  2%  des  besoins en crédit des agriculteurs et que le  BCA a été phagocyté   dans ses beaux jours par l’USAID qui lui demandait de laisser tomber au profit de plus  gros prêts  agricoles  le crédit aux petits éleveurs ,  remboursé avant la PEPADEP  á  96%   dans l’embouche  bovine et dans l’engraissement des porcs.

 Les gouvernements haïtiens ultérieurs  reconnaissant qu’ils avaient embarqué la population des éleveurs dans une plaisanterie  de mauvais gout dans l’éradication des cochons créoles vivent depuis 1982 un sentiment d’orgueil, de refoulement  et de culpabilité qui les fait  cultiver une peur  bleue de l’éradication , en adoptant la pratique de la vaccination sans en posséder  les moyens . La communauté des éleveurs une fois embarquée  dans le choix  politique  de la vaccination  mal implémenté , esquisse après  plus de vingt ans d’application, une lassitude compréhensible pour cette méthode de protection des animaux correcte  . Elle n’y va  pas  par quatre chemins pour signaler  aux agronomes apres le seisme du 12 janvier que la vaccination des animaux en ce temps de chômage et de misère n’était  pas leur priorité  # 1, que des kits  d’alimentation répondraient mieux á leurs problèmes de tous les jours.
Face á ces commentaires étrangement curieux. un état normal dont la mission est d’apporter les services á la population, se doit de les questionner, de l’analyser  afin d’apporter les redressements que de droit. En guise de réponse l’Etat a récidivé  en autorisant ARCH á opérer dans les mêmes conditions et en parallèle avec le MARNDR.

Quelle est la logique dans la   réaction de l’éleveur ?

Du point de vue de la communication, l’analyse de la réaction de l’éleveur est plus que logique et elle découle des politiques suivies par le gouvernement et la communauté internationale dans la  Santé  Animale. Le gouvernement tout en réfutant, politiquement parlant, l’éradication,  n’a pas  non plus objectivement opté pour la vaccination  parce qu’á date, le  gouvernement n’a jamais alloué au  budget national un montant annuel pour la vaccination permanente des animaux . N’ayant  pas les ressources  internes pour faire marcher le service de la vaccination , elle a opté pour ne pas  diffuser l’information critique  sur la vaccination. « Une des formes les plus pernicieuses d'agonie de notre culture,  écrit Pierre  Raymond Dumas, c'est l'amnésie collective dont le principal terreau est l'ignorance des masses. Si l'on veut casser cette régression et propulser cette renaissance, il faut instruire la grande majorité et créer une véritable élite dirigeante dans notre pays. « Le MARNDR devrait œuvrer á créer cette élite  dans le secteur agricole.

Voici un exemple d’informations critiques  á destination des bénéficiaires qui devait être prêché par les animateurs de terrain :
-L’éradication est la méthode de choix pour détruire une maladie á virus. L’état haïtien ne  peut pas l’envisager  parce qu’il ne dispose pas des moyens financiers pour repeupler le pays après le vide sanitaire  créé.
-La communauté internationale soucieuse de protéger  le  commerce du  cheptel des  pays  donateurs  pratique  une politique de confinement de la maladie dans les limites  du territoire  et ne serait pas favorable au développement de ces élevages dans la partie Ouest de l’ile d’Haïti  .
-La vaccination consiste á injecter annuellement  dans le corps de l’animal le germe  inoffensif de la maladie   pour  l’en immuniser
-Lorsqu’on choisit  la vaccination  ,on choisit de cohabiter pour toujours avec le microbe et  par voie de conséquence on choisit de soustraire la production filière du cheptel national au commerce  extérieur  qui n’accepterait pas l’importation   du microbe en territoire étranger ( interdiction  d’exportation  des tapis faits de peau de bœufs et de cabris, du commerce des œufs, de la viande de porcs,  en raison des spores de la maladie du charbon, du virus de la grippe aviaire et de celui de la  Peste Porcine Classique )
- Le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  la propagation du microbe en réalisant des objectifs de vaccination  de  97-98%  pour réduire considérablement les dégâts économiques..
-Le pourcentage  de  1-á 2 % d’animaux  non vaccinés chaque année suffit pour re-contaminer le troupeau national á cause de l’élevage libre , de la circulation non contrôlée  des animaux  dans  les  marchés  publics du pays,  de l’état de dégradation de nos bassins versants , si la vaccination n’est pas répétée chaque année sur une base régulière..
La vaccination  á cause  de ces contraintes  lourdes á lever est une activité essentielle de l’état, et comme telle, elle devrait  être permanente, régulière et  programmée chaque année au budget du MARNDR
-La vaccination rendue permanente et obligatoire, puis reconnue comme  une activité de santé vétérinaire hautement payante  pour les éleveurs , devrait après un certain temps être fournie dans le privé  par des associations d’éleveurs ou de corps vétérinaires .
_L’absence de crédit  á la production animale et la peur de dire la  vérité aux  éleveurs   font que le privé a peur d’investir  dans les infrastructures  de production  et  que  l’Etat  vient á endosser une activité rentable pour laquelle  il n’a pas  les moyens de sa politique
-L’Education des éleveurs sur la vaccination est devenue une activité surveillée et temporaire abandonnée aux caprices des ONG  qui envoie des messages non décodables par les éleveurs. (ARCH, Veterimed).
Après le désastre du 12 janvier 2010, la communauté  internationale  tout en mettant en garde le MARNDR contre une résurgence en bloc  des  maladies traditionnelles de l’élevage  et l’apparition de nouvelles maladies dues aux conditions non contrôlées de circulation des hommes ,du commerce international et de détérioration  de la vie , continue  d’appliquer la même  politique de financement des ONG. Elle complique le problème au lieu d’aider á sa solution. Comme le gouvernement ne veut pas fixer les règles du jeu, la communauté des éleveurs prend la décision de forcer le MARNDR á trancher. Au lieu d’exploiter positivement l’émergence de ces maladies post séismes pour reformuler sa politique de production et de santé animale , le gouvernement a pris la décision partisane de renforcer la secrétairerie d’état á la production et á la santé animale pour coordonner l’aide de la communauté internationale. Il a plutôt  ravivé les rivalités internes entre les cadres techniques qui travaillent  mieux avec la direction générale qui coordonne  toutes les activités techniques au sein du MARNDR.
michelwilliam1000@hotmail.com

L'apocalypse financier

L'apocalypse financier
Par Jacques Attali,
 Le 15/09/2011 à 15:07

 Le scénario catastrophe de Jacque Attali sur l'issue de la crise financière en dix étapes. Il serait temps, en France, de se préparer au double choc de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire ; comme s'il suffisait, pour le conjurer, de ne pas y penser. Voici ce que serait son déroulement, en 10 étapes :

 1. La Grèce, n'ayant plus les moyens de financer ses déficits, arrête de rembourser ses créanciers, de servir certaines de ses retraites, de payer une partie des salaires de ses fonctionnaires. Toutes les banques lui ayant prêté et toutes les entreprises qui lui vendent des armes et d'autres produits de première nécessité subissent des pertes. La Grèce ne sort pas alors pour autant de la zone euro : aucun traité ne l'y contraint ni même ne rend possible son exclusion ; de plus, nul ne peut forcer les Grecs à convertir les euros qu'ils détiennent en une drachme de moindre valeur.

 2. Pour renflouer ce pays, la zone euro refuse alors d'utiliser les maigres ressources du Fonds européen de stabilisation financière et de créer des "eurobonds", qui n'ont de sens qu'avec une fiscalité européenne, pour les rembourser, et un contrôle européen des déficits des budgets nationaux, pour éviter qu'on en fasse un mauvais usage.

 3. Faute d'instruments financiers communautaires suffisants, les autres pays de l'Union abandonnent la Grèce à son sort.

 4. Les marchés, c'est-à-dire, pour l'essentiel, les prêteurs d'Asie et du Moyen-Orient, s'inquiètent de cet abandon et font payer de plus en plus cher leurs capitaux au Portugal, à l'Espagne et à l'Italie.

 5. La crise s'étend à la France, quand on réalise que sa situation financière n'est même pas aussi bonne que celle de l'Italie (à Rome, le budget, hors service de la dette, est en excédent, à la différence de celui de notre pays) et quand on mesure que ses banques et compagnies d'assurances portent une large part de la dette publique des pays périphériques et détiennent encore massivement des actifs toxiques, sans valeur aujourd'hui.

 6. Pour éviter l'effondrement de ces banques, on cherche des actionnaires, privés ou publics. En vain : il faut trouver, pour les seules banques françaises, l'équivalent de 7 % du PIB.

 7. En panique, la Banque centrale européenne consent alors un financement massif à ces banques, réglant une nouvelle fois un problème de solvabilité en fournissant de la liquidité.

 8. Horrifiée par ce laxisme, l'Allemagne sort alors de l'euro et crée un "euro +", selon un plan déjà bien préparé qui, selon une banque suisse, coûte à chaque citoyen allemand entre 6 000 et 8 000 euros la première année, puis de 3 500 à 4 500 euros annuels.

 9. L'explosion de l'euro révèle alors aux marchés que les banques anglo-saxonnes ne vont pas mieux, parce qu'elles ne se sont pas débarrassées, elles non plus, de leurs produits toxiques et parce que la bulle immobilière n'est plus là pour faire illusion.

 10. C'est alors l'effondrement du système financier occidental, une grande dépression, un chômage généralisé et, à terme, la remise en question, même, de la démocratie. On n'exorcise pas une telle tragédie en refusant d'y réfléchir. Et, puisque les gouvernements ne semblent pas prêts à agir sérieusement pour l'éviter, pourquoi ne pas demander au Parlement européen de se réunir en session extraordinaire, de se déclarer "Assemblée constituante", votant la mise en place d'un véritable fédéralisme budgétaire, dont dépend la survie de tout ce que nous avons construit depuis que l'Europe a renoncé à la barbarie. Il n'y a pas si longtemps.

dimanche 4 septembre 2011

Vers la création d’une élite agricole haïtienne



Vers la création d’une élite agricole haïtienne
Michel William
Le jeudi 2 juin 2011

La vie rurale en Haïti devrait être définie depuis un certain temps par le mot débrouillardise vulgairement appelée en créole « Brase ». La débrouillardise serait un processus par lequel la population délaissée innove les moyens de son existence en exploitant les ressources naturelles á sa façon tout en compromettant son futur. Un élément majeur de ces ressources est la biodiversité. Force est de reconnaître que la paysannerie haïtienne n’a pas été le fossoyeur unique de son existence, elle a trouvé en la personne morale des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, des co-auteurs de choix dans l’agonie de la production nationale. Etrange allusion dirait-on ! La raison de cette allusion est que l’aide internationale faite au gouvernement avec la mondialisation est conditionnelle á un paquet de mesures économiques bien ficelées qui bloquent le développement agricole haïtien. L’étranger nous demande d’ignorer que l’agriculture technologique aujourd’hui des pays avancés a été la résultante de plusieurs années de subvention de la production, de la protection de leur marché agricole, de recherches expérimentales , de réforme agraire , de l’éducation des exploitants agricoles, et de mesures prises par ces états qui ont reconnu l’aspect régalien du travail agricole en faveur de la productivité et de la protection des travailleurs agricoles. Leurs technologies avancées d’aujourd’hui sont le résultat d’accumulation de capital née de la colonisation, des interventions armées unilatérales, des croisades , des guerres coalisées et de la mondialisation comme outil non négociable des prêts multilatéraux et bilatéraux. Les petits pays comme Haïti n’ont pas ces grands moyens d’accumulation de capital.

Pendant les vingt ans du règne lavalassien, la débrouillardise a trouvé le creuset politique idéal de son développement avec le principe du « non état » perfectionné par Mr Préval dans son choix des parlementaires qui ont fait tout sauf le travail de renforcement de la charpente administrative du pays. » L’état lavalassien a cultivé et généralisé la notion de petits projets dans tous les secteurs d’activités. Chaque année des structures para politiques télécommandées par le financement international ont géré dans l’agriculture des projets d’achat de semences graines, de tubercules ,de projets de cabris, de mini élevage de pondeuses, de mini élevage de poulets de chair , de lacs collinaires, d’amélioration de la pêche artisanale, de redistribution d’engrais, de cantine scolaire qui obligent l’état á expérimenter les mêmes difficultés d’approvisionnement en matière première. Les conséquences sur la production agricole nationale et sur l’administration décentralisée sont dévastatrices. La quadrature du cercle infernal devrait être bouclée avec la nomination á la tête des ministères des cadres qui reviennent des ONG ou qui ont été les consultants des grandes boites internationales. Au lieu d’observer des avances en terme d’augmentation de la production, on a assisté á l’enrichissement des propriétaires d’ONG, á la destruction du leadership local, á la dégradation des bassins versants, á la baisse irréversible de la production agricole, á l’exode rural, á l’ouverture du marché haïtien aux produits agricoles étrangers et á la création d’une CNSA qui devient le porte parole de l’assistance technique internationale. La presse nationale de peur d’être indexée n’a pas encouragé le journalisme d’investigation pour critiquer l’inacceptable.

Théoriquement aucune solution technique unilatérale de pacotille n’est susceptible de renverser systématiquement la tendance. Seul un changement radical du personnel politique devrait recentrer progressivement la gouvernance du pays, rapatrier sa souveraineté et garantir une meilleure redistribution des ressources. Or on a vu que le type d’élection sélection priorisée par l’étranger est piégé doublement, d’un coté avec les élections prévaliennes qui ont toujours eu le dernier mot en promouvant des hommes rejetés par le peuple , de l’autre avec l’ingérence de l’international qui, devant protéger ses intérêts , nous crée des embarras pour lesquels on fait appel encore á lui pour nous apporter des solutions qui ne font qu’ajourner les problèmes. Le vote de l’amendement de la constitution de 1987 en dehors de toute discussion libre en est l’exemple le plus frappant. Voilà que cet amendement et des élections rabâchées font dépendre encore le changement de la présence de Mr Préval et de ses partisans synonymes de débris du séisme du 12 janvier.

Si Mr Martelly compte opérer le changement avec la constitution amendée de 1987 et avec cette législature, il se met le droit dans l’œil. Il devrait profiter de la « prevalerie » constitutionnelle publiée dans le moniteur pour dénoncer la farce, la déclarer nulle et non avenue, punir les coupables et amorcer avec une conférence nationale la rédaction d’une nouvelle constitution qui viendrait réduire le pouvoir parlementaire. En dehors de cette décision révolutionnaire sans appel, toute proposition d’apporter une réponse aux conditions de la paysannerie ne sera qu’un pis aller. D’ailleurs on parle déjà d’alignement des trois uniques parlementaires de « repons paysan » dans le GPR qui est une gymnastique parlementaire pour ne pas évoquer en public le non INITE synonyme de scories politiques de l’ère prévalienne. On ne saurait prétendre rester dans la constitution en gouvernant avec des structures politiques montées en dehors de la constitution. A la guerre comme á la guerre dirait le candidat de « repons paysan » Pourquoi pas le président! Le président aurait il oublié que sa force réside momentanément dans sa capacité toute neuve de mobilisation populaire.

Comme la vie est faite de combats permanents, il restera toujours une classe de citoyens qui refusent d’abdiquer et qui cranent du matin au soir pour trouver l’alternative. A la lumière de diverses réflexions il apparaît de plus en plus irréfutable que l’alternative á la débrouillardise agricole, dans le contexte de la mondialisation est de chercher á pénétrer le système incontournable des petits projets des bailleurs en l’inscrivant dans une dynamique de création et de subvention d’une élite agricole stable capable de fournir en amont et en aval les intrants de base indispensables á l’augmentation de la production. Les jeunes cadres au chômage issus des facultés publiques et privées d’agronomie du pays devraient constituer une partie de cette élite á coté d’un nombre considérable de leaders ruraux qui ont montré leurs intérêts dans l’agriculture traditionnelle du pays en dehors de toutes considérations politiques partisanes.

Le gouvernement de Martelly obligé de travailler aujourd’hui encore sous l’emprise de l’amendement Bob Dole de 1995, amplement suivi par les organismes internationaux de financement et par la coopération bilatérale, (utilisation des ONG) aurait intérêt á négocier le financement de ces micro structures de production. Le gouvernement de Martelly, devrait faire un effort pour sortir des sentiers battus de la planification traditionnelle et pour constituer cette élite qui deviendrait le point d’ancrage de toute une flottille pour l’appareillage de la production agricole nationale. La constitution de cette élite agricole ne va pas résoudre le problème fondamental de l’agriculture haïtienne qui demande des décisions impopulaires de la part du gouvernement Martelly. Elle sera seulement exploitée comme nouvelle démarche politique rassurante du Président Martelly, en prévision de tout propagande négative des spécialistes en eau trouble qui incapables de penser politique et services á la population y verraient des éléments de subversion populaire pour bloquer le processus de changement.

L’expérience a démontré, et j’écris en connaissance de cause, que si l’élevage et l’agriculture sont rentables á partir d’un seuil minimal d’exploitation individuelle jamais atteint encore en Haïti, il en est pire pour l’exploitant d’élite qui aurait choisi la production des semences, l’élevage naisseur et la production conversationniste de montagne avec des crédits FDI, SOPHIDES qui exploitent la déroute de l’intelligence de nos économistes. Il faudrait seulement tenir compte que l’agriculture de montagne coûte beaucoup plus chère que l’agriculture de plaine, qu’elle est responsable de 60 á 70% de la production nationale, qu’elle est momentanément incontournable et que ironiquement c’est la classe paysanne qui subventionne avec sa sueur la consommation de plus de six millions d’urbains. On retiendra aussi que l’agriculture de montagne qui est excessivement coûteuse en terme d’aménagement physique est laissée aux paysans analphabètes qui sont les moins armés économiquement pour faire face aux problèmes de son exploitation. Les dépenses d’établissement de ces infrastructures de production en montagne sont lourdes pour ces exploitants d’élite qui ne peuvent au grand jamais les rentabiliser sans un programme étoffé de subvention de la part du gouvernement. On devrait profiter de l’agriculture humanitaire encouragée par l’étranger pour dépenser durablement l’argent de l’aide en subventionnant ces aménagements. L’émergence d’une nouvelle élite agricole présenterait l’avantage de décharger l’état du problème permanent de rareté de production d’intrants majeurs après les désastres annuels á répétition et de s’intégrer dans une logique de redistribution des ressources budgétaires au bénéfice de la paysannerie.

Voici une proposition qui devrait être épurée par les cadres de Damien, par les ONG et par les associations des casecs et des maires du pays pour son éventuelle application.

Au niveau national, on admet qu’il y a 565 sections communales regroupant 1.200.000 exploitations agricoles, 800.000 éleveurs et couvrant á peu près 600.000 hectares de terres agricoles. Si pour chaque section communale on prévoit 1.100 hectare pour chaque 2.100 exploitations, il est suggéré de retenir un schéma de financement qui mettrait en place des structures de production de semences pour chaque 25 hectares et des structures de production de reproducteurs et d’aliments par groupe de 1.00 éleveurs On aura constitué une élite agricole stable distribuée dans toutes les sections communales totalisant :
24.000 centres de production vivrière de semences, soit 22 par section communale,
400 centres de production de pondeuses et de poussins de chair soit quarante par département,
400 centres de production de reproducteurs de porcs soit vingt centres par département,
200 centres de production de reproducteurs de cabris et de moutons, soit vingt par département,
50 centres départementaux de production de ruchers améliorés et de formation des apiculteurs, soit cinq par département,
50 centres de production de bateaux de pêche, soit cinq par département,
3 centres de production d’alevins á répartir dans les départements riches en eau de surface.

On aura créé dans tout le pays 25.100 centres de production des intrants durables susceptibles de refaire la structure de base de la production agricole nationale.
Prenons deux exemples la banane et l’igname

Production de plantules de banane sur 25 hectares
La banane est plantée sur 61.000 has .Avec la Méthode PIF il faudra prévoir 406 serres ou centres de production de drageons de banane. Chaque serre de dimension 20 mètres de long. 10 mètres de largeur et 2,40 mètres de hauteur peut produire 50.000 boutures á l’année, il faut 1600 boutures pour planter un ha, une serre peut produire des boutures pour planter 31 has a l’année. Un technicien de cette élite pourrait produire des drageons pour 150 hectares à l’année dans trois serres.
Les ONG qui deviennent les bras financiers de l’agriculture, à raison d’une par département devraient financer ce programme sur une période de cinq années.

Production de plantules d’igname pour 25 hectares
En montagne l’igname occupe une superficie de 30.000 has.
Pour planter un has d’igname il faut 10.000 boutures
1ha d’igname donne 10.000 tubercules qui fournissent 320.000 boutures avec la technique de mini-set.
Pour planter 25 has il faudra produire 2.500.000 boutures.
Pour produire 2.500.000 de boutures il faut un champ de multiplication de
2.500.000 /320.000 de 8 hectares d’igname en montagne Un technicien élite peut facilement gérer la production de bulbilles pour 25 hectares. En divisant la superficie á planter par 25 hectares, On aurait un programme de financement de 1240 centres réparties dans toutes les zones de production d’igname.
On pourra étendre le même schéma au malanga, á la mazoubel, au riz, au mais, au petit mil, au haricot, á la pomme de terre, etc.

Quelle serait l’acceptabilité politique de cette élite agricole ?
L’idée générale est de redistribuer les ressources budgétaires internes et externes au profit de la paysannerie et de mettre fin á l’action spoliatrice des prédateurs agricoles nationaux et internationaux, de redonner confiance aux services de l’état en se servant des structures d’ONG financées par l’international. Les couts de chacun de ces centres de production d’intrants de base seraient facilement établis á partir d’enquêtes de terrain, de recherches bibliographiques et de couts des nouvelles technologies nécessaires á leur création.
Une telle planification acceptée serait une condition sine qua none du maintien du parlement actuel qui y trouverait un moyen de se blanchir de la mauvaise renommée d’appartenance á un régime conspué de tous. Ce plan serait proposé aux parlementaires qui le redistribueraient en fonction des zones de production de leur circonscription. Un tel schéma repousserait de lui-même toute idée de partage du pouvoir au niveau du cabinet ministériel et renforcerait le pouvoir de contrôle du parlement. Ce schéma n’exclut pas non plus la possibilité que des compagnies privées s’établissent á la campagne et exploitent des superficies de 50 á 100 has, qui en association avec la masse des exploitants agricoles chercheraient á organiser la commercialisation de la production. Un tel schéma recentrerait le MARNDR dans la production de services pour encadrer en priorité les producteurs d’élite et dans leur sillage la masse des exploitants agricoles appelées á produire pour la consommation nationale.

Pour le moment, les conditions de sécurité pour la mise en œuvre d’un tel plan ne sont pas réunies encore. Elles existeront avec le fonctionnement simultané de l’armée et de la PNH. On pourrait commencer sa mise en application avec l’augmentation et la redistribution de la PNH dans toutes les sections communales. En attendant il est indiqué de monter une commission formée de trois anciens cadres issus des forces armées d’Haïti dont Himmler Rebu, Jean Claude Jeudi, de l’auteur « l’armée pour une démocratie », ajoutés des agronomes Carly Jean Jeune, Joseph Ronald Toussaint, Jean André Victor, pour jeter les bases de la nouvelle armée de protection de l’environnement. Certains penseurs avanceraient même l’idée de renforcer le ministère de l’environnement avec l’intégration des membres de la nouvelle force armée d’Haïti.

Quel travail devra être fait au niveau de la MINUSTHA et du conseil de sécurité des Nations Unies pour faire accepter le principe d’un MDE militarisé, non pas comme forces politiques mais comme forces d’intervention technique dans la protection de l’environnement. Ceci est faisable si au niveau de la chancellerie haïtienne, le Président Martelly y met un ministre qui pense comme lui et qui nomme des ambassadeurs á vision qui peuvent lui garantir ce travail aux Nations Unies et auprès des pays étrangers.

michelwilliam1000@hotmail.com
michelwilliam1000@yahoo.fr

jeudi 1 septembre 2011

Encore Passe Reine

Encore Passe Reine
Bernard Etheart
Dimanche 28 aout 2011
Voyager en Haïti est toujours une entreprise sinon périlleuse au moins pleine d’imprévus. Samedi dernier revenant d’un bref séjour dans le Nord-Est avec le Coordonnateur du Programme de Réhabilitation des Petits Périmètres Irrigués (PPI), nous avons appris, alors que nous étions en train de monter le Bedoret, que la route nationale était coupée au niveau de Passe Reine.

Je dois dire que cela ne nous a pas étonnés outre mesure. Deux jours plus tôt, alors que nous étions en route vers le nord, nous n’avions pas manqué de faire des commentaires au sujet de ce tronçon Gonaïves-Ennery qui avait été tellement abimé par les cyclones de 2008 (voir HEM, Vol. 23, # 29 du 12-18/08/09), et je m’étonnais de ne remarquer aucun travail de réhabilitation alors qu’il fait partie des projets approuvés par la CIRH (voir HEM, Vol. 24, # 31 du 25-31/08/2010 : Les projets de la CIRH, et # 32 du 1er-07/09/2010 : Les projets routiers).

En bon ingénieur, Jean-Robert Jean-Noël, qui faisait aussi partie du voyage, notait de son côté tous les points où ce qui reste de route risquait d’être emporté si jamais les bassins versants surplombant la région recevaient de fortes précipitations. C’est a croire qu’il a, comme on dit chez nous, une « bouch kabrit », car c’est justement au niveau d’un de ces points faibles qu’un morceau de route est parti, rendant toute circulation impossible.

Comme je l’ai dit nous étions dans la montée du Bedoret quand nous avons appris la nouvelle et nous nous sommes arrêtes pour faire le point et chercher des alternatives. Une première option était de rejoindre Saint Michel de l’Attalaye par Ennery et de là rattraper la Nationale # 1 en prenant le nouveau tronçon Saint Michel-Marchand, ou la nationale # 3 par Saint Raphaël ; mais les eaux ont rendu impraticable la montée à partir d’Ennery. Une seconde était de rallier Saint Michel par Marmelade ; mais si la montée a Marmelade ne pose pas de problème, on nous a appris que la descente sur Saint Michel n’était pas sûre. Une troisième était de revenir sur nos pas jusqu’à Plaisance et de retrouver la Nationale # 1 par Pilate et Gros Morne. Personnellement j’étais très sceptique ; j’ai fait cette route il y a très longtemps et depuis j’avais entendu dire qu’elle n’existait pratiquement plus. Evidemment, nous pouvions toujours revenir au Cap et prendre la nationale # 3 par Milot, Grande Rivière du Nord et Dondon.

Finalement nous avons choisi de continuer notre route, car entre temps nous avons appris que le Ministre Gué était en train d’organiser le travail de création d’un passage. On peut se demander ce qu’un ministre de l’agriculture a à voir avec des problèmes de route. Seulement voilà, Joanas Gue est de Camp Coq, au pied du Bedoret ; il était venu passer la fin de semaine chez lui et, autant que je sache, il a été le dernier à passer le vendredi soir. Quand il a appris la nouvelle, il est revenu et a entrepris de mobiliser tout ce qu’il y avait de ressources techniques dans la région : CNE, MINUSTAH.

Essentiellement il y avait deux opérations à mener ; d’abord créer un passage qui permette aux véhicules de passer, même si, dans un premier temps, dans un seul sens à la fois ; mais il fallait aussi travailler dans le lit de la rivière pour créer un passage pour l’eau afin qu’elle ne revienne pas provoquer davantage de dégâts. Je dois reconnaitre que l’affaire a été rondement menée et, au bout de deux à trois heures d’attente, nous avons pu reprendre notre route. Bien sûr nous étions chanceux, étant arrives relativement tard, mais j’ai entendu des gens se plaindre qui étaient bloqués depuis le matin.

Pour ce qui est de nous donc, tout est bien qui finit bien. Il n’en reste pas moins qu’il est inconcevable que ce tronçon Gonaïves-Ennery, qui fait partie de la principale artère du pays, la Nationale # 1, soit encore dans cet état, quatre ans après le passage des cyclones qui l’ont rendu impraticable ; on parle de reconstruction après les ravages du tremblement de terre, mais on n’a pas fini de reconstruire après les dégâts des cyclones !
Bernard Ethéart

Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles?

  Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles? Hugues Joseph J'ai repris ce texte Publié le 2018-03-12  par  Le Nouvelliste. Je...