jeudi 18 avril 2013

GRANDIOSES FUNERAILLES DE MONSEIGNEUR FRANCOIS WOLF LIGONDE


Grandioses funérailles de Monseigneur François Marie Wolf Ligondé
Le Nouvelliste | Publié le :15 avril 2013
 Charlotte B. Cadet
Recueillement en la Mémoire de Mgr François Marie Wolf Ligondé
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Charlotte B. Cadet Le samedi 13 avril 2013, l'Église catholique d'Haïti a rendu un vibrant hommage à Monseigneur François Marie Wolf Ligondé, à l'occasion des funérailles de ce premier archevêque haïtien. À l'église du Sacré-Coeur de Turgeau, plus de deux cents prêtres arrivés de tous les diocèses du pays ont répondu à l'appel de l'archevêché de Port-au-Prince pour venir se recueillir devant la dépouille de cet illustre pasteur. Vêtus d'aube blanche, la couleur liturgique du jour, pendant que sonnait le glas des trépassés, ces ministres de Jésus-Christ ont défilé solennellement en procession, suivis du nonce apostolique, Mgr Bernadito Auza, des évêques des dix diocèses, coiffés de mitres blanches, pour arriver à l'autel du Sacré-Coeur orné de bleu et de blanc, les couleurs de la Vierge Marie. Un rappel de la dévotion mariale de Monseigneur Ligondé. Étaient présents également trois vicaires épiscopaux. Et pour l'éclat de la cérémonie, cinq prêtres cérémoniaires revêtus de soutane noire et de surplis blanc assuraient le protocole de la célébration. Le président de la République, Son Excellence Michel Martelly, le cabinet ministériel au complet et tous les corps constitués de l'État ont rehaussé de leur présence les funérailles nationales de Mgr Ligondé. Aux environs de 10 heures, l'église était investie par toutes les communautés religieuses de l'archidiocèse, les mouvements d'action catholique tels que la Légion de Marie, les Apôtres de Marie, l'Association des fidèles charismatiques d'Haïti, les Kiros, sans compter les délégations d'écoles et les fidèles catholiques, tous venus dans le but de communier avec l'Église d'Haïti endeuillée ainsi que la famille éplorée de Monseigneur François Wolf Ligondé. L'ancien archevêque ne ratait jamais l'occasion de parler de la promotion du laïcat. Il avait toujours voulu que les laïcs s'impliquent davantage dans les choses de l'église. La solennité de l'Église catholique était, une fois de plus, au rendez-vous pour honorer la mémoire de celui qui fut le premier archevêque haïtien, le premier président de la Conférence épiscopale d'Haïti. Après le chant d'entrée très entraînant « Bondye envite m nan fèt lakay li » débuta le rite d'accueil symbolique. Sur le cercueil recouvert du drapeau national, à tour de rôle, messeigneurs Leroy Mésidor, Launay Saturné, Éric Marie Glandas, Pierre André Dumas, Simon Saintilien s'avancèrent lentement pour y déposer la croix symbolisant le baptême ; la Bible, le diaconat ; l'étole et l'aube, la prêtrise ; et la mitre, l'épiscopat. Pendant ce temps, la chorale J.V.C charmait l'assistance dans l'interprétation de très beaux chants de circonstance. L'archevêque de Port-au-Prince, Mgr Guire Poulard, président de l'assemblée, entouré du nonce apostolique, Mgr Bernadito Auza, de Mgr Chibly Langlois, actuel président de la Conférence épiscopale, évêque des Cayes, de Mgr Joseph Lafontant, concélébrants, donna le coup d'envoi de la liturgie de la Parole. Mgr Poulard s'est révélé un pasteur simple, très ouvert qui a permis à chaque évêque présent de participer à cette émouvante cérémonie. À partir de l'Évangile selon saint Jean au chapitre 10, les versets 14 à 16, Monseigneur Joseph Lafontant a prononcé une remarquable homélie, émaillée de citations latines avec toute la verve qu'on lui connaît. Il a campé magistralement Mgr François Marie Wolf Ligondé dans sa dimension d'intellectuel de haut vol, de pasteur humble, de patriote, d'homme de vérité, de serviteur souffrant, de vieux sage. Mgr Lafontant avoue avoir été un fidèle auditeur des envolées lyriques de Mgr Ligondé lors de ses prédications. Il se souvient, en outre, d'une confidence, presque sous forme de boutade, faite par ce dernier. Quand celui-ci a été appelé par le pape Paul VI pour devenir archevêque de Port-au-Prince en 1966, il préparait son doctorat en théologie, en Suisse. Le père Ligondé a alors demandé au Saint-Père de reporter cette nomination afin de lui permettre de terminer ses études. Celui-ci lui a fait comprendre que le Seigneur l'a appelé non pour évangéliser les livres mais les hommes. « Rentrez chez vous et faites-vous ordonner », avait conclu le pape. Mgr Ligondé venait d'avoir 38 ans. Il a rappelé aussi que beaucoup de prêtres présents pour la circonstance ont été ordonnés par l'éminent prélat. Toujours d'après Mgr Lafontant, l'ancien archevêque de Port-au-Prince était soucieux de la formation des prêtres. Il voulait d'un clergé sain, droit, désintéressé et intellectuellement solide. L'actuel évêque auxiliaire de Port-au-Prince, qui a administré la gérance de l'archevêché de Port-au-Prince pendant l'exil de Mgr Ligondé, saisit l'occasion pour offrir à la génération montante de jeunes prêtres ce modèle de ministre de Jésus-Christ, humble, désintéressé, évangélisateur infatigable. Personnellement, ce matin, en assistant à cette cérémonie des funérailles de Mgr Ligondé, beaucoup de souvenirs ont refait surface dans ma mémoire. Nous sommes à la fin d'octobre 1966. Je viens tout juste de mettre au monde mon fils cadet. Quelques jours après, les évêques formant le nouvel épiscopat haïtien, en visite pastorale, se sont arrêtés à Saint-Louis-du-Nord pour quelques heures. Je me revois sur le balcon de mes beaux-parents en train d'admirer la procession solennelle qui traversait la ville avec un Mgr Ligondé en tête, rayonnant de jeunesse, suivi de messeigneurs Emmanuel Constant, évêque des Gonaïves ; Carl Edward Peters, ancien curé de Saint-Louis, évêque de Jérémie ; Claudius Angénor, évêque des Cayes ; Jean-Baptiste Décoste, évêque auxiliaire de Port-au-Prince. C'était une première dans la ville en fête. Je me souviens aussi de l'arrivée du pape Jean-Paul II en Haïti, le 9 mars 1983. Monseigneur Ligondé se trouvait dans la papamobile du Saint-Père, gai comme un enfant, ainsi que le père Joseph Lafontant, alors secrétaire de la Conférence épiscopale, promu déjà à un brillant avenir. À Sainte-Marie, où le pape avait procédé à l'ouverture de la réunion du Conseil des évêques latino-américains (CELAM), Monseigneur, toujours au comble de la joie, spontanément, dit au pape Jean-Paul II qui s'apprêtait à quitter les lieux : « Très Saint-Père, nous allons entonner le Magnificat pour vous. » Celui-ci, souriant, avait acquiescé en jetant un regard sur sa montre. Je me souviens encore de mon voyage au Liban en compagnie d'un groupe de pèlerins. Nous étions accompagnés de Mgr Ligondé et de Mgr Dumas. Un moment inoubliable où nous nous sommes abreuvés des homélies de l'archevêque, de la proximité au moment des repas, des excursions ou de la visite des monastères, spécialement de celui où a vécu saint Charbel. Voici ce que j'avais écrit au retour de ce voyage : *« À côté, dans une petite chapelle gardée par des religieuses, a lieu notre première messe concélébrée par les deux évêques, messeigneurs Ligondé et Dumas. Ils nous ont fait vivre des moments très forts de prière pendant le voyage. On n'est pas près d'oublier la prière matinale de Mgr Ligondé avant le démarrage de l'autobus : « Ô toi qui es chez toi dans le fond de mon coeur, apprends-moi à t'écouter dans le fond de mon coeur. » Tous les intervenants sont unanimes à reconnaître les valeurs de ce pasteur doté d'une foi inébranlable, ce penseur, ce patriote qui rêvait d'une Haïti libérée de l'assistanat, de la misère, où l'amour, la tolérance, le vivre-ensemble devraient régner en maîtres, pour répéter son frère Jean Michel Ligondé. Le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, M. Pierre-Richard Casimir, très élogieux dans son discours, a présenté Mgr Ligondé comme « un pédagogue né, un philanthrope hors pair, croyant dans l'option préférentielle pour les pauvres ». Il a parlé en outre du vide qui planera au sein de l'épiscopat haïtien et « de la place que ce prélat occupera désormais dans le Panthéon ecclésiastique haïtien ». Le nonce apostolique, Mgr Bernadito Auza, a lu un extrait du message de condoléances du pape François adressé à l'Église d'Haïti : « Que Dieu accueille dans sa maison ce pasteur dévoué qui a accompagné la marche du peuple chrétien d'Haïti sur le chemin de l'Évangile. » La cérémonie tirant à sa fin, l'assistance a été gratifiée d'un magnifique tableau digne des plus grands peintres de la Renaissance : tous les évêques coiffés de leurs mitres blanches pointées vers le ciel, faisant un cercle autour du cercueil de Mgr François Marie Wolf Ligondé, au moment de l'absoute. C'était tout simplement majestueux. Et Mgr Chibly Langlois s'est détaché pour asperger la bière d'eau bénite, avant d'en faire le tour, pour l'encencement. Et l'odeur de l'encens se répandit dans l'air comme une préfiguration du Ciel.
Charlotte B. Cadet
* Extrait de « Entre tourisme et pèlerinage » p 45, Charlotte Barlatier Cadet, 2005, Imprimeur II. Une liste des noms de tous les évêques présents aux funérailles de Mgr François Marie Wolf Ligondé : Mgr Guire Poulard, archevêque métropolitain de Port-au-Prince et ses auxiliaires, Mgr Joseph Lafontant, Mgr Éric Marie Glandas, Mgr Quesnel Alphonse; Mgr Chibly Langlois, président de la Conférence épiscopale d'Haïti, évêque des Cayes ; Mgr Louis Kébreau, archevêque du Cap-Haïtien ; Mgr Yves Marie Péan, évêque des Gonaïves ; Mgr Gontran Décoste, évêque de Jérémie ; Mgr Simon Saintilien, évêque de Hinche ; Mgr Pierre Antoine Paulo, évêque de Port-de-Paix ; Mgr Launay Saturné, évêque de Jacmel ; Mgr Pierre André Dumas, évêque des Nippes ; Mgr Leroy Mésidor, évêque de Fort-Liberté ; Mgr Willy Romélus, évêque émérite de Jérémie ; Mgr Alix Verrier, évêque émérite des Cayes ; Mgr Frantz Colimon, évêque émérite de Port-de-Paix.

mercredi 17 avril 2013

MCJM, PERSONA NON GRATA



MCJM, persona non grata
Le Nouvelliste | Publié le :16 avril 2013
 Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr
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Il y a la science politique, c'est vrai. Mais faire cohabiter science et politique en Haïti n'est pas toujours chose facile. La démission de la ministre de l'Économie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie (MCJM) en est la preuve par quatre. Quand le président de la République annonce la création de 400 000 emplois en moins de deux ans, MCJM n'en confirme que la création de 10 000 au micro de notre consoeur Nancy Roc à son émission Métropolis du 23 février 2013 sur Radio Métropole. À titre de comparaison, tout le secteur bancaire ne disposait en 2010 que de 4 534 employés. Le secteur public dans son ensemble ne dépasse pas 60 000 employés. Quand le président Martelly annonce la création du «Kredi Roz» aux profits des femmes défavorisées, l'ex-ministre des Finances rétorque au micro de notre confrère Jean Monard Metellus, à l'émission Ranmase sur Radio Caraïbes, que le gouvernement n'a aucun intérêt à emprunter cette voie, en concurrence avec les institutions de microfinance de la place. D'autant plus que les bénéficiaires verraient dans ces programmes publics de microcrédit un don du président, avec des conséquences négatives sur le taux de remboursement. L'argument est clair, limpide et pertinent. Quand le pouvoir en place et la communauté internationale tentent de vendre la reconstruction comme le moteur de la croissance de l'économie haïtienne dans les prochaines années, MCJM fait la preuve que ce ne sera pas le cas, vu la faible capacité des firmes locales de construction, le déficit du pays en ressources humaines qualifiées et le fait que les gros contrats sont accordés à des entreprises étrangères. Quand le Premier ministre Laurent Lamothe promet à la population haïtienne de l'électricité 24 heures sur 24 d'ici le mois de juillet 2013, elle confie à Nancy Roc que cette promesse n'a été qu'un lapsus. Tant elle parait irréaliste. Quand le site d'information ivoirienne http://news.abidjan.net/h/455457.html rapporte les propos du Premier ministre haïtien, en visite en Côte d'Ivoire, selon lesquels « Haïti se porte mieux avec une croissance macroéconomique de l'ordre de 7 %», l'économiste Jean-Marie est contrainte d'indiquer le vrai taux de croissance de 2.8 % réalisé en 2012. Probité intellectuelle oblige ! Quand les pouvoirs exécutif et législatif se laissent tenter par des dépenses excessives, elle les rappelle à l'ordre en promouvant une certaine rationalité des dépenses publiques. Quand des membres du secteur privé formel des affaires faufilent directement au palais national pour solliciter le support du chef de l'État de façon informelle, MCJM suggère une institutionnalisation de ces rapports. Le contraste a donc été flagrant entre la ministre de l'Économie et des Finances et le pouvoir qu'elle servait. Ce contraste marque la démarcation entre le scientifique et le politique en Haïti. La rigueur du premier exige des éléments de preuve à ses affirmations. Tout au moins des statistiques à l'appui avec des sources crédibles bien identifiées. Alors que le second est beaucoup plus enclin à la propagande. À la manipulation des statistiques ou même des données fictives pour vendre une vision autre que la réalité des faits. Et quand, en outre, MCJM exige rigueur et abnégation, quand elle veut inscrire l'action gouvernementale dans le chemin vertueux du respect des règles prescrites par la bonne gouvernance et de la stabilité macroéconomique, qui, selon elle, est non seulement une condition nécessaire de la pérennité de l'action publique pour la création d'emplois, mais aussi pour restaurer l'image aujourd'hui dégradée d'Haïti tant à l'intérieur qu'à l'extérieur elle devient très vite indésirable dans un environnement politique où le maintien au pouvoir à tout prix est l'ultime objectif des dirigeants. L'ancienne ministre l'a confirmé : son rôle était très ingrat. Car, il est facile de prôner haut et fort le changement mais quand il faut passer à l'acte, quand il s'agit de réforme visant la transparence en matière d'allocation des fonds budgétaires et de la passation des marchés publics, on perd le soutien politique de son propre gouvernement, s'il faut croire MCJM. La difficile cohabitation science/politique en Haïti Le coup de grâce est très vite venu du sénateur Edwin Zenny, proche du président Martelly, qui affirme péremptoirement que MCJM était un obstacle au plan de l'administration Martelly/Lamothe. Il se montre encore plus tranchant en précisant qu'il y aurait boycott de la part de Mme Jean-Marie en ce qui concerne les actions de l'équipe en place en se basant uniquement sur le fait qu'elle avait fait campagne contre Martelly ; en fait, en faveur de Mirlande Hyppolite Manigat.
 Ainsi, selon le sénateur, le président Martelly a été trop démocrate en la choisissant pour ce poste et c'était un mariage contre nature entre le chef de l'État et MCJM. Comme si l'ancien sénateur Youri Latortue n'était pas un pilier de la campagne de Mme Manigat. Comme si l'ancien sénateur Joseph Lambert n'avait pas fait campagne acharnée en faveur de M. Jude Célestin. 
Pourquoi peuvent-ils être des conseillers spéciaux du Président et que MCJM ne pourrait pas occuper le poste de ministre de l'Économie et des Finances ? Rappelons que Mme Manigat a démenti, sur Majik 9 le jeudi 11 avril 2013, que MCJM avait fait campagne en sa faveur. Comme professionnelle de l'économie et de la finance, elle n'avait fait que prodiguer des conseils à la candidate Manigat. L'économiste très connu Pierre-Marie Boisson, PDG de la Sogesol, a confirmé sur Métropolis le 13 avril 2013 que MCJM faisait plutôt campagne pour Charles Henry Baker. Un sénateur pourrait donc mentir à tout un peuple juste pour salir une réputation et une crédibilité durement et chèrement acquises! L'autre argument du sénateur du Sud-Est est que le poste de ministre est politique et que certains ministères comme celui des finances doivent être contrôlés par le chef de l'État. Serait-ce le cas avec la nomination de M. Wilson Laleau à la tête du ministère de l'Économie et des Finances ? Contrairement à ce que pense le sénateur, avoir un ministre de l'Économie et des Finances qui dépense selon les caprices du chef de l'État est le meilleur moyen d'aboutir à la ruine du pouvoir en place. On constate ces derniers jours une dépréciation de la gourde par rapport au dollar américain et une certaine accélération de l'inflation. Dépenser comme on veut dans une période électorale ne ferait qu'aggraver ces indicateurs de stabilité macroéconomique. Et les conséquences néfastes sur la vie chère sont à craindre. En ce sens, Mme Jean-Marie a plutôt rendu un énorme service à l'administration Martelly/Lamothe. Notamment en termes de crédibilité, tant en Haïti qu'à l'étranger. Car, aucun gouvernement ne peut perdurer s'il vient à perdre toute sa crédibilité. C'est bien de l'ingratitude de considérer MCJM comme un obstacle au « plan gouvernemental » si celui-ci visait la croissance et le développement économiques. Il faudrait avoir des informations sur ledit plan pour mieux comprendre les propos du sénateur. Les propos de M. Zenny démontrent que MCJM était en grand danger. Être considérée comme un obstacle au plan gouvernemental la prédestinait à toute forme d'élimination. Car, machiavéliquement parlant, l'homme politique doit éliminer tous les obstacles qui se dressent sur son chemin. La démission constituait alors la meilleure porte de sortie pour la ministre. Et on comprend combien la cohabitation science/politique peut être difficile et dangereuse en Haïti ! Excès de zèle du sénateur Zenny ? Est-il plus royaliste que le roi ? En tout cas, il n'a pas été désapprouvé par la présidence. Le président Martelly a cependant affirmé lui-même au micro de Wendell Théodore le vendredi 12 avril 2012 qu'il n'y a jamais eu de problèmes avec la ministre MCJM, que quand il avait des questions, il était toujours confortable avec les réponses de la ministre : «Les relations dépassaient les relations de travail. C'est comme une relation d'amour.» C'est une dame très intelligente, très performante, qui prend les décisions, a poursuivi le président qui prétend qu'il n'y a jamais eu de conflits entre MCJM et le président, ni entre MCJM le Premier ministre. Ce dernier avait lui aussi vanté le professionnalisme de MCJM. Pourquoi une démission si tout était si rose? se demande alors le chef de l'État avant d'y répondre lui-même : « Parfois cela arrive: un malentendu, une mauvaise interprétation, une décision rapide.» Mais elle aurait pu me voir, me parler, affirme le président. Double jeu ? Le chef de l'État indique que sa relation reste intacte avec MCJM qui « continue d'identifier là où il y a des lacunes, là où on doit avancer ». On peut tenir une relation de travail, une relation honnête, renchérit le Président. Le mot honnête est peut-être à souligner ! Les propos du président Martelly contrastent avec la version de son ami sénateur Edwin Zenny et le contenu de la lettre de démission de la ministre. Une autre preuve de la difficile cohabitation science/politique. Le milieu politique peut lancer des signaux contradictoires pour exprimer un même phénomène. Une cohabitation harmonieuse salutaire Si le couple science/politique semble être victime d'une sévère incompatibilité de caractère en Haïti, les pays qui ont réalisé des progrès économiques y arrivent à partir d'un dosage intelligent entre science et politique, et une application judicieuse de la science politique. Robert Solow, prix Nobel d'économie en 1987, a été conseiller du président américain John Fitzgerald Kennedy (20 janvier 1961- 22 novembre 1963). Les conclusions de ses recherches sur l'importance du progrès technologique sur la croissance et le développement économiques avaient poussé le président américain à investir massivement dans des projets technologiques au début des années 60. Les Etats-Unis en tirent les bénéfices aujourd'hui encore, avec notamment l'avènement de l'ère numérique et informatique. Walt Whitman Rostow, célèbre théoricien économique et politique américain, connu notamment pour ses travaux sur les étapes de la croissance économique, était lui aussi un important conseiller sur la sécurité nationale du président Kennedy et de son successeur Lyndon Johnson (1961-1969). Ces présidents comprenaient depuis cette période que la sécurité nationale était d'abord une question économique. Plus près de nous, Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie en 2001, était l'un des conseillers du président américain Bill Clinton entre 1995-1997 avant de devenir vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il a été désigné, de concert avec Amartya Sen, le prix Nobel d'économie en 1998, par le président français Nicolas Sarkozy pour conduire une réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance économique française. Je ne fais pas ici de comparaison entre Mme Jean-Marie et les prix Nobel d'économie ci-dessus mentionnés. Loin de là. Je veux juste mettre l'accent sur la pratique politique moderne basée sur la primauté de la science, de la technique, des normes, de l'éthique et de la rigueur, et non sur les caprices d'un chef, d'un secteur ou d'un groupe. Quoique parfois en désaccord avec les présidents qu'ils conseillaient puisqu'ils prônaient des idées novatrices, les conseillers scientifiques cités n'étaient pas chassés mais plutôt écoutés. Comment peut-on devenir opposant ou élément de blocage politique rien qu'en faisant la promotion de la bonne gouvernance ? Le sénateur Zenny peut-il informer l'opinion publique sur les différents blocages de l'action gouvernementale occasionnés par Mme Jean-Marie et pour quelles raisons? Rappelons que moins de 48 heures après la démission de la ministre de l'Économie et des Finances, son ancienne collègue du ministère de la Communication, Régine Godefroy, a emboîté le pas, arguant qu'elle est dans l'incapacité d'exercer son devoir avec rigueur, honneur et intégrité. Des vertus qui semblent fuir le paysage politique haïtien. La politique économique du pays est conduite par le ministère de l'Économie et des Finances, de concert avec la Banque de la République d'Haïti (BRH), le sénateur Zenny voudrait-il dire que le président contrôle la BRH ou que le même sort sera réservé à son gouverneur s'il manifeste la moindre indépendance d'esprit et/ou d'action? Assistera-t-on aux funérailles de la nécessaire stabilité macroéconomique en Haïti? Attendons voir !
Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr

mardi 16 avril 2013

« L’économie verte » (8): Gare à l’accaparement des terres!


« L’économie verte » (8)
Gare à l’accaparement des terres
Bernard Etheart
Dans notre démarche en vue de donner un contenu à ce concept d’« économie verte » dont il a tant été question lors de la conférence de Rio, en juin de l’année dernière, mais qui est toujours resté flou, permettant ainsi toutes les interprétations, y compris les plus négatives (voir HEM Vol. 26 # 52 du 16-22/01/2013), nous sommes partis du croisement des axes humain, socio-culturel, environnemental et infrastructurel avec le palier économique et financier de notre cadre de référence (voir Tableau 1 ci-dessous).
Tableau 1

Axes

A

B

C

D

E

F


Paliers
 Humain
Socio- Culturel
Environ-nemental
Infra-structurel
Economique et Financier
Politique
I
 Humain
Droits individuels





II
 Socio- Culturel

Système social




III
Environ-nemental


Environne-ment naturel



IV
Infra-structurel



Environne-ment aménagé


V
Economi-que et Financier
Droits économiques
Structures de participation à la vie économique
Exploitation durable des ressources naturelles
Répartition équitable des infrastructures
Système économique et financier

VI
Politique





Gouvernance

Cela nous a donné quatre casiers que nous avons entrepris de traiter l’un après l’autre :
-          Casier D/V : Répartition équitable des infrastructures (voir « L’économie verte » (3) La décentralisation, HEM Vol. 27 # 5 du 20-26/02/2013) ;
-          Casier A/V : Droits économiques (voir « L’économie verte » (4) La création d’emplois, HEM Vol. 27 # 08 du 13-19/03/2013) ;
-          Casier B/V : Structures de participation à la vie économique (voir « L’économie verte » (5) La création d‘entreprises (voir HEM Vol. 27 # 09 du 20-26/03/2013) ;
-          Casier C/V : Exploitation durable des ressources naturelles (voir « L’économie verte » (6), HEM Vol. 27 # 11 du 03-09/04/2013).
Mais vu l’importance de ce thème, nous avons été obligés identifier les sous-secteurs exploitant directement les ressources naturelles, et nous avons retenu : l’agriculture, la filière du charbon de bois et le sous-secteur des loisirs. La semaine dernière, nous avons parlé du charbon de bois (voir « L’économie verte » (7) La filière du charbon de bois, HEM Vol. 27 # 12 du 10-16/04/2013), aujourd’hui nous voulons aborder le thème de l’agriculture.
Je ne vais pas rentrer dans toute cette discussion à savoir si Haïti est un pays essentiellement agricole ou pas ; je retiens que l’agriculture contribue pour 26 % à notre PIB et occupe environ 60 % de la population active du pays. Mais je retiens aussi que notre agriculture est caractérisée par une faible productivité, qu’elle arrive seulement à couvrir la moitié des besoins alimentaires du pays, de sorte qu’une importante proportion de la population vit dans une situation d’insécurité alimentaire permanente.
Il y a donc quelque chose à faire et on pourrait se réjouir en entendant le Secrétaire d’Etat à la production animale dire que le président Martelly a deux priorités pour cette année : l’agriculture et l’environnement. Pourtant on n’est pas rassuré car, quand, dans certains milieux, on parle d’agri-culture, on ne parle pas de la même chose que nous.
Prenons cette annonce du BUREAU DE COMMUNICATION DE LA PRIMATURE : PORT-AU PRINCE, LE DIMANCHE 10 MARS 2013.- Le Bureau de communication de la Primature informe le public en général et la presse en particulier, que le Premier ministre, S.E.M. Laurent Salvador LAMOTHE a reçu en sa résidence privée, ce dimanche 10 mars 2013, une importante délégation de la Fondation Clinton conduite, notamment, par l'ancien président américain Bill CLINTON.  L'ex-président CLINTON était accompagné de plusieurs hommes et femmes d'affaires étrangers ainsi que des représentants (tes) de grandes multinationales désireuses de s'implanter en Haïti, œuvrant  dans divers domaines dont celui de l'agriculture.
La question que l’on doit se poser : ces hommes et femmes d'affaires étrangers ainsi que des représentants (tes) de grandes multinationales désireuses de s'implanter en Haïti, quel est leur motivation ; quels sont leurs projets ? Je prends un autre cas. Récemment une « mission » est allée faire un tour dans le Nord-Est. Information prise, il s’agissait d’une grande multinationale qui aimerait promouvoir la production de canne à sucre sur les anciennes terres de la Plantation Dauphin. S’agit-il de produire du sucre pour le marché local, voire pour l’exportation, ou de produire de l’éthanol pour servir de bio-carburant ? J’y pense parce que, il y a quelques années, un ministre de l’agriculture m’a envoyé chercher des terres pour planter du sorgho sucré, pour produire de l’éthanol.
Cela fait plus d’un an, j’ai entendu parler d’une visite du président Martelly, accompagné d’un fonctionnaire de l’USAID, dans la Savane Diane, pour évaluer les possibilités d’un grand projet de production de maïs. Et je me suis tout de suite posé la question : ce maïs, c’est pour la consommation locale ou pour produire de l’éthanol ?
Je rappelle cette fameuse de Jean Ziegler, à l’époque des grandes discussions qui ont fait suite aux émeutes de la faim de 2008. La quantité de maïs nécessaire à produire suffisamment d’éthanol pour faire une fois le plein d’une 4x4 peut nourrir un homme pendant un an. C‘est à cela qu’il faut penser quand on nous répète que Haïti is open for business ; ce business va-t-il m’aider à combler mon déficit alimentaire, ou va-t-il simplement permettre aux classes dominantes des pays riches de satisfaire leurs fantaisies ?
Tout cela rentre dans la problématique de l’accaparement des terres des pays du tiers monde par les « grandes puissances », qui fait de plus en plus l’objet de rapports et de discussions, et pas plus tard que ce midi même sur l’antenne de RFI. Le plus grave, c’est que nous avons déjà connu cela, il y a longtemps. Cela va bientôt faire cent ans que nous avons accueilli à bras ouvert une compagnie qui est venue produire de la pite, chassant les paysans qui cultivaient cette terre – certains sont partis en République Dominicaine, pour aller se faire massacrer par Trujillo ; et une fois qu’ils n’avaient plus besoin de cette pite, ils sont partis, nous laissant une terre épuisée. Plus récem-ment, on a eu les plantations de « kòn kabrit » qui représentaient notre contribution à « l’effort de guerre contre les puissances de l’Axe », avec les mêmes conséquences pour les paysans.
Je suis peut-être naïf, mais je n’arrive pas à comprendre que nous soyons incapables de tirer les leçons de notre histoire et prêts à refaire les mêmes bêtises qui nous ont conduits dans l’impasse où nous nous trouvons aujourd’hui.
Bernard Ethéart

mercredi 10 avril 2013

« L’économie verte » (7) La filière du charbon de bois


« L’économie verte » (7)
La filière du charbon de bois
Bernard Etheart
La semaine dernière, parlant d’Exploitation durable des ressources naturelles (HEM Vol. 27 # 11 du 03-09/04/2013), j’avais conclu qu’il fallait identifier les sous-secteurs exploitant directement les ressources naturelles, et j’avais cité :
-          pour le secteur primaire : l’agriculture et les mines,
-          pour le secteur secondaire : la filière du charbon de bois et la filière du bois d’œuvre et du bois d’ébénisterie,
-          pour le secteur tertiaire : le sous-secteur des loisirs,
et je m’étais promis de passer en revue ces différents sous-secteurs pour voir quels efforts pourraient être entrepris pour encourager la création d’entreprises « durables » ou améliorer celles qui existent déjà.
Pour réaliser ce travail, j’ai choisi de commencer avec le sous-secteur qui a la plus mauvaise réputation, qui est considéré comme le principal, sinon le seul, responsable de la dégradation de notre environnement, je veux parler de la filière du charbon de bois. Je dois reconnaitre que moi aussi j’ai longtemps jeté l’anathème sur nos « charbonniers » ; mais avec le temps, certaines réflexions m’ont amené à relativiser quelque peu mon jugement.
Une première serait d’ordre moral, si je puis m’exprimer ainsi. Certes, ce sont des paysans qui coupent du bois pour produire le charbon ; mais ce ne sont pas eux, ou tout au moins pas eux seuls, qui utilisent le charbon de bois pour faire la cuisine. Les grands consommateurs de charbon de bois sont les citadins. Autrement dit, si on part du principe que si pa te gen reselè, pa ta gen vòlè, les citadins sont au moins aussi « coupables » que les paysans de la perte de notre couverture végétale.
Une seconde réflexion est d’ordre économique. Autant de foyers qui utilisent le charbon de bois pour la cuisine plutôt que ce gaz (propane ou butane), dont certains voudraient voir l’utilisation se généraliser, ce sont autant de devises qui sont économisées et n’iront pas remplir les caisses des rois du pétrole.
Une troisième réflexion est en relation avec le changement climatique. En me penchant sur les problèmes de gaz à effet de serre, j’ai dû m’intéresser au cycle du carbone et j’ai réalisé que le gaz carbonique résultant de la combustion de produits pétroliers était composé d’un carbone qui était auparavant enfoui dans les réserves de pétrole, alors que le gaz carbonique résultant de la combustion du bois était composé d’un carbone déjà en circulation, fixé par la photosynthèse pour la croissance des végétaux, puis remis en liberté par la combustion. Autrement dit, la combustion du bois ne met pas de carbone supplémentaire en circulation, contrairement à celle des produits pétroliers.
Que conclure ? Tout d’abord que le paysan-charbonnier n’est pas ce personnage abominable qu’il faut absolument réprimer. Et à ceux qui s’en vont répétant à qui veut l’entendre que le paysan est une sorte d’enragé, qui déteste les arbres, de sorte que chaque fois qu’il en voit un, il se dépêche de le couper, je dirai que quand vous parcourez la campagne haïtienne, chaque fois que vous voyez au loin un bouquet d’arbres vous pouvez être certain qu’il y a une kay de paysan au-dessous. Car le paysan aime l’arbre, il sait tous les avantages qu’il peut en tirer, et, s’il vient à la couper, c’est parce qu’il n’a plus aucune source de revenu.
Deuxième conclusion, il faut encourager la production de charbon, mais pas comme elle se fait actuellement. Et nous arrivons à la création d’entreprises modernes dans cette filière du charbon de bois. Cela fait plus de quinze ans que je plaide pour le développement de « forêts énergétiques ». Le concept est relativement simple.
A l’époque, j’avais proposé au Ministre de l’Agriculture de passer une sorte de contrat avec des organisations paysannes. Une certaine quantité de terre du domaine privé de l’Etat serait mise à leur disposition. Le terrain serait divisé en un certain nombre de parcelles plantées en bois de chauffe et la coupe se ferait de manière rotative, une parcelle chaque année, et, le temps qu’on ait fait le tour, la première parcelle offrirait de nouveau du bois à couper. Le bénéfice de la vente du charbon serait pour l’organisation qui aurait à suivre les directives des techniciens en ce qui a trait à l’entretien des parcelles et au renouvellement de la plantation sur les parcelles coupées.
Ce qui vient d’être dit concerne la production du bois pour le charbon ; mais il faut voir aussi la production du charbon lui-même. En juillet 2006, sur les ondes de Mélodie FM, j’ai fait une émission avec George Michel sur le charbon ; il signalait que « nous produisons le charbon de manière artisanale et que de cette façon toute une série de produits chimiques de haute valeur ajoutée, dont la commercialisation ferait baisser le prix du charbon, s’en vont en fumée ». Il en concluait qu’il faudrait acheter le bois du paysan et produire le charbon par distillation.
Concrètement il s’agit bien là de création d’entreprises de transformation du bois en charbon, avec tous les « sous-produits » que cela suppose, dont certains ont probablement plus de valeur que le produit recherché au départ, le charbon. En revoyant tout cela, je pense à Kesner Pharel et à tout ce qu’il nous a dit, au cours du séminaire auquel j’ai participé il y a deux mois, sur les chaines de valeurs.
Dans le même ordre d’idées, je mentionnerai la conférence de Thomas R. Preston à laquelle j’ai eu la chance d’assister récemment. Le conférencier a fait le lien entre souveraineté alimentaire et souveraineté énergétique et a plaidé pour une autre « révolution verte » avec de l’énergie produite sur la ferme. Dans ce cas.il ne s’agit plus de production de charbon mais de production de gaz à partir de la biomasse. Il a mentionné la fabrication de « gazogènes » en Inde qui peuvent être utilisés au niveau de la ferme.
Pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette affaire de gazogène, je dirai que la première fois que j’en ai entendu parler c’était à propos de véhicules qui marchaient au gazogène, en France, pendant l’occupation allemande. En fait c’était une machine, installée sur les véhicules, qui distillait du bois, produisant un gaz qui pouvait faire tourner le moteur. On en a reparlé récemment à propos d’énergies alternatives, mais je ne savais pas qu’on était passé à la mise en application.
Bien sûr, tout cela nous entraine bien loin de notre charbon de bois artisanal, mais j’ai tenu à en parler simplement pour montrer qu’on peut faire pas mal de choses au niveau de la filière du charbon de bois et qu’il existe des possibilités de la moderniser en créant des entreprises, des emplois et de la richesse, tout en protégeant, voire en renouvelant notre couverture forestière.
Bernard Ethéart
HEM Vol. 27 # 12 du 10-16/04/2013

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