dimanche 22 janvier 2012

INSTALLATION D'UNE USINE DE L'HUILE DE SOJA AUX GONAIVES, APPUI DE LA COOPERATION BRESILIENNE?


DANIEL ALTINE

Le 1er fevrier 2012, la presidente de la Republique Federative du Bresil, pays assumant le leadership de la Minustah, 6eme economie de la planete avec un systeme de formation professionnelle tres performant, effectuera une visite officielle en Haiti.
 
Ce sera l'occasion pour le Gouvernement Haitien de definir ou de revoir l'accord cadre de cooperation en vue de renforcer la cooperation avec ce grand pays frere, aux niveaux culturel, politique, economique, etc., en fonction des 4 ou 5 E definis par le President de la Republique d'Haiti, dont l'education et l'emploi. Ce sera egalement l'occasion de tester la diplomatie d'affaires, nouveau modele promu par le Chancelier haitien. Car, il faudra depasser la cooperation technique traditionnelle pour deboucher sur des cooperations d'affaires susceptibles de renforcer la creation de valeur ajoutee et de richesses nationales. Pour cela, il faut innover.
 
Dans le cadre du projet qui fait l'objet de ce texte, a l'occasion du voyage du President du Bresil, il est propose un nouveau modele axe sur la cooperation et l'investissement, en mobilisant les secteurs publics et prives du Bresil et d'Haiti (partenariat public-prive). La fiche de projet proposee est a l'etat d'ebauche, donc evolutive. J'espere que le debat  qui suivra permettra de l'enrichir.
 
 
Projet :

Installation d’une usine d’huile de soja aux Gonaïves, moyennant la coopération brésilienne et des investissements mixtes haïtiano-brésiliens

 

Justification et objectifs


L’économie de la République d’Haïti est devenue, au fil des dernières décennies, une économie d’importations. Ces dernières se sont chiffrées à 2 milliards 032 millions USD et 2 milliards 810 millions USD respectivement pour 2009 et 2010, alors que les exportations se sont établies à 501 et 560 millions pour les mêmes années, pour un déficit moyen de l’ordre de 1.5 milliard USD. Les produits alimentaires, avec l’effondrement de la production nationale, en général, de la production agricole en particulier, en comptant pour 23.8% et 20.64% des importations, respectivement en 2009 et 2010, ont contribué substantiellement à la détérioration de la position commerciale d’Haïti. Parmi les produits alimentaires importés, les huiles comestibles ont constitué un poste important de fuite de plusieurs dizaines de millions de devises vers l’étranger.

De telles données démontrent clairement l’ampleur de l’écart à combler et les efforts à consentir par Haïti pour remonter la pente de la relance de la production nationale.  Dans ce contexte, les transferts de la diaspora haïtienne, de l’ordre de 1.8 milliard USD annuellement, se retrouvent ainsi à financer essentiellement l’effort d’importation, alors qu’ils devraient être mobilisés plutôt pour l’effort national de production.

L’investissement proposé de l’installation d’une usine d’huile de soja aux Gonaïves s’inscrirait dans la perspective de relance de la production nationale et de l’activation des divers territoires du pays dans le cadre d’une véritable décentralisation économique. Il permettrait de mobiliser les ressources matérielles, économiques et financières, et techniques du Brésil, sixième économie mondiale et grande puissance sud-américaine, selon un modèle mixte de coopération et d’investissement.

A côté des investissements massifs prévus dans le parc industriel de Caracol, zone Nord du pays, ce projet constituerait une autre initiative majeure, dans le sens de la mise en œuvre d’une politique active de promotion de création de richesses et d’emplois productifs au profit des jeunes haïtiens et haïtiennes dans des zones économiques fortement et moyennement intégrés du territoire national.

L’installation de cette usine viserait essentiellement à favoriser, en mettant à profit la coopération brésilienne ainsi que des investissements brésiliens et haïtiens, la création de valeur ajoutée et de milliers d’emplois dans une ville à genoux, qui se relève péniblement des catastrophes naturelles qui l’ont frappée en 2004 et 2008, et dans un pays où sévissent le chômage et le sous-emploi à l’état endémique. Ce projet permettrait également d’améliorer la balance des paiements d’Haïti en permettant, par l’approvisionnement du marché national en huile végétale, l’économie annuelle de plusieurs dizaines de millions de dollars d’importation d’huile.

Stratégie de montage et de financement : Partenariat Public Privé (PPP)


L’usine serait financée, à la faveur d’une coopération avec la République Fédérative du Brésil, pays qui est avec l’Argentine l’un des premiers producteurs mondiaux de soja, dans le cadre du montage et d’un « joint venture », comme ci-après :

1.      Don de soja du Brésil (volet cooperation secteur public brésilien) à travers le Bureau de Monétisation (secteur public haïtien) ; le soja reçu en don servirait à approvisionner l’usine comme matière première, pour être transformé en huile de soja. Par le passé, Haïti a reçu le blé en don des Etats-Unis d’Amérique, dans le cadre du Programme PL480 Titre III, matière première transformée en farine à la Minoterie d’Haïti, devenue depuis Les Moulins d’Haïti, dans le cadre de la Loi sur la Modernisation des Entreprises Publiques ;
2.      investissements de l’État haïtien (secteur public haïtien), à concurrence de 20% des actions, maximum fixé selon la Loi sur la Modernisation des Entreprises Publiques ;
3.      Investisseurs privés brésiliens : 40% des actions (secteur privé brésilien) ;
4.      Investisseurs nationaux (haïtiens de l’intérieur et de la diaspora) : 40% (secteur privé haitien), dont 20% des actions réservées à de petits porteurs, en vue d’éviter la concentration du capital et de favoriser une certaine diffusion de l’actionnariat.

Modalité de construction et de gestion de l’usine d’huile de soja

Pour des raisons de capacité, l’usine serait  réalisée « produits en main »  par les brésiliens. Selon cette modalité, les partenaires brésiliens, non seulement construiraient et équiperaient l’usine, mais aussi la feraient fonctionner et gèreraient la production pour l’obtention de l’huile de soja. Potentiel de formation des cadres haïtiens en perspective dans la gestion des opérations de systèmes de production complexes.

Produit et sous-produit

·         Produit : Huile de soja
·         Sous-produit : Tourteau de soja, pouvant servir pour l’alimentation du bétail. Gonaïves pourrait devenir un important centre d’alimentation pour bétail, puisque la ville est à proximité de la Vallée de l’Artibonite, zone de forte production du son de riz.

Commercialisation

Marché intérieur.

Emplois et effets

Une telle usine constituerait un bon débouché pour nos ingénieurs industriels et nos gestionnaires. Plusieurs centaines d’emplois seraient créés au moment de la construction de l’usine. Les emplois directs se chiffreraient par centaines, non seulement dans l’usine, mais également dans les nombreuses petites entreprises qui seraient créées à la faveur de cet investissement. Les effets directs et indirects se feraient sentir sur la jeunesse, tant à Gonaïves que dans le Département de l’Artibonite, ainsi que dans le pays tout entier, par l’impact sur les importations, et donc sur la balance des paiements.

Atouts des Gonaïves

·         Carrefour géographique stratégique majeur, donnant accès à plusieurs départements ;
·         2 ports en eau profonde, dont le Warf Sedren qui a servi autrefois pour l’exportation de minerais de cuivre de la mine Mémé;
·         Importante réserve foncière à proximité du Warf Sedren, pouvant être mobilisée pour la construction de l’usine d’huile de soja ;
·         Disponibilité de l’électricité 24h/24h.

En outre, une usine d’huile de soja, localisée aux Gonaïves ne pourrait pas être boycottée comme jadis le fut ENAROL, car la population gonaïvienne serait en mesure de la défendre.

Résultats attendus

·         Des milliers d’emplois créés aux Gonaïves ;
·         Activation du territoire gonaïvien comme bassin d’emplois et ressources territoriales mises en valeur ;
·         Gonaïves confirmée dans son rôle de carrefour stratégique, géographiquement, administrativement, politiquement, socialement et économiquement ;
·         Création de valeur ajoutée et augmentation de la production et de la richesse nationales ;
·         Réduction des importations et amélioration de la balance des paiements ;
·         Décentralisation économique promue et établie comme modèle de développement.

Daniel Altiné
Consultant
M.Sc. Gestion, Economie Appliquée
M.B.A., Finance et Economie de Gestion
Coordonnateur Général du Programme de Formation Professionnelle
Accord de Financement Non Remboursable 2385/GR-HA et Co-financement Union Européenne ATN/CF-10059-HA
509-3446-1402 / 509-3720-0085 / 509-3449-6445 / 509-2813-0836

dimanche 15 janvier 2012

LES EFFETS DU SÉISME SUR L’AGRICULTURE : 2 ANS APRES


DEVELOPPEMENT AGRICOLE

Publié le 12/01/2012
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Agriculture et Séisme du 12 janvier
LES EFFETS DU SÉISME SUR L’AGRICULTURE : 2 ANS APRES
Par Agropresse
Quelques mois après le séisme du 12 janvier 2010, un rapport publié par le Gouvernement haïtien dresse un bilan des effets du séisme sur l’agriculture et des actions prises par le Gouvernement.
Après avoir décrit les dommages subis par les infrastructures en milieu urbain et périurbain des zones environnant l’épicentre du tremblement de terre, le rapport constate toutefois que l’impact le plus important sur le secteur de l'agriculture est dû à des effets indirects, notamment ceux engendrés par le déplacement massif de populations urbaines vers le milieu rural.
Les actions gouvernementales ont donc été prises en conséquence et la réponse urgente aux dommages causés par le séisme a eu en définitive un impact positif sur l’agriculture national.


A. Impacts directs
Les infrastructures en milieu urbain et périurbain des zones environnant l’épicentre du tremblement de terre du 12 janvier 2010 ont subi quelques dégâts importants. Des canaux d’irrigation, des centres de stockage et de transformation en dur ont été massivement endommagés dans les plaines autour de Gressier, Léogâne, Petit Goâve et Grand Goâve et dans les régions montagneuses de Bainet, La Vallée, Côte-de-Fer, Jacmel, Cayes-Jacmel et Marigot. Une douzaine de systèmes d’irrigation desservant 3.500 hectares dans les départements de l’Ouest, du Sud-est et des Nippes ont subi des dommages au niveau des ouvrages de prises et du réseau de canaux d’irrigation. Des dégâts sont aussi enregistrés au niveau du bâtiment administratif logeant l’usine sucrière de Darbone et à celui des bâtiments administratifs et techniques du Ministère de l’agriculture. La totalité des dommages et des pertes recensées est évaluée à 31.275.750 USD. De ce montant, 26.275.750 USD correspondent à la valeur des biens physiques détruits qui devront être reconstruits.
B. Impacts indirects


Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a eu pour conséquence immédiate de provoquer un exode de population de la zone urbaine de Port au Prince estimé à environ 600,000 personnes, de nombreuses familles migrantes s’étant déplacées en zone rurale vers leurs villages d’origine (voir tableau 3). Il en a résulté que de nombreuses familles d’accueil déjà très appauvries et vulnérables à l’insécurité alimentaire ont dû assumer une charge supplémentaire en recevant des familles déplacées totalement démunies. Un peu plus d’un mois après le désastre on estimait que, dans les Départements de l’Ouest, du Sud et du Nord, le nombre moyen de personnes par foyer en zone rurale était passé à plus de 10 personnes par foyer au lieu de 5 à 6 personnes avant le tremblement de terre.


Ainsi, bien qu’il puisse ne pas être considéré comme l’un des secteurs les plus directement touchés par le tremblement de terre, le secteur agricole jouera un rôle clef tant pour le maintien de la sécurité alimentaire que pour le redressement économique et la stabilité sociale du pays. Cela a impliqué donc la nécessité impérative d’apporter au secteur agricole tout le soutien nécessaire, tant sur le court terme au travers d’interventions d’urgence qui permettront de répondre aux besoins alimentaires immédiats, qu’à moyen et à plus long terme afin de relancer, moderniser, et redynamiser un secteur agricole essentiel à l’économie et l’équilibre social du Pays.


Les grands objectifs à atteindre:
•la relance de la production agricole nationale
•l’augmentation des revenus des paysans,
•l’amélioration de la sécurité alimentaire de la populat
ion


LES ACTIONS MENEES DANS LE SECTEUR
Les lignes, qui suivent, résument les actions menées tant par le Ministère de l’Agriculture que par d’autres partenaires ainsi que les résultats correspondants enregistrés jusqu’ à 2011. Selon les informations communiquées à AGROPESSE, On constate que la réponse urgente aux dommages causés par le séisme a eu en définitive un impact national sur le secteur de l’agriculture.


Ici le Rapport signale que la construction rapide des nouveaux bâtiments administratifs et techniques du Bureau central de Damiens a facilité la reprise des activités du Ministère de l’Agriculture.


Construction et / ou réhabilitation d’infrastructures rurales
Un système d’irrigation à Marigot , un siphon à Belle Roche dans le Sud-est, ont été construits, favorisant la mise sous culture de 225 hectares de terre ; 28 kms de canaux principaux construits dans le Haut Artibonite et le Sud-Est; 812 kms de routes secondaires réhabilités dans les départements du Sud-Est, de l’Ouest et de la Grande Anse ; 184 kms de canaux d’irrigation curés ; 10 citernes de 12m³, 16 réservoirs de 450 gallons, 30 impluviums construits , 120 puits domestiques réhabilités dans l’Ouest ; 5 kms de berges de rivières consolidés dans l’Ouest ; trois stations hydrologiques dans l’Artibonite équipés et mis en fonctionnement en vue de diminuer les risques aux catastrophes naturelles et protéger les vies ; Les différentes interventions dans le domaine de la réhabilitation et /ou construction de systèmes d’irrigation ont permis l’arrosage d’environ 12.000 has de terre à travers les dix départements géographiques du pays.


Appui au renforcement des associations des usagers de l’eau Le programme d’Intensification Agricole (PIA) a mis l’accent sur la gouvernance et le leadership des associations des irrigants devant assurer la gestion des systèmes d’irrigation. Dans la vallée de l’Artibonite, le Conseil d’Administration de la Fédération des Associations des Irrigants a été renouvelé, (FASSIVAL). Le PIA a assuré le suivi de l’application des outils de fonctionnement auprès de 12 associations membres de la FASSIVAL ; des visites d’échanges dans les périmètres irrigués de Dubreuil, d’Avezac, de l’ Arcahaie, de Petit-Carénage, de la Verdure et de Saint-Raphaël ont été réalisées au profit de 302 planteurs, membres de huit(8) associations d’irrigants constituées lors de la deuxième phase du programme ; en résumé, l’organisation des groupements d’usagers de l’eau a été consolidée sur une aire de 5400 ha.


Protection des sols
11.351 has de terre ont été traités par la mise en place de structures mécaniques et biologiques ; 124 kms de ravines ont été traités ; environ 2.523.421 plantules d’essences fruitières et forestières sont actuellement produites dans plusieurs pépinières réparties dans plusieurs départements et distribuées à des planteurs individuels et à des institutions diverses engagées dans le domaine de l’aménagement aux fins de plantation ; principalement dans les départements du Nord, du Nord-est, de l’Ouest, de la Grande Anse, du Nord-est, du Nord-Ouest, du Sud.


La filière bambou a retenu l’attention du Ministère dans le sens de la conduite de multiples actions de promotion dans les zones de Marmelade, de Macary et de Furcy qui se sont soldées par la production de 120.000 plantules de bambou utilisées pour la stabilisation des ravines. Par ailleurs la vente de meubles et d’articles en bambou a rapporté un chiffre d’affaire de 3.300.000.00 gourdes.


Appui à la pêche maritime
Le MARNDR a travaillé en faveur de l’amélioration de la situation économique et sociale des pêcheurs par un renforcement des capacités de pêche à travers un projet appuyé par la Coopération Espagnole dans le Sud-est avec un financement de 2.000.000.00 d’euros. Ce projet a consisté dans la mise en place de l’Union Communale pour assurer la gestion de centres de pêche, l’entretien de moteurs, la formation en utilisation de GPS, le montage et pose de Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP) et leur entretien.
Des matériels de pêche dont trente-huit (38) moteurs hors-bord de 15 Hp, 38 embarcations, quatre (4) congélateurs solaires ont été distribués aux associations de pêcheurs et trois (3) centres de pêche ont été de plus construits.


Développement de l’Aquaculture
Pour ce qui concerne l’aquaculture, toujours dans le Sud-est, à travers le projet de la Coopération Espagnole au montant de 200.000.00 euros, le MARNDR a organisé des sessions de formation pour appuyer et renforcer les organisations de base sur la construction de barrages, la fertilisation et l’ensemencement des étangs, l’acquisition de matériels et d’équipements de pêche.
Dans les DDA du Sud et du Nord Est le MARNDR a ensemencé, plus d’une soixantaine de bassins piscicoles avec 118.000 alevins de Tilapia rose et 21.300 carpes, réalisé des sessions de formation pratique pour les associations de jeunes, et distribué des matériels et intrants tels que: hameçons, filets de pêche, lignes, barques aux pêcheurs.
Dans la DDANE, le projet FAO-SAGE a innové l´élevage de poisson en cages, où 40 cages ont été installées. Il faut souligner que chaque cage contient 2500 alevins.


Autres filières de la production animale
Distribution de 35 unités caprines, de l’aliment pour volailles et des volailles rustiques dans les dix DDA ; la réhabilitation de la station apicole de Damien et le renforcement de la station avicole ; l’appui au développement laitier par l’achèvement de la construction des laiteries de Damien, Camp Perrin, Mirebalais, Gressier, Lakou Badio et Ouanaminthe.


Renforcement de la Santé animale Pour ce qui a trait à la santé animale, l’appui du Ministère et de ses partenaires a permis la vaccination de 1,407,126 têtes d’animaux, dont 524,824 bovins, caprins, ovins, contre le charbon bactéridien ; 427,133 têtes de volailles contre la New Castle ; et 455,169 têtes de porcs contre la Peste Porcine Classique.


On signale aussi l’installation et la réparation d’une chambre froide, l’acquisition et la distribution dans 36 communes de réfrigérateurs à énergie solaire, de 500.000 doses de vaccin Newcastle, de 800.000 doses de vaccin PPC, de 500.000 doses de vaccin de charbon.


Ces actions ont favorisé le maintien sous contrôle de la santé du cheptel et permis de réduire la propagation de certaines maladies nuisibles au développement de ce sous-secteur.


De plus, 695 agents vétérinaires ont bouclé leur cycle de formation, ce qui renforcera les Groupes Santé Bèt (GSB) afin d’offrir une meilleure performance dans l’exécution de leurs tâches au niveau du terrain.


L’étude taxonomique des oiseaux susceptibles d’héberger le virus de l’Influenza aviaire a été conduite. La construction de deux postes de contrôle frontalier et deux postes de contrôle de mouvement interne ont été réalisées.


Les filières de la production végétale
La filière mangue francisque a particulièrement retenu l’attention du Ministère et de ses partenaires qui, au cours de cet exercice, y a injecté 20.000.000 Gourdes, lesquelles ont permis la réalisation d’importants travaux pour contrôler la mouche des fruits. Entre autres actions, on cite la mise en place d’un dispositif de piégeage dans cinq (5) grandes zones de production de mangue francisque, avec 4.276 pièges installés sur un total de 6000, engendrant comme résultat la capture de cent mille (100,000) mouches des fruits.


La production fruitière n’a pas été négligée. En effet, le Ministère a assuré la promotion et l’extension de vergers de façon à faciliter les travaux d’entretien et la lutte antiparasitaire. Des séminaires de formation ont été réalisés au bénéfice de bon nombre de fruiticulteurs. Plus de 1.500.000 plantules de fruits divers ont été mises en terre


Les fonds mis à la disposition de l’Institut National du Café Haïtien (INCAH) sur le budget d’investissement du Ministère, soit 14.000.000 Gourdes, lui ont permis d’apporter son appui à la production de 700.000 plantules de caféier, à l’établissement de 400 has de nouvelles plantations caféières.


Relativement à la filière canne à sucre, l’usine sucrière de Darbonne a créé 1.800 emplois, reçu et broyé 40.580 Tonnes métriques de canne, produit 14.174 sacs de sucre, 20.153 drums de sirop, réalisé des travaux de préparation de sol sur 125,39 hectares et réparé 80 kilomètres de pistes de desserte.


Au niveau de la filière oignon, le MARNDR a œuvré au niveau de la réduction des pertes post-récolte, de la formation de 593 planteurs sur les nouvelles techniques de plantation de la culture, et de l’augmentation sensible du rendement par unité de surface.


D’autres cultures maraichères ont retenu particulièrement l’attention par la production de compost, l’encadrement technique des agriculteurs et la distribution de semences améliorées.


La filière des céréales, maïs, sorgho, a été prise en compte surtout au niveau de bon nombre de projets de développement œuvrant dans la sécurité alimentaire par la distribution de semences améliorées et d’autres intrants agricoles. Près de 426,5 tonnes métriques de semences vivrières dont 300 TM de maïs ont été vendues aux planteurs à prix subventionné.


Les filières Pois Congo et Pois Inconnu ont reçu également l’appui du Ministère. Plus d’une cinquantaine de Tonnes Métriques de semences a été distribuée. Des parcelles de démonstration ont été établies dans le but d’assurer la promotion de ces filières jouant un rôle assez important au niveau de la sécurité alimentaire.


La patate, culture de grande importance, a fait l’objet d’une attention particulière en mettant l’emphase sur la lutte contre le charançon par la formation et la sensibilisation de plus de 4.000 planteurs, la vulgarisation de paquets techniques éprouvés à travers de nouvelles zones de production du pays, la vente de boutures traitées et de pesticides à prix subventionné, la mise en place de parcelles de démonstration et d’accompagnement, l’élimination des contraintes qui freinent l’augmentation rapide et durable de la production de cette denrée, la production et la distribution de matériels didactiques.
Ces actions, conduites sur plus de 3.500 ha au niveau de 36 communes de la République, ont permis un accroissement de 400% du rendement de la patate douce passant de 4TM à 16 TM par hectare sur les parcelles traitées. Il est encourageant de noter, qu’un total de 56.000 TM de patate indemne de cylas formicarius a été produit sur les parcelles traitées.


Dans ses rapports le Ministère explique avoir apporté son appui aux filières banane, igname, haricot en y investissant 47.500.000 Gourdes, par la remise en état des plantations, par la subvention d’intrants et par la formation.


Distribution de fertilisants chimiques
En ce qui a trait à la, on précise la vente, à prix subventionné, à 800.000 planteurs, de vingt huit mille Tonnes Métriques (28.000 TM) d’engrais chimiques, tout type confondu, laquelle a permis d’emblaver environ 100.000 hectares de terre en cultures diverses et entrainé une nette augmentation des rendements de l’ordre de 55% pour les céréales et de 50% pour les légumineuses et les tubercules dans les zones ayant bénéficié de l’utilisation des fertilisants.


Programme de création d’emplois
De plus, pour permettre de répondre aux besoins urgents d’insertion des populations déplacées, un vaste programme de création d’emploi pour l’amélioration de la sécurité alimentaire a été exécuté dans les 10 départements.


Ce programme a priorisé des projets :
1- qui ont un impact sur la production alimentaire (routes agricoles, réparation de système d’irrigation, drainage)
2- Qui diminuent la vulnérabilité (saison cyclonique) tant en ville que dans les zones rurales (correction de ravines, conservation de sol, aménagement berges de rivières, drainage de canaux…)
3- qui contribuent à l’assainissement et au déblaiement



4. EFFETS MACRO-ECONOMIQUES DES ACTIONS ENTREPRISES DANS LE SECTEUR AGRICOLE
La valeur ajoutée de la branche agriculture a enregistré en 2010 une légère augmentation de 0.04 % contre une croissance positive de 5 % en 2009. Néanmoins, compte tenu de son poids relativement important (25 %) dans la formation du PIB, la faible progression de cette branche a toutefois amenuisé la tendance négative observée dans les autres secteurs d’activités.


En 2011, selon les dernières estimations du Ministère de l’Agriculture communiquées à AGROPESSE, le Secteur Agricole dont on redoutait une chute a pu se rattraper, générant ainsi une légère hausse de 1.1% de sa valeur ajoutée à prix constant.

lundi 9 janvier 2012

LES NANTIS D'HAITI


Les nantis d'Haïti


Parce qu'ils ont soutenu les dictateurs, parce qu'ils ont peu investi dans l'économie locale, parce que certains sont les rois de la sous-traitance à bas prix..., les riches Haïtiens ont mauvaise réputation. Mais le président Martelly compte bien s'appuyer sur leurs capitaux pour reconstruire le pays.
Par Arnaud Robert / Photos Paolo Woods

    

Grégory Brandt préside la Chambre  de commerce et d'industrie francohaïtienne : " Mes enfants ont étudié  à l'étranger mais ont choisi de revenir  à Haïti malgré la situation. Et j'en suis très fier... " Photo: Paolo Woods / Institute

Suite à un incident technique cet article a été tronqué, le voici dans son intégralité. 
Il faut gravir une montagne qui surplombe Port-au-Prince, se présenter à la grille face à un gardien dont le canon scié tournoie dans l'air frais, puis garer sa voiture dans la mêlée de 4 × 4 rutilants. La porte est ouverte. Un intérieur à la californienne. D'énormes sofas. Des téléviseurs plasma. Quelques répliques maladroites de grands peintres haïtiens. Des domestiques en livrée servent de petits morceaux de banane plantain, du cochon grillé et surtout des litres de rhum Barbancourt. Il y a là les héritiers d'une dizaine de familles-clés de l'économie insulaire. Les aciéries d'Haïti, la brasserie nationale, le principal importateur de ciment, une collectionneuse d'orchidées. Un homme fume des cigarettes mentholées en racontant comment il pallie l'absence de production alimentaire locale en important massivement du surgelé des Etats-Unis. On discute de tout, avec de grands rires. Des marées de tentes qui abritent sur chaque place publique les victimes du séisme du 12 janvier 2010. Du nouveau président Michel Martelly, qui a promis de mettre de l'ordre. Et puis, on ne parle plus. Une jeune femme branche son iPod. Rihanna est de la fête. Alors on danse.
Ce sont les invisibles, les silencieux. Ceux dont les médias internationaux, trop occupés à écumer les centres de traitement du choléra et les bidonvilles sédimentés d'Haïti, ne parlent presque jamais. Les 3 % de possédants qui gèrent 80 % de l'économie du pays. Ici, on les appelle les bourgeois. Ailleurs, on dirait le secteur privé. Il y a quelques semaines, à l'hôtel Karibe de Pétion-Ville, la communauté internationale a réuni des investisseurs étrangers, des Américains pour la plupart, avec l'idée de ne pas réduire la reconstruction à des flux de capitaux provenant de la charité mondiale. Bill Clinton, très impliqué dans le dossier depuis la catastrophe, a oublié les entrepreneurs haïtiens. Selon Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, "cette omission est très mal passée". Un acte manqué ? "Les grands patrons haïtiens sont immunisés contre les promesses de l'international. Depuis des décennies, ils se sont rendu compte que les étrangers n'étaient présents que deux ou trois printemps et qu'ils s'en allaient. Eux se sentent toujours mis à l'écart des tentatives de réhabilitation du tissu économique haïtien." C'est qu'ils ont mauvaise réputation.
Dans le désordre des griefs qui leur sont adressés : un soutien sans faille aux dictatures duvaliéristes ou aux forces paramilitaires après l'élection de Jean-Bertrand Aristide en 1991 ; un retrait presque total des secteurs de production nationale au profit d'importations plus rentables et moins risquées ; parfois même une implication dans le trafic de cocaïne sud-américaine, qui transite largement par cette île où l'Etat, depuis presque trente ans, se définit par son absence. Plus encore, aux yeux de tous, ils seraient coupables d'accepter le gouffre toujours plus profond qui les sépare de l'immense majorité des Haïtiens (deux tiers d'entre eux vivent avec moins de 1 dollar par jour). La plupart du temps, ils préfèrent donc se taire. Mais n'en pensent pas moins.
Pour rencontrer Pascale Théard, il faut sonner à un interphone, passer des murs énormes, renoncer à la laideur obsédante de Port-au-Prince. Elle vous attend, belle jeune femme aux cheveux noirs, dans une maison digne des magazines de décoration. L'immense porte sculptée ouvre sur un jardin avec piscine d'où l'on contemple toute la plaine, jusqu'aux camps de plastique qui cèdent parfois leur place, deux ans après le séisme, à des maisonnettes préfabriquées.
Du mobilier signé Philippe Starck côtoie un artisanat haïtien du meilleur goût et des œuvres de l'école de peinture Saint-Soleil. Pascale Théard, héritière d'un fabricant de spaghettis local, a travaillé dans le luxe à Paris. Elle conçoit aujourd'hui des sandales haut de gamme d'inspiration vaudoue et conseille la présidence sur l'artisanat. Le 12 janvier 2010, elle faisait ses courses au Caribbean Market, le plus gros du pays. Il s'est effondré sur elle. Après s'être extraite des décombres, blessée, elle a été prise en charge par un homme. "C'était un rasta, il ne savait même pas si ses enfants étaient encore en vie, mais il m'a aidée. Dans ce chaos, il y avait une solidarité extraordinaire."Pascale Théard ne répond à aucun des stéréotypes qui accompagnent en général les riches Haïtiens. Elle est presque blanche, comme beaucoup d'entre eux, mais son grand-père mulâtre était tombé amoureux d'une paysanne noire, transgression ultime dans un Etat qui, depuis l'indépendance conquise en 1804, a reproduit la plupart des structures de la société coloniale. "Il existe tellement de clichés sur Haïti. Des Occidentaux de passage me demandent comment je peux vivre dans ce luxe tant il y a de gens qui vivent sous une tente. C'est toujours un regard culpabilisant qui vient de l'étranger. Et eux, alors ? Sont-ils moins responsables parce qu'ils ne sont pas confrontés au quotidien à une misère crasse ? Moi je me bats pour que les gens sortent des tentes en leur fournissant un travail." Elle en veut à Aristide qui, selon elle, a misé sur les clivages et la haine de classe. "J'ai cru au changement. Mais il a monté les Haïtiens contre les Haïtiens. Aujourd'hui je soutiens le président Martelly. Il pense que ce ne sont pas les ONG qui vont réussir à transformer durablement le pays, mais l'économie réelle."
Huit mois après l'élection présidentielle, l'affiche rose fuchsia du candidat Martelly continue de hanter les murs du pays mais les averses tropicales et les gaz d'échappement l'ont ternie. Connu jusqu'ici pour ses chansons salaces et son cul nu lors des carnavals urbains, il vivait alternativement dans sa maison de Floride et dans son petit manoir de Port-au-Prince. Avec sa candidature, pour la première fois, la ligne de partage qui définit ce pays a été réduite : une grande partie de l'élite économique l'a soutenu quand les masses brandissaient son nom sur les boulevards du nord au sud. Sans parti véritable ni représentation parlementaire, il a dû se battre pendant de longs mois pour imposer un ministre. Quinquagénaire à la sévérité composée, il dresse un réquisitoire brutal contre certains entrepreneurs du pays. "On a décrit les riches Haïtiens comme l'élite la plus répugnante au monde parce qu'ils ont délaissé le côté social, ils ont privilégié leurs intérêts et ont abandonné la population. Ils sont responsables de la misère dans laquelle nous vivons aujourd'hui, assène-t-il. Il est inacceptable que certains d'entre eux se contentent de faire venir du riz et n'investissent plus dans l'agriculture nationale. Il faut aujourd'hui favoriser la classe qui a été dominée depuis deux cent sept ans d'indépendance. Je suis le catalyseur de ce changement."
Le président, dans une dépendance qui jouxte son palais encore en ruines deux ans après le séisme, s'en prend également à la présence étrangère. "Depuis le 12 janvier 2010, nous avons vu débarquer des dizaines d'ONG qui ne répondent à personne, qui s'engagent où elles veulent même quand il n'y a pas de nécessité, qui s'achètent les plus grandes voitures et louent les plus belles villas. Il nous faut un Etat sérieux, un Etat décidé qui soit capable de contrôler ce qui se passe sur notre territoire."Mais peut-il seulement faire ce qu'il dit ? Historiquement, l'Etat haïtien est une idée chancelante dont les fonctions régaliennes sont financées par la générosité internationale. La plupart des secteurs y compris l'eau et la santé sont pris en charge par l'étranger. Dans ses bureaux préfabriqués, le responsable de la Direction générale des impôts (DGI) laisse à une secrétaire affairée sur une machine à écrire le soin de recopier des espèces de grimoires empoussierés, dont certains datent de 1820. Les archives du cadastre national ont miraculeusement survécu à l'effondrement du bâtiment de cinq étages qui accueillait la DGI. Robert Joseph, alors directeur adjoint, se trouvait avec son supérieur dans un bureau situé au dernier niveau quand les murs ont commencé à danser. La plupart de ceux qui étaient présents sont morts. Lui a survécu du béton pendant plusieurs jours, une fracture ouverte à la jambe, avant d'en être extrait. Mais sa mission actuelle, depuis qu'il a pris la tête de son service, paraît plus difficile encore.
Sur les contreforts de Port-au-Prince, dans la petite cité grouillante de Pétion-Ville, la DGI a créé une section pour les gros contribuables ; en 2010, elle a réussi, malgré le séisme, à récolter 200 millions d'euros d'impôts. L'air y est climatisé. Le personnel accort. Il publie chaque année une liste des cent plus grands contribuables, acte de transparence censé autant souligner le travail de l'Etat qu'afficher au fronton républicain les entrepreneurs les plus méritants. Parmi eux, le secteur bancaire, des importateurs d'automobiles, les moulins d'Haïti, mais aussi de simples branches hôtelières qui, avec seulement 200 000 euros de contribution annuelle, s'affichent parmi les trente premiers contribuables du pays. Signe de déliquescence du secteur économique local, l'une des plus importantes entreprises en Haïti en termes de taxes payées (1,4 million d'euros en 2010) est la propriété d'un milliardaire irlandais. La couleur rouge de sa société de téléphonie mobile, Digicel, a conquis la moindre parcelle du territoire national. les revendeurs de cartes, les affiches publicitaires, même les murs privés qui ont été loués pour y placer des fresques immenses, tout Haïti semble pris d'une ferveur écarlate. Au sommet d'une tour de verre à la modernité effarante dans une capitale où les tours se comptent sur les doigts d'une main, le PDG de Digicel Haïti reçoit avec une confiance hilare qui change de la discrétion parfois paranoïaque des entrepreneurs haïtiens. Il est belge, a 36 ans ; cheveux lissés, chemise ouverte, Maarten Boute dirige sans faire de manières, l'un des empires les plus puissants d'un pays de dix millions d'habitants.
L'année dernière, son patron Denis O'Brien a fait beaucoup parler de lui en finançant à Port-au-Prince la réhabilitation du marché art déco qui avait brûlé après le séisme. L'initiative a si bien payé que l'image de ce hangar alimenté en électricité grâce à des panneaux solaires, seul endroit sur le territoire national où les robinets distribuent de l'eau potable, est devenue une sorte de contre-symbole d'une reconstruction qui patine. " Il s'agissait aussi pour nous de culpabiliser le secteur privé et la communauté internationale qui n'avaient lancé aucun chantier majeur dont les Haïtiens puissent être fiers." Maarten Boute ne ménage pas ses critiques à l'égard du secteur économique haïtien. Il décrit, à l'arrivée de Digicel dans le pays, des situations de quasi-monopole dans la téléphonie, avec des appels entrants payants et des appareils de première catégorie à 150 dollars américains. Aujourd'hui, le premier téléphone mobile peut être acquis pour dix dollars. L'entreprise a en outre conquis tous les domaines de la vie culturelle et sportive en Haïti : elle finance le championnat de football national et la plupart des concerts en plein air. " Ici, la communauté d'affaires est conduite par une oligarchie. Les prix sont 25 % plus élevés que dans le reste de la Caraïbe. Nous avons donné un grand coup de pied dans cette fourmilière. Nous étions confrontés à bien des problèmes que nous avons réussi à surmonter : l'insécurité endémique, les menaces de kidnapping, le manque d'infrastructures et d'électricité. Nous avions la chance d'être assez solides pour éviter les bâtons dans les roues politiques que les entrepreneurs haïtiens ont cherché à nous mettre. Les grandes familles haïtiennes sont milliardaires en gourdes, la monnaie nationale. Nous sommes milliardaires en dollars. Ils ne pouvaient pas lutter."
La multinationale, présente dans 32 pays, réalise aujourd'hui son chiffre d'affaires le plus important en Haïti. Elle visait 300 000 clients, elle en revendique plus de 2 millions, dont la moitié ne dépense qu'un dollar par mois pour ses conversations téléphoniques. Fils de coopérants en Afrique, Maarten Boute abhorre le système de l'aide internationale et des ONG : "La seule sortie possible pour Haïti, c'est l'économie réelle. L'argent de l'aide, c'est de la méthadone que l'on administre à un héroïnomane." Digicel a créé en Haïti un prix de l'entrepreneur de l'année, encourageant les démarches innovantes et éthiques. Le lauréat 2010 est un spécialiste de la mode qui a travaillé longtemps aux Etats-Unis avant de retourner sur l'île pour y fonder une coopérative de couturiers. Hans Garoute a 63 ans, il dirige son monde depuis un entrepôt de la zone industrielle de Port-au-Prince. Au milieu de l'entretien, l'électricité est coupée. Les travailleurs patientent. Chaque minute perdue retarde les commandes de l'Etat d'uniformes scolaires ; ils en ont déjà cousu plus d'un million, grâce à des associations de couturiers établies dans tout le pays. Habitué aux chutes de tension, le patron ne s'agace pas. "Je suis venu pour en finir avec l'industrie de la sous-traitance de textile à destination des sociétés américaines. Elles ont fait leur beurre de la chute de l'économie haïtienne. Elles ont refusé d'offrir à leurs employés un salaire minimal de cinq dollars par jour et elles n'ont jamais investi dans le pays. Les industriels haïtiens n'ont pas de vision, ils se sont toujours arrangés avec les gouvernements successifs depuis Duvalier."En 1965, communiste révolutionnaire, Garoute a tenté un coup d'Etat contre la dictature de François Duvalier. Sa petite embarcation a été épinglée par les garde-côtes de Floride avant même de sortir des eaux territoriales américaines. "Mon père a été assassiné par le régime duvaliériste. Ma mère fait encore des cauchemars sur les milices des 'tontons macoutes'. Comment voulez-vous que j'accepte le statu quo pour mon pays ?" Hans Garoute, quand il dénonce un royaume de la sous-traitance qui n'aiderait en rien le développement du pays, vise notamment, sans le nommer, Clifford Apaid.
Fils d'Andy Apaid, figure d'industriel politisé qui a participé à la chute d'Aristide en 2004, Clifford a 35 ans. Il mène, depuis un bureau sans luxe, BlackBerry hurlant à portée de main, des usines qui emploient plus de 10 000 ouvriers du textile. Troisième génération d'entrepreneurs d'origine libanaise, il assemble des tee-shirts, des blouses de travail et des pantalons pour de grandes marques américaines (Hayes, Cherokee, Dickies). En tout, un million d'unités par semaine qu'il vend 15 cents américains la pièce. Devant la porte de ses usines, au petit matin, des files interminables de journaliers se pressent pour un salaire au mérite, de 6 à 8 dollars. "L'employé haïtien n'est pas compétitif par rapport au Chinois. Il est plus lent et plus cher. Mais la loi Hope, qui a été renforcée après le séisme, permet de travailler avec les Etats-Unis sans taxe à l'importation. Le séisme a été pour nous le 'perfect storm', une tragédie bénéfique. Il nous a permis de faire repartir les commandes à la hausse." Les murs de la gigantesque fabrique, où la musique haïtienne diffusée couvre difficilement le vacarme des machines, sont couverts de recommandations sanitaires. Les entreprises qui concluent des marchés avec les Etats-Unis doivent se plier à certaines normes sociales qui excluent néanmoins la question salariale. Pour avoir exigé la hausse du salaire de base à 200 gourdes, cinq dollars, le député haïtien Steven Benoit est devenu une sorte de héros national, réélu l'année dernière au premier tour. L'industrie n'a pas suivi. "Je crois que vous ne comprenez pas que la moindre hausse ferait immédiatement pencher nos commanditaires vers d'autres prestataires, dans des pays plus favorables, argumente Clifford Apaid. Il n'y a aucune gloire, nous le savons, à travailler dans la sous-traitance. Nous ne participons pas à la création d'une classe moyenne. Si l'Etat était stable, nous pourrions nous développer et non nous contenter de coudre des vêtements que les Américains nous envoient." Pour l'économiste Camille Chalmers, le sempiternel argument de l'incapacité de l'Etat — qui justifierait le manque d'investissements par les entrepreneurs haïtiens — ne vaut qu'en partie. Il remonte loin, pour qu'on comprenne. Jusqu'à l'indépendance de 1804. "A cette époque, la seule solution pour la classe dominante aurait été de reproduire le modèle de la plantation. Mais sans esclave, c'était impossible. Alors, ils ont fondé une nouvelle caste au service des intérêts étrangers, en délaissant le milieu paysan." Parmi les causes du désastre économique haïtien, ce professeur à l'université d'Etat d'Haïti évoque également la marginalisation des acteurs locaux : "On ne peut pas seulement blâmer le secteur privé. Même s'il s'est aligné sur l'agenda international et qu'il investit presque uniquement à l'étranger. Je vous donne un exemple : sur les 292 millions de dollars alloués par l'agence américaine USAid à Haïti, seuls 49 000 dollars ont été attribués aux entreprises haïtiennes." Une aide internationale qui se refuse à renforcer l'Etat haïtien et contourne le plus souvent possible les entrepreneurs locaux : le poison fait son effet, en particulier depuis le séisme et l'accroissement substantiel des contributions étrangères. Bon an mal an, le plus gros contribuable haïtien se défend dans le chaos. L'année dernière, Acra Industries a versé plus de dix millions de dollars à l'Etat. Sa spécialité ? Les nécessités premières de la population. Dix mille tonnes de riz importées chaque année des Etats-Unis. Et de la tôle ondulée, celle que l'on voit partout dans les bidonvilles du pays, qu'il galvanise. "Nous sommes perçus comme des rapaces. Mais nous souffrons aussi de la pauvreté endémique du pays." La famille de Marc-Antoine Acra, 36 ans, s'est installée en Haïti en 1918. Elle venait du Liban. "Je ne me suis jamais senti autre chose qu'Haïtien. Mon grand-père est arrivé sans rien. En créole, on appelait les Arabes les saknando, ceux qui n'avaient que leur sac sur le dos. Le pays a toujours été dirigé par des descendants d'Européens. C'est Duvalier qui a misé sur nous. On lui doit beaucoup." Avec moins d'une dizaine d'autres familles, dont les Bigio, Mevs ou Brandt, les Acra forment cette élite immigrée il y a moins d'un siècle qui possède l'essentiel du pays. Reuven Bigio, crâne rasé et 4 × 4 blindé, est une synthèse captivante de ce milieu cosmopolite qui passe sa vie dans les avions entre Miami et Port-au-Prince, navigue entre son aciérie, ses immenses réserves de pétrole et les fêtes brillantes des hauteurs. Il ne perçoit les séquelles du séisme qu'à travers des vitres teintées. Et pourtant, il a peur.
C'est le drame des riches. Ils sont des cibles. Des gangs, en partie structurés par des Haïtiens déportés des Etats-Unis, ont fait du kidnapping une manière de rente redistributive à l'intention du ghetto de Cité-Soleil. Alors, les fortunés rechignent à quitter les cages dorées où ils sont parqués. Reginald Boulos, importateur de voitures robustes destinées aux ONG, a connu le pire quand sa femme a été enlevée. " Elle a été libérée quatre jours plus tard, contre 250 000 dollars." Après trois tentatives d'assassinat à connotation politique (il s'est opposé frontalement au régime d'Aristide), Boulos, médecin de formation, a décidé de cesser de pratiquer dans les quartiers les plus pauvres de Port-au-Prince. Et d'ouvrir une affaire. "Je me suis dit que si ce pays ne voulait pas que mon cerveau fasse du bien, alors il allait faire de l'argent. Je possède la plus grande chaîne de supermarchés du pays. Mon chiffre d'affaires atteint les 35 à 40 millions de dollars. Je crée des jobs." Il vous reçoit chez lui, derrière des murs surplombés de barbelés. De sa chambre, il extrait un synthétiseur Casio avec arrangements préprogrammés. Il écrit lui-même, pour sa compagnie, les mélodies des spots publicitaires. Au milieu de son séjour, il interprète la bande originale du film Le Parrain. A ce moment précis, il ne pense plus à la rue qui vrombit de l'autre côté du mur. Et à tous ces Haïtiens qui en veulent à son argent. "Devant mon piano, je suis calme."
Au milieu de cette économie fondée sur l'importation, il existe pourtant quelques motifs de fierté. Dans la distillerie Barbancourt, qui produit l'un des rhums les mieux cotés au monde, le patron Thierry Gardère parle d'une maison fondée en 1862, d'une production qui a survécu aux coups d'Etat et aux catastrophes naturelles, même si ses réserves ont été largement endommagées par le séisme. "Nous continuons. Notre quête de qualité relève de l'honneur national." Plus au sud, Jean-Pierre Blanchard est le premier producteur mondial de vétiver, dont la racine est utilisée en parfumerie. "Il y a quelque chose d'Haïti dans toutes les fragrances parisiennes." Pour eux, l'économie de l'île n'est pas condamnée à chuter. Jerry Tardieu, un jeune entrepreneur, réalise en ce moment un énorme projet hôtelier au coeur de Pétion-Ville. Selon lui, les reproches adressés à l'élite haïtienne sont légitimes. "Elle a maintenu ses privilèges contre vents et marées. Je me suis dit que je voulais changer de logique. Nous ne pouvons abandonner l'économie aux mains de quelques familles." Tardieu a étudié en Belgique, puis à Harvard, l'économie et l'administration publique. Il a ouvert le capital de son projet, budgétisé à 29 millions de dollars, à toutes les bourses ; de l'infirmière haïtienne qui investit 3 000 dollars à la banque qui a placé un million. Dans cet "espace de modernité" qu'il élabore, un hôtel cinq-étoiles avec un centre de congrès, Tardieu a décidé de ne pas raser un vieux restaurant historique des années 1950. "Il y a aux murs des photographies de Marlon Brando et d'autres stars hollywoodiennes en villégiature haïtienne. Elles nous rappellent un temps pas si lointain où Haïti était la troisième destination touristique des Caraïbes après Cuba et Porto-Rico, soulève-t-il. Je crois en un renouveau possible."
Sur le toit du complexe de sept étages, baptisé Oasis, les ouvriers mendient au visiteur étranger quelques gourdes. Les seules stars hollywoodiennes qu'ils ont jamais vues, ce sont celles qui viennent ici pour leurs bonnes oeuvres.
Photos Paolo Woods

vendredi 6 janvier 2012

2011 ou l'année des dupes ...



2011 ou l'année des dupes ...
Marcus, Miami - Haïti en Marche,
29 décembre 2011


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Haïti: La crise s'ouvre le 11 septembre 2001. Des kamikazes précipitent des boeings avec leurs passagers contre les tours jumelles du World Trade Center à New York et d'autres cibles aux Etats-Unis.
Bilan : pas moins de 3 000 morts. Les marines débarquent en Afghanistan à la recherche de l'auteur présumé des attentats. Il s'appelle Oussama Ben Laden, le dirigeant d'une organisation radicale islamiste dénommée Al-Qaïda. En 2003, le président George W. Bush lance la deuxième guerre contre l'Irak (la première avait été faite en 1990 par son père, le président George Bush). Les Etats-Unis viennent d'achever le retrait de leurs troupes huit années plus tard. Ben Laden lui aussi n'est plus. Abattu pendant l'année par des forces spéciales américaines au Pakistan. L'Irak qu'ils quittent n'est plus celui du dictateur qu'ils ont renversé (et qui a été exécuté) Saddam Hussein. Mais aussi dans un pays qui est une collectivité de différentes ethnies (principalement sunnites, chiites et kurdes), la balance des forces se retrouve totalement inversée.

L'ancien colonisateur britannique ...

Quoique sunnite, Saddam Hussein dirigeait officiellement sur une base de république laïque mais n'en représentait pas moins le pouvoir de la minorité sunnite par rapport à la majorité chiite. Tel que l'avait laissé l'ancien colonisateur britannique comptant toujours et partout sur une minorité qui de ce fait continuerait à avoir besoin de l'ex-métropole pour maintenir le pays sous contrôle.

Le renversement de l'homme fort d'Irak ouvre la voie à la revanche des chiites majoritaires, qui prennent le pouvoir et s'emparent des principaux leviers du pays à la faveur de l'intervention américaine. Or, dans toute la région (Arabie saoudite, Koweit, Emirats arabes unis, etc.), le pouvoir est sunnite. Sauf en Iran, pays voisin de l'Irak.

Le verrou Saddam Hussein ayant sauté, ce sont les retrouvailles entre deux peuples d'une même ethnie. L'influence des chiites iraniens ayant augmenté avec la révolution qui a renversé en 1979 le shah d'Iran, un Perse, et installé ce qui s'appelle aujourd'hui une république islamique.

'Comme un acte de guerre' ...

La semaine dernière, l'amiral commandant la flotte iranienne a annoncé, afin que nul n'en ignore, que si les menaces de boycott contre les exportations de pétrole iraniennes étaient mises à exécution, l'Iran fermerait le détroit d'Ormuz par où transite au moins le tiers du pétrole et du gaz naturel consommé en Europe et dans le reste du monde (Reuters). Déclaration qui fait monter d'un cran la tension qui règne entre le bloc occidental (Etats-Unis, Union européenne) et la république islamique d'Iran soupçonnée de vouloir se doter de l'arme nucléaire et ennemi juré d'Israël, celui-ci allié indéfectible des Etats-Unis.

L'Iran a aussi bien sûr pour adversaires les pouvoirs sunnites de la région, principalement l'Arabie saoudite, qui réagit en promettant d'augmenter sa capacité de production de pétrole si nécessaire. Quant aux Etats-Unis, la parole est au commandant de la 7e flotte américaine. 'Le détroit d'Ormuz est une voie d'eau internationale. Nous considérerions sa fermeture, si elle se produisait, comme un acte de guerre.'
Commentaires de son homologue iranien : 'la fermeture du détroit est un jeu d'enfant.'

Le commun dénominateur ... 








Sans entrer dans les considérations de haute politique (car les objectifs des grandes puissances se veulent bien sûr comme les desseins de Dieu : impénétrables), est-ce que l'administration Bush était vraiment au top de la question quand elle a lancé la guerre contre l'Irak en 2003 ?
D'autant que le sujet de guerre n'a jamais été établi, savoir que Saddam Hussein empilait des armes de destruction massive.
Et si l'accusation contre l'Iran de concocter l'arme nucléaire était de la même facture ?
Une dernière visite de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) conclut qu'elle peut en avoir les capacités.
A cela l'Iran répond qu'il n'a aucune visée militaire mais qu'il est un grand pays et que la maîtrise de l'énergie nucléaire est indispensable à son développement.

A présent, venons-en à l'événement majeur de l'année. Ce ne sont pas les méfaits de la crise économique internationale (taux de chômage incontrôlables, faillite de la Grèce et menace de faillite pour l'Italie et l'Espagne, les Etats-Unis et la France perdant leur garantie AAA pour les investissements, etc.).

2011 restera plutôt l'année du 'Printemps arabe', le vent de soulèvement qui a bouleversé l'échiquier politique dans toute cette partie du monde. Changement de pouvoir en Tunisie et en Egypte; en Libye, chute et mort de Kadhafi tandis que la révolution est aux portes de la Syrie de Assad.
Mais ce ne sont pas tant les événements eux-mêmes que leur tournure finale qui alimente la réflexion en cette fin d'année.
S'il y a un commun dénominateur, ce sont les islamistes qui prennent partout le pouvoir. Et par la voie électorale. De manière tout à fait démocratique.
Qui plus est, on perçoit une sorte de renaissance de la grande nation musulmane.

Jusqu'aux frères ennemis palestiniens, le Hamas et l'OLP, les deux entités qui se partagent à couteaux tirés le territoire palestinien, qui ont annoncé leur prochaine fédération.

Jouer à l'apprenti sorcier ...

Washington reconnaît qu'Israël n'est pas dans une position favorable. Et que sa force de frappe militaire (seul pays de la région à avoir l'arme nucléaire) ne suffit pas.

A quoi pense l'Occident qui a favorisé (entre autres par le truchement d'une grande presse internationale faisant plus de ravages que tous les B 52 de la US Navy) la chute de ces régimes autoritaires, certes, mais dont la majorité (à l'exception d'un Mouammar Kadhafi) était à ses ordres ?
Qu'est devenu le précepte : ce sont peut-être des salauds, mais ce sont nos salauds !
Après l'élection de George W. Bush le 8 novembre 2000, un débat idéologique faisait rage à Washington. Les plus ultras du clan présidentiel ont lancé une interrogation ? Qu'ont fait les Etats-Unis de leur position de seule superpuissance de la planète ? A quoi doit servir la puissance ?
La guerre d'Irak n'était pas loin.
Mais depuis, est-ce que 'le Blanc' a encore toute la maîtrise des événements ?
N'a-t-on pas joué à l'apprenti sorcier ? 2011, l'année des dupes.

Pas tout à fait la fin du monde ...

Il semble que dans le calendrier des anciens Mayas, l'année 2012 devrait être celle de la fin du monde. 21 décembre 2012.
Néanmoins, ce n'est pas la guerre qui en serait la cause mais un grand bouleversement de nature apparemment sismique.
Cependant on signale que le calendrier Maya contient encore beaucoup d'autres dates. Par conséquent, ce n'est pas tout à fait la fin du monde.
Aussi pourrait-on implorer ce 12 janvier nos 300 000 êtres chers tombés le 12 janvier 2010, qu'ils veillent sur nous et sur nos enfants !

Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles?

  Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles? Hugues Joseph J'ai repris ce texte Publié le 2018-03-12  par  Le Nouvelliste. Je...