samedi 24 septembre 2011

Quel Conseil Consultatif pour quel Développement!



Jean Erich René
erichrene@bell.net
Ottawa/Canada
24 septembre 2011

La responsabilité de tracer un itinéraire de parcours pour la Barque Nationale échet d’abord à son timonier. C’est lui qui détient le gouvernail, le compas, la boussole, le sextant et commande l’équipage. Naviguer en haute mer sans savoir comment s’orienter même à l’aide de l’étoile polaire est une lacune dangereuse pour un capitaine et son équipage. Ils risquent de se perdre et même échouer sur n’importe quel récif avec le frêt et les passagers. L'épée de Damoclès est suspendue sur la tête du Peuple haïtien, quand son Président  se présente à la 66 e année de l'ONU pour prononcer un discours complètement décousu et confus. Il réclame une intervention plus efficace de la Communauté Internationale, en invoquant  le paradigme de la charité.

Paradoxalement lorsqu'on comptablise les frais de déplacement  de cet impressionnant cortège qui accompagne le 56e Président d'Haïti, la pauvreté n'était pas au rendez-vous. En revanche, pour motiver leur présence, quel est le  Plan proposé à l'ONU par le Conseil Consultatif Présidentiel pour activer la Croissance Economique d'Haiti? La presse devrait être au courant. Les réussites individuelles n'habilitent pas à concevoir un cadre macroéconomique favorable à l'avancement économique d'une nation. Depuis plus de deux siècles ce sont les nantis du savoir qui manipulent les leviers et régulent l’évolution  de nos sociétés. Toute la politique libérale est le fruit des propositions d'Adam Smith, en passant par David Ricardo jusqu’à nos jours. Sans eux le capitalisme n’aurait pas pu surmonter certains obstacles ni encourager l’évolution de la technologie.


Il est inutile et même insensé de la part du Président Martelly, flanqué d'un Conseil Consultatif, d'évoquer à la Tribune des Nations Unies un Plan de Développement Economique qui, dès sa phase préliminaire, devrait refléter la philosophie politique en cours. Attention! Vous êtes en présence d'une Assemblée savante.Tout le cadre macroéconomique repose sur le paradigme scientifique que professe la doctrine qui prévaut à la réalisation des objectifs visés. Comment Michel Martelly va-t-il concrétiser ce changement tant promis ? Sur quelle base idéologique le Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement  va batir sa stratégie ? Telles sont les questions qui chiffonnebt les Membres de l'ONU qui sont loin d'être des Enfants de Choeur ou des amateurs.
Le Démocrate américain a des options nettement différentes du Républicain. Comme on peut bien le remarquer en ce qui concerne le remboursement de la dette de la Chine, leurs positions sont diamétralement opposées au point d'être obligés de s’asseoir autour d’une table de négociation pour trouver un consensus et sauver la nation. Ils ont chacun leur programme de gouvernement dont les lignes sont claires. Ni Georges Bush ni  Barack Obama ne peuvent pas décider ce que bon leur semble. La doctrine économique des Démocrates américains s’inspire du keynésianisme qui a fait de l’intervention de l’Etat son épicentre. Les Républicains ont comme modèle architectural Adam Smith qui recommande le laisser-faire. Quant à Karl Marx, il s’insurge contre le capitalisme qui, de son avis, est responsable de nos maux et prône la lutte de la classe ouvrière afin de renverser les obstacles qui gênent son épanouissement. L’hérétique Thomas Schumpeter ne croit pas à une dichotomie de l’économique, du social et du politique. Il veut d’abord saisir la complexité de la problématique et fonde ses croyances sur les feux croisés de l’action.
Nous ne pouvons pas faire le tour de toutes les doctrines dans le cadre de cette analyse. Cependant le développement économique ne saurait être entrepris sans un corpus théorique. Il n’arrivera jamais par hasard c’est-à-dire sous l’inspiration d’un maître chanteur dont les cordes vocales trembleront à l'unisson de la croissance économique. Notre plus grande frustration dérive du fait que l'on confond Administration des Affaires et Responsabilités Etatiques. Plus cocasse encore, on mélange microéconomie et macroéconomie dont les missions sont nettement différentes, parfois opposées et même conflictuelles. Il est ridicule de s'accrocher à certains patronymes, sans aucun contenu idéologique, en guise d'un programme politique potable. Ce népotisme gluant a déjà causé le mal du pays. Où est le changement? Aucune démarche scientifique n’explicite le sens de l'orientation ni le choix du Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement.



Le co-pilote Laurent Lamothe

S'il faut croire Laurent Lamothe, le mentor du Président Martelly,PDG de la Global Voice: « La mission du Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et les Investissements consiste à conseiller le chef de l’Etat sur les politiques publiques capables d’attirer de l’investissement dans le pays et projeter une image positive d’Haïti au reste du monde » Et le lobbying ? Que pense le Parlement? Quel est le palmarès des Membres du Conseil Consultatif Présidentiel ? A dire vrai, cette nouvelle excroissance politique n'est pas statutaire et n’a pas encore défini son itinéraire de parcours. Va-t-elle se gargariser de lieux communs en fabriquant un tissu d’incohérences , semblable à une toile d'araignée, pour capturer les imbéciles. Comme c'est le cas déjà avec la CIRH co-présidée par Bill Clinton. Point n’est besoin d’être grand clerc pour saisir le bien fondé de certaines démarches politiques. Les données économiques font partie du quotidien du plus humble des mortels. La ménagère qui va chaque jour au marché se rend compte que le coût de la vie augmente. Les prix de la petite marmite de riz, de maïs, de pois, le coût du loyer, du transport etc. sont des indicateurs fiables. Ce n’est pas en parlant d’investissement qu’on anticipe le développement économique pour se décerner d'avance un certain satisfecit. La justesse des démarches étatiques est identifiable au niveau des résultats obtenus. En conséquence le patron préalablement tracé sera justifié au solde du Bilan du quinquennat du Gouvernement de Michel Martelly, investi au pouvoir avec un taux de croissance du PIB de -5,1%.
Tout plan de développement économique applicable pour Haïti doit être l’objet d’une discussion publique. On ne peut pas accorder à un cénacle d’Hommes d'Affaires, intéressés à leurs profits personnels, le droit de décider pour toute une nation sans expliquer le comment et le pourquoi de l'éventail de mesures déployées. Leur design organisationnel ne peut pas être un secret. L’expérience malheureuse, vécue dans un passé récent avec des Entrepreneurs  s’accaparant à leurs simples profits: le wharf de Port-au-Prince, la Douane, la Minoterie d’Haïti, le Ciment d’Haïti, la Teleco etc. parfois sous des prête-noms etc., est  suffisamment convaincante pour soulever chez les observateurs un doute rationnel. Les non-économistes doivent comprendre à travers quelle grille d’analyse, quelles lunettes , quel paradigme scientifique, le Conseil Consultatif Présidentiel pour le Développement Economique et l'Investissement perçoit le progrès d'Haïti.

Le Conseil Consultatif, co-présidé par l'incontournable Bill Clinton

Les retombées sont  toujours fastes pour nos entrepreneurs et néfastes pour le reste de la Nation. Dans le paquet, le Conseil doit ficeler l’ensemble des technologies nécessaires, les diverses modalités de déroulement propres à l’implantation d’une stratégie, suivant une suite logique réalisable dans un espace temporel déterminé. Autant dire que les connaissances techniques appropriées doivent être inventoriées afin de ne laisser la place à aucun flou favorable aux requins. Tout plan de développement économique valable inclut :
• L’identification d’une idéologie politique dont le profil est net et clair
• Le choix d’un paradigme scientifique pour construire le modèle économique subséquent.
• L’évaluation des dotations en facteurs de production c’est-à-dire les ressources naturelles, financières et humaines disponibles.
• Un relevé exhaustif des postes de la comptabilité nationale afin de déterminer le point de départ et esquisser le point d’arrivée dans une fourchette de temps déterminé. Le chemin critique, en une telle occurence, durant les 5 ans du Président Martelly, doit être défini (Méthode PERT/CPM).
• Les objectifs à poursuivre parallèlement aux portefeuilles requis doivent être fixés.
• Les solutions techniques retenues pour résoudre certains problèmes doivent être connues..

Tout un arbre de décisions doit être dressé afin de garantir la justesse, l'équilibre et la ponctualité des mesures à prendre. L’implantation d’un programme de développement doit tenir compte du déroulement prévu à chaque phase, et des moyens engagés. Les investissements n'arriveront pas tout de go. Les aspects légaux, juridiques et sécuritaires sont aussi à signaler. Par entraînement, chaque séquence du processus, mis ensemble, va produire un effet domino, en actionnant la machine et la maintenir en marche. Dans les conditions politico-sociales actuelles, propres au flou, à l'improvisation, à l’ignorance, au pillage, au vagabondage, au dévergondage, au kidnapping, quel Conseil Consultatif pour quel Développement ?

vendredi 16 septembre 2011

La logique des politiques publiques de vaccination des animaux


William Michel
Le 14 sept 2011

La rédaction de cet article fait suite á une réunion entre agronomes et techniciens vétérinaires de terrain  au sujet du mépris grandissant de la population pour les campagnes de  vaccination  et aux réponses négatives  des éleveurs du département de l’Ouest aux activités de l’ONG vétérinaire ARCH .

Part du secteur agricole dans le PIB   de 1995  á  2008  en millions de dollars     
1995 : 45.6%      (PIB 1995 : 3 000 millions $)\
2002 : 29.25%    (PIB 2002 : 3 500 millions $)
2006 : 27%         (PIB 2006 : 4 244 millions $)
2008 : 25,9%      ( PIB   2008  6.966 millions$)

Contribution du sous secteur élevage dans le PIB agricole
 1990 31% du PIB agricole 
 2008 26 % du PIB agricole en 2008
Ref  Sources  Statistiques mondiales

  Le tableau ci-dessus permet de constater une chute   progressive  importante  de la   contribution  de  la production agricole en pourcentage du PIB national au cours  de la dernière décade. La  contribution  du sous secteur élevage  au PIB agricole était de  31% ( Serge  Arnoux politique élevage  1990). Si on  applique  ce pourcentage  du sous secteur élevage  au PIB agricole  en 2008,  la contribution de  ce sous secteur   au PIB agricole s’élèverait a 559.3 millions  de  dollars américains du PIB agricole, alors que  les pertes dues aux problèmes  de santé avoisinent les  30 á  40%. (MARNDR Direction Production Animale) .Dans tout pays où l’irrigation n’est  pas dominante, comme dans le cas d’Haïti montagneuse    á  75%, l’élevage est prioritaire sur l’agriculture parce que l’investissement est moins risqué  pour le décollage économique d’une zone rurale. Tel n’en est pas le cas.

« Le rôle de l’élevage comme système d’épargne est aussi primordial. 80% des exploitations agricoles familiales élèvent un total de 4 millions de volailles, 65% des exploitations élèvent des chèvres (2.5 millions de caprins (plus de deux fois les populations caprines réunies de Cuba, République dominicaine et Jamaïque).55% élèvent du gros bétail (1.5 millions de bovins dont environ un tiers de vaches adultes) et 35% détiennent au total près de 1 million de porcs. Pour les années 1997-1998, les pertes annuelles provoquées en Haïti par la Peste Porcine Classique avaient été estimées à environ huit millions de dollars américains. Les pertes annuelles imputables aux parasitoses internes et externes ont été chiffrées à plusieurs dizaines de millions de dollars américains. Selon une étude réalisée en 2000 par une équipe conjointe FAO/MARNDR, les pertes annuelles causées par la Lucilie Bouchère du Nouveau Monde, s’élevaient alors à plus de 19 millions de dollars américains. La déficience organisationnelle et le manque de ressources humaines, de moyens matériels et financiers des services vétérinaires du MARNDR n’ont pas permis d’enrayer des maladies animales de grande importance économique comme la peste porcine classique ou la maladie de Newcastle ou à caractère zoonotique comme la rage et le charbon bactéridien qui provoquent, depuis des décennies, des dégâts considérables dans l’élevage haïtien et qui représentent, dans le cas des zoonoses un risque pour la santé humaine. » Ref  Plan d’Investissement agricole MARNDR

Ce bref rappel de  statistiques et de vérités  animales du pays  est pour démontrer le poids du sous secteur élevage  dans l’économie agricole  d’Haïti et rappeler  l’élégance de tout choix de politique en matière d’élevage. Il est important  que la communauté  internationale, l’Exécutif et le Législatif qui financent et contrôlent les dépenses publiques  de l’état accordent leurs violons sur les mesures de politiques publiques  de vaccination des animaux en Haïti. Il faut le faire car les choix á l’origine des investissements consentis pour apporter un service pourtant crucial aux besoins des éleveurs haïtiens ne sont pas  toujours  faits  dans  l’intérêt de ces  derniers. Peut on éviter ces pertes ? Combien représentent toutes ces pertes ? Quel est le cout de la structure  de vaccination ?Quel est le prix de la totalité des vaccins obligatoires ? Quel danger constituent ces maladies  non traitées  sur la santé humaine ?Que représente la différence entre le montant des pertes  totales subies par les éleveurs  et le cout de l’infrastructure  de sante animale. ?Le gouvernement  a-t-il choisi effectivement de développer l’économie animale ? Est-il plus profitable de la faire avec des contracteurs ou avec les structures de l’état ? Quelles  sont les chances d’exportation de nos produits animaux. ? Si non, le gouvernement a-t-il choisi de produire pour satisfaire la consommation locale ? Quel pourcentage d’emplois ce choix va créer  sur le terrain ?Qu’est-ce  qui doit être négocié,  par rapport au commerce entrant des produits animaux avec la communauté internationale ?  A la lumière  des ressources naturelles disponibles, quel élevage prioriser , l’élevage bovin ou l’élevage de substitution  ( Porcs et poulets) ?  Quel est le choix politique cohérent á faire ? S’il s’avère que les pertes au niveau de l’éleveur sont de loin supérieures  au cout de l’infrastructure de  santé animale, il faut formuler  des politiques publiques nouvelles  qui permettent  de choisir entre la vaccination et l’éradication . Il est créé  une sorte de  dichotomie  entre  l’état , l’International et la communauté des éleveurs, l’un ne  comprenant pas les décisions ou les réactions de l’autre. 

A ce moment précis  des actions et des réactions des uns et des autres  á propos de la vaccination qui reste  un choix de politique, il est opportun que tout le commun des mortels soit informé des raisons de ce choix  et des nuances fondamentales entre deux méthodes de contrôle de certaines maladies animales : l’éradication et la vaccination . Dans l’éradication  il y a  élimination complète de la  maladie parce que l’animal, élément porteur et vecteur du microbe, est  tué et le microbe aussi -Dans une  politique de vaccination, le germe de la maladie est toujours présent sur le terrain, parce que le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  annuellement la propagation du microbe en réalisant des objectifs  de  97-98% de couverture vaccinale pour réduire considérablement les dégâts économiques.

Il est tout aussi opportun  que ces informations trouvent leur écho dans la  presse  communautaire et  nationale  afin qu’elles aident les bailleurs de Fonds  comme   l’OMS, le PNUD, l’UE, L’OIE, aujourd’hui la  BID  á travers le Programme  DEFI et certaines coopérations bilatérales comme la  USAID, l’Espagne, le  Brésil  á affiner leur politiques de financement des campagnes de vaccination de certaines maladies du bétail en Haïti . La FAO et l’IICA qui devraient apporter leur assistance  technique au ministère  de l’Agriculture dans ce cas  précis  ne l’ont pas faite .Elles ont plutôt adopté une politique de survie qui les oblige á renoncer á leur vocation légale de coopération technique  pour devenir de simples agences d’exécution ou de gestionnaires des fonds de petits projets bloquant ainsi  les services appropriés du MARNDR dans leurs  objectifs de planification  et leurs devoirs de résultats.

Depuis un certain temps,  á différentes époques de l’année et suivant la disponibilité de l’aide humanitaire, le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural annonce la réalisation de campagnes de vaccination  contre certaines maladies du bétail, dont la rage , le charbon bactéridien, la  Peste porcine  classique et la  maladie  du New Castle  pour ne citer que  ces dernières. Le MARNDR aurait sacrifié la méthode de l’éradication par orgueil, par refoulement mêlé d’un sentiment de culpabilité et aurait décidé de ne pas dire la vérité  aux  éleveurs sur la vaccination.   

 Le MARNDR est á l’origine  de la création des groupements de défense  sanitaire connus sous le  sigle de « GSB » qui sont des groupements communaux d’éleveurs formés non seulement pour encourager  le développement de l’élevage mais surtout pour pallier au déficit de  cadres intermédiaires dans la direction de la santé animale. Le MARNDR a toujours souhaité  que les autorités  locales des collectivités territoriales  viennent  en aide  á ces  GSB pour les faciliter la  tache.

En terme de financement traditionnel , après l’USAID, l’OMS,L’UE qui financent les campagnes de vaccination sur la base de projets , entre aujourd’hui en scène la  BID á travers le Programme  DEFI . Apres le séisme du 12 Janvier , a émergé  une Nouvelle ONG , ARCH,  qui travaille sous la tutelle  du ministère de l’Environnement et qui  gaspille annuellement un million de dollars dans la santé animale. Il y a  aussi l’ONG  Veterimed dont le propriétaire est le Secrétaire d’Etat á la production et  á la santé animale.

L’Eradication  une méthode de mauvais gout politique

           Il est écrit  plus haut qu’il existe  une certaine dichotomie entre  le MARNDR et la communauté des éleveurs á propos du choix politique  de la vaccination  comme   techniques  de contrôle  de  certaines maladies  du bétail á grande importance économique  . Dans ce choix , l’état a sacrifié la méthode de  l’éradication  au profit de la vaccination sans pouvoir exprimer clairement sa décision . Les bénéficiaires potentiels en viennent á s’y désintéresser parce que ,disent ils,  la vaccination discontinuée de leurs animaux et organisée sans calendrier annuel fixe ne correspond pas  aux leçons apprises des campagnes antérieures. De plus pendant que se fait une campagne de vaccination, les animaux meurent  d’autres maladies  pour lesquelles  l’état n’offre pas de vaccins. Ces campagnes improvisées  de vaccination les laissent  un arrière gout d’amalgame  technico-politique.

De fait ,le ministère de l’Agriculture  après l’échec cuisant du projet de Développement de l’élevage porcin, PDEP, devenu plus  tard (PRP) projet de Repeuplement Porcin,  avait  préféré  la  vaccination  á  l’éradication  en raison du souvenir amer que charrie ce choix après le massacre des cochons créoles atteints de la peste porcine africaine. Le PDEP a échoué pour la raison bien simple qu’il  n’y avait pas prévu de nourriture pour donner á  manger aux porcs et parce que l’éleveur haïtien  n’avait pas droit au crédit agricole pour acheter á  l’étranger les ingrédients de base de la nourriture comme l’ont fait la Jamaïque  ou la  République Dominicaine. Rappelons aussi que  l’enveloppe budgétaire  du Bureau de Crédit Agricole, BCA,  n’a jamais  dépassé les  2%  des  besoins en crédit des agriculteurs et que le  BCA a été phagocyté   dans ses beaux jours par l’USAID qui lui demandait de laisser tomber au profit de plus  gros prêts  agricoles  le crédit aux petits éleveurs ,  remboursé avant la PEPADEP  á  96%   dans l’embouche  bovine et dans l’engraissement des porcs.

 Les gouvernements haïtiens ultérieurs  reconnaissant qu’ils avaient embarqué la population des éleveurs dans une plaisanterie  de mauvais gout dans l’éradication des cochons créoles vivent depuis 1982 un sentiment d’orgueil, de refoulement  et de culpabilité qui les fait  cultiver une peur  bleue de l’éradication , en adoptant la pratique de la vaccination sans en posséder  les moyens . La communauté des éleveurs une fois embarquée  dans le choix  politique  de la vaccination  mal implémenté , esquisse après  plus de vingt ans d’application, une lassitude compréhensible pour cette méthode de protection des animaux correcte  . Elle n’y va  pas  par quatre chemins pour signaler  aux agronomes apres le seisme du 12 janvier que la vaccination des animaux en ce temps de chômage et de misère n’était  pas leur priorité  # 1, que des kits  d’alimentation répondraient mieux á leurs problèmes de tous les jours.
Face á ces commentaires étrangement curieux. un état normal dont la mission est d’apporter les services á la population, se doit de les questionner, de l’analyser  afin d’apporter les redressements que de droit. En guise de réponse l’Etat a récidivé  en autorisant ARCH á opérer dans les mêmes conditions et en parallèle avec le MARNDR.

Quelle est la logique dans la   réaction de l’éleveur ?

Du point de vue de la communication, l’analyse de la réaction de l’éleveur est plus que logique et elle découle des politiques suivies par le gouvernement et la communauté internationale dans la  Santé  Animale. Le gouvernement tout en réfutant, politiquement parlant, l’éradication,  n’a pas  non plus objectivement opté pour la vaccination  parce qu’á date, le  gouvernement n’a jamais alloué au  budget national un montant annuel pour la vaccination permanente des animaux . N’ayant  pas les ressources  internes pour faire marcher le service de la vaccination , elle a opté pour ne pas  diffuser l’information critique  sur la vaccination. « Une des formes les plus pernicieuses d'agonie de notre culture,  écrit Pierre  Raymond Dumas, c'est l'amnésie collective dont le principal terreau est l'ignorance des masses. Si l'on veut casser cette régression et propulser cette renaissance, il faut instruire la grande majorité et créer une véritable élite dirigeante dans notre pays. « Le MARNDR devrait œuvrer á créer cette élite  dans le secteur agricole.

Voici un exemple d’informations critiques  á destination des bénéficiaires qui devait être prêché par les animateurs de terrain :
-L’éradication est la méthode de choix pour détruire une maladie á virus. L’état haïtien ne  peut pas l’envisager  parce qu’il ne dispose pas des moyens financiers pour repeupler le pays après le vide sanitaire  créé.
-La communauté internationale soucieuse de protéger  le  commerce du  cheptel des  pays  donateurs  pratique  une politique de confinement de la maladie dans les limites  du territoire  et ne serait pas favorable au développement de ces élevages dans la partie Ouest de l’ile d’Haïti  .
-La vaccination consiste á injecter annuellement  dans le corps de l’animal le germe  inoffensif de la maladie   pour  l’en immuniser
-Lorsqu’on choisit  la vaccination  ,on choisit de cohabiter pour toujours avec le microbe et  par voie de conséquence on choisit de soustraire la production filière du cheptel national au commerce  extérieur  qui n’accepterait pas l’importation   du microbe en territoire étranger ( interdiction  d’exportation  des tapis faits de peau de bœufs et de cabris, du commerce des œufs, de la viande de porcs,  en raison des spores de la maladie du charbon, du virus de la grippe aviaire et de celui de la  Peste Porcine Classique )
- Le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  la propagation du microbe en réalisant des objectifs de vaccination  de  97-98%  pour réduire considérablement les dégâts économiques..
-Le pourcentage  de  1-á 2 % d’animaux  non vaccinés chaque année suffit pour re-contaminer le troupeau national á cause de l’élevage libre , de la circulation non contrôlée  des animaux  dans  les  marchés  publics du pays,  de l’état de dégradation de nos bassins versants , si la vaccination n’est pas répétée chaque année sur une base régulière..
La vaccination  á cause  de ces contraintes  lourdes á lever est une activité essentielle de l’état, et comme telle, elle devrait  être permanente, régulière et  programmée chaque année au budget du MARNDR
-La vaccination rendue permanente et obligatoire, puis reconnue comme  une activité de santé vétérinaire hautement payante  pour les éleveurs , devrait après un certain temps être fournie dans le privé  par des associations d’éleveurs ou de corps vétérinaires .
_L’absence de crédit  á la production animale et la peur de dire la  vérité aux  éleveurs   font que le privé a peur d’investir  dans les infrastructures  de production  et  que  l’Etat  vient á endosser une activité rentable pour laquelle  il n’a pas  les moyens de sa politique
-L’Education des éleveurs sur la vaccination est devenue une activité surveillée et temporaire abandonnée aux caprices des ONG  qui envoie des messages non décodables par les éleveurs. (ARCH, Veterimed).
Après le désastre du 12 janvier 2010, la communauté  internationale  tout en mettant en garde le MARNDR contre une résurgence en bloc  des  maladies traditionnelles de l’élevage  et l’apparition de nouvelles maladies dues aux conditions non contrôlées de circulation des hommes ,du commerce international et de détérioration  de la vie , continue  d’appliquer la même  politique de financement des ONG. Elle complique le problème au lieu d’aider á sa solution. Comme le gouvernement ne veut pas fixer les règles du jeu, la communauté des éleveurs prend la décision de forcer le MARNDR á trancher. Au lieu d’exploiter positivement l’émergence de ces maladies post séismes pour reformuler sa politique de production et de santé animale , le gouvernement a pris la décision partisane de renforcer la secrétairerie d’état á la production et á la santé animale pour coordonner l’aide de la communauté internationale. Il a plutôt  ravivé les rivalités internes entre les cadres techniques qui travaillent  mieux avec la direction générale qui coordonne  toutes les activités techniques au sein du MARNDR.
michelwilliam1000@hotmail.com

L'apocalypse financier

L'apocalypse financier
Par Jacques Attali,
 Le 15/09/2011 à 15:07

 Le scénario catastrophe de Jacque Attali sur l'issue de la crise financière en dix étapes. Il serait temps, en France, de se préparer au double choc de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire ; comme s'il suffisait, pour le conjurer, de ne pas y penser. Voici ce que serait son déroulement, en 10 étapes :

 1. La Grèce, n'ayant plus les moyens de financer ses déficits, arrête de rembourser ses créanciers, de servir certaines de ses retraites, de payer une partie des salaires de ses fonctionnaires. Toutes les banques lui ayant prêté et toutes les entreprises qui lui vendent des armes et d'autres produits de première nécessité subissent des pertes. La Grèce ne sort pas alors pour autant de la zone euro : aucun traité ne l'y contraint ni même ne rend possible son exclusion ; de plus, nul ne peut forcer les Grecs à convertir les euros qu'ils détiennent en une drachme de moindre valeur.

 2. Pour renflouer ce pays, la zone euro refuse alors d'utiliser les maigres ressources du Fonds européen de stabilisation financière et de créer des "eurobonds", qui n'ont de sens qu'avec une fiscalité européenne, pour les rembourser, et un contrôle européen des déficits des budgets nationaux, pour éviter qu'on en fasse un mauvais usage.

 3. Faute d'instruments financiers communautaires suffisants, les autres pays de l'Union abandonnent la Grèce à son sort.

 4. Les marchés, c'est-à-dire, pour l'essentiel, les prêteurs d'Asie et du Moyen-Orient, s'inquiètent de cet abandon et font payer de plus en plus cher leurs capitaux au Portugal, à l'Espagne et à l'Italie.

 5. La crise s'étend à la France, quand on réalise que sa situation financière n'est même pas aussi bonne que celle de l'Italie (à Rome, le budget, hors service de la dette, est en excédent, à la différence de celui de notre pays) et quand on mesure que ses banques et compagnies d'assurances portent une large part de la dette publique des pays périphériques et détiennent encore massivement des actifs toxiques, sans valeur aujourd'hui.

 6. Pour éviter l'effondrement de ces banques, on cherche des actionnaires, privés ou publics. En vain : il faut trouver, pour les seules banques françaises, l'équivalent de 7 % du PIB.

 7. En panique, la Banque centrale européenne consent alors un financement massif à ces banques, réglant une nouvelle fois un problème de solvabilité en fournissant de la liquidité.

 8. Horrifiée par ce laxisme, l'Allemagne sort alors de l'euro et crée un "euro +", selon un plan déjà bien préparé qui, selon une banque suisse, coûte à chaque citoyen allemand entre 6 000 et 8 000 euros la première année, puis de 3 500 à 4 500 euros annuels.

 9. L'explosion de l'euro révèle alors aux marchés que les banques anglo-saxonnes ne vont pas mieux, parce qu'elles ne se sont pas débarrassées, elles non plus, de leurs produits toxiques et parce que la bulle immobilière n'est plus là pour faire illusion.

 10. C'est alors l'effondrement du système financier occidental, une grande dépression, un chômage généralisé et, à terme, la remise en question, même, de la démocratie. On n'exorcise pas une telle tragédie en refusant d'y réfléchir. Et, puisque les gouvernements ne semblent pas prêts à agir sérieusement pour l'éviter, pourquoi ne pas demander au Parlement européen de se réunir en session extraordinaire, de se déclarer "Assemblée constituante", votant la mise en place d'un véritable fédéralisme budgétaire, dont dépend la survie de tout ce que nous avons construit depuis que l'Europe a renoncé à la barbarie. Il n'y a pas si longtemps.

dimanche 4 septembre 2011

Vers la création d’une élite agricole haïtienne



Vers la création d’une élite agricole haïtienne
Michel William
Le jeudi 2 juin 2011

La vie rurale en Haïti devrait être définie depuis un certain temps par le mot débrouillardise vulgairement appelée en créole « Brase ». La débrouillardise serait un processus par lequel la population délaissée innove les moyens de son existence en exploitant les ressources naturelles á sa façon tout en compromettant son futur. Un élément majeur de ces ressources est la biodiversité. Force est de reconnaître que la paysannerie haïtienne n’a pas été le fossoyeur unique de son existence, elle a trouvé en la personne morale des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, des co-auteurs de choix dans l’agonie de la production nationale. Etrange allusion dirait-on ! La raison de cette allusion est que l’aide internationale faite au gouvernement avec la mondialisation est conditionnelle á un paquet de mesures économiques bien ficelées qui bloquent le développement agricole haïtien. L’étranger nous demande d’ignorer que l’agriculture technologique aujourd’hui des pays avancés a été la résultante de plusieurs années de subvention de la production, de la protection de leur marché agricole, de recherches expérimentales , de réforme agraire , de l’éducation des exploitants agricoles, et de mesures prises par ces états qui ont reconnu l’aspect régalien du travail agricole en faveur de la productivité et de la protection des travailleurs agricoles. Leurs technologies avancées d’aujourd’hui sont le résultat d’accumulation de capital née de la colonisation, des interventions armées unilatérales, des croisades , des guerres coalisées et de la mondialisation comme outil non négociable des prêts multilatéraux et bilatéraux. Les petits pays comme Haïti n’ont pas ces grands moyens d’accumulation de capital.

Pendant les vingt ans du règne lavalassien, la débrouillardise a trouvé le creuset politique idéal de son développement avec le principe du « non état » perfectionné par Mr Préval dans son choix des parlementaires qui ont fait tout sauf le travail de renforcement de la charpente administrative du pays. » L’état lavalassien a cultivé et généralisé la notion de petits projets dans tous les secteurs d’activités. Chaque année des structures para politiques télécommandées par le financement international ont géré dans l’agriculture des projets d’achat de semences graines, de tubercules ,de projets de cabris, de mini élevage de pondeuses, de mini élevage de poulets de chair , de lacs collinaires, d’amélioration de la pêche artisanale, de redistribution d’engrais, de cantine scolaire qui obligent l’état á expérimenter les mêmes difficultés d’approvisionnement en matière première. Les conséquences sur la production agricole nationale et sur l’administration décentralisée sont dévastatrices. La quadrature du cercle infernal devrait être bouclée avec la nomination á la tête des ministères des cadres qui reviennent des ONG ou qui ont été les consultants des grandes boites internationales. Au lieu d’observer des avances en terme d’augmentation de la production, on a assisté á l’enrichissement des propriétaires d’ONG, á la destruction du leadership local, á la dégradation des bassins versants, á la baisse irréversible de la production agricole, á l’exode rural, á l’ouverture du marché haïtien aux produits agricoles étrangers et á la création d’une CNSA qui devient le porte parole de l’assistance technique internationale. La presse nationale de peur d’être indexée n’a pas encouragé le journalisme d’investigation pour critiquer l’inacceptable.

Théoriquement aucune solution technique unilatérale de pacotille n’est susceptible de renverser systématiquement la tendance. Seul un changement radical du personnel politique devrait recentrer progressivement la gouvernance du pays, rapatrier sa souveraineté et garantir une meilleure redistribution des ressources. Or on a vu que le type d’élection sélection priorisée par l’étranger est piégé doublement, d’un coté avec les élections prévaliennes qui ont toujours eu le dernier mot en promouvant des hommes rejetés par le peuple , de l’autre avec l’ingérence de l’international qui, devant protéger ses intérêts , nous crée des embarras pour lesquels on fait appel encore á lui pour nous apporter des solutions qui ne font qu’ajourner les problèmes. Le vote de l’amendement de la constitution de 1987 en dehors de toute discussion libre en est l’exemple le plus frappant. Voilà que cet amendement et des élections rabâchées font dépendre encore le changement de la présence de Mr Préval et de ses partisans synonymes de débris du séisme du 12 janvier.

Si Mr Martelly compte opérer le changement avec la constitution amendée de 1987 et avec cette législature, il se met le droit dans l’œil. Il devrait profiter de la « prevalerie » constitutionnelle publiée dans le moniteur pour dénoncer la farce, la déclarer nulle et non avenue, punir les coupables et amorcer avec une conférence nationale la rédaction d’une nouvelle constitution qui viendrait réduire le pouvoir parlementaire. En dehors de cette décision révolutionnaire sans appel, toute proposition d’apporter une réponse aux conditions de la paysannerie ne sera qu’un pis aller. D’ailleurs on parle déjà d’alignement des trois uniques parlementaires de « repons paysan » dans le GPR qui est une gymnastique parlementaire pour ne pas évoquer en public le non INITE synonyme de scories politiques de l’ère prévalienne. On ne saurait prétendre rester dans la constitution en gouvernant avec des structures politiques montées en dehors de la constitution. A la guerre comme á la guerre dirait le candidat de « repons paysan » Pourquoi pas le président! Le président aurait il oublié que sa force réside momentanément dans sa capacité toute neuve de mobilisation populaire.

Comme la vie est faite de combats permanents, il restera toujours une classe de citoyens qui refusent d’abdiquer et qui cranent du matin au soir pour trouver l’alternative. A la lumière de diverses réflexions il apparaît de plus en plus irréfutable que l’alternative á la débrouillardise agricole, dans le contexte de la mondialisation est de chercher á pénétrer le système incontournable des petits projets des bailleurs en l’inscrivant dans une dynamique de création et de subvention d’une élite agricole stable capable de fournir en amont et en aval les intrants de base indispensables á l’augmentation de la production. Les jeunes cadres au chômage issus des facultés publiques et privées d’agronomie du pays devraient constituer une partie de cette élite á coté d’un nombre considérable de leaders ruraux qui ont montré leurs intérêts dans l’agriculture traditionnelle du pays en dehors de toutes considérations politiques partisanes.

Le gouvernement de Martelly obligé de travailler aujourd’hui encore sous l’emprise de l’amendement Bob Dole de 1995, amplement suivi par les organismes internationaux de financement et par la coopération bilatérale, (utilisation des ONG) aurait intérêt á négocier le financement de ces micro structures de production. Le gouvernement de Martelly, devrait faire un effort pour sortir des sentiers battus de la planification traditionnelle et pour constituer cette élite qui deviendrait le point d’ancrage de toute une flottille pour l’appareillage de la production agricole nationale. La constitution de cette élite agricole ne va pas résoudre le problème fondamental de l’agriculture haïtienne qui demande des décisions impopulaires de la part du gouvernement Martelly. Elle sera seulement exploitée comme nouvelle démarche politique rassurante du Président Martelly, en prévision de tout propagande négative des spécialistes en eau trouble qui incapables de penser politique et services á la population y verraient des éléments de subversion populaire pour bloquer le processus de changement.

L’expérience a démontré, et j’écris en connaissance de cause, que si l’élevage et l’agriculture sont rentables á partir d’un seuil minimal d’exploitation individuelle jamais atteint encore en Haïti, il en est pire pour l’exploitant d’élite qui aurait choisi la production des semences, l’élevage naisseur et la production conversationniste de montagne avec des crédits FDI, SOPHIDES qui exploitent la déroute de l’intelligence de nos économistes. Il faudrait seulement tenir compte que l’agriculture de montagne coûte beaucoup plus chère que l’agriculture de plaine, qu’elle est responsable de 60 á 70% de la production nationale, qu’elle est momentanément incontournable et que ironiquement c’est la classe paysanne qui subventionne avec sa sueur la consommation de plus de six millions d’urbains. On retiendra aussi que l’agriculture de montagne qui est excessivement coûteuse en terme d’aménagement physique est laissée aux paysans analphabètes qui sont les moins armés économiquement pour faire face aux problèmes de son exploitation. Les dépenses d’établissement de ces infrastructures de production en montagne sont lourdes pour ces exploitants d’élite qui ne peuvent au grand jamais les rentabiliser sans un programme étoffé de subvention de la part du gouvernement. On devrait profiter de l’agriculture humanitaire encouragée par l’étranger pour dépenser durablement l’argent de l’aide en subventionnant ces aménagements. L’émergence d’une nouvelle élite agricole présenterait l’avantage de décharger l’état du problème permanent de rareté de production d’intrants majeurs après les désastres annuels á répétition et de s’intégrer dans une logique de redistribution des ressources budgétaires au bénéfice de la paysannerie.

Voici une proposition qui devrait être épurée par les cadres de Damien, par les ONG et par les associations des casecs et des maires du pays pour son éventuelle application.

Au niveau national, on admet qu’il y a 565 sections communales regroupant 1.200.000 exploitations agricoles, 800.000 éleveurs et couvrant á peu près 600.000 hectares de terres agricoles. Si pour chaque section communale on prévoit 1.100 hectare pour chaque 2.100 exploitations, il est suggéré de retenir un schéma de financement qui mettrait en place des structures de production de semences pour chaque 25 hectares et des structures de production de reproducteurs et d’aliments par groupe de 1.00 éleveurs On aura constitué une élite agricole stable distribuée dans toutes les sections communales totalisant :
24.000 centres de production vivrière de semences, soit 22 par section communale,
400 centres de production de pondeuses et de poussins de chair soit quarante par département,
400 centres de production de reproducteurs de porcs soit vingt centres par département,
200 centres de production de reproducteurs de cabris et de moutons, soit vingt par département,
50 centres départementaux de production de ruchers améliorés et de formation des apiculteurs, soit cinq par département,
50 centres de production de bateaux de pêche, soit cinq par département,
3 centres de production d’alevins á répartir dans les départements riches en eau de surface.

On aura créé dans tout le pays 25.100 centres de production des intrants durables susceptibles de refaire la structure de base de la production agricole nationale.
Prenons deux exemples la banane et l’igname

Production de plantules de banane sur 25 hectares
La banane est plantée sur 61.000 has .Avec la Méthode PIF il faudra prévoir 406 serres ou centres de production de drageons de banane. Chaque serre de dimension 20 mètres de long. 10 mètres de largeur et 2,40 mètres de hauteur peut produire 50.000 boutures á l’année, il faut 1600 boutures pour planter un ha, une serre peut produire des boutures pour planter 31 has a l’année. Un technicien de cette élite pourrait produire des drageons pour 150 hectares à l’année dans trois serres.
Les ONG qui deviennent les bras financiers de l’agriculture, à raison d’une par département devraient financer ce programme sur une période de cinq années.

Production de plantules d’igname pour 25 hectares
En montagne l’igname occupe une superficie de 30.000 has.
Pour planter un has d’igname il faut 10.000 boutures
1ha d’igname donne 10.000 tubercules qui fournissent 320.000 boutures avec la technique de mini-set.
Pour planter 25 has il faudra produire 2.500.000 boutures.
Pour produire 2.500.000 de boutures il faut un champ de multiplication de
2.500.000 /320.000 de 8 hectares d’igname en montagne Un technicien élite peut facilement gérer la production de bulbilles pour 25 hectares. En divisant la superficie á planter par 25 hectares, On aurait un programme de financement de 1240 centres réparties dans toutes les zones de production d’igname.
On pourra étendre le même schéma au malanga, á la mazoubel, au riz, au mais, au petit mil, au haricot, á la pomme de terre, etc.

Quelle serait l’acceptabilité politique de cette élite agricole ?
L’idée générale est de redistribuer les ressources budgétaires internes et externes au profit de la paysannerie et de mettre fin á l’action spoliatrice des prédateurs agricoles nationaux et internationaux, de redonner confiance aux services de l’état en se servant des structures d’ONG financées par l’international. Les couts de chacun de ces centres de production d’intrants de base seraient facilement établis á partir d’enquêtes de terrain, de recherches bibliographiques et de couts des nouvelles technologies nécessaires á leur création.
Une telle planification acceptée serait une condition sine qua none du maintien du parlement actuel qui y trouverait un moyen de se blanchir de la mauvaise renommée d’appartenance á un régime conspué de tous. Ce plan serait proposé aux parlementaires qui le redistribueraient en fonction des zones de production de leur circonscription. Un tel schéma repousserait de lui-même toute idée de partage du pouvoir au niveau du cabinet ministériel et renforcerait le pouvoir de contrôle du parlement. Ce schéma n’exclut pas non plus la possibilité que des compagnies privées s’établissent á la campagne et exploitent des superficies de 50 á 100 has, qui en association avec la masse des exploitants agricoles chercheraient á organiser la commercialisation de la production. Un tel schéma recentrerait le MARNDR dans la production de services pour encadrer en priorité les producteurs d’élite et dans leur sillage la masse des exploitants agricoles appelées á produire pour la consommation nationale.

Pour le moment, les conditions de sécurité pour la mise en œuvre d’un tel plan ne sont pas réunies encore. Elles existeront avec le fonctionnement simultané de l’armée et de la PNH. On pourrait commencer sa mise en application avec l’augmentation et la redistribution de la PNH dans toutes les sections communales. En attendant il est indiqué de monter une commission formée de trois anciens cadres issus des forces armées d’Haïti dont Himmler Rebu, Jean Claude Jeudi, de l’auteur « l’armée pour une démocratie », ajoutés des agronomes Carly Jean Jeune, Joseph Ronald Toussaint, Jean André Victor, pour jeter les bases de la nouvelle armée de protection de l’environnement. Certains penseurs avanceraient même l’idée de renforcer le ministère de l’environnement avec l’intégration des membres de la nouvelle force armée d’Haïti.

Quel travail devra être fait au niveau de la MINUSTHA et du conseil de sécurité des Nations Unies pour faire accepter le principe d’un MDE militarisé, non pas comme forces politiques mais comme forces d’intervention technique dans la protection de l’environnement. Ceci est faisable si au niveau de la chancellerie haïtienne, le Président Martelly y met un ministre qui pense comme lui et qui nomme des ambassadeurs á vision qui peuvent lui garantir ce travail aux Nations Unies et auprès des pays étrangers.

michelwilliam1000@hotmail.com
michelwilliam1000@yahoo.fr

jeudi 1 septembre 2011

Encore Passe Reine

Encore Passe Reine
Bernard Etheart
Dimanche 28 aout 2011
Voyager en Haïti est toujours une entreprise sinon périlleuse au moins pleine d’imprévus. Samedi dernier revenant d’un bref séjour dans le Nord-Est avec le Coordonnateur du Programme de Réhabilitation des Petits Périmètres Irrigués (PPI), nous avons appris, alors que nous étions en train de monter le Bedoret, que la route nationale était coupée au niveau de Passe Reine.

Je dois dire que cela ne nous a pas étonnés outre mesure. Deux jours plus tôt, alors que nous étions en route vers le nord, nous n’avions pas manqué de faire des commentaires au sujet de ce tronçon Gonaïves-Ennery qui avait été tellement abimé par les cyclones de 2008 (voir HEM, Vol. 23, # 29 du 12-18/08/09), et je m’étonnais de ne remarquer aucun travail de réhabilitation alors qu’il fait partie des projets approuvés par la CIRH (voir HEM, Vol. 24, # 31 du 25-31/08/2010 : Les projets de la CIRH, et # 32 du 1er-07/09/2010 : Les projets routiers).

En bon ingénieur, Jean-Robert Jean-Noël, qui faisait aussi partie du voyage, notait de son côté tous les points où ce qui reste de route risquait d’être emporté si jamais les bassins versants surplombant la région recevaient de fortes précipitations. C’est a croire qu’il a, comme on dit chez nous, une « bouch kabrit », car c’est justement au niveau d’un de ces points faibles qu’un morceau de route est parti, rendant toute circulation impossible.

Comme je l’ai dit nous étions dans la montée du Bedoret quand nous avons appris la nouvelle et nous nous sommes arrêtes pour faire le point et chercher des alternatives. Une première option était de rejoindre Saint Michel de l’Attalaye par Ennery et de là rattraper la Nationale # 1 en prenant le nouveau tronçon Saint Michel-Marchand, ou la nationale # 3 par Saint Raphaël ; mais les eaux ont rendu impraticable la montée à partir d’Ennery. Une seconde était de rallier Saint Michel par Marmelade ; mais si la montée a Marmelade ne pose pas de problème, on nous a appris que la descente sur Saint Michel n’était pas sûre. Une troisième était de revenir sur nos pas jusqu’à Plaisance et de retrouver la Nationale # 1 par Pilate et Gros Morne. Personnellement j’étais très sceptique ; j’ai fait cette route il y a très longtemps et depuis j’avais entendu dire qu’elle n’existait pratiquement plus. Evidemment, nous pouvions toujours revenir au Cap et prendre la nationale # 3 par Milot, Grande Rivière du Nord et Dondon.

Finalement nous avons choisi de continuer notre route, car entre temps nous avons appris que le Ministre Gué était en train d’organiser le travail de création d’un passage. On peut se demander ce qu’un ministre de l’agriculture a à voir avec des problèmes de route. Seulement voilà, Joanas Gue est de Camp Coq, au pied du Bedoret ; il était venu passer la fin de semaine chez lui et, autant que je sache, il a été le dernier à passer le vendredi soir. Quand il a appris la nouvelle, il est revenu et a entrepris de mobiliser tout ce qu’il y avait de ressources techniques dans la région : CNE, MINUSTAH.

Essentiellement il y avait deux opérations à mener ; d’abord créer un passage qui permette aux véhicules de passer, même si, dans un premier temps, dans un seul sens à la fois ; mais il fallait aussi travailler dans le lit de la rivière pour créer un passage pour l’eau afin qu’elle ne revienne pas provoquer davantage de dégâts. Je dois reconnaitre que l’affaire a été rondement menée et, au bout de deux à trois heures d’attente, nous avons pu reprendre notre route. Bien sûr nous étions chanceux, étant arrives relativement tard, mais j’ai entendu des gens se plaindre qui étaient bloqués depuis le matin.

Pour ce qui est de nous donc, tout est bien qui finit bien. Il n’en reste pas moins qu’il est inconcevable que ce tronçon Gonaïves-Ennery, qui fait partie de la principale artère du pays, la Nationale # 1, soit encore dans cet état, quatre ans après le passage des cyclones qui l’ont rendu impraticable ; on parle de reconstruction après les ravages du tremblement de terre, mais on n’a pas fini de reconstruire après les dégâts des cyclones !
Bernard Ethéart

dimanche 28 août 2011

Le Temps de jeter les masques est arrivé

Le Temps de jeter les masques est arrivé
michelwilliam1000@hotmail.com

Je ne demande aucun crédit aux lecteurs pour mes articles qui franchissent lentement mais tranquillement et sereinement les portes de l’exécutif et du parlement haïtien. Certaines des idées sont exploitées en fonction des intérêts des divers groupes pour former un pacte de gouvernabilité qui chercherait á maintenir la suprématie du pouvoir du parlement sur l’exécutif. C’est de bonne guerre, quand la force d’en face manque d’audace. Ce qu’il faut retenir est que l’enjeu majeur de ces dilatoires est l’amendement de la constitution dont l’acceptation ou la correction conditionnent tout l’avenir du pays et á fortiori les cinq ans du président Martelly. Il est bon de clarifier pour les lecteurs la définition de toute constitution.

Ce qu’elle n’est pas
Une constitution n’est le projet de société d’un parti politique, encore moins celui d’un président au pouvoir qui cherche la pérennité de ce pouvoir. Son amendement ne peut pas être étudié sous pression, dans le noir et á la va vite. Il n’y a pas eu de revolution.

Ce qu’elle est
Une constitution est un contrat social entre le peuple et les pouvoirs choisis par lui pour concrétiser dans les politiques les vœux qui y sont exprimés. Son amendement pour s’imposer á la nation doit faire l’objet d’une participation ouverte á travers la presse , les mairies, les assemblées communales, les hommes de lois et les partis politiques.

Les sénateurs Francesca Lambert et Evalière Beauplan reconnaissant implicitement que le gouvernement est l’émanation du parlement qui le nomme et le révoque , ont mis sur la table des négociations les conditions de sa ratification. Voici les dix conditions avancées :

1-Promulgation de la version amendée de la constitution (priorité #1)
2-Formation du conseil constitutionnel
3-Nomination du conseil électoral permanent
4-Publication de la nouvelle loi électorale
5-Reconduction de la CIRH
6-Réorientation de la MINUSTHA
7-Mise en place légale du projet d’éducation pour tous
8-Renforcement de la diplomatie
9-La révision du mandat de la MINUSTHA
10-La nomination des nouveaux juges á la cour de cassation suivie de l’institution du Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire CSPJ
En dehors du premier point, le parlement est implicitement impliqué dans la réalisation de tout le reste .Ce qui suppose toujours une entente aux yeux de l’opinion publique.

Le groupe des 16 en présentant au grand jour son cahier de charge a scoré avant le président parce que de plus en plus, la pression populaire et diplomatique l’ont forcé á ne pas jouer á la manipulation politique et á dévoiler publiquement ses intentions.

Dans le cas de l’amendement de la constitution de 1987, il n’est un secret pour la presse et pour le peuple que son tout premier contenu a été successivement :
-Une version commandée du Président Préval, remaniée par son cabinet.
-Une version manipulée par le CPP devenu INITE á partir des sénatoriales frauduleuses d’avril 2009 Cette version n’avait pas fait l’unanimité dans la quarante huitième

Un travail bâclé, haché, obscur , fait á la va vite , á l’insu du peuple mais avec une célérité qui n’a pas permis le vote de tous les articles enlevés ou modifiés.
-Une version remaniée, violée sacrifiée par des élus de la quarante neuvième ,déjà taillée á l’aune du Parti INITE.

La promulgation de la version amendée a été la condition majeure non exprimée du rejet des deux premiers ministres désignés par le groupe des 16. De plus il y a un projet cache á dessein de réhabilitation de lavalas de 1990 lorsque le sénateur Evalière Beauplan a recommandé au Président Martelly l’idée d’approcher les anciens chefs d’état Aristide et Préval respectivement écartés par l’international et par le peuple pour obtenir leur adhésion á sa politique.

En clair , l’exigence de la promulgation de la version amendée de la constitution 2007 pour ratifier le choix du premier ministre désigné par le groupe des 16 est une tentative de rattraper le pouvoir perdu par laquelle le GPR tente de reprendre á travers une négociation imposée, le projet INITE, avorté avec la proclamation définitive des résultats des élections du 28 novembre 2010.

Voici ce que disent les articles ci-dessous de la constitution :
Article 59:
Les citoyens délèguent l'exercice de la souveraineté nationale à trois (3) pouvoirs:
a) le pouvoir législatif;
b) le pouvoir exécutif;
c) le pouvoir judiciaire.
Le principe de séparation des trois (3) pouvoirs est consacré par la constitution.
Article 59.1:
L'ensemble de ces trois (3) pouvoirs constitue le fondement essentiel de l'organisation de l'Etat qui est civil.
Article 60:
Chaque pouvoir est indépendant des deux (2) autres dans ses attributions qu'il exerce séparément.
Article 60.1:
Aucun d'eux ne peut, sous aucun motif, déléguer ses attributions en tout ou en partie, ni sortir des limites qui sont fixées par la constitution et par la loi.
Article 60.2:
La responsabilité entière est attachée aux actes de chacun des trois (3) pouvoirs.
Article 98.3:
Les attributions sont de l’Assemblée nationale sont:
Article 4) D'amender la Constitution selon la procédure qui y est indiquée;(non respectée)
Article 7)De concourir à la formation du Conseil Electoral Permanent conformément à l'ARTICLE 192 de la Constitution;
Il faut une constitution qui retablisse l’equilibre entre les trois pouvoirs.

Il est grand temps que l’exécutif présente á la nation ses propres conditions pour designer le premier ministre qui devra conduire la politique du parlement. Il y a une hypocrisie délibérément exprimée par la presse qui reconnaît au GPR le droit de violer la constitution pour ériger ses propres barrières constitutionnelles que la présidence de Martelly devra respecter s’il veut symboliquement exercer un pouvoir. Pourquoi associer le cahier de charge du groupe des 16 á la sortie de la réunion avec l’ambassadeur Kenneth Merten ? N’y a –t-il pas une intention cachée de la presse de donner á l’ambassadeur américain la sympathie de cette proposition ?.

Il a été recommandé á la présidence de prononcer un discours á la nation pour présenter les enjeux de la désignation d’un nouveau premier ministre et pour expliquer leurs impacts sur le respect du vote populaire. Le président ne l’a pas fait et a été devancé par le groupe des 16 qui essaie d’en prendre l’avantage. Considérant le rejet de tout ce qui sent Mr Préval par le peuple, le président Martelly peut rattraper le temps politique perdu qui n’est pas eternel. Le président en recevant les différents groupes intéressés avant son discours á la nation a fait le jeu de ces différents groupes d’intérêts. . La plupart de ces groupes n’attendent pas avec la nomination du nouveau gouvernement le changement des conditions de vie de la population, ils attendent les conditions pour faire de l’argent as usual qui ont trop duré.

Le nœud gordien des négociations est l’amendement constitutionnel qu’il faut trancher et non délier. Trancher le nœud Gordien revient á trouver un consensus entre l’exécutif, le parlement et le judiciaire pour reprendre avec les hommes de loi une nouvelle version imposable á la nation.

vendredi 26 août 2011

Subvention des livres scolaires en Haïti : quelle stratégie et quelle méthode?



Daniel Altiné

25 août 2011


Depuis une douzaine d’années, l’État haïtien, à travers le Ministère de l’Éducation Nationale, subventionne, au début de chaque année académique, des livres scolaires en vue de réduire le fardeau des parents et d’améliorer les chances pour des milliers d’enfants de pouvoir aller à l’école ou continuer leur scolarisation.



La pertinence d’un tel programme, par rapport à l’objectif poursuivi et aux besoins, est évidente et n’est pas à démontrer. Nous croyons, cependant, dans un contexte où entre 500,000 et 750,000 enfants d’âge scolaire n’ont pas accès à l’école, où les besoins sont immenses en termes de services sociaux de base (éducation, santé, logement, eau potable, assainissement, etc.), où les ressources publiques sont de plus en plus rares, et où le Président de la République veut instaurer l’éducation universelle gratuite, qu’il y a lieu de questionner la méthode sous-jacente à la pratique actuelle de subvention d’ouvrages scolaires, et de se pencher sur l’efficacité de ce programme.



Du programme actuel de subvention des livres scolaires



La subvention d’ouvrages scolaires, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est faite selon une approche DÉPENSE et non d’INVESTISSEMENT. Selon l’approche DÉPENSE, le livre est considéré comme une charge annuelle. Chaque année, l’État haïtien budgétise et dépense des centaines de millions de gourdes pour permettre aux parents d’acheter des livres éligibles moins chers pour leurs enfants. La subvention peut atteindre jusqu’à 75% du prix du manuel. Depuis les débuts, à la fin des années 1990, ce programme n’a pas couvert annuellement 50% des millions d’enfants du niveau primaire. A la fin de chaque année, on fait les comptes, on efface le tableau et on recommence à zéro, sans capitaliser, c’est-à-dire sans permettre à ce que les livres ainsi subventionnés au cours d’une année donnée servent à d’autres enfants les années suivantes.



Avec cette approche, si l’État veut augmenter le taux de couverture, il faudrait augmenter l’effort nécessaire, chaque année, sans la garantie que le résultat sera atteint. C’est un trou sans fond. Cette approche fait l’affaire des éditeurs qui font leur beurre, et voient l’occasion d’augmenter leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices annuels, ainsi que des fonctionnaires corrompus qui y voient l’occasion d’augmenter leurs commissions. Dans un contexte de ressources publiques rares, l’on comprend très bien qu’il n’y aura jamais assez d’argent, avec une telle approche, pour envoyer tous nos enfants à l’école.



De l’approche Investissement de subvention des livres scolaires



Selon l’approche INVESTISSEMENT, le livre est considéré comme un bien, un « capital stock », avec une durée de vie, qui sera amorti dans le temps. Le livre est acquis par l’État haïtien et distribué aux Écoles Accréditées, sur tout le territoire national, faisant partie du Programme. Le livre sera prêté à l’élève par son école, sur une base annuelle, moyennant une somme modique (par exemple, 15 – 25 gourdes pour l’année), nécessaire pour l’amortissement du livre et son remplacement. Le livre est remis à l’école à la fin de l’année académique et peut servir à un autre élève pour l’année suivante, avec un minimum d’entretien (notamment la reliure). En cas de perte seulement, l’élève devra payer une pénalité, soit le coût de rachat du livre. La durée de vie peut varier, dépendamment des spécifications relatives à la reliure et de l’entretien. Avec une durée de vie de cinq ans, un livre donné aurait servi à former cinq enfants, au cours de cette période.



Aux Gonaïves, mes condisciples du Collège Immaculée Conception (CIC), dirigé par les Clercs de St-Viateur, et moi-même avions bénéficié, au début des années 70, d’un système de prêt de livres de la 6ème secondaire à la classe de Rétho, ce qui a permis de maintenir les coûts scolaires à un niveau supportable pour les parents.



Selon l’approche INVESTISSEMENT, l’État haïtien veillerait, de façon stratégique et méthodique, à :



établir, de concert avec les partenaires en éducation, des listes de livres standards à acquérir, pour chacune des années d’enseignement fondamental, dans le cadre du programme académique appliqué à l’échelle national. Ces livres seraient utilisés dans toutes les écoles et les maîtres seraient formés en conséquence ;
acquérir des éditeurs nationaux les livres figurant sur les listes standards ;
distribuer les livres aux écoles accréditées ;
établir les règles pour un système de prêt aux élèves ;
diriger les élèves vers les écoles accréditées, s’ils veulent bénéficier du système de prêt ;
faire exigence aux écoles de maintenir un système d’entretien et une capacité de reliure des livres. Ce qui permettrait de développer un nouveau métier (celui de relieur) et de créer des emplois ;
instaurer un système de reddition de compte par les écoles, moyennant le « reporting », l’inspection et le contrôle des livres distribués.


Après l’investissement initial, l’État haïtien programmerait des achats annuels de livres en vue de : 1) remplacer les livres amortis ; et 2) augmenter ou développer le stock de livres ; afin de permettre d’assurer la couverture et de maintenir la capacité du système à continuer à desservir les besoins des élèves entrants.



De l’efficience et de l’efficacité de l’approche Investissement de subvention des livres scolaires



En contexte de rareté des ressources, une gestion est dite optimale si l’on acquiert les ressources de façon économique et qu’on les gère avec efficacité et efficience. L’acquisition des livres de façon économique commande que l’État rationalise, moyennant l’établissement de listes de livres standards appliquées par toutes les écoles dans le cadre d’un programme académique standard national, de spécifications relatives à l’édition des livres, et d’un processus de passation de marchés publics transparents devant permettre de créer de la valeur pour le système éducatif.



L’instauration d’un système de prêt de livres aux élèves augmentera la rentabilité économique et sociale des livres. Ainsi, le système permettra de couvrir et d’instruire plus d’élèves avec les ressources disponibles, et sera donc plus efficace.



Même considération pour les uniformes



Il n’y a aucune raison pour qu’en Haïti, pays au faible pouvoir d’achat, chaque école ait son uniforme. Cette approche différenciée coûte cher aux parents et à la société. Dans certains pays, les écoles ont le même uniforme, et la différenciation est faite au moyen d’un écusson détachable, représentant une école donnée.



Le premier avantage d’un tel système est de permettre la fabrication en série des uniformes scolaires, avec un impact considérable sur leur coût de fabrication, mais surtout de développer la capacité et l’expérience de petites et moyennes entreprises dans la fabrication en série. Un élève, en grandissant, peut laisser son uniforme à son école, pour servir à un plus jeune. De cette façon, et encore plus si les uniformes sont subventionnés, la rentabilité sociale des uniformes se retrouverait augmentée.



En guise de conclusion



En Haïti, nous avons tendance, quand il s’agit d’aborder la problématique de l’éducation, encore plus depuis que l’on considère l’éducation universelle gratuite, à en faire d’abord une question de moyens financiers, au lieu de gestion et de bon sens. Nous croyons que le pays peut disposer de plusieurs milliards par année et ne pas être en mesure de scolariser plus d’enfants, avec le déficit que l’on connaît de 500,000 à 750,000. Nous croyons que, plus qu’une question de moyens, il s’agit plutôt de stratégie, de créativité, de méthode et de rationalité, par rapport au problème posé : « Comment envoyer plus d’enfants à l’école avec des ressources désespérément rares et limitées ? ».



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