vendredi 16 septembre 2011

La logique des politiques publiques de vaccination des animaux


William Michel
Le 14 sept 2011

La rédaction de cet article fait suite á une réunion entre agronomes et techniciens vétérinaires de terrain  au sujet du mépris grandissant de la population pour les campagnes de  vaccination  et aux réponses négatives  des éleveurs du département de l’Ouest aux activités de l’ONG vétérinaire ARCH .

Part du secteur agricole dans le PIB   de 1995  á  2008  en millions de dollars     
1995 : 45.6%      (PIB 1995 : 3 000 millions $)\
2002 : 29.25%    (PIB 2002 : 3 500 millions $)
2006 : 27%         (PIB 2006 : 4 244 millions $)
2008 : 25,9%      ( PIB   2008  6.966 millions$)

Contribution du sous secteur élevage dans le PIB agricole
 1990 31% du PIB agricole 
 2008 26 % du PIB agricole en 2008
Ref  Sources  Statistiques mondiales

  Le tableau ci-dessus permet de constater une chute   progressive  importante  de la   contribution  de  la production agricole en pourcentage du PIB national au cours  de la dernière décade. La  contribution  du sous secteur élevage  au PIB agricole était de  31% ( Serge  Arnoux politique élevage  1990). Si on  applique  ce pourcentage  du sous secteur élevage  au PIB agricole  en 2008,  la contribution de  ce sous secteur   au PIB agricole s’élèverait a 559.3 millions  de  dollars américains du PIB agricole, alors que  les pertes dues aux problèmes  de santé avoisinent les  30 á  40%. (MARNDR Direction Production Animale) .Dans tout pays où l’irrigation n’est  pas dominante, comme dans le cas d’Haïti montagneuse    á  75%, l’élevage est prioritaire sur l’agriculture parce que l’investissement est moins risqué  pour le décollage économique d’une zone rurale. Tel n’en est pas le cas.

« Le rôle de l’élevage comme système d’épargne est aussi primordial. 80% des exploitations agricoles familiales élèvent un total de 4 millions de volailles, 65% des exploitations élèvent des chèvres (2.5 millions de caprins (plus de deux fois les populations caprines réunies de Cuba, République dominicaine et Jamaïque).55% élèvent du gros bétail (1.5 millions de bovins dont environ un tiers de vaches adultes) et 35% détiennent au total près de 1 million de porcs. Pour les années 1997-1998, les pertes annuelles provoquées en Haïti par la Peste Porcine Classique avaient été estimées à environ huit millions de dollars américains. Les pertes annuelles imputables aux parasitoses internes et externes ont été chiffrées à plusieurs dizaines de millions de dollars américains. Selon une étude réalisée en 2000 par une équipe conjointe FAO/MARNDR, les pertes annuelles causées par la Lucilie Bouchère du Nouveau Monde, s’élevaient alors à plus de 19 millions de dollars américains. La déficience organisationnelle et le manque de ressources humaines, de moyens matériels et financiers des services vétérinaires du MARNDR n’ont pas permis d’enrayer des maladies animales de grande importance économique comme la peste porcine classique ou la maladie de Newcastle ou à caractère zoonotique comme la rage et le charbon bactéridien qui provoquent, depuis des décennies, des dégâts considérables dans l’élevage haïtien et qui représentent, dans le cas des zoonoses un risque pour la santé humaine. » Ref  Plan d’Investissement agricole MARNDR

Ce bref rappel de  statistiques et de vérités  animales du pays  est pour démontrer le poids du sous secteur élevage  dans l’économie agricole  d’Haïti et rappeler  l’élégance de tout choix de politique en matière d’élevage. Il est important  que la communauté  internationale, l’Exécutif et le Législatif qui financent et contrôlent les dépenses publiques  de l’état accordent leurs violons sur les mesures de politiques publiques  de vaccination des animaux en Haïti. Il faut le faire car les choix á l’origine des investissements consentis pour apporter un service pourtant crucial aux besoins des éleveurs haïtiens ne sont pas  toujours  faits  dans  l’intérêt de ces  derniers. Peut on éviter ces pertes ? Combien représentent toutes ces pertes ? Quel est le cout de la structure  de vaccination ?Quel est le prix de la totalité des vaccins obligatoires ? Quel danger constituent ces maladies  non traitées  sur la santé humaine ?Que représente la différence entre le montant des pertes  totales subies par les éleveurs  et le cout de l’infrastructure  de sante animale. ?Le gouvernement  a-t-il choisi effectivement de développer l’économie animale ? Est-il plus profitable de la faire avec des contracteurs ou avec les structures de l’état ? Quelles  sont les chances d’exportation de nos produits animaux. ? Si non, le gouvernement a-t-il choisi de produire pour satisfaire la consommation locale ? Quel pourcentage d’emplois ce choix va créer  sur le terrain ?Qu’est-ce  qui doit être négocié,  par rapport au commerce entrant des produits animaux avec la communauté internationale ?  A la lumière  des ressources naturelles disponibles, quel élevage prioriser , l’élevage bovin ou l’élevage de substitution  ( Porcs et poulets) ?  Quel est le choix politique cohérent á faire ? S’il s’avère que les pertes au niveau de l’éleveur sont de loin supérieures  au cout de l’infrastructure de  santé animale, il faut formuler  des politiques publiques nouvelles  qui permettent  de choisir entre la vaccination et l’éradication . Il est créé  une sorte de  dichotomie  entre  l’état , l’International et la communauté des éleveurs, l’un ne  comprenant pas les décisions ou les réactions de l’autre. 

A ce moment précis  des actions et des réactions des uns et des autres  á propos de la vaccination qui reste  un choix de politique, il est opportun que tout le commun des mortels soit informé des raisons de ce choix  et des nuances fondamentales entre deux méthodes de contrôle de certaines maladies animales : l’éradication et la vaccination . Dans l’éradication  il y a  élimination complète de la  maladie parce que l’animal, élément porteur et vecteur du microbe, est  tué et le microbe aussi -Dans une  politique de vaccination, le germe de la maladie est toujours présent sur le terrain, parce que le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  annuellement la propagation du microbe en réalisant des objectifs  de  97-98% de couverture vaccinale pour réduire considérablement les dégâts économiques.

Il est tout aussi opportun  que ces informations trouvent leur écho dans la  presse  communautaire et  nationale  afin qu’elles aident les bailleurs de Fonds  comme   l’OMS, le PNUD, l’UE, L’OIE, aujourd’hui la  BID  á travers le Programme  DEFI et certaines coopérations bilatérales comme la  USAID, l’Espagne, le  Brésil  á affiner leur politiques de financement des campagnes de vaccination de certaines maladies du bétail en Haïti . La FAO et l’IICA qui devraient apporter leur assistance  technique au ministère  de l’Agriculture dans ce cas  précis  ne l’ont pas faite .Elles ont plutôt adopté une politique de survie qui les oblige á renoncer á leur vocation légale de coopération technique  pour devenir de simples agences d’exécution ou de gestionnaires des fonds de petits projets bloquant ainsi  les services appropriés du MARNDR dans leurs  objectifs de planification  et leurs devoirs de résultats.

Depuis un certain temps,  á différentes époques de l’année et suivant la disponibilité de l’aide humanitaire, le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural annonce la réalisation de campagnes de vaccination  contre certaines maladies du bétail, dont la rage , le charbon bactéridien, la  Peste porcine  classique et la  maladie  du New Castle  pour ne citer que  ces dernières. Le MARNDR aurait sacrifié la méthode de l’éradication par orgueil, par refoulement mêlé d’un sentiment de culpabilité et aurait décidé de ne pas dire la vérité  aux  éleveurs sur la vaccination.   

 Le MARNDR est á l’origine  de la création des groupements de défense  sanitaire connus sous le  sigle de « GSB » qui sont des groupements communaux d’éleveurs formés non seulement pour encourager  le développement de l’élevage mais surtout pour pallier au déficit de  cadres intermédiaires dans la direction de la santé animale. Le MARNDR a toujours souhaité  que les autorités  locales des collectivités territoriales  viennent  en aide  á ces  GSB pour les faciliter la  tache.

En terme de financement traditionnel , après l’USAID, l’OMS,L’UE qui financent les campagnes de vaccination sur la base de projets , entre aujourd’hui en scène la  BID á travers le Programme  DEFI . Apres le séisme du 12 Janvier , a émergé  une Nouvelle ONG , ARCH,  qui travaille sous la tutelle  du ministère de l’Environnement et qui  gaspille annuellement un million de dollars dans la santé animale. Il y a  aussi l’ONG  Veterimed dont le propriétaire est le Secrétaire d’Etat á la production et  á la santé animale.

L’Eradication  une méthode de mauvais gout politique

           Il est écrit  plus haut qu’il existe  une certaine dichotomie entre  le MARNDR et la communauté des éleveurs á propos du choix politique  de la vaccination  comme   techniques  de contrôle  de  certaines maladies  du bétail á grande importance économique  . Dans ce choix , l’état a sacrifié la méthode de  l’éradication  au profit de la vaccination sans pouvoir exprimer clairement sa décision . Les bénéficiaires potentiels en viennent á s’y désintéresser parce que ,disent ils,  la vaccination discontinuée de leurs animaux et organisée sans calendrier annuel fixe ne correspond pas  aux leçons apprises des campagnes antérieures. De plus pendant que se fait une campagne de vaccination, les animaux meurent  d’autres maladies  pour lesquelles  l’état n’offre pas de vaccins. Ces campagnes improvisées  de vaccination les laissent  un arrière gout d’amalgame  technico-politique.

De fait ,le ministère de l’Agriculture  après l’échec cuisant du projet de Développement de l’élevage porcin, PDEP, devenu plus  tard (PRP) projet de Repeuplement Porcin,  avait  préféré  la  vaccination  á  l’éradication  en raison du souvenir amer que charrie ce choix après le massacre des cochons créoles atteints de la peste porcine africaine. Le PDEP a échoué pour la raison bien simple qu’il  n’y avait pas prévu de nourriture pour donner á  manger aux porcs et parce que l’éleveur haïtien  n’avait pas droit au crédit agricole pour acheter á  l’étranger les ingrédients de base de la nourriture comme l’ont fait la Jamaïque  ou la  République Dominicaine. Rappelons aussi que  l’enveloppe budgétaire  du Bureau de Crédit Agricole, BCA,  n’a jamais  dépassé les  2%  des  besoins en crédit des agriculteurs et que le  BCA a été phagocyté   dans ses beaux jours par l’USAID qui lui demandait de laisser tomber au profit de plus  gros prêts  agricoles  le crédit aux petits éleveurs ,  remboursé avant la PEPADEP  á  96%   dans l’embouche  bovine et dans l’engraissement des porcs.

 Les gouvernements haïtiens ultérieurs  reconnaissant qu’ils avaient embarqué la population des éleveurs dans une plaisanterie  de mauvais gout dans l’éradication des cochons créoles vivent depuis 1982 un sentiment d’orgueil, de refoulement  et de culpabilité qui les fait  cultiver une peur  bleue de l’éradication , en adoptant la pratique de la vaccination sans en posséder  les moyens . La communauté des éleveurs une fois embarquée  dans le choix  politique  de la vaccination  mal implémenté , esquisse après  plus de vingt ans d’application, une lassitude compréhensible pour cette méthode de protection des animaux correcte  . Elle n’y va  pas  par quatre chemins pour signaler  aux agronomes apres le seisme du 12 janvier que la vaccination des animaux en ce temps de chômage et de misère n’était  pas leur priorité  # 1, que des kits  d’alimentation répondraient mieux á leurs problèmes de tous les jours.
Face á ces commentaires étrangement curieux. un état normal dont la mission est d’apporter les services á la population, se doit de les questionner, de l’analyser  afin d’apporter les redressements que de droit. En guise de réponse l’Etat a récidivé  en autorisant ARCH á opérer dans les mêmes conditions et en parallèle avec le MARNDR.

Quelle est la logique dans la   réaction de l’éleveur ?

Du point de vue de la communication, l’analyse de la réaction de l’éleveur est plus que logique et elle découle des politiques suivies par le gouvernement et la communauté internationale dans la  Santé  Animale. Le gouvernement tout en réfutant, politiquement parlant, l’éradication,  n’a pas  non plus objectivement opté pour la vaccination  parce qu’á date, le  gouvernement n’a jamais alloué au  budget national un montant annuel pour la vaccination permanente des animaux . N’ayant  pas les ressources  internes pour faire marcher le service de la vaccination , elle a opté pour ne pas  diffuser l’information critique  sur la vaccination. « Une des formes les plus pernicieuses d'agonie de notre culture,  écrit Pierre  Raymond Dumas, c'est l'amnésie collective dont le principal terreau est l'ignorance des masses. Si l'on veut casser cette régression et propulser cette renaissance, il faut instruire la grande majorité et créer une véritable élite dirigeante dans notre pays. « Le MARNDR devrait œuvrer á créer cette élite  dans le secteur agricole.

Voici un exemple d’informations critiques  á destination des bénéficiaires qui devait être prêché par les animateurs de terrain :
-L’éradication est la méthode de choix pour détruire une maladie á virus. L’état haïtien ne  peut pas l’envisager  parce qu’il ne dispose pas des moyens financiers pour repeupler le pays après le vide sanitaire  créé.
-La communauté internationale soucieuse de protéger  le  commerce du  cheptel des  pays  donateurs  pratique  une politique de confinement de la maladie dans les limites  du territoire  et ne serait pas favorable au développement de ces élevages dans la partie Ouest de l’ile d’Haïti  .
-La vaccination consiste á injecter annuellement  dans le corps de l’animal le germe  inoffensif de la maladie   pour  l’en immuniser
-Lorsqu’on choisit  la vaccination  ,on choisit de cohabiter pour toujours avec le microbe et  par voie de conséquence on choisit de soustraire la production filière du cheptel national au commerce  extérieur  qui n’accepterait pas l’importation   du microbe en territoire étranger ( interdiction  d’exportation  des tapis faits de peau de bœufs et de cabris, du commerce des œufs, de la viande de porcs,  en raison des spores de la maladie du charbon, du virus de la grippe aviaire et de celui de la  Peste Porcine Classique )
- Le but de la vaccination  n’est pas d’éliminer  la maladie  mais de contrôler  la propagation du microbe en réalisant des objectifs de vaccination  de  97-98%  pour réduire considérablement les dégâts économiques..
-Le pourcentage  de  1-á 2 % d’animaux  non vaccinés chaque année suffit pour re-contaminer le troupeau national á cause de l’élevage libre , de la circulation non contrôlée  des animaux  dans  les  marchés  publics du pays,  de l’état de dégradation de nos bassins versants , si la vaccination n’est pas répétée chaque année sur une base régulière..
La vaccination  á cause  de ces contraintes  lourdes á lever est une activité essentielle de l’état, et comme telle, elle devrait  être permanente, régulière et  programmée chaque année au budget du MARNDR
-La vaccination rendue permanente et obligatoire, puis reconnue comme  une activité de santé vétérinaire hautement payante  pour les éleveurs , devrait après un certain temps être fournie dans le privé  par des associations d’éleveurs ou de corps vétérinaires .
_L’absence de crédit  á la production animale et la peur de dire la  vérité aux  éleveurs   font que le privé a peur d’investir  dans les infrastructures  de production  et  que  l’Etat  vient á endosser une activité rentable pour laquelle  il n’a pas  les moyens de sa politique
-L’Education des éleveurs sur la vaccination est devenue une activité surveillée et temporaire abandonnée aux caprices des ONG  qui envoie des messages non décodables par les éleveurs. (ARCH, Veterimed).
Après le désastre du 12 janvier 2010, la communauté  internationale  tout en mettant en garde le MARNDR contre une résurgence en bloc  des  maladies traditionnelles de l’élevage  et l’apparition de nouvelles maladies dues aux conditions non contrôlées de circulation des hommes ,du commerce international et de détérioration  de la vie , continue  d’appliquer la même  politique de financement des ONG. Elle complique le problème au lieu d’aider á sa solution. Comme le gouvernement ne veut pas fixer les règles du jeu, la communauté des éleveurs prend la décision de forcer le MARNDR á trancher. Au lieu d’exploiter positivement l’émergence de ces maladies post séismes pour reformuler sa politique de production et de santé animale , le gouvernement a pris la décision partisane de renforcer la secrétairerie d’état á la production et á la santé animale pour coordonner l’aide de la communauté internationale. Il a plutôt  ravivé les rivalités internes entre les cadres techniques qui travaillent  mieux avec la direction générale qui coordonne  toutes les activités techniques au sein du MARNDR.
michelwilliam1000@hotmail.com

L'apocalypse financier

L'apocalypse financier
Par Jacques Attali,
 Le 15/09/2011 à 15:07

 Le scénario catastrophe de Jacque Attali sur l'issue de la crise financière en dix étapes. Il serait temps, en France, de se préparer au double choc de la crise bancaire et de la crise des finances publiques. Il vient. Il sera là bientôt. Et personne ne réfléchit assez au scénario du pire ; comme s'il suffisait, pour le conjurer, de ne pas y penser. Voici ce que serait son déroulement, en 10 étapes :

 1. La Grèce, n'ayant plus les moyens de financer ses déficits, arrête de rembourser ses créanciers, de servir certaines de ses retraites, de payer une partie des salaires de ses fonctionnaires. Toutes les banques lui ayant prêté et toutes les entreprises qui lui vendent des armes et d'autres produits de première nécessité subissent des pertes. La Grèce ne sort pas alors pour autant de la zone euro : aucun traité ne l'y contraint ni même ne rend possible son exclusion ; de plus, nul ne peut forcer les Grecs à convertir les euros qu'ils détiennent en une drachme de moindre valeur.

 2. Pour renflouer ce pays, la zone euro refuse alors d'utiliser les maigres ressources du Fonds européen de stabilisation financière et de créer des "eurobonds", qui n'ont de sens qu'avec une fiscalité européenne, pour les rembourser, et un contrôle européen des déficits des budgets nationaux, pour éviter qu'on en fasse un mauvais usage.

 3. Faute d'instruments financiers communautaires suffisants, les autres pays de l'Union abandonnent la Grèce à son sort.

 4. Les marchés, c'est-à-dire, pour l'essentiel, les prêteurs d'Asie et du Moyen-Orient, s'inquiètent de cet abandon et font payer de plus en plus cher leurs capitaux au Portugal, à l'Espagne et à l'Italie.

 5. La crise s'étend à la France, quand on réalise que sa situation financière n'est même pas aussi bonne que celle de l'Italie (à Rome, le budget, hors service de la dette, est en excédent, à la différence de celui de notre pays) et quand on mesure que ses banques et compagnies d'assurances portent une large part de la dette publique des pays périphériques et détiennent encore massivement des actifs toxiques, sans valeur aujourd'hui.

 6. Pour éviter l'effondrement de ces banques, on cherche des actionnaires, privés ou publics. En vain : il faut trouver, pour les seules banques françaises, l'équivalent de 7 % du PIB.

 7. En panique, la Banque centrale européenne consent alors un financement massif à ces banques, réglant une nouvelle fois un problème de solvabilité en fournissant de la liquidité.

 8. Horrifiée par ce laxisme, l'Allemagne sort alors de l'euro et crée un "euro +", selon un plan déjà bien préparé qui, selon une banque suisse, coûte à chaque citoyen allemand entre 6 000 et 8 000 euros la première année, puis de 3 500 à 4 500 euros annuels.

 9. L'explosion de l'euro révèle alors aux marchés que les banques anglo-saxonnes ne vont pas mieux, parce qu'elles ne se sont pas débarrassées, elles non plus, de leurs produits toxiques et parce que la bulle immobilière n'est plus là pour faire illusion.

 10. C'est alors l'effondrement du système financier occidental, une grande dépression, un chômage généralisé et, à terme, la remise en question, même, de la démocratie. On n'exorcise pas une telle tragédie en refusant d'y réfléchir. Et, puisque les gouvernements ne semblent pas prêts à agir sérieusement pour l'éviter, pourquoi ne pas demander au Parlement européen de se réunir en session extraordinaire, de se déclarer "Assemblée constituante", votant la mise en place d'un véritable fédéralisme budgétaire, dont dépend la survie de tout ce que nous avons construit depuis que l'Europe a renoncé à la barbarie. Il n'y a pas si longtemps.

dimanche 4 septembre 2011

Vers la création d’une élite agricole haïtienne



Vers la création d’une élite agricole haïtienne
Michel William
Le jeudi 2 juin 2011

La vie rurale en Haïti devrait être définie depuis un certain temps par le mot débrouillardise vulgairement appelée en créole « Brase ». La débrouillardise serait un processus par lequel la population délaissée innove les moyens de son existence en exploitant les ressources naturelles á sa façon tout en compromettant son futur. Un élément majeur de ces ressources est la biodiversité. Force est de reconnaître que la paysannerie haïtienne n’a pas été le fossoyeur unique de son existence, elle a trouvé en la personne morale des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, des co-auteurs de choix dans l’agonie de la production nationale. Etrange allusion dirait-on ! La raison de cette allusion est que l’aide internationale faite au gouvernement avec la mondialisation est conditionnelle á un paquet de mesures économiques bien ficelées qui bloquent le développement agricole haïtien. L’étranger nous demande d’ignorer que l’agriculture technologique aujourd’hui des pays avancés a été la résultante de plusieurs années de subvention de la production, de la protection de leur marché agricole, de recherches expérimentales , de réforme agraire , de l’éducation des exploitants agricoles, et de mesures prises par ces états qui ont reconnu l’aspect régalien du travail agricole en faveur de la productivité et de la protection des travailleurs agricoles. Leurs technologies avancées d’aujourd’hui sont le résultat d’accumulation de capital née de la colonisation, des interventions armées unilatérales, des croisades , des guerres coalisées et de la mondialisation comme outil non négociable des prêts multilatéraux et bilatéraux. Les petits pays comme Haïti n’ont pas ces grands moyens d’accumulation de capital.

Pendant les vingt ans du règne lavalassien, la débrouillardise a trouvé le creuset politique idéal de son développement avec le principe du « non état » perfectionné par Mr Préval dans son choix des parlementaires qui ont fait tout sauf le travail de renforcement de la charpente administrative du pays. » L’état lavalassien a cultivé et généralisé la notion de petits projets dans tous les secteurs d’activités. Chaque année des structures para politiques télécommandées par le financement international ont géré dans l’agriculture des projets d’achat de semences graines, de tubercules ,de projets de cabris, de mini élevage de pondeuses, de mini élevage de poulets de chair , de lacs collinaires, d’amélioration de la pêche artisanale, de redistribution d’engrais, de cantine scolaire qui obligent l’état á expérimenter les mêmes difficultés d’approvisionnement en matière première. Les conséquences sur la production agricole nationale et sur l’administration décentralisée sont dévastatrices. La quadrature du cercle infernal devrait être bouclée avec la nomination á la tête des ministères des cadres qui reviennent des ONG ou qui ont été les consultants des grandes boites internationales. Au lieu d’observer des avances en terme d’augmentation de la production, on a assisté á l’enrichissement des propriétaires d’ONG, á la destruction du leadership local, á la dégradation des bassins versants, á la baisse irréversible de la production agricole, á l’exode rural, á l’ouverture du marché haïtien aux produits agricoles étrangers et á la création d’une CNSA qui devient le porte parole de l’assistance technique internationale. La presse nationale de peur d’être indexée n’a pas encouragé le journalisme d’investigation pour critiquer l’inacceptable.

Théoriquement aucune solution technique unilatérale de pacotille n’est susceptible de renverser systématiquement la tendance. Seul un changement radical du personnel politique devrait recentrer progressivement la gouvernance du pays, rapatrier sa souveraineté et garantir une meilleure redistribution des ressources. Or on a vu que le type d’élection sélection priorisée par l’étranger est piégé doublement, d’un coté avec les élections prévaliennes qui ont toujours eu le dernier mot en promouvant des hommes rejetés par le peuple , de l’autre avec l’ingérence de l’international qui, devant protéger ses intérêts , nous crée des embarras pour lesquels on fait appel encore á lui pour nous apporter des solutions qui ne font qu’ajourner les problèmes. Le vote de l’amendement de la constitution de 1987 en dehors de toute discussion libre en est l’exemple le plus frappant. Voilà que cet amendement et des élections rabâchées font dépendre encore le changement de la présence de Mr Préval et de ses partisans synonymes de débris du séisme du 12 janvier.

Si Mr Martelly compte opérer le changement avec la constitution amendée de 1987 et avec cette législature, il se met le droit dans l’œil. Il devrait profiter de la « prevalerie » constitutionnelle publiée dans le moniteur pour dénoncer la farce, la déclarer nulle et non avenue, punir les coupables et amorcer avec une conférence nationale la rédaction d’une nouvelle constitution qui viendrait réduire le pouvoir parlementaire. En dehors de cette décision révolutionnaire sans appel, toute proposition d’apporter une réponse aux conditions de la paysannerie ne sera qu’un pis aller. D’ailleurs on parle déjà d’alignement des trois uniques parlementaires de « repons paysan » dans le GPR qui est une gymnastique parlementaire pour ne pas évoquer en public le non INITE synonyme de scories politiques de l’ère prévalienne. On ne saurait prétendre rester dans la constitution en gouvernant avec des structures politiques montées en dehors de la constitution. A la guerre comme á la guerre dirait le candidat de « repons paysan » Pourquoi pas le président! Le président aurait il oublié que sa force réside momentanément dans sa capacité toute neuve de mobilisation populaire.

Comme la vie est faite de combats permanents, il restera toujours une classe de citoyens qui refusent d’abdiquer et qui cranent du matin au soir pour trouver l’alternative. A la lumière de diverses réflexions il apparaît de plus en plus irréfutable que l’alternative á la débrouillardise agricole, dans le contexte de la mondialisation est de chercher á pénétrer le système incontournable des petits projets des bailleurs en l’inscrivant dans une dynamique de création et de subvention d’une élite agricole stable capable de fournir en amont et en aval les intrants de base indispensables á l’augmentation de la production. Les jeunes cadres au chômage issus des facultés publiques et privées d’agronomie du pays devraient constituer une partie de cette élite á coté d’un nombre considérable de leaders ruraux qui ont montré leurs intérêts dans l’agriculture traditionnelle du pays en dehors de toutes considérations politiques partisanes.

Le gouvernement de Martelly obligé de travailler aujourd’hui encore sous l’emprise de l’amendement Bob Dole de 1995, amplement suivi par les organismes internationaux de financement et par la coopération bilatérale, (utilisation des ONG) aurait intérêt á négocier le financement de ces micro structures de production. Le gouvernement de Martelly, devrait faire un effort pour sortir des sentiers battus de la planification traditionnelle et pour constituer cette élite qui deviendrait le point d’ancrage de toute une flottille pour l’appareillage de la production agricole nationale. La constitution de cette élite agricole ne va pas résoudre le problème fondamental de l’agriculture haïtienne qui demande des décisions impopulaires de la part du gouvernement Martelly. Elle sera seulement exploitée comme nouvelle démarche politique rassurante du Président Martelly, en prévision de tout propagande négative des spécialistes en eau trouble qui incapables de penser politique et services á la population y verraient des éléments de subversion populaire pour bloquer le processus de changement.

L’expérience a démontré, et j’écris en connaissance de cause, que si l’élevage et l’agriculture sont rentables á partir d’un seuil minimal d’exploitation individuelle jamais atteint encore en Haïti, il en est pire pour l’exploitant d’élite qui aurait choisi la production des semences, l’élevage naisseur et la production conversationniste de montagne avec des crédits FDI, SOPHIDES qui exploitent la déroute de l’intelligence de nos économistes. Il faudrait seulement tenir compte que l’agriculture de montagne coûte beaucoup plus chère que l’agriculture de plaine, qu’elle est responsable de 60 á 70% de la production nationale, qu’elle est momentanément incontournable et que ironiquement c’est la classe paysanne qui subventionne avec sa sueur la consommation de plus de six millions d’urbains. On retiendra aussi que l’agriculture de montagne qui est excessivement coûteuse en terme d’aménagement physique est laissée aux paysans analphabètes qui sont les moins armés économiquement pour faire face aux problèmes de son exploitation. Les dépenses d’établissement de ces infrastructures de production en montagne sont lourdes pour ces exploitants d’élite qui ne peuvent au grand jamais les rentabiliser sans un programme étoffé de subvention de la part du gouvernement. On devrait profiter de l’agriculture humanitaire encouragée par l’étranger pour dépenser durablement l’argent de l’aide en subventionnant ces aménagements. L’émergence d’une nouvelle élite agricole présenterait l’avantage de décharger l’état du problème permanent de rareté de production d’intrants majeurs après les désastres annuels á répétition et de s’intégrer dans une logique de redistribution des ressources budgétaires au bénéfice de la paysannerie.

Voici une proposition qui devrait être épurée par les cadres de Damien, par les ONG et par les associations des casecs et des maires du pays pour son éventuelle application.

Au niveau national, on admet qu’il y a 565 sections communales regroupant 1.200.000 exploitations agricoles, 800.000 éleveurs et couvrant á peu près 600.000 hectares de terres agricoles. Si pour chaque section communale on prévoit 1.100 hectare pour chaque 2.100 exploitations, il est suggéré de retenir un schéma de financement qui mettrait en place des structures de production de semences pour chaque 25 hectares et des structures de production de reproducteurs et d’aliments par groupe de 1.00 éleveurs On aura constitué une élite agricole stable distribuée dans toutes les sections communales totalisant :
24.000 centres de production vivrière de semences, soit 22 par section communale,
400 centres de production de pondeuses et de poussins de chair soit quarante par département,
400 centres de production de reproducteurs de porcs soit vingt centres par département,
200 centres de production de reproducteurs de cabris et de moutons, soit vingt par département,
50 centres départementaux de production de ruchers améliorés et de formation des apiculteurs, soit cinq par département,
50 centres de production de bateaux de pêche, soit cinq par département,
3 centres de production d’alevins á répartir dans les départements riches en eau de surface.

On aura créé dans tout le pays 25.100 centres de production des intrants durables susceptibles de refaire la structure de base de la production agricole nationale.
Prenons deux exemples la banane et l’igname

Production de plantules de banane sur 25 hectares
La banane est plantée sur 61.000 has .Avec la Méthode PIF il faudra prévoir 406 serres ou centres de production de drageons de banane. Chaque serre de dimension 20 mètres de long. 10 mètres de largeur et 2,40 mètres de hauteur peut produire 50.000 boutures á l’année, il faut 1600 boutures pour planter un ha, une serre peut produire des boutures pour planter 31 has a l’année. Un technicien de cette élite pourrait produire des drageons pour 150 hectares à l’année dans trois serres.
Les ONG qui deviennent les bras financiers de l’agriculture, à raison d’une par département devraient financer ce programme sur une période de cinq années.

Production de plantules d’igname pour 25 hectares
En montagne l’igname occupe une superficie de 30.000 has.
Pour planter un has d’igname il faut 10.000 boutures
1ha d’igname donne 10.000 tubercules qui fournissent 320.000 boutures avec la technique de mini-set.
Pour planter 25 has il faudra produire 2.500.000 boutures.
Pour produire 2.500.000 de boutures il faut un champ de multiplication de
2.500.000 /320.000 de 8 hectares d’igname en montagne Un technicien élite peut facilement gérer la production de bulbilles pour 25 hectares. En divisant la superficie á planter par 25 hectares, On aurait un programme de financement de 1240 centres réparties dans toutes les zones de production d’igname.
On pourra étendre le même schéma au malanga, á la mazoubel, au riz, au mais, au petit mil, au haricot, á la pomme de terre, etc.

Quelle serait l’acceptabilité politique de cette élite agricole ?
L’idée générale est de redistribuer les ressources budgétaires internes et externes au profit de la paysannerie et de mettre fin á l’action spoliatrice des prédateurs agricoles nationaux et internationaux, de redonner confiance aux services de l’état en se servant des structures d’ONG financées par l’international. Les couts de chacun de ces centres de production d’intrants de base seraient facilement établis á partir d’enquêtes de terrain, de recherches bibliographiques et de couts des nouvelles technologies nécessaires á leur création.
Une telle planification acceptée serait une condition sine qua none du maintien du parlement actuel qui y trouverait un moyen de se blanchir de la mauvaise renommée d’appartenance á un régime conspué de tous. Ce plan serait proposé aux parlementaires qui le redistribueraient en fonction des zones de production de leur circonscription. Un tel schéma repousserait de lui-même toute idée de partage du pouvoir au niveau du cabinet ministériel et renforcerait le pouvoir de contrôle du parlement. Ce schéma n’exclut pas non plus la possibilité que des compagnies privées s’établissent á la campagne et exploitent des superficies de 50 á 100 has, qui en association avec la masse des exploitants agricoles chercheraient á organiser la commercialisation de la production. Un tel schéma recentrerait le MARNDR dans la production de services pour encadrer en priorité les producteurs d’élite et dans leur sillage la masse des exploitants agricoles appelées á produire pour la consommation nationale.

Pour le moment, les conditions de sécurité pour la mise en œuvre d’un tel plan ne sont pas réunies encore. Elles existeront avec le fonctionnement simultané de l’armée et de la PNH. On pourrait commencer sa mise en application avec l’augmentation et la redistribution de la PNH dans toutes les sections communales. En attendant il est indiqué de monter une commission formée de trois anciens cadres issus des forces armées d’Haïti dont Himmler Rebu, Jean Claude Jeudi, de l’auteur « l’armée pour une démocratie », ajoutés des agronomes Carly Jean Jeune, Joseph Ronald Toussaint, Jean André Victor, pour jeter les bases de la nouvelle armée de protection de l’environnement. Certains penseurs avanceraient même l’idée de renforcer le ministère de l’environnement avec l’intégration des membres de la nouvelle force armée d’Haïti.

Quel travail devra être fait au niveau de la MINUSTHA et du conseil de sécurité des Nations Unies pour faire accepter le principe d’un MDE militarisé, non pas comme forces politiques mais comme forces d’intervention technique dans la protection de l’environnement. Ceci est faisable si au niveau de la chancellerie haïtienne, le Président Martelly y met un ministre qui pense comme lui et qui nomme des ambassadeurs á vision qui peuvent lui garantir ce travail aux Nations Unies et auprès des pays étrangers.

michelwilliam1000@hotmail.com
michelwilliam1000@yahoo.fr

jeudi 1 septembre 2011

Encore Passe Reine

Encore Passe Reine
Bernard Etheart
Dimanche 28 aout 2011
Voyager en Haïti est toujours une entreprise sinon périlleuse au moins pleine d’imprévus. Samedi dernier revenant d’un bref séjour dans le Nord-Est avec le Coordonnateur du Programme de Réhabilitation des Petits Périmètres Irrigués (PPI), nous avons appris, alors que nous étions en train de monter le Bedoret, que la route nationale était coupée au niveau de Passe Reine.

Je dois dire que cela ne nous a pas étonnés outre mesure. Deux jours plus tôt, alors que nous étions en route vers le nord, nous n’avions pas manqué de faire des commentaires au sujet de ce tronçon Gonaïves-Ennery qui avait été tellement abimé par les cyclones de 2008 (voir HEM, Vol. 23, # 29 du 12-18/08/09), et je m’étonnais de ne remarquer aucun travail de réhabilitation alors qu’il fait partie des projets approuvés par la CIRH (voir HEM, Vol. 24, # 31 du 25-31/08/2010 : Les projets de la CIRH, et # 32 du 1er-07/09/2010 : Les projets routiers).

En bon ingénieur, Jean-Robert Jean-Noël, qui faisait aussi partie du voyage, notait de son côté tous les points où ce qui reste de route risquait d’être emporté si jamais les bassins versants surplombant la région recevaient de fortes précipitations. C’est a croire qu’il a, comme on dit chez nous, une « bouch kabrit », car c’est justement au niveau d’un de ces points faibles qu’un morceau de route est parti, rendant toute circulation impossible.

Comme je l’ai dit nous étions dans la montée du Bedoret quand nous avons appris la nouvelle et nous nous sommes arrêtes pour faire le point et chercher des alternatives. Une première option était de rejoindre Saint Michel de l’Attalaye par Ennery et de là rattraper la Nationale # 1 en prenant le nouveau tronçon Saint Michel-Marchand, ou la nationale # 3 par Saint Raphaël ; mais les eaux ont rendu impraticable la montée à partir d’Ennery. Une seconde était de rallier Saint Michel par Marmelade ; mais si la montée a Marmelade ne pose pas de problème, on nous a appris que la descente sur Saint Michel n’était pas sûre. Une troisième était de revenir sur nos pas jusqu’à Plaisance et de retrouver la Nationale # 1 par Pilate et Gros Morne. Personnellement j’étais très sceptique ; j’ai fait cette route il y a très longtemps et depuis j’avais entendu dire qu’elle n’existait pratiquement plus. Evidemment, nous pouvions toujours revenir au Cap et prendre la nationale # 3 par Milot, Grande Rivière du Nord et Dondon.

Finalement nous avons choisi de continuer notre route, car entre temps nous avons appris que le Ministre Gué était en train d’organiser le travail de création d’un passage. On peut se demander ce qu’un ministre de l’agriculture a à voir avec des problèmes de route. Seulement voilà, Joanas Gue est de Camp Coq, au pied du Bedoret ; il était venu passer la fin de semaine chez lui et, autant que je sache, il a été le dernier à passer le vendredi soir. Quand il a appris la nouvelle, il est revenu et a entrepris de mobiliser tout ce qu’il y avait de ressources techniques dans la région : CNE, MINUSTAH.

Essentiellement il y avait deux opérations à mener ; d’abord créer un passage qui permette aux véhicules de passer, même si, dans un premier temps, dans un seul sens à la fois ; mais il fallait aussi travailler dans le lit de la rivière pour créer un passage pour l’eau afin qu’elle ne revienne pas provoquer davantage de dégâts. Je dois reconnaitre que l’affaire a été rondement menée et, au bout de deux à trois heures d’attente, nous avons pu reprendre notre route. Bien sûr nous étions chanceux, étant arrives relativement tard, mais j’ai entendu des gens se plaindre qui étaient bloqués depuis le matin.

Pour ce qui est de nous donc, tout est bien qui finit bien. Il n’en reste pas moins qu’il est inconcevable que ce tronçon Gonaïves-Ennery, qui fait partie de la principale artère du pays, la Nationale # 1, soit encore dans cet état, quatre ans après le passage des cyclones qui l’ont rendu impraticable ; on parle de reconstruction après les ravages du tremblement de terre, mais on n’a pas fini de reconstruire après les dégâts des cyclones !
Bernard Ethéart

dimanche 28 août 2011

Le Temps de jeter les masques est arrivé

Le Temps de jeter les masques est arrivé
michelwilliam1000@hotmail.com

Je ne demande aucun crédit aux lecteurs pour mes articles qui franchissent lentement mais tranquillement et sereinement les portes de l’exécutif et du parlement haïtien. Certaines des idées sont exploitées en fonction des intérêts des divers groupes pour former un pacte de gouvernabilité qui chercherait á maintenir la suprématie du pouvoir du parlement sur l’exécutif. C’est de bonne guerre, quand la force d’en face manque d’audace. Ce qu’il faut retenir est que l’enjeu majeur de ces dilatoires est l’amendement de la constitution dont l’acceptation ou la correction conditionnent tout l’avenir du pays et á fortiori les cinq ans du président Martelly. Il est bon de clarifier pour les lecteurs la définition de toute constitution.

Ce qu’elle n’est pas
Une constitution n’est le projet de société d’un parti politique, encore moins celui d’un président au pouvoir qui cherche la pérennité de ce pouvoir. Son amendement ne peut pas être étudié sous pression, dans le noir et á la va vite. Il n’y a pas eu de revolution.

Ce qu’elle est
Une constitution est un contrat social entre le peuple et les pouvoirs choisis par lui pour concrétiser dans les politiques les vœux qui y sont exprimés. Son amendement pour s’imposer á la nation doit faire l’objet d’une participation ouverte á travers la presse , les mairies, les assemblées communales, les hommes de lois et les partis politiques.

Les sénateurs Francesca Lambert et Evalière Beauplan reconnaissant implicitement que le gouvernement est l’émanation du parlement qui le nomme et le révoque , ont mis sur la table des négociations les conditions de sa ratification. Voici les dix conditions avancées :

1-Promulgation de la version amendée de la constitution (priorité #1)
2-Formation du conseil constitutionnel
3-Nomination du conseil électoral permanent
4-Publication de la nouvelle loi électorale
5-Reconduction de la CIRH
6-Réorientation de la MINUSTHA
7-Mise en place légale du projet d’éducation pour tous
8-Renforcement de la diplomatie
9-La révision du mandat de la MINUSTHA
10-La nomination des nouveaux juges á la cour de cassation suivie de l’institution du Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire CSPJ
En dehors du premier point, le parlement est implicitement impliqué dans la réalisation de tout le reste .Ce qui suppose toujours une entente aux yeux de l’opinion publique.

Le groupe des 16 en présentant au grand jour son cahier de charge a scoré avant le président parce que de plus en plus, la pression populaire et diplomatique l’ont forcé á ne pas jouer á la manipulation politique et á dévoiler publiquement ses intentions.

Dans le cas de l’amendement de la constitution de 1987, il n’est un secret pour la presse et pour le peuple que son tout premier contenu a été successivement :
-Une version commandée du Président Préval, remaniée par son cabinet.
-Une version manipulée par le CPP devenu INITE á partir des sénatoriales frauduleuses d’avril 2009 Cette version n’avait pas fait l’unanimité dans la quarante huitième

Un travail bâclé, haché, obscur , fait á la va vite , á l’insu du peuple mais avec une célérité qui n’a pas permis le vote de tous les articles enlevés ou modifiés.
-Une version remaniée, violée sacrifiée par des élus de la quarante neuvième ,déjà taillée á l’aune du Parti INITE.

La promulgation de la version amendée a été la condition majeure non exprimée du rejet des deux premiers ministres désignés par le groupe des 16. De plus il y a un projet cache á dessein de réhabilitation de lavalas de 1990 lorsque le sénateur Evalière Beauplan a recommandé au Président Martelly l’idée d’approcher les anciens chefs d’état Aristide et Préval respectivement écartés par l’international et par le peuple pour obtenir leur adhésion á sa politique.

En clair , l’exigence de la promulgation de la version amendée de la constitution 2007 pour ratifier le choix du premier ministre désigné par le groupe des 16 est une tentative de rattraper le pouvoir perdu par laquelle le GPR tente de reprendre á travers une négociation imposée, le projet INITE, avorté avec la proclamation définitive des résultats des élections du 28 novembre 2010.

Voici ce que disent les articles ci-dessous de la constitution :
Article 59:
Les citoyens délèguent l'exercice de la souveraineté nationale à trois (3) pouvoirs:
a) le pouvoir législatif;
b) le pouvoir exécutif;
c) le pouvoir judiciaire.
Le principe de séparation des trois (3) pouvoirs est consacré par la constitution.
Article 59.1:
L'ensemble de ces trois (3) pouvoirs constitue le fondement essentiel de l'organisation de l'Etat qui est civil.
Article 60:
Chaque pouvoir est indépendant des deux (2) autres dans ses attributions qu'il exerce séparément.
Article 60.1:
Aucun d'eux ne peut, sous aucun motif, déléguer ses attributions en tout ou en partie, ni sortir des limites qui sont fixées par la constitution et par la loi.
Article 60.2:
La responsabilité entière est attachée aux actes de chacun des trois (3) pouvoirs.
Article 98.3:
Les attributions sont de l’Assemblée nationale sont:
Article 4) D'amender la Constitution selon la procédure qui y est indiquée;(non respectée)
Article 7)De concourir à la formation du Conseil Electoral Permanent conformément à l'ARTICLE 192 de la Constitution;
Il faut une constitution qui retablisse l’equilibre entre les trois pouvoirs.

Il est grand temps que l’exécutif présente á la nation ses propres conditions pour designer le premier ministre qui devra conduire la politique du parlement. Il y a une hypocrisie délibérément exprimée par la presse qui reconnaît au GPR le droit de violer la constitution pour ériger ses propres barrières constitutionnelles que la présidence de Martelly devra respecter s’il veut symboliquement exercer un pouvoir. Pourquoi associer le cahier de charge du groupe des 16 á la sortie de la réunion avec l’ambassadeur Kenneth Merten ? N’y a –t-il pas une intention cachée de la presse de donner á l’ambassadeur américain la sympathie de cette proposition ?.

Il a été recommandé á la présidence de prononcer un discours á la nation pour présenter les enjeux de la désignation d’un nouveau premier ministre et pour expliquer leurs impacts sur le respect du vote populaire. Le président ne l’a pas fait et a été devancé par le groupe des 16 qui essaie d’en prendre l’avantage. Considérant le rejet de tout ce qui sent Mr Préval par le peuple, le président Martelly peut rattraper le temps politique perdu qui n’est pas eternel. Le président en recevant les différents groupes intéressés avant son discours á la nation a fait le jeu de ces différents groupes d’intérêts. . La plupart de ces groupes n’attendent pas avec la nomination du nouveau gouvernement le changement des conditions de vie de la population, ils attendent les conditions pour faire de l’argent as usual qui ont trop duré.

Le nœud gordien des négociations est l’amendement constitutionnel qu’il faut trancher et non délier. Trancher le nœud Gordien revient á trouver un consensus entre l’exécutif, le parlement et le judiciaire pour reprendre avec les hommes de loi une nouvelle version imposable á la nation.

vendredi 26 août 2011

Subvention des livres scolaires en Haïti : quelle stratégie et quelle méthode?



Daniel Altiné

25 août 2011


Depuis une douzaine d’années, l’État haïtien, à travers le Ministère de l’Éducation Nationale, subventionne, au début de chaque année académique, des livres scolaires en vue de réduire le fardeau des parents et d’améliorer les chances pour des milliers d’enfants de pouvoir aller à l’école ou continuer leur scolarisation.



La pertinence d’un tel programme, par rapport à l’objectif poursuivi et aux besoins, est évidente et n’est pas à démontrer. Nous croyons, cependant, dans un contexte où entre 500,000 et 750,000 enfants d’âge scolaire n’ont pas accès à l’école, où les besoins sont immenses en termes de services sociaux de base (éducation, santé, logement, eau potable, assainissement, etc.), où les ressources publiques sont de plus en plus rares, et où le Président de la République veut instaurer l’éducation universelle gratuite, qu’il y a lieu de questionner la méthode sous-jacente à la pratique actuelle de subvention d’ouvrages scolaires, et de se pencher sur l’efficacité de ce programme.



Du programme actuel de subvention des livres scolaires



La subvention d’ouvrages scolaires, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est faite selon une approche DÉPENSE et non d’INVESTISSEMENT. Selon l’approche DÉPENSE, le livre est considéré comme une charge annuelle. Chaque année, l’État haïtien budgétise et dépense des centaines de millions de gourdes pour permettre aux parents d’acheter des livres éligibles moins chers pour leurs enfants. La subvention peut atteindre jusqu’à 75% du prix du manuel. Depuis les débuts, à la fin des années 1990, ce programme n’a pas couvert annuellement 50% des millions d’enfants du niveau primaire. A la fin de chaque année, on fait les comptes, on efface le tableau et on recommence à zéro, sans capitaliser, c’est-à-dire sans permettre à ce que les livres ainsi subventionnés au cours d’une année donnée servent à d’autres enfants les années suivantes.



Avec cette approche, si l’État veut augmenter le taux de couverture, il faudrait augmenter l’effort nécessaire, chaque année, sans la garantie que le résultat sera atteint. C’est un trou sans fond. Cette approche fait l’affaire des éditeurs qui font leur beurre, et voient l’occasion d’augmenter leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices annuels, ainsi que des fonctionnaires corrompus qui y voient l’occasion d’augmenter leurs commissions. Dans un contexte de ressources publiques rares, l’on comprend très bien qu’il n’y aura jamais assez d’argent, avec une telle approche, pour envoyer tous nos enfants à l’école.



De l’approche Investissement de subvention des livres scolaires



Selon l’approche INVESTISSEMENT, le livre est considéré comme un bien, un « capital stock », avec une durée de vie, qui sera amorti dans le temps. Le livre est acquis par l’État haïtien et distribué aux Écoles Accréditées, sur tout le territoire national, faisant partie du Programme. Le livre sera prêté à l’élève par son école, sur une base annuelle, moyennant une somme modique (par exemple, 15 – 25 gourdes pour l’année), nécessaire pour l’amortissement du livre et son remplacement. Le livre est remis à l’école à la fin de l’année académique et peut servir à un autre élève pour l’année suivante, avec un minimum d’entretien (notamment la reliure). En cas de perte seulement, l’élève devra payer une pénalité, soit le coût de rachat du livre. La durée de vie peut varier, dépendamment des spécifications relatives à la reliure et de l’entretien. Avec une durée de vie de cinq ans, un livre donné aurait servi à former cinq enfants, au cours de cette période.



Aux Gonaïves, mes condisciples du Collège Immaculée Conception (CIC), dirigé par les Clercs de St-Viateur, et moi-même avions bénéficié, au début des années 70, d’un système de prêt de livres de la 6ème secondaire à la classe de Rétho, ce qui a permis de maintenir les coûts scolaires à un niveau supportable pour les parents.



Selon l’approche INVESTISSEMENT, l’État haïtien veillerait, de façon stratégique et méthodique, à :



établir, de concert avec les partenaires en éducation, des listes de livres standards à acquérir, pour chacune des années d’enseignement fondamental, dans le cadre du programme académique appliqué à l’échelle national. Ces livres seraient utilisés dans toutes les écoles et les maîtres seraient formés en conséquence ;
acquérir des éditeurs nationaux les livres figurant sur les listes standards ;
distribuer les livres aux écoles accréditées ;
établir les règles pour un système de prêt aux élèves ;
diriger les élèves vers les écoles accréditées, s’ils veulent bénéficier du système de prêt ;
faire exigence aux écoles de maintenir un système d’entretien et une capacité de reliure des livres. Ce qui permettrait de développer un nouveau métier (celui de relieur) et de créer des emplois ;
instaurer un système de reddition de compte par les écoles, moyennant le « reporting », l’inspection et le contrôle des livres distribués.


Après l’investissement initial, l’État haïtien programmerait des achats annuels de livres en vue de : 1) remplacer les livres amortis ; et 2) augmenter ou développer le stock de livres ; afin de permettre d’assurer la couverture et de maintenir la capacité du système à continuer à desservir les besoins des élèves entrants.



De l’efficience et de l’efficacité de l’approche Investissement de subvention des livres scolaires



En contexte de rareté des ressources, une gestion est dite optimale si l’on acquiert les ressources de façon économique et qu’on les gère avec efficacité et efficience. L’acquisition des livres de façon économique commande que l’État rationalise, moyennant l’établissement de listes de livres standards appliquées par toutes les écoles dans le cadre d’un programme académique standard national, de spécifications relatives à l’édition des livres, et d’un processus de passation de marchés publics transparents devant permettre de créer de la valeur pour le système éducatif.



L’instauration d’un système de prêt de livres aux élèves augmentera la rentabilité économique et sociale des livres. Ainsi, le système permettra de couvrir et d’instruire plus d’élèves avec les ressources disponibles, et sera donc plus efficace.



Même considération pour les uniformes



Il n’y a aucune raison pour qu’en Haïti, pays au faible pouvoir d’achat, chaque école ait son uniforme. Cette approche différenciée coûte cher aux parents et à la société. Dans certains pays, les écoles ont le même uniforme, et la différenciation est faite au moyen d’un écusson détachable, représentant une école donnée.



Le premier avantage d’un tel système est de permettre la fabrication en série des uniformes scolaires, avec un impact considérable sur leur coût de fabrication, mais surtout de développer la capacité et l’expérience de petites et moyennes entreprises dans la fabrication en série. Un élève, en grandissant, peut laisser son uniforme à son école, pour servir à un plus jeune. De cette façon, et encore plus si les uniformes sont subventionnés, la rentabilité sociale des uniformes se retrouverait augmentée.



En guise de conclusion



En Haïti, nous avons tendance, quand il s’agit d’aborder la problématique de l’éducation, encore plus depuis que l’on considère l’éducation universelle gratuite, à en faire d’abord une question de moyens financiers, au lieu de gestion et de bon sens. Nous croyons que le pays peut disposer de plusieurs milliards par année et ne pas être en mesure de scolariser plus d’enfants, avec le déficit que l’on connaît de 500,000 à 750,000. Nous croyons que, plus qu’une question de moyens, il s’agit plutôt de stratégie, de créativité, de méthode et de rationalité, par rapport au problème posé : « Comment envoyer plus d’enfants à l’école avec des ressources désespérément rares et limitées ? ».



lundi 22 août 2011

1986 versus 2011 et la sortie de crise

1986 versus 2011 et la sortie de crise
Michel William
22/08/2011

La situation socio économique qui prévaut après le départ de Mr Préval de la présidence en 2011 s’apparente á celle qui existait après celui de Jean Claude Duvalier en 1986. Dans les années 1980 , il y a eu un soulèvement général de la population contre la violation de ses droits fondamentaux, droits politiques, droit au travail, droit á la santé, droit á l’éducation, droit á la justice, droit á la sécurité alimentaire, droit á la parole, qui avaient poussé les haïtiens á se révolter contre un régime politique vieux de trente ans, qui ne pouvait satisfaire aucune de ses revendications . Dans l’imaginaire collectif, le régime lavalassien remonterait á 1986 et nom á 1990 qui marque non seulement la fin d’un régime dictatorial, mais aussi le démarrage d’un régime d’espoir en quête d’ancrage avec l’ élection de Jean Bertrand Aristide á la présidence de la république. Du point de vue socio économique , la situation des droits de l’homme, á l’exception du droit de la parole qui reste un butin de guerre du peuple haïtien, au lieu de s’améliorer, s’est empirée de 1986 á 2010. Les services essentiels qui relevaient des attributions de l’état et qui donnaient tant bien que mal un minimum de services á la population sont réduits á leur plus simple expression .Ils ont été littéralement remplacés par ceux fournis par les ONG qui reçoivent un budget neuf fois supérieur á ceux alloués á l’administration publique .Les ONG ont déçu la population qui se plaint de la volatilité des services offerts .La population vit amèrement le mauvais fonctionnement des services de l’état dont la présence des édifices publics délaissés évoque leur vocation á subsister aux épreuves de la politique .

Vingt six ans de services aux rabais des ONG soutenus par le gouvernement des lavalassiens ont dessillé les yeux de la population qui s’est désolidarisée de la majorité des élus ayant cautionné le fonctionnement de ces régimes. Après vingt six années de pouvoir axés sur des promesses non tenues , une situation généralisée d’insatisfaction chez les jeunes et vieux a crée un besoin de changement radical sinon un renouvellement systématique du personnel politique. La présence de la MINUSTHA a bloqué nos leaders politiques traditionnels dans la canalisation de ce vent de changement. Leur participation aux différents gouvernements de Mr Aristide et de Mr Préval les en a enlevé aussi l’audace. Comme tous les projets du président Préval sont intégrés, il aboutissaient á l’accélération de la perte de crédibilité de nos leaders dans des élections truquées á l’avance qui les réservaient des scores ridicules.

Les deux situations 1986 et 2011 se différent du point de vue politique. Alors que du point de vue de liberté de la parole, le régime des Duvalier opprimait visiblement la population ,la presse et les leaders de l’opposition, celui des lavalassiens laissait au peuple ce droit acquis mais en réduisait considérablement la portée. Il se bouchait les oreilles aux revendications du peuple, éliminait physiquement par le biais des gangs organisés les leaders politiques, ou en achetait leur silence par la corruption au sommet.

La MINUSTHA, envoyée par le conseil de sécurité pour stabiliser la vie politique dans un pays où le motif de la déstabilisation est le chômage et son corollaire la misère, a produit le résultat inverse. Elle a renforcé le climat propice á la déstabilisation des institutions du pays en souscrivant de par sa nature á la collaboration avec les gouvernements et avec les ONG pour justifier sa présence. Chaque fois que le mécontentement populaire donne des signes d’essoufflement et se prépare á renverser la situation, les Nations Unies ont toujours pris les devant et appuyé le président Préval dans son projet caché de continuité en souscrivant á toutes les élections magouilles qui ont culminé avec le maintien du même personnel politique á l’origine de la frustration populaire, 2001, 2006, 2009 et 2011. Le régime des lavalassiens a dominé la vie politique du pays pendant vingt six ans. C’est un régime également épuisé par le temps qui n’a rien á offrir á la nation que la décomposition des institutions et la corruption. Les Nations Unies et la famille du GPR ne l’entendaient de cette oreille. Le changement devra se faire par les élections .Quelles élections !

La MINUSTHA, supra entité politique et militaire , prise aux pièges du projet opaque du président Préval de maintenir une continuité rejetée par le peuple, a fait basculer le pays dans l’instabilité en étant á l’origine de l’émergence en 2011 de deux forces politiques inégales : Une présidence faible, jouissant de la légitimité du vote, l’autre législative du bloc des GPR, jouissant d’une majorité de facto dépourvue de légitimité .

Au début de mai 2011, le GPR fort de sa majorité parlementaire de facto, a cousu un amendement constitutionnel qui, s’il est passé, consacrera la mort née du pouvoir de la présidence de Martelly et le sauvetage du projet de continuité boycottée par l’intrusion de ce dernier . La lutte entre la présidence et le GPR est une lutte dont les objectifs sont très précis et différents. Du coté de la présidence on cherche l’équilibre du pouvoir astucieusement manipulé dans la constitution, du coté du GPR, on cherche la constitution d’un pouvoir d’assemblée qui trouve sa consolidation dans l’acceptation de l’amendement verrouillé de la constitution. Le GPR cherche un pouvoir constitutionnel á vie. Le blocage de la désignation du premier ministre est lié á la ratification d’un gouvernement qui ne fera pas obstacle á la promulgation de la version amendée de la constitution et au contrôle des élections á venir. La presse intimidée inutilement par l’animation bravo de l’artiste devenu président, au lieu de projeter dans l’opinion publique naïve le jeu habile du GPR, semble voir noir et faire le jeu de ce dernier qui brouille les cartes en prêtant au président l’intention de porteur d’un projet fasciste qui serait en réalité une tentation de l’INITE.

Comment sortir de la présente crise ?

-Il est suggéré au président l’organisation d’une matinée présidentielle sympathique de la presse qui réunirait la majorité des journalistes haïtiens dans le but de désamorcer la grenade á retardement que constituaient certaines déclarations antérieures confuses. Elle aura créé un nouveau climat de confiance qui rassure nos travailleurs du micro et de la plume. Je ne le cache pas. J’ai peur de certains éditoriaux.
-Les Nations Unies étant á l’origine de la confusion électorale et de la constitution de ces deux forces politiques inégales, doivent être aussi l’entité politique devant accompagner les dites forces dans la recherche de la solution á la crise. Pour éviter d’être accusées de pro ou contre l’une des deux parties, les Nations Unies inviteront á la table des négociations la société civile qui défendra la pertinence des intérêts immédiats de la nation noyés momentanément dans les dilatoires.
Au menu de ces négociations seraient inscrits du coté de la présidence les point suivants :
1-L’obligation pour tous les points inscrits dans l’agenda de négociation de respecter la volonté populaire exprimée dans le vote présidentiel.
2-La refonte de la version amendée de la constitution avec la participation large de la population avec droit de dissolution du parlement á cote du maintien de droit du parlement de ratification et de révocation du gouvernement
3-La création immédiate d’une nouvelle force armée á coté de la police nationale
4-La fusion du ministère de l’Environnement avec la création de la nouvelle force armée
5-La participation du GPR dans le gouvernement au niveau des ministères qui doivent apporter les services techniques á la population avec des titulaires qui n’ont pas déjà servi au timon de ces ministères
6-La création du conseil constitutionnel
7-La création d’une banque autonome de développement au capital de base de 1milliard de gourdes dont 1/10 viendra du gouvernement haïtien pour organiser le crédit á la production.
8-Le vote immédiat de la loi sur la décentralisation et des collectivités
9-La nomination de juges sur la base d’élection, la mise en place du conseil interdépartemental et celle du conseil électoral indépendant permanent.
10-Le renforcement des institutions publiques et un nouveau rôle dévolu aux ONG.
12-L’organisation des élections pour le renouvellement du tiers du sénat
13-L’élection des maires et des casecs pour renouveler le personnel politique du pouvoir local
michelwilliam1000@hotmail.com

lundi 15 août 2011

Quid de la formation d’un gouvernement intérimaire par décret


Michel William
michelwilliam1000@hotmail.com

Depuis le 14 mai 2011, le président Martelly se démêle avec un gouvernement démissionnaire qui ne peut engager par devant la nation et l’international aucun accord, aucun traité aucune nouvelle activité qui réclame une loi ou un financement du budget de la république sans l’approbation du parlement haïtien. Ce gouvernement qui expédie les affaires courantes est celui qui fonctionne avec l’administration et les forces politiques alliées de Mr Préval . Le sénat majoritaire du groupe des 16 n’a pas accepté la conformité technique des pièces de Maitre Bernard Gousse parce que le faisant, il dit craindre que, si la chambre basse en venait á faire de même, le président utilisant ses pouvoirs réglementaires , pourrait prendre un décret qui autorise le PM á se présenter devant le parlement pour faire sa déclaration de politique générale .Il craint qu’en cas de rejet de cette déclaration de politique générale, le dit gouvernement ne reste trop longtemps en place pour liquider les affaires courantes et ne constitue un pouvoir sur lequel le parlement n’aurait aucun contrôle. C’est une possibilité.

En clair le parlement joue en faveur du maintien tacite du gouvernement démissionnaire de Mr Bellerive jusqu'à la ratification d’un nouveau gouvernement, á parfum et á visibilité de continuité, impossible á prévoir. La formation de ce gouvernement avec le partage des prérogatives de l’exécutif qui y est conditionnel peut signer la condamnation á mort du pouvoir de Martelly. A l’opposé, Mr Martelly , peut également soutenir qu’il ne peut pas accepter á l’infini le maintien d’un gouvernement d’opposition illégal aussi longtemps que le parlement joue politique et manipule une administration dont il est coresponsable des insuffisances. De préférence, Mr Martelly a besoin d’avoir les coudées franches d’un gouvernement même intérimaire pour avancer dans son programme de changement.

Les exemples suivants illustrent , s’il en était besoin , la complexité politique de la situation et l’opportunisme des anciens grands commis au regard des institutions qu’ ils étaient appelés á créer mais qu’ils n’ont pas faites pour gouverner dans la continuité sans s’exposer á des velléités de poursuites des nouveaux occupants.
-La majorité des conseillers électoraux provisoires ont été révoqués, ou amenés á rechercher la protection des ambassades pour éviter d’être arrêtés ou se faire tués pour compromissions faites avec ou contre le pouvoir présidentiel des vingt dernières années. Le dernier président du conseil électoral qui se dit passible seulement de la haute cour de justice n’avait pas hésité á traduire un des leurs devant le parquet de Port-au-Prince pour détournement alors qu’aujourd’hui il est accusé de corruption . Existerait-il une application constitutionnelle de deux poids deux mesures pour chacun des conseillers?

-Une réponse á maitre René Julien , á l’émission de moment vérité de samedi 13 Aout de Signal FM, du sénateur Anacasis á qui était demandé d’expliquer la dimension extraordinaire du problème prioritaire, qui aurait justifié la nomination de 21 consultants tirés exclusivement de la quarante huitième , au même moment par le ministre de l’intérieur ,a craché la vérité politique toute nue « l’urgence d’élections pour des consultants candidats á leur propre succession » Que cache cette déclaration ?

-Un commissaire du gouvernement convoque un ministre de l’intérieur qui se fait accompagner du ministre de la justice A.I, l’employeur du commissaire, premier ministre par surcroit et du président de la chambre des députés pour répondre des accusations de corruption citées plus haut. Inédit ! Comme pour prolonger le spectacle déshonorant des institutions ,le sénat a trouvé bien de convoquer cette fois le ministre A.I de la justice (premier ministre) en compagnie du même commissaire ai du parquet , pour donner la réplique politique á ce dernier.

Voilà les responsables et membres des institutions du pouvoir de la continuité avec lesquels Mr Martelly doit trouver une « compromission » L’Article 136 de la constitution dit : Le Président de la République, Chef de l'Etat, veille au respect et à l'exécution de la Constitution et à la stabilité des Institutions. Il assure le fonctionnement régulier des Pouvoirs Publics ainsi que la continuité de l'Etat.
Comme la constitution de 1987, même violée par tous les présidents haïtiens de 1987 á 2011 , reste aussi le seul acte légal qui donne au président des pouvoirs réglementaires pour corriger certaines défaillances , il serait peut être logique de penser que le président peut prendre des décrets pour débloquer uniquement des situations d’urgence . Le Président Préval n’avait il pas obtenu une loi de prolongation de mandat inconstitutionnel après avoir prolongé antérieurement celui des sénateurs et des députés de façon á bénéficier de trois mois supplémentaires pour gérer ses élections et faire passer á la volée son amendement vicié de la constitution ?. Martelly n’a pas besoin de répéter les prevaleries pour trouver une issue á la crise du blocage politique .Il suffit qu’au niveau de la présidence et du parlement on recherche le dépassement de soi, les activateurs humains de choix, le regard tourné vers l’avenir et non vers le passé, pour y trouver une sortie heureuse.
Pour le moment les passions sont trop exacerbées pour trouver un premier ministre qui puisse faire le compromis en évitant la compromission. Le président Préval a laissé un héritage politique lourd d’hypothèques. L’évocation á longueur de journée d’un programme commun de gouvernement est un alibi dont aucun des responsables politiques ne croit l’opportunité de l’exécution avec le financement incertain de l’international. On devrait penser á un décret pour nommer un gouvernement intérimaire, pour trois mois, le temps nécessaire pour que la présidence et le parlement trouvent un modus operandi avec le concours de toutes les autres forces politiques, économiques et diplomatiques pour résoudre la crise. Cette initiative appartiendrait au président de la république qui doit en consultation avec les deux présidents d’assemblée et ceux des commissions des deux chambres, établir la portée de ce décret. Il faut un accord politique minimum .Ce décret présidentiel pourrait être la base légale de cet accord politique. C’est á mon humble avis , le sens á donner á l’option ouverte de gouverner par décret qu’a laissée tomber le président Martelly. Je serais plus porté á croire et á faire croire que cette déclaration était un lapsus regrettable qu’il faille que son porte parole tente de fignoler. Cette déclaration ne devrait pas justifier la levée des boucliers des parlementaires qui savent très bien que cette option n’est pas ouverte et ne sera jamais ouverte avec la présence des forces de stabilisation de la MINUSTHA qui gèrent l’apparence de stabilité politique et aussi le fric.
michelwilliam1000@hotmail.com

vendredi 12 août 2011

Clarens, tel qu’en lui-même…


Claude Moïse
Montréal, 9 août 2011

Clarens est parti. La nouvelle de son décès m’a surpris et consterné. Une collaboration professionnelle active de cinq ans, faite de respect mutuel et d’échanges affectueux marque une vie, la mienne, si longue soit-elle. Mais un segment de vie d’une grande densité, de 2004 à 2009, celui de l’aventure exaltante du Nouveau Matin où j’ai eu le privilège de m’engager à côté de gens de qualité. Clarens en était et pas des moindres.

Il est arrivé tranquillement au nouveau Matin, succédant à Gary Victor et transportant avec lui ses souvenirs, son savoir-faire, ses méthodes, sa pédagogie de rédacteur en chef acquis au Matin, l’ancien de la rue Américaine à Port-au-Prince. Sabine Manigat l’appelait le Père tranquille. Il était pourtant loin d’atteindre l’âge qui va généralement avec un tel profil. Au contact de l’homme, c’était cependant l’impression qu’il laissait tant il avait la posture, la démarche, le regard doux, parfois amusé, de celui qui a tant vu, tant entendu et compris tant de choses.

Il avait une écriture limpide, une plume alerte, fluide et incisive à la fois. Mais quand on lui demandait de commenter l’actualité, il souriait ; pas la peine d’insister. Quand il se résignait à produire un texte, il refusait de le signer. Souvent, trop souvent, il réécrivait celui des autres. Il avait plutôt la fibre de l’éditeur, pas l’âme de l’éditorialiste. Il ne pouvait pourtant pas se passer des chroniques, éditos et analyses de nos collaborateurs. Il fallait le sentir – on ne pouvait pas le voir – trépigner d’inquiétude à attendre la copie de Sabine, de Jacques Roche, de Kesner Pharel, de Lyonel Trouillot, de Patrice Dumont ou de Roody Edmé. À moi, il chuchotait : « Alors Claude, qu’est-ce que tu donnes aujourd’hui ? »

Son bureau était une école. Sans en avoir l’air, il a formé plusieurs jeunes. Il fallait les voir agglutinés autour de celui que tout le monde appelait affectueusement Le rédacteur. Ils attendaient ses instructions, ses ordres de mission, posaient des questions, prenaient des notes. Il leur apprenait, comme disaient nos grand-mères, à faufiler d’abord, coudre ensuite. Il les envoyait sur le terrain, suivait parfois leur itinéraire au téléphone et attendait leur retour pour un produit qui tarde à venir et dont il savait qu’il aurait fort à faire pour en venir à bout. Et là, il besognait, raturant, reformulant, polissant. Se déplaçant de temps en temps vers le bureau de Danice Joachim, le graphiste en chef, pour prendre de l’avance. Boucler l’édition demande du temps, et le temps lui faisait la guerre. Pour lui, il n’était pas question que le journal ne paraisse pas. Le circuit de la production à la diffusion était long et compliqué. Alors, beau temps, mauvais temps, insécurité ou non, il ne bougeait pas, travaillant tard dans la nuit, jusqu’à deux, trois heures du matin. Nicole Siméon, secrétaire de rédaction, le gourmandait ; je lui faisais remarquer qu’il ne pouvait pas continuer longtemps à combler toutes les défaillances. En tête-à-tête, il me détaillait toutes les difficultés; on se lamentait et lui de m’interpeller : « Sais-tu, Claude, qu’il y a des trous qu’on ne comble pas ? Alors on fait mieux de passer à côté. »

Je n’oublie pas que l’on avait relancé le quotidien à une période de grande ébullition nationale, où l’insécurité avait atteint une effroyable poussée de barbarie. Nous avons vécu au cours des années 2004 et 2005 les pires moments de criminalité : progression foudroyante du kidnapping, assassinats fréquents, histoires d’horreur répandues ici là. La panique gagnait Port-au- Prince. Clarens ne dérogeait pas. Quand en juillet 2005 Le Matin a été frappé de plein fouet par l’enlèvement et la séquestration de Jacques Roche, c’était à lui, Clarens, qu’on recourait pour mener les négociations avec les ravisseurs. Calme, rassurant au téléphone, il se voulait persuasif auprès de son interlocuteur anonyme. Et nous autour de lui, confiants, nous attendions le mot qui nous délivrerait de cette insupportable angoisse. Mais il ne disait pas plus que ce qu’il croyait pouvoir nous calmer. Jusqu’à ce jour fatidique du 14 juillet où s’est répandue la nouvelle de la découverte du cadavre de Jacques horriblement mutilé. Alors à l’immense cri de douleur et de rage s’élevant des locaux du journal, Clarens répondait par un silence stupéfait. Je l’ai vu prendre sa tête dans ses mains et se courber sur son bureau. Il souffrait. C’était son échec, notre échec. Il m’avouera plus tard nous avoir tu ce qui lui déchirait les entrailles : les suppliques et les cris d’épouvante de Jacques soumis à la torture. Nous avions plusieurs fois évoqué cette période. Je le trouvais triste, mais il l’était avec dignité. J’avais finalement appris à ne pas le « secouer », car, pour paraphraser l’écrivain et journaliste Henri Calet, je soupçonnais que son corps était rempli de larmes.

Il y avait beaucoup à apprendre du labeur opiniâtre de ce forgeron du Matin. Beaucoup à comprendre de cet homme des grands-fonds dont la pensée « prend racine dans le sol nu de la vie ». Ce collaborateur-là, je l’admirais ; cet homme-là, je l’aimais parmi tous ceux qui, dans notre pays naufragé, dans notre société à haute intensité d’aliénation, savent ce qu’il faut de courage pour garder espoir et d’espoir pour prendre courage. De la foi aussi, celle de Clarens qui n’était pas une certitude, mais un rêve qui permet de vivre d’espérance.


lundi 1 août 2011

La crise idéologique du capitalisme occidental

La crise idéologique du capitalisme occidental
www.lecercle.lesechos.fr
Par Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'Economie
Wednesday, July 27, 2011 2:03 PM

Les problèmes de l'économie américaine auraient dû apprendre aux Américains (et à d'autres) qu'il faut plus d'égalité, plus de régulation et un meilleur équilibre entre le marché et l'Etat. Au lieu de cela, les économistes néolibéraux menacent à nouveau l'économie mondiale, et au minimum l'Europe et les Etats-Unis.

NEW-YORK – Il y a seulement quelques années, une idéologie à la mode - la croyance dans l'efficacité de l'économie de marché libre de toute entrave - a mené la planète au bord de la ruine. Même à son apogée, entre le début des années 1980 et 2007, le capitalisme américain orienté vers la dérégulation n'a permis qu'à une poignée de gens, les plus fortunés du pays le plus riche de la planète, de s'enrichir encore davantage. En réalité, durant les 30 ans de montée en puissance de cette idéologie, année après année, le revenu de la grande majorité des Américains a stagné ou baissé.
La croissance de l'économie américaine n'avait pas de caractère durable. Elle ne pouvait se prolonger qu'au moyen d'une consommation financée par une montagne de dettes toujours croissante, une grande partie du revenu national bénéficiant uniquement à une petite minorité.

Je faisais partie de ceux qui espéraient que la crise financière apprendrait aux Américains et à d'autres une leçon sur la nécessité de plus d'égalité, plus de régulation et un meilleur équilibre entre le marché et l'Etat. Malheureusement cela n'a pas été le cas. Bien au contraire, une résurgence des idées économiques de droite, suscitée comme toujours par des considérations idéologiques et la défense d'intérêts particuliers, menace à nouveau l'économie mondiale - ou à tout le moins l'économie de l'Europe et de l'Amérique où ces idées continuent à prospérer.

Aux USA, cette résurgence droitière qui nie les lois fondamentales des mathématiques et de l'économie menace d'entraîner le pays à la faillite. Si le Congrès décide de dépenses qui dépassent les revenus, le budget connaîtra un déficit, un déficit qu'il faudra financer. Plutôt que de comparer les programmes de dépenses publiques avec le coût d'une hausse d'impôt pour les financer, la droite veut agir sans discernement. Refuser toute hausse de la dette publique contraint à financer les dépenses exclusivement par la fiscalité.

Cela ne répond pas à la question de savoir quelles dépenses doivent être prioritaires. Si le payement des intérêts de la dette publique ne l'est pas, un défaut est inévitable. Par ailleurs une baisse des dépenses en ce moment, en pleine crise due à une idéologie qui soutient aveuglement l'économie de marché, va prolonger le ralentissement.

Il y a 10 ans, au milieu d'un boom économique, les USA avaient un tel excédent qu'il pouvait pratiquement combler la dette publique. Des réductions d'impôt et des guerres inappropriées, une récession majeure et la hausse des dépenses de santé publique (alimentées en partie par l'administration Bush qui voulait donner toute liberté à l'industrie pharmaceutique pour fixer les prix, alors que l'argent public était en jeu) a rapidement transformé un large excédent en un déficit record en temps de paix.
Cette situation indique comment remédier au déficit américain : il faut remettre le pays au travail en stimulant l'économie, mettre fin à des guerres stupides, limiter les dépenses militaires, brider le prix des médicaments et enfin augmenter les impôts, au moins pour les plus riches. Mais la droite ne veut rien de tout çà et réclame au contraire davantage de baisses d'impôt pour les entreprises et les contribuables les plus riches, ainsi qu'une baisse des dépenses d'investissement et de protection sociale, ce qui mettrait en danger l'avenir de l'économie américaine et réduirait à rien ce qui reste du contrat social. En même temps le secteur financier américain exerce un maximum de pression pour échapper à toute réglementation, de manière à revenir à la situation antérieure alors même qu'elle conduit au désastre.
La situation est à peine meilleure en Europe. Alors que la Grèce et d'autres pays de l'UE sont confrontés à une crise de la dette, la solution en vogue consiste simplement à les pousser à adopter des mesures d'austérité et de privatisation auxquelles on a tant eu recours dans le passé, avec pour seul effet de rendre les pays concernés plus pauvres et plus vulnérables. Cette politique a échoué en Asie de l'Est, en Amérique latine et ailleurs et elle échouera aussi en Europe - d'ailleurs elle a déjà échoué en Irlande, en Lettonie et en Grèce.

Il existe une alternative : une stratégie de croissance soutenue par l'UE et le FMI. La croissance donnerait l'espoir que la Grèce remboursera sa dette, de ce fait les taux d'intérêt baisseront et l’Etat aura plus de latitude pour faire des investissements stimulant la croissance. La croissance en elle-même accroît les revenus fiscaux et réduit les dépenses sociales telles que les indemnités de chômage. Et la confiance retrouvée dope encore davantage la croissance.
Malheureusement les marchés financiers et les économistes de droite prennent le problème à l'envers : ils croient que l'austérité va générer la confiance et que la confiance va générer la croissance. En réalité l'austérité mine la croissance, ce qui affaiblit la position budgétaire de l’Etat ou à tout le moins se traduit par une amélioration bien moindre que celle promise par les partisans de l'austérité. Quoi qu'il en soit, la confiance est ébranlée, ce qui met en mouvement une spirale descendante.

Avons-nous besoin d'une autre expérience qui sera chère payée si nous appliquons des idées qui ont déjà échoué à de multiples reprises ? Si l'Europe ou les USA ne parviennent pas à restaurer une croissance saine, cela aura des conséquences négatives pour toute l'économie mondiale. Si les deux échouent ce sera désastreux - même si les principaux pays émergents atteignent une croissance durable. Malheureusement si la sagesse ne l'emporte pas, c'est la direction vers laquelle se dirige le monde.-

Copyright: Project Syndicate, 2011.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz


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The Ideological Crisis of Western Capitalism
The US economy's troubles should have taught Americans (and others) that they need greater equality,stronger regulation, and a better balance between the market and government. Instead, resurgent right-wing economics once again threatens the global economy – or at least Europe and America.

NEW YORK – Just a few years ago, a powerful ideology – the belief in free and unfettered markets – brought the world to the brink of ruin. Even in its hey-day, from the early 1980’s until 2007, American-style deregulated capitalism brought greater material well-being only to the very richest in the richest country of the world. Indeed, over the course of this ideology’s 30-year ascendance, most Americans saw their incomes decline or stagnate year after year.

Moreover, output growth in the United States was not economically sustainable. With so much of US national income going to so few, growth could continue only through consumption financed by a mounting pile of debt.

I was among those who hoped that, somehow, the financial crisis would teach Americans (and others) a lesson about the need for greater equality, stronger regulation, and a better balance between the market and government. Alas, that has not been the case. On the contrary, a resurgence of right-wing economics, driven, as always, by ideology and special interests, once again threatens the global economy – or at least the economies of Europe and America, where these ideas continue to flourish.

In the US, this right-wing resurgence, whose adherents evidently seek to repeal the basic laws of math and economics, is threatening to force a default on the national debt. If Congress mandates expenditures that exceed revenues, there will be a deficit, and that deficit has to be financed. Rather than carefully balancing the benefits of each government expenditure program with the costs of raising taxes to finance those benefits, the right seeks to use a sledgehammer – not allowing the national debt to increase forces expenditures to be limited to taxes.

This leaves open the question of which expenditures get priority – and if expenditures to pay interest on the national debt do not, a default is inevitable. Moreover, to cut back expenditures now, in the midst of an ongoing crisis brought on by free-market ideology, would inevitably simply prolong the downturn.

A decade ago, in the midst of an economic boom, the US faced a surplus so large that it threatened to eliminate the national debt. Unaffordable tax cuts and wars, a major recession, and soaring health-care costs – fueled in part by the commitment of George W. Bush’s administration to giving drug companies free rein in setting prices, even with government money at stake – quickly transformed a huge surplus into record peacetime deficits.

The remedies to the US deficit follow immediately from this diagnosis: put America back to work by stimulating the economy; end the mindless wars; rein in military and drug costs; and raise taxes, at least on the very rich. But the right will have none of this, and instead is pushing for even more tax cuts for corporations and the wealthy, together with expenditure cuts in investments and social protection that put the future of the US economy in peril and that shred what remains of the social contract. Meanwhile, the US financial sector has been lobbying hard to free itself of regulations, so that it can return to its previous, disastrously carefree, ways.

But matters are little better in Europe. As Greece and others face crises, the medicine du jour is simply timeworn austerity packages and privatization, which will merely leave the countries that embrace them poorer and more vulnerable. This medicine failed in East Asia, Latin America, and elsewhere, and it will fail in Europe this time around, too. Indeed, it has already failed in Ireland, Latvia, and Greece.

There is an alternative: an economic-growth strategy supported by the European Union and the International Monetary Fund. Growth would restore confidence that Greece could repay its debts, causing interest rates to fall and leaving more fiscal room for further growth-enhancing investments. Growth itself increases tax revenues and reduces the need for social expenditures, such as unemployment benefits. And the confidence that this engenders leads to still further growth.

Regrettably, the financial markets and right-wing economists have gotten the problem exactly backwards: they believe that austerity produces confidence, and that confidence will produce growth. But austerity undermines growth, worsening the government’s fiscal position, or at least yielding less improvement than austerity’s advocates promise. On both counts, confidence is undermined, and a downward spiral is set in motion.

Do we really need another costly experiment with ideas that have failed repeatedly? We shouldn’t, but increasingly it appears that we will have to endure another one nonetheless. A failure of either Europe or the US to return to robust growth would be bad for the global economy. A failure in both would be disastrous – even if the major emerging-market countries have attained self-sustaining growth. Unfortunately, unless wiser heads prevail, that is the way the world is heading.

Joseph_E_Stiglitz

Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles?

  Pour Gérald Mathurin : Pourquoi tombent les feuilles? Hugues Joseph J'ai repris ce texte Publié le 2018-03-12  par  Le Nouvelliste. Je...