mardi 10 août 2010

Le phénomène Wyclef !

Le phénomène Wyclef !
Agr. Michel William
Le 9/08/2010

Haïti: Haïti est un pays doublement occupé. Occupé par les Nations Unies sur mandat du Conseil de Sécurité qui nous gratifie d'une souveraineté surveillée, occupée avec la gouvernance de Mr Bill Clinton, ancien président américain dont la majorité des collaborateurs se retrouvent dans l'administration d'OBAMA et co-chairman de la Commission intérimaire de reconstruction d'Haïti appelée à gérer les dix milliards de dollars promis par la communauté internationale. Diplomatiquement parlant et pour les cinq ans á venir, Mr Clinton est le véritable gouverneur d'Haïti qui refuserait le contenant du poste pour assumer son contenu en exigeant et obtenant du président haïtien René Préval qu'il prenne toutes les dispositions politiques et légales qui légaliseraient et faciliteraient sa gestion en s'appropriant des impairs qui rendraient caducs et non opérationnels le programme du gouverneur américain en Haïti. C'est une politique génocidaire pour les hommes de l'INITE et ce génocide politique est d'autant plus meurtrier qu'il coïncide avec la période des élections qui place les collaborateurs immédiats du président haïtien dans le collimateur du verdict des Urnes, si le résultat des Urnes devrait être respecté.

La présidence de Mr Préval touchant pratiquement à sa fin est la mieux indiquée pour entériner ces politiques génocidaires pendant que ses proches manoeuvrent pour continuer à garder un pouvoir épuisé qui ne peut plus desservir les intérêts politiques et financiers des puissances occupantes d'Haïti ni ceux de la masse des laissés pour compte qui demandent son départ. Toute la stratégie de la communauté internationale en Haïti aujourd'hui consisterait à trouver un leader nouveau sans programme qui endosserait sans le dire celui de la CIRH et qui serait capable de mobiliser la très grande foule sur la base d'émotions ou d'un populisme divin qui ferait du candidat le nouveau Messie d'Haïti, le temps de la campagne électorale. Aucun des hommes de Lavalas devenu INITE, L'AVNI, Ayisyen pou ayiti, Platfom 16 desanm, MODEJHA, Mobilisation pour le Progrès d'Haïti (MPH) n'est porteur de ce populisme divin..

Au niveau de la classe politique traditionnelle des vingt dernières années, le discours programme a été épuisé par une communauté internationale et ses alliées les ONG qui n'ont financé que de petits projets sans durabilité. Il a été également galvaudé par la stratégie du Président Préval qui, en intégrant dans le pouvoir l'opposition politique sans l'intégrer objectivement dans les mesures de politique, lui a fait perdre à cette dernière son discours de projet de société et sa capacité traditionnelle de mobilisation des foules des années 86. Aucun leader de l'opposition traditionnelle classique haïtienne est capable de mobiliser la grande foule pour donner à l'internationale la démonstration de sa force. A la limite on pourrait penser à Mr Chavannes Jean Baptiste qui, dans la jungle des politiciens traditionnels, a réussi à démontrer sa force régionale de mobilisation en mettant chaque fois dans les rues de la ville de Hinche huit à dix mille personnes .

Dans cette optique, M. Wyclef, rappeur haïtien international, dont le message a été inconsciemment amplifié dans tous les albums parus de 2001 à nos jours par les équipes de barikad Crew, d'ISOLAN, de Rock Fame, de Lucky Dube, de Brothers Posse , de JAH NESTA et par d'autres mini-groupes rap à caractère religieux a créé dans tout le pays, j'insiste sur tout le pays, un courant de sympathie et d'admiration qui rallie les préoccupations de la jeunesse votante d'Haïti voir la paysannerie, et qui dès l'annonce de la candidature du chanteur HipHop, a créé le phénomène Wyclef.

C'est un phénomène qui a fait frémir de rage toute la classe politique haïtienne et qui a déclenché le cri d'orfraie au niveau de tous les partis politiques y compris l'INITE . D'ailleurs le slogan de Wyclef « Fas a Fas » manti kaba ( de moi ), a toute l'odeur du slogan fast food d'Obama « Yes we can », dans le pire momentum de la politique américaine où Obama ne peut jeter que les semences d'une volonté de changer. L'allusion politique de Wyclef qu'Obama est à l'Amérique ce que Wyclef Jean est à Haïti en dit long. Au demeurant, le phénomène Wyclef que toute la classe politique haïtienne qualifie de nouveau populisme ressemblerait à celui d'Aristide de 1990 ou à celui d'Obama durant la campagne présidentielle américaine.

Cependant Wyclef n'est pas Aristide et ne saurait être comparé à Aristide. La force de Wyclef réside dans le message bon enfant du rappeur qui a évité les formes violentes du Rap américain pour épouser celles de l'espoir en Dieu qu'un jour tout changerait pour la population des misérables. Ce message semblerait produire le même effet que les discours populistes respectifs d'Aristide des années 86 sur la masse des votants haïtiens qui sont les jeunes (53% de la population ), la paysannerie, les protestants et les vodouisants ou d'Obama sur la génération jeune de l'Amérique. Tout comme pour Aristide, les sondages « teledjol » donnent déjà Wyclef gagnant dans toutes les stations de radio au niveau local tandis qu'au niveau international, la candidature de Wyclef à la présidence haïtienne a produit le même effet d'ouverture sur le monde que le séisme du 12 janvier 2010.

La candidature de Wyclef vient de rappeler à la mémoire du monde l'Haïti d'après 12 janvier et a contribué à attiser la flamme des pays donateurs qui se faisait mourante face à l'urgence de la reconstruction d'Haïti. Mr Sainthelemy avec Nancy Roc a dit que Wyclef vient de donner à Haïti 200 millions de dollars de publicité mondiale gratuite en déclarant sa candidature sur CNN et autres grandes chaînes étrangères de télévision. C'est une prouesse dont n'est capable aucun leader haïtien. La candidature de Wyclef a fait aussi apparaître une donne nouvelle qui n'aurait pas été maîtrisée par le CEP de Gaillot Dorsainvil, à savoir la présence des grands media internationaux dans la cuisine de chaque mesure prise par le CEP, le forçant ainsi à apparaître moins indécent dans la gestion du processus électoral.

Il s'ensuit que Wyclef a une force locale et une force internationale qui sont deux atouts majeurs dont a besoin tout gouvernement futur haïtien pour mettre tout le monde au travail, pour récupérer l'administration publique haïtienne malade de tous les maux et pour réaligner la coopération internationale sur la nouvelle profession de foi de OBAMA et de SARCOZY en passant par les Clinton, les Chavez, les Castro et les Lula, qui veulent changer le paradigme de leurs approches à la problématique du développement haïtien après qu'ils ait reconnu leur part de responsabilité dans la dérive haïtienne. Wyclef semblerait être la nouvelle chance qui passe. On voudrait craindre son populisme qui pourrait continuer la dérive des lavalassiens tous poils confondus. Cependant l'évolution de Wyclef, l'environnement dans lequel il a évolué aux Etas Unis et le « millionnaire » qu'il serait devenu devraient donner une lecture toute autre de son populisme. Le populisme de Wyclef pourrait s'apparenter à celui de Clinton en Haïti, à celui d'Obama ou à celui de Dumarsais Estimé, dans la perspective qu'il s'appuierait sur le plan de la CIRH pour donner un autre visage à Haïti.

Le programme de la CIRH qui sera celui de n'importe gouvernement futur d'Haïti a besoin d'un homme Messie capable de légaliser par son leadership toutes les politiques futures que la CIRH aura commanditées. C'est ça la réalité politique future d'Haïti pour les cinq prochaines années avec la présence de Mr Clinton à la tête de la CIRH. Nos journalistes devraient faire attention aux pièges des politiciens qui les porteraient à questionner leur programme de gouvernement, quant au fond le programme de tout futur gouvernement d'Haïti est déjà indiqué et se retrouve dans celui de la CIRH. Cette réflexion est contraire à celle de la radio « Echo D'Haïti » qui dit et je quotte « L'internationale a grand besoin pour se rassurer, de voir que les Haïtiens sont partie prenante de la reconstruction mais pas de simples observateurs ». Ceci est archi faux. L'Internationale a besoin de populiste divin pour donner plus de transparence à la politique initiée par M. Préval en mettant au-devant de la scène des visages vierges et nouveaux très populaires qui conféreront de la légitimité á toutes les interventions de la CIRH en Haïti. Pour le moment, Wyclef apparaitrait comme le seul candidat nouveau, qui puisse offrir à l'Américain les moyens de sa politique en Haïti et à l'équipe de Préval une retraite assurée et dorée.

D'aucuns croient que la candidature de Wyclef pourrait avoir été un dernier coup politique de Préval. Si c'en était bien le cas, ce coup devrait être répertorié comme le plus joli des fleurons politiques ( denye koud tiwel devan simetye) conçus et infligés par le surprenant président à l'endroit de la classe politique haïtienne pour la détruire systémiquement. Il n'est que d'attendre le Carnet du CEP pour démentir cette analyse avec les conséquences infernales que l'on prévoit.


Agr. Michel William

jeudi 5 août 2010

Pour une vraie République avec de vrais citoyens

Pour une vraie République avec de vrais citoyens
Dimitri Norris
28 Juillet 2010

Je m’étais toujours promis d’éviter de disperser mon énergie et de me consacrer exclusivement à mes activités professionnelles. Mais ces derniers jours je réagis assez violemment aux différents propos que j’entends autour de moi et je me sens pratiquement obliger de faire la leçon à tout un chacun qui en ma présence déclare qu’il n’ira pas voter aux prochaines élections.
Tout d’abord j’aimerais dire qu’en écrivant cet article, je n’ai pas l’intention d’entrer dans aucune bataille politique et que mon ambition ici est purement pédagogique.
Ma rédaction va porter sur trois thématiques : Qu’est-ce qu’une République et qu’est-ce que cela implique?, Qu’est-ce qu’un parti politique et ses implications dans la marche de la Cité? Et enfin porter une réflexion sur l’attitude de l’Exécutif relatif à la bonne marche du processus électoral. Cela m’oblige à me poser la cuisante et brulante question suivante : Qu’adviendra-t-il de tout cela?

Haïti est une République depuis 1806, nonobstant l’épisode de l’Empire de Soulouque. Le Siècle des Lumières a donné naissance à trois révolutions qui ont bouleversé le monde à tout jamais : La Révolution Américaine qui a donné naissance en 1776 à la Fédération des Etats-Unis, première république des Temps Modernes si on fait abstraction des républiques de la péninsule italienne (République de Venise, etc…). La Révolution Française de 1789 a sonné le glas des monarchies absolues et a engendré la première République française. La Révolution de Saint Domingue qui a été la première révolution anti-esclavagiste et anticolonialiste des temps modernes et qui, fait rare, a triomphé et entrainé dans son sillage la naissance des républiques latino-américaines. J’ajouterais qu’elle a donné naissance à la République d’Haïti. Nous sommes donc d’accord que ses différents événements ont profondément remodelé l’Histoire du Monde.

Ces différentes révolutions ont porté sur les fonds baptismaux des nations qui ont connu des fortunes diverses. Moins de deux siècles après la création de l’Etat américain, celui-ci est devenu la première puissance industrielle du monde et pèse d’un poids incroyable sur les relations internationales. La République s’est finalement imposée en France après avoir connu dans un premier temps la Restauration de la Monarchie, puis le Second Empire. En Haïti dans un contexte fort différent de celui des deux premiers, il apparait évident aujourd’hui que cette société après deux siècles d’existence et deux siècles après avoir opté pour ce régime de gouvernement n’est pas encore arrivé à intérioriser les valeurs républicaines. Et c’est là toute la raison d’être de cet article.

Premièrement il est nécessaire pour moi d’expliquer à tout un chacun ce qui signifie le vocable République. La République fait référence à un Etat où tous les individus sont égaux en droit et en devoir devant la LOI. Une République digne de ce nom se doit de promouvoir l’égalité des chances entre les individus. Ce n’est pas un hasard si la devise des républicains est : « Liberté, Egalité, Fraternité. » Au cas où ceux qui liront cet article en doute, il leur suffit de regarder une pièce de monnaie produite sous le pilotage de la Banque de la République d’Haïti et vous remarquerez, j’en suis sûr, que sur une des faces il est écrit : « République d’Haïti » et sur l’autre face : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Jusqu'à la venue de l’Euro, l’Etat Français produisait des pièces de monnaie reprenant la même devise ce qui montre la familiarité des deux Républiques, prenant leurs sources dans le même moule historique.

Une République est constituée d’un ensemble de citoyens qui à la manière d’un organisme animal ou végétal représente les cellules du corps social ou encore si vous préférez de la Nation. Dans une République, on ne peut pas être les sujets de sa Très Gracieuse Majesté Britannique. Les Citoyens ne sont pas des individus like this like that. Les Citoyens sont des individus qui ont pour obligation de se positionner par rapport à la chose publique, ce qui voudrait dire par rapport à la Politique (ce n’est pas un hasard si j’écris Politique avec grand P). Le mot République vient du latin : res, qui veut dire chose et publica, qui signifie publique. L’Haïtien a la mauvaise habitude d’étudier par cœur ce qui entraine qu’il ne réfléchit sur ce qu’il lit quand encore il lit. Le Citoyen pour participer à la marche de la Cité peut donc se positionner de deux manières : soit il se porte candidat pour une fonction élective, soit il remplit ses devoirs d’électeur. Il assume sa responsabilité de donner à la Politique telle ou telle direction. Ce n’est pas forcément en manifestant à longueur de journée, ou encore en érigeant des barricades, en mettant le feu au caoutchouc, en brisant des vitres de voiture qu’on se positionne comme citoyens. Pour mieux comprendre ce que représente dans l’Histoire Universelle cette conquête du droit du citoyen, il faut savoir que ce n’est pas tombé du Ciel. C’est un processus de luttes très actives qui ont commencé dès le 18ème siècle que chose bizarre, la République d’Haïti a pratiquement disposé dès sa création, tout au moins du point de vue théorique. Au cours du dix-neuvième siècle en France, on mourrait encore sous les barricades pour mettre en place ce régime politique et faire échec à la Monarchie. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire ce roman écrit par un Dieu de la plume (Victor Hugo), les Misérables. Un incident d’une banalité extrême m’a permis un jour de comprendre ce que signifie le concept de République. J’étudiais à l’étranger plus exactement en France dans un établissement d’enseignement supérieur où une femme dans la soixantaine était responsable de la bibliothèque. Cette femme d’origine espagnole était probablement venue dans ce pays toute jeune à la fin des années 30 et était fille de républicains espagnols. Un jour alors que je sortais de l’école pour aller prendre un bus, une personne eut à déclarer qu’elle n’irait pas voter Dimanche et cette femme de lui répondre : « Vous n’avez pas le droit de faire ça. Il y a des pays dans lesquels les gens sont disposés à mourir pour avoir ce droit. » Je l’ai regardé et je me suis dit qu’en ce moment en Haïti des gens étaient disposés à mourir pour avoir ce droit. Qu’est-ce qui a changé? Il y a probablement un immense désenchantement par rapport à ce qu’on attendait du Changement que devait apporter la Démocratie.

Autre vocable important : La Démocratie. Que signifie la Démocratie? Le concept Démocratie, chose étonnante, est encore plus ancien que celui de République. Il vient du grec Démos qui signifie peuple et du grec Kratos qui signifie pouvoir. La Démocratie, c’est le pouvoir politique exercé par le peuple. La Démocratie, c’est un système politique dans lequel le peuple est appelé à exercer le pouvoir à travers ses représentants au Parlement, on parle alors de Démocratie représentative ou encore de Démocratie participative. Il est alors sollicité plus souvent et de manière plus directe. La Démocratie représentative est aujourd’hui la forme de gouvernement la plus répandue sur la Planète avec évidemment des variantes avec la présence ou non d’un Exécutif à deux têtes. La Démocratie participative est expérimentée en Suisse ou encore au niveau local dans certaines communes telles que Porto Alegre au Brésil sous le leadership du Parti des Travailleurs de Lula. J’ai eu l’opportunité de voir en Suisse que la population était appelée à se prononcer sur l’opportunité ou non d’émettre dans un canton tel ou tel type de contraventions. Il y a une chose extrêmement importante dès qu’on parle de Démocratie. La Démocratie s’exerce essentiellement à travers des partis politiques.

Qu’est-ce qu’un parti politique? C’est un regroupement de personnes qui partagent des points de vue similaires quant à la Direction qu’il faut donner à la Cité ou encore à la politique du Pays. Il y a deux choses qui caractérisent un Parti politique. La première, un Parti politique a une doctrine, un corps de pensée d’où il tire un Projet de Société. La deuxième, un Parti politique fait du recrutement. Il va chercher à avoir des adhérents et des sympathisants. Les adhérents vont cotiser pour permettre aux partis de trouver de l’argent pour participer aux campagnes lui permettant d’aller aux élections et de les gagner. Les sympathisants au moment des élections vont apporter leur voix aux partis en question de façon à ce que celui-ci puisse remporter les élections. De ces deux caractéristiques cardinales, nous pouvons en déduire deux autres. Un parti politique endoctrine son électorat et en particulier ses adhérents. Ensuite un parti politique met en place une organisation de manière à ce que quelle que soit les circonstances il puisse participer aux élections. Après avoir énoncé ce qui précède, il est indispensable pour moi de déclarer qu’il n’existe pas en Haïti jusqu'à présent de parti politique. Ce qui peut contribuer à expliquer en parti, l’échec de l’après 86.

Les partis politiques en Haïti n’ont pas à proprement parler une doctrine et encore moins un projet de société. En fait, vous me dites si je me trompe, qui peut me dire ce qu’un parti politique haïtien quel qu’il soit veut faire quand il arrivera au Pouvoir. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est que pour des raisons que je ne m’explique pas, ils ne font pas de recrutement. Tout récemment quelqu’un a eu à déclarer en ma présence qu’il est possible qu’il y ait en Haïti près d’une centaine de partis politiques. Je lui avais répondu pour en fait lui montrer l’absurdité de la situation que le problème n’est pas là. Sur une population de dix millions d’habitants, s’il y avait un million de personnes qui adhéraient aux partis politiques ; un parti politique pourrait avoir au moins dix mille adhérents. Je doute aujourd’hui qu’il y a en Haïti un seul parti qui ait autant d’adhérents. Je milite en Haïti comme professionnel depuis près de vingt ans, j’ai des amis qui sont membres ou chefs de partis politiques. Jamais pas une fois, un d’entre eux ne m’a dit de venir participer à une réunion du parti. C’est pas normal. En 2002, je me suis rendu au Forum Social Mondial à Porto Alegre. J’ai passé cinq jours au Brésil, j’ai été invité à participer à une rencontre du Parti des Travailleurs.

J’ai parlé d’endoctrinement. Parlons-en. Les partis politiques surtout les plus extrémistes recrutent en général très jeunes. On a reproché à l’actuel Pape d’avoir été membre des jeunesses hitlériennes. L’endoctrinement est tel qu’il adhère au même parti toute leur vie et ne remette jamais en question publiquement les prises de position du mouvement. L’histoire d’Aragon qui est restée toute sa vie membre du parti communiste français indépendamment du fait qu’éclatait au grand jour les exactions du régime stalinien est là pour l’attester. La force d’un parti, c’est la discipline de ses membres. Alors comment pouvez-vous m’expliquer qu’un leader politique haïtien puisse changer de regroupement au cours de la même semaine? Il n’y a pas chez nos hommes politiques, vous me dites si je me trompe, la capacité de dire en peu de mots ce qu’ils veulent que la Société soit comme a su si bien le faire un Barack Obama ou un Nelson Mandela. Pour faire dans un tout autre registre, Hitler. Je suis désolé, Hitler a su faire rêver le peuple allemand. J’ai lu le discours de Barack Obama après les déclarations de son pasteur, j’ai pleuré à chaudes larmes. Je sais de quoi il parle, j’ai vécu aux Etats-Unis. Quel est l’homme politique haïtien en ce moment qui est capable de présenter au peuple haïtien un Discours qu’il dit avec toute son âme et dans lequel celui retrouve son projet de société?

Il y a un homme politique qui a marqué le vingtième siècle et qui de mon point de vue est probablement la plus grande figure de notre époque et que les hommes politiques haïtiens gagneraient à prendre en exemple. J’ai nommé Nelson Mandela. Il y a à peine une semaine de cela, une de nos télévisions présentait un documentaire sur cet extraordinaire personnage. Le commentateur a eu a dire qu’il a tenu le même discours en sortant de prison que celui qu’il avait tenu vingt-huit ans plus tôt en y entrant. Ces propos pourraient se résumer à ceci : « Il ne veut ni de la domination des blancs, ni de la domination des noirs. Il veut qu’ils vivent ensemble. »

Aujourd’hui Nelson Mandela a 92 ans, il est sorti de prison à l’âge de 72 ans. Il est entré en prison à l’âge de 44 ans. Je suppose qu’il a ce discours depuis le début de sa vie publique. Cela montre à quel point il a su rester conséquent envers lui-même, envers ses idées et envers son peuple. C’est aussi en un mot le credo de l’ANC. Cela veut dire qu’il a porté ses convictions toute sa vie. En 2010, nous avons vu avec la Coupe du Monde de Football ce que la force de l’esprit humain animé de véritables convictions peut faire. Dans notre histoire nous avons dans les personnages de Toussaint Louverture et de Jean Jacques Dessalines, des personnages de la même trempe. Lamartine a eu à dire de Toussaint Louverture ce qu’aujourd’hui on peut dire de Nelson Mandela ou de Fidel Castro : « Cet homme fut une Nation ».

L’ANC est un parti politique, il a une doctrine, il a un corps de pensée, il a un projet de société ; il n’en démord pas. Cela lui a pris cinquante ans pour le concrétiser. Voila ce qui s’appelle avoir de la conviction. Il a recruté et ses membres ont fait avec lui tout le chemin nécessaire jusqu'à la victoire finale et Dieu seul sait ce que cela a couté d’efforts et de sacrifices. Aujourd’hui à la télévision, j’ai vu une femme politique qui dans un premier temps était au MIDH, puis dans la Famille Lavalas et maintenant dans Respe. C’est quoi cette blague! Vous imaginez Jeff Bush traversant chez les Démocrates ou encore un Kennedy chez les Républicains. Soyons sérieux. Les hommes politiques haïtiens changent de camp plus vite que des girouettes au vent. Comment voulez-vous que les électeurs les prennent au sérieux? Comment voulez-vous qu’on soit motivé par ces gens la?

Bon maintenant passons aux choses sérieuses. La troisième thématique sur laquelle je m’étais promis de me pencher, c’est d’aborder la question relative à l’attitude de l’Exécutif par rapport au processus électoral. La première chose qu’il me semble important de signaler, c’est qu’aujourd’hui on parle d’élections pour transférer le pouvoir en Haïti et non pas de coup d’Etat. C’est un progrès. Il n’y a pas si longtemps, cela n’aurait pas paru saugrenu de voir une personne apparaitre sur le timon des affaires en Haïti à travers ce biais. Et lorsque je parle de coup d’Etat, je parle de coup d’Etat militaire ou à partir d’une force armée. Aujourd’hui l’ensemble des acteurs politiques semble être d’accord pour parler d’élections pour prendre le pouvoir politique. Ce qui n’est pas encore clair c’est si les groupes politiques veulent atteindre leur objectif en procédant à un coup d’Etat électoral ou en acceptant le verdict des élections à travers un processus électoral crédible. C’est le débat de l’heure.

La Constitution haïtienne de 1987 qui est supposée être en application montre clairement comment on doit mettre en place le Conseil Electoral Permanent. Les différents pouvoirs qui se sont succédé depuis 1986 n’ont jamais réalisé les élections indirectes qui auraient permis de mettre en place le Conseil Electoral Permanent et nous éviter toutes les crises que nous avons connues. A l’avènement du second mandat de l’actuel tenant du Pouvoir Exécutif, nous avions une excellente opportunité de mettre en place ces institutions qui auraient permis à la base de la population haïtienne de participer (le choix de ce mot n’est pas innocent) à la gestion de la chose publique. Les élections indirectes auraient permis la constitution des assemblées locales, des assemblées départementales, du Conseil Interdépartemental et finalement du Conseil Electoral Permanent. La mise en place de ces institutions auraient permis à la société haïtienne de participer plus étroitement à la construction d’une nouvelle société, de s’impliquer davantage dans le développement de leurs communautés. Aujourd’hui le gros de la population haïtienne se sent étranger dans son propre pays et le rêve haïtien, c’est l’obtention du visa américain dans le meilleur des cas, dominicain dans le pire des cas. Et encore ils risquent parfois de s’enfuir sans même avoir ces documents. La majeure partie des citoyens haïtiens perçoit ce pays comme un espace captif dont il faut s’enfuir à tout prix. Comment construire un pays avec de tels individus et le pire, c’est que le pouvoir en place fait tout pour que cela perdure? Haïti, c’est une République en mal de citoyens. L’Haïtien, c’est un citoyen en mal de République.

La Constitution Haïtienne de 1987 si elle avait été appliquée aurait permis l’avènement d’un pouvoir articulé qui aurait incité un nombre important d’acteurs à jouer le rôle qui est le leur dans la conduite de la Cité. Plus un pouvoir est articulé, plus il permet à la société de trouver des réponses à ces problèmes qui tiennent compte de l’intérêt et des aspirations de la majorité de ses citoyens. Ce n’est pas un hasard si les sociétés qui ont adopté cette forme de gouvernance sont aujourd’hui les sociétés les plus avancées. Après cinq ans de pouvoir, que constatons-nous? Au lieu qu’on aille vers une plus grande articulation du Pouvoir, une plus décentralisation de celui-ci qui aurait permis à un plus grand nombre de citoyens de s’y retrouver ; on a été vers une plus grande centralisation et on peut le dire vers une plus grande personnalisation. Le pouvoir politique est concentré entre les mains du Président de la République et du gouvernement. Ce sont là les causes profondes de l’actuelle crise que l’on rencontre. Les propos tenus par l’actuel Maire de Port-au-Prince relatifs à la crainte de la constitution d’une République des maires révèlent bien ce schéma de pensée.

Les actuels tenants du Pouvoir Exécutif sont mille fois plus réactionnaires que les Duvalier père et fils. En disant cela, je ne retire rien à la barbarie duvaliériste. Mais François Duvalier survient à un moment où sur l’échiquier international, il était difficile d’avoir autre chose qu’un Duvalier en Haïti. L’Amérique sortait à peine du maccartisme. Nous étions à l’époque où les américains voyaient un communiste dans chaque arbre. Nous étions à l’époque de la guerre froide. Duvalier était pour eux celui qui pouvait faire le sale boulot. L’Amérique latine était truffée de dictatures, en veux-tu en voila. Somoza au Nicaragua, Balaguer en République Dominicaine, François Duvalier était dans l’air du temps dans les années 60. Jean Claude Duvalier était déjà anachronique dans les années 80 mais ce que l’on assiste aujourd’hui en 2010 dépasse les sommets de tout ce que l’on peut imaginer. La couleur dominante de l’Amérique Latine aujourd’hui est le rose, allant du rose clair avec Lula, Kichner au rose foncé avec Morales, Correa et Chavez avec de surcroit Barack Obama comme président des Etats-Unis. Aujourd’hui le ton est à la Démocratie et à la participation démocratique. S’opposer à la mise en place des institutions de la Constitution de 1987 est d’une absurdité infinie mais c’est pourtant ce que fait le pouvoir en place. Ils ne travaillent que pour le maintien du statuquo avec ce que cela coute au peuple haïtien chaque jour de souffrances. Ils sont profondément anti-démocratiques.

Il semblerait que les actuels tenants du Pouvoir Exécutif pensent qu’ils vont ainsi arriver à se pérenniser au Pouvoir et à se protéger des conséquences que leurs actions peuvent avoir demain. C’est un point de vue mais ce n’est pas le mien. Tout d’abord je pense que des institutions fortes protègent les citoyens et que lorsqu’on n’est pas au pouvoir, on redevient simple citoyen. La meilleure protection que l’on pourrait s’offrir aurait été de mettre en place des institutions fortes durant son passage au Pouvoir. Apparemment toutefois ce n’est pas l’option qu’on aurait choisi d’adopter. Je ne dirais qu’une seule chose : Il faut faire très attention de ne pas être la première victime du monstre qu’on va engendrer.

Alors quelles sont les perspectives? Un ami tout récemment disait qu’il ne pouvait imaginer que nous puissions descendre plus bas et que d’après lui, nous avions atteint le fond de l’abime. Je suis désolé pour lui, nous pouvons descendre encore plus bas et nous allons probablement le faire. Montesquieu dans l’Esprit des Lois avait expliqué que tout système de gouvernement est basé sur un principe qui le sous-tend, qui l’anime. Celui de la République, c’est l’implication du Citoyen à la chose publique. Or aujourd’hui le citoyen haïtien n’existe pas. C’est un individu éthéré dont l’imaginaire est ailleurs. Il n’y a aujourd’hui aucune structure capable de l’encadrer pour qu’il puisse imaginer une autre Haïti. Il ne rêve que de partir et l’essentiel de son énergie quand ce n’est pas pour sa survie immédiate est utilisé pour atteindre cet objectif et peut-on réellement lui en tenir grief puisque ceux qui sont chargés de l’aider ne lui propose aucune autre alternative. Plus encore que la corruption, le désespoir est probablement ce qui est le plus enraciné dans la société haïtienne et le plus endémique.

Et pourtant il n’y a là rien d’irréversible, la société haïtienne possède encore un dynamisme à nul autre pareil qui ne demande qu’à exploser. Alors que faire? Le 28 Novembre, il faut aller voter, il faut aller voter en masse. Nous savons tous qu’on nous prépare une élection bidon à nul autre pareil. On sait ça. On sait que tout est mis en place pour que les intérêts d’un petit nombre aient la prééminence sur ceux du plus grand nombre. On sait ça. On sait qu’on va nous voler notre vote mais on ne peut pas nous voler notre âme. Parce qu’en n’allant pas voter le 28 Novembre, voici le message que nous délivrons : « Nous ne voulons pas de la République. » Or ce n’est pas de la République que nous ne voulons pas, c’est d’eux. Voter pour le candidat de votre choix. Si vous n’en avez pas ce que je peux parfaitement comprendre, voter blanc. Ce qui revient à déposer votre bulletin de vote dans l’urne sans pourtant ne cocher aucune case. Il faut aller voter massivement pour leur dire que nous voulons toujours d’une République qui croit en l’égalité des chances de tous ces citoyens même si nous ne l’avons jamais eu, que nous croyons que nous méritons la Démocratie que l’on nous a jamais donné, qu’être haïtien c’est toujours une identité qui veut dire qu’on est un homme debout, un homme vertical, que si les Duvalier ne nous ont pas fait perdre notre âme, c’est pas eux qui réussiront. Voila c’est tout ce que j’avais à dire. Je crois que je me suis trompé, j’ai fait de la politique. J’ai posé un acte citoyen.



Dimitri Norris, citoyen haïtien

samedi 31 juillet 2010

Haiti Reconstruction: Centre de ville de Port-au-Prince: Ronald Baudin et Charles Castel rassurent

Haiti Reconstruction: Centre de ville de Port-au-Prince:
Ronald Baudin et Charles Castel rassurent
Cyprien L. Gary du Nouvelliste

Haïti: A la demande de l'ATH et de l'AMCHAM, le ministre de l'Économie et des Finances, Ronald Baudin et le gouverneur de la Banque centrale haïtienne Charles Castel, ont accepté de partager avec le grand public leur vision sur la réhabilitation et la reconstruction du centre-ville de Port-au-Prince lors d'un déjeuner-débat organisé ce mercredi au Karibe Convention Center sur le « Réaménagement du Centre-ville de Port-au-Prince »

Cet échange d'idées entre les représentants du gouvernement et les membres du secteur des affaires concernés a calmé les appréhensions des commerçants et propriétaires d'immobiliers de ce centre névralgique de la capitale haïtienne à l'avant-veille du lancement du grand projet de réaménagement annoncé du Centre-ville. Une initiative placée dans le contexte du plan de relèvement et de développement d'Haïti, explique le ministre des Finances qui a profité de l'occasion pour rassurer et mettre en garde les propriétaires concernés par ce projet.

« Les déclarations d'utilité publique que nous serons amenés à faire seront décidées dans le strict respect du droit des propriétaires à une juste et équitable indemnisation. Nous ne donnerons pas des indemnités dérisoires à des propriétaires sous prétexte qu'ils ne payaient pas suffisamment d'impôts locatifs. Mais nous ne permettrons pas non plus que l'État soit victime de surenchère », a déclaré Ronald Baudin sur un ton ferme.

Le projet de réaménagement tel que présenté par le président du Comité de facilitation de la reconstruction du Centre-ville de Port-au-Prince Ronald Baudin a de quoi faire rêver les Port-au-Princiens. Il consiste, selon lui, en la délimitation d'un périmètre pilote borné à l'Est par le Champ de Mars, au Nord par la rue des Césars, à l'Ouest par la mer et au Sud par la rue Saint-Honoré.

« Dans cet espace, nous allons réhabiliter des infrastructures publiques : drainages, électricité, système d'adduction d'eau, chaussée, trottoirs, signalisation, places publiques, etc. Le ramassage des ordures se fera régulièrement, l'électricité et l'eau seront disponibles 24h/24, les patrouilles policières 24h/24 et la circulation ne sera pas handicapée comme elle l'était avant le 12 janvier par le déploiement anarchique des marchandes sur les galeries, les trottoirs voire sur la chaussée », décrit le grand argentier qui souligne au passage que les trois pouvoirs ainsi que tous les ministères et les bureaux publics seront logés dans ce périmètre.

Une vingtaine d'immeubles répondant aux normes parasismiques seront construits, et, déjà, des institutions internationales envisagent de placer dans cette zone le siège de leur représentation. Interrogé sur le coût de ce projet de réaménagement, le ministre dit attendre l'étude complète du projet pour évaluer le montant du budget.

« Cependant, en ce qui concerne les 20 premiers immeubles publics qui vont être construits dans le cadre de ce projet, ils coûteront 150 millions de dollars américains. Et ce financement est déjà disponible », a-t-il indiqué.

Beaucoup de pas restent encore à faire avant le lancement de ce projet. A ce sujet, M. Baudin a fait état des négociations entre le gouvernement haïtien et la Fondation Prince Charles d'Angleterre pour l'établissement d'un plan d'aménagement pour le nouveau Port-au-Prince. Ces négociations sont à un stade très avancé et le contrat va être signé sous peu, annonce le titulaire des Finances qui en a profité pour inviter le grand public, en particulier, le secteur privé des affaires à collaborer à ce grand projet.

Car, d'après lui, le Centre-ville ne pourra pas être un projet fiable sans la contribution du secteur privé des affaires.

Les architectes urbanistes Lesly Voltaire et Paul Emile Simon au cours d'un exposé renforcé par des diaporamas Power Point ont fait visionner à l'assistance des images relatives au programme de réhabilitation du Centre-ville de Port-au-Prince entamé depuis 1999. Un programme ambitieux qui relate les grands changements envisagés par le gouvernement haïtien dans le cadre d'un plan global de réaménagement de l'espace tenant compte de la décentralisation, du développement touristique, de la construction des infrastructures, etc.

Trop beau pour être vrai, scandent des membres de l'assistance devant cette présentation hallucinante de deux experts qui s'y connaissent.

Un panel composé du juriste Frédéric Salès, des notaires Lesly Alphonse et Patrick Victor a exposé les inquiétudes des commerçants et propriétaires du centre-ville au risque d'expropriation abusive qui menace ces derniers dans le cas où l'Etat haïtien déciderait de déclarer les lieux zone d'utilité publique.

Les interventions successives de ces panélistes concernant le mode d'indemnisation qui devra accompagner l'expropriation ont soulevé un débat assez animé dans l'assistance. Ce qui a nécessité à chaque fois l'intervention soit du gouverneur de la BRH, Charles Castel soit du ministre Ronald Baudin pour signifier aux récalcitrants la volonté de l'Etat haïtien de ne pas léser les intérêts privés des propriétaires d'immeubles lors du processus de dédommagement.

« Nous sommes très attachés au respect des intérêts privés », soutient le gouverneur Charles Castel qui a souligné l'arme de la surenchère que certains propriétaires commencent à brandir rien qu'à l'annonce du processus. Cela est d'autant plus incompréhensible que la BRH et le ministère des Finances ont l'habitude de faire des affaires avec des propriétaires d'immeubles du centre-ville.

« Nous avons des références claires, la Banque centrale a eu à faire pas mal d'acquisitions avant le tremblement de terre sur une dizaine d'années. Nous avons une claire idée du prix au mètre carré du bas de la ville », confie M. Castel qui juge aberrant les prix avancés par des propriétaires d'immeubles à la BRH après le séisme.


Cyprien L. Gary

La classe politique est dépassée

La classe politique est dépassée
Jean Erich René

Ottawa le 29 Juillet 2010

Une fois de plus, les intellectuels de la classe moyenne haïtienne ne seront pas au rendez-vous des prochaines joutes électorales. Ils ne pourront pas obtenir le ticket d'entrée à cause de leur manque d'intégration sur le nouvel échiquier politique. Beaucoup d'entre eux n'ont pas saisi à temps la nouvelle réflexion politique et culturelle en cours depuis 3 décennies. D'où le profond malaise qu'ils éprouvent à se faire comprendre voire accepter et voter par cette nouvelle génération avide de changements mais qui ne retrouve nullement leurs aspirations à travers leurs discours plutôt entachés d'un traditionalisme desséchant et stérile.

Actuellement, il est triste de constater la pluralité des Candidats. En effet, la réalité sociopolitique nous oblige à prendre conscience de la présence sur l'échiquier politique de plusieurs visages représentatifs du pays du dehors et du dedans. Cette dichotomie traduit une différence capitale de lecture de la vie nationale. Cette remarque loin d'être anodine définit la contradiction de la trame du tissu social haïtien dont les mailles et les étirements depuis 25 ans surprennent les hommes politiques traditionnels.

Sommes-nous en train de fantasmer dans le but de chanter les funérailles de nos leaders qui ont longtemps erré sans jamais avoir accès au Palais National ? Sans aucune méchanceté de notre part, notre argumentaire basé sur un constat de fait, les invite à prendre conscience d'une nouvelle réalité qu'ils semblent encore ignorer. Quelles sont les attentes de la population haïtienne ? Quel est le modèle de leadership qu'elle préfère ?

La faune politique haïtienne est constituée du Gros et du Menu bétail avec la prédominance du dernier sur le plan numérique. Vox populi, vox dei, dit-on. Les intellectuels de la classe moyenne et la bourgeoisie traditionnelle, embarqués dans une lutte de couleur depuis deux siècles, ont prouvé leur incapacité à satisfaire les desiderata de la masse nécessiteuse. De plus la diaspora haïtienne, initiée aux rouages de la vie sociale et politique de l'Occident, a acquis une autre conception des mécanismes de fonctionnement de l'État et de la Société. Elle rejette d'emblée le modèle politique creux de nos éternels candidats. Sans plan, ni programme, ni projets, d'où sortiront le progrès social et l'avancement économique souhaités ? Il n'est pas question non plus d'exclure les Haitiens vivant à l'étranger des élections haitiennes puisque leur apport économique est appréciable et même indispensable. D'ailleurs à quoi servirait leur Ministère? Point n'est besoin de légiférer sur une quelconque problématique identitaire, car par leur agir social en faveur de leurs familles, ils appartiennent à la conscience collective haïtienne. De ce fait ils sont des citoyens à part entière.

Cette fainéantise de la classe politique haïtienne s'explique par la routine intellectuelle. Elle se complait dans un lyrisme exacerbé en martelant des phrases bien tournées pour électriser la foule et orienter le verdict des urnes en sa faveur. Depuis près d'un demi-siècle, les joutes électorales ne constituent plus le lieu géométrique des débats littéraires favorables aux tribuns. Aujourd'hui les données politiques tournent autour du concret. Qui plus est, depuis le séisme du 12 janvier 2010, la population sinistrée connait moult problèmes. Elle n'a plus d'oreilles pour les fallacieuses promesses des doctes candidats. Un toit, de la nourriture, du boulot, des écoles pour leurs enfants etc. telles sont les conditions du Nouveau Contrat Social.

Le candidat qui cristallise le mieux les besoins matériels de la population souffrante sera son favori même s'il est un allophone. Le langage des faits est plus convaincant que les circonvolutions éthérées de nos prétendus lettrés. Notre analyse, quoique sévère est une copie conforme de la réalité sociopolitique haïtienne en cette fin de 2010, année électorale ou pré-électorale. Les enjeux politiques sont rivés aux objectifs des Partis Politiques inscrits. Le calvaire des victimes du séisme du 12 janvier 2010 représente le plat de résistance. Il n'est pas question de tourner autour du pot, le malade est à l'article de la mort. Une prescription est urgente.

mercredi 28 juillet 2010

Wyclef Jean à la présidence d'Haïti - Un éventuel cauchemar pour les oncles Sam et Napoléon

Wyclef Jean à la présidence d'Haïti - Un éventuel cauchemar pour les oncles Sam et Napoléon

Wilson Saintelmy, Montréal 28 juillet 2010


Wyclef Jean a le potentiel d’être à la génération hip-hop en Haïti ce que Barack Obama est à la génération «Nexus» aux États-Unis.

Selon toute vraisemblance, la pop-star américaine d'origine haïtienne Wyclef Jean s'apprête à déposer sa candidature aux prochaines élections présidentielles en Haïti, fixées au 28 novembre 2010. Si les rumeurs étaient fondées, un tel geste aurait une portée beaucoup plus considérable qu'il n'apparaît à première vue.

Précisons que la recevabilité de la candidature de Wyclef Jean risque d'être le principal obstacle sur son parcours vers la magistrature suprême de l'État haïtien. Cependant, son éventuelle participation aux prochaines joutes présidentielles en Haïti semble avoir été accueillie avec le même scepticisme que celle de Barack Obama à l'investiture démocrate. Erreur. Il ne faut pas sous-estimer une telle initiative.

René Préval est de plus en plus assimilé à l'avatar haïtien de George W. Bush. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est à celui-là ce que le 11 septembre 2001 et l'ouragan Katrina furent à celui-ci. De plus, Wyclef Jean a le potentiel d'être à la génération hip-hop en Haïti ce que Barack Obama est à la génération «Nexus» aux États-Unis. D'autant que Port-au-Prince a de plus en plus l'allure du «Bronx des Antilles». Jusque-là, rien pour donner des migraines aux puissances tutrices et à l'élite créole d'Haïti.

Mais lorsque ces dernières et les médias réaliseront que Jean risque d'être davantage l'avatar de Jean-Bertrand Aristide ou d'un Hugo Chavez plutôt que celui du Terminator, ils anticiperont à sa juste mesure l'impact de son éventuelle élection à la présidence d'Haïti. Un tel scénario serait la deuxième humiliation infligée par un «outsider» à l'élite politique haïtienne. Ce serait également un deuxième Waterloo politique, après celui de 1990, pour la communauté internationale concernant la mouvance populiste haïtienne telle qu'incarnée jadis par Jean-Bertrand Aristide.

Comme Aristide

Wyclef Jean est porteur de la même symbolique messianique que ce dernier. Il émerge comme son dauphin potentiel, du moins dans l'imaginaire des déshérités d'Haïti.

Tout comme Aristide, Jean est d'origine modeste, issu de la majorité bossale. Tout comme Aristide en 1990, Wyclef Jean est, en 2010, l'Haïtien le plus populaire à l'étranger en raison de sa célébrité artistique, et en Haïti, davantage pour son activisme social.

Avocats de la cause des pauvres, les deux hommes font désormais partie de la gauche progressiste de la diaspora haïtienne. Les deux auraient fait le saut en politique dans la trentaine avancée. Les deux sont des virtuoses de l'irrationnel; l'un par la théologie de la libération; et l'autre, par celle du hip-hop.

À l'instar d'Aristide, qui demeure un rescapé salésien devenu millionnaire, Jean est un miraculé du Bronx new-yorkais, béatifié dans la nouvelle Canaan et au panthéon mondial du hip-hop. Il apparaît aujourd'hui comme la réincarnation du rêve aristidien d'un lendemain meilleur pour la majorité bossale du pays.

Les deux hommes sont porteurs d'un double messianisme: judéo-chrétien et socio-économique (que l'on retrouve au coeur de la théologie de la libération et celle du hip-hop). Le potentiel révolutionnaire d'une expérimentation politique concrète de cette dernière religion musicale ferait désormais partie du possible à travers une éventuelle élection de Jean à la présidence d'Haïti. Ce fut néanmoins le cas pour la théologie de la libération avec Jean-Bertrand Aristide. Et nous connaissons la suite.

Faillite de l'élite

Peu importe la dynamique future entre la théologie de la libération et le hip-hop en Haïti, Jean-Bertrand Aristide et Wyclef Jean demeurent le produit de la faillite spectaculaire de l'élite créole haïtienne; faillite matérialisée par l'incapacité avérée d'une telle élite à combler le vide de leadership observé notamment dans l'Haïti postséisme.

Wyclef Jean sera, dans l'imaginaire populaire, la rançon politique de la trahison et du comportement fratricide de René Préval envers Jean-Bertrand Aristide, son ex-frère jumeau. Voilà qui fait de Jean le dauphin non désiré du patriarche déchu. Il a le potentiel d'être à Jean-Bertrand Aristide ce que Josué fut à Moise, prophétise déjà la mouvance aristidienne. Pour celle-ci, le double exil infligé à Aristide équivaut à une persécution inquisitive, sinon à un double pèlerinage forcé pour l'ex-président.

Cependant, par-delà l'interprétation caricaturale qu'elle provoquera, une éventuelle candidature de Wyclef Jean à la présidence d'Haïti enverrait un message non équivoque quant à la détermination de la diaspora haïtienne de démanteler l'embargo constitutionnel imposé à cette dernière par la Constitution de 1987.

Double révolution

Si Jean réussissait son pari, nous risquons d'assister à une double révolution en Haïti. Culturelle, la première verrait la langue créole émerger, pour la première fois dans l'histoire du pays, comme langue officielle prédominante avant l'anglais, question d'accommoder l'hypothétique nouveau chef d'État. Ultime forfait à l'oncle Napoléon: exit le français comme instrument bicentenaire de domination de la majorité bossale par la minorité créole.

Politique, la deuxième révolution s'ouvrirait sur deux avenues opposées. L'une risque de conduire Haïti vers un statut factuel de 51e État américain. L'autre l'engagerait sur l'autoroute bolivaro-chévariste, en tant qu'expression du populisme et de la mouvance néoprogressiste latino-américaine.

Plausible, ce dernier scénario serait une catastrophe politique pour l'oncle Sam. Démiurge du hip-hop, Jean n'a pas la carrure conservatrice d'un Schwarzenegger. Son univers mental est buriné par la solidarité organique et la culture revendicative des ghettos du Bronx new-yorkais.

Le hip-hop est aux Afro-Américains ce que la théologie de la libération est à la gauche bolivaro-chévariste. Une éventuelle alliance entre le capital, le populisme, la théologie de la libération et celle du hip-hop en Haïti? Voilà ce que couve l'apparente banalité d'une hypothétique présidence de Wyclef Jean. À suivre.

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Wilson Saintelmy, Montréal
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Éducation politique des Haïtiens

Éducation politique des Haïtiens

Jean Erich René

erichrene@bell. net



Il faut immuniser les Haïtiens et les Haïtiennes contre la gangrène politique que certains imposteurs s’amusent à propager au sein de la population en âge de voter, afin de se forger un leadership de mauvais aloi. Ils flattent les bas instincts du peuple par des propos complaisants choisis dans le dictionnaire des mensonges afin d’obtenir ses suffrages. Le renard, alléché par le fauteuil présidentiel, compte entrer au Palais National dans une ambiance de Mardi Gras. En effet, il porte le masque de Pinocchio pour amuser les enfants mais les adultes encore conscients restent indifférents devant ses grimaces.



Il faut assurer l’éducation politique de nos compatriotes afin qu’ils puissent faire un choix rationnel aux élections et ne pas tomber dans les pièges des nouveaux magiciens de la scène politique haïtienne. Comment peut-on demander à un peuple qui a faim, qui a soif et qui par surcroit dort sous des tentes, de séparer l’ivraie du bon grain! La prostitution n’est pas exempte aux bonnes familles. Après tant d’années de viol et de coups bas, la conscience politique citoyenne devient aberrante. Le déchouquage, les crimes autorisés, les vols qualifiés etc. ont grandement modifié le code de comportement en Haïti. Aujourd’hui nous sommes arrivés au point où certains membres du Conseil Électoral et même le représentant de l’Église Catholique sont mis à l’index pour nulle autre cause que le vol.



Autrefois, dans les classes primaires il y avait un Manuel d’Instruction Civique et Morale qui inculquait aux enfants certains rudiments. Un bref survol de l’organisation politique et administrative d’Haïti fixait certaines balises dans leurs jeunes cerveaux. Le professeur Wesner Emmanuel dans son livre « Histoire, Géographie et Éducation Civique », réservé aux élèves de la 7e année fondamentale a tenté de rappeler certains principes directeurs de la vie sociale et de l’environnement politique haïtien. Cependant ce support pédagogique en sciences sociales ne suffit pas pour inspirer à nos candidats le sens du devoir ni les exigences de leurs participations aux affaires publiques avec un sentiment de respect d’autrui et d’appartenance à une société polie.



Le peuple haïtien est analphabète à 85%. Il n’a jamais lu ni entendu les préceptes d’aucun manuel d’instruction civique et morale. Il ignore les vertus citoyennes. Il n’a jamais été initié aux rouages politiques et administratifs de l’Appareil de l’État ni au mécanisme de fonctionnement de l’économie, comment peut-il juger de leurs bienfaits dans le choix de leurs candidats aux élections législatives et présidentielles. Le Peuple haïtien n’a jamais été motivé sur l’importance des biens publics ni le respect de la vie humaine, les biens privés, le droit des citoyens relativement à leur choix, leur liberté, leur sensibilité, leur sentiment personnel. Il ignore complètement les principes fondamentaux de l’existence pacifique. Voilà pourquoi on viole facilement sa conscience en lui offrant le pingouin à la place de l’ananas.



Pour mieux chevaucher les masses populaires et voler leurs bulletins de vote, on les maintient dans une ignorance crasse tout en excitant leur colère et leur esprit de vengeance. Ainsi l’espace politique haïtien est transformé en une véritable mare de boue où normalement le cochon rêve de se proclamer ROI et le maringouin Violoniste. Peut-on laisser Haïti aller à la dérive au point de devenir le fief incontesté du menu bétail et de la gent ailée ?



Notre silence serait complice ! Comme le lion nous préférons regagner les bois pour y mourir au lieu de recevoir le coup de pied d’un âne au Palais National. Depuis 25 ans on assiste à une ségrégation dangereuse et inadmissible au niveau des décisions politiques majeures de nos Hommes d’État :

1. La classe moyenne, le réservoir des intellectuels les plus avancés d’Haïti, est écartée subtilement des joutes électorales, d’où leurs attitudes distantes et même béates par rapport aux événements de la vie nationale.

2. Lentement mais sûrement, les entreprises de l’État passent aux mains des Entreprises Privées et deviennent même la propriété de certains hommes politiques étrangers. Le Ciment d’Haïti, la Hasco etc. sont fermés au profit de certaines organisations mafieuses qui importent de préférence le ciment, la farine, tout en augmentant le chômage et la vie chère. La Teleco a été vendue et l’Administration portuaire contrôlée par le Club de Bourdon.

3. Le riz de l’Arkansas a évincé les planteurs de l’Artibonite au point de forcer le Mea Culpa de Bill Clinton devant la Commission du Sénat américain. Malgré tout, il insiste et persiste comme architecte de la reconstruction d’Haïti.

4. Le volant du pays, avec la complexité expresse du timonier de la barque nationale, glisse vers la République dominicaine.

5. La CIRH, cette nouvelle Commission Civile, de concert avec Jean Conzé, Petit Noël Prieur, Lamour Dérance, compte dicter ses volontés dans les intérêts de la Métropole.

Ii y a péril en la demeure. Notre avenir de Nation libre du monde est hypothéqué par les vendeurs de la patrie. Pour un réveil national, il faut mobiliser la jeunesse haïtienne et les medias. L’éducation politique des Haïtiens devient un impératif majeur de l’heure.

vendredi 23 juillet 2010

Existe-il une alternative à l’aide internationale ?

Existe-il une alternative à l’aide internationale ?
Jean-Eric PAUL
« Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts »
Charles de Gaulle

Sortir Haïti du marasme actuel, nécessite de la part des Haïtiens l’esprit d’ingéniosité et d’innovation. Il faut transcender les démarches traditionnelles et les veilles habitudes qui ont conduit au naufrage national. Le 12 janvier 2010, est un jour qui marquera notre histoire. Jamais, on a enregistré un bilan aussi lourd en pertes humaine et matérielle. Le séisme aurait causé la mort de plus de 300 000 individus et une perte « d’environ 60% du PIB national[1] ». Après l’urgence humanitaire, il va falloir passer à la longue et fatidique tache de la reconstruction qui nécessiterait énormément de moyens financiers. Selon la BID, il faut14 milliards $ pour la reconstruction. Pour cette lourde tache, le Président de la République , M. Préval ne compte que sur la générosité de la communauté internationale. Le Président va de capitale en capitale, de conférence à conférence en vue de solliciter l’aide en faveur d’Haïti. Certes, Haïti ne peut prétendre pouvoir survivre actuellement, sans un appui international. Mais, là où le bât blesse, c’est que, de promesse en promesse, la situation socio-économique du pays va de mal en pis. Il serait irresponsable et non judicieux de compter que
sur la générosité internationale. Il en va de la dignité et de la responsabilité du peuple haïtien de trouver des ressources propres pour accompagner le processus de reconstruction. Dans ce qui suit, nous nous demanderons s’il est possible d’envisager d’autres moyens pour répondre aux besoins de ressources financières ? Le projet paraît bien audacieux en ces temps difficiles. Mais on se risquera tout de même à montrer que nous n’avons pas épuisé toutes les opportunités existantes.

Quatre (4) propositions pour faire face à la difficile épreuve de la reconstruction

Les Français disent toujours : " Nous n'avons pas de pétrole mais nous avons des idées". La question qui nous intéresse ici est celle de savoir comment trouver les ressources financières pour la reconstruction nationale hormis celles accordées par la communauté internationale. Pour répondre à cette question, nous formulons quatre (4) propositions.


A- La création d’une Banque Nationale de Développement


D’abord, il nous faut un cadre rationnel de financement national et cela ne peut se faire que par la création d’une Banque Nationale de Développement en vue de collecter les fonds nécessaires pour financer seule ou conjointement les grands projets d’intérêt collectif (Routes, aéroports, transports collectifs, logements sociaux et autres équipement collectifs). Elle pourrait aussi accorder des prêts à plus ou moins long terme aux collectivités territoriales, aux agriculteurs et industriels. Vouloir reconstruire c’est se donner les moyens adéquats. Une telle entreprise ne peut se faire en dehors de l’Etat. La question du développement ne saurait être une affaire strictement privée ou publique. C’est la raison pour laquelle cette banque ne pourrait être que le fruit d’un triple partenariat public/privé/international. Il s’agirait d’un consortium des banques dans lequel l’Etat posséderait au minimum une minorité de blocage. On pourrait ainsi imaginer le capital social de la Banque détenu par l’Etat haïtien, le secteur privés haïtien et certaines institutions internationales (la BID, Caribean Development Bank et autres banques privées étrangères). Elle aurait une totale autonomie de gestion avec un statut de société anonyme dirigée soit par un Conseil d’Administration ou par un Directoire avec Conseil de Surveillance. Elle aurait une structure organisationnelle, transparente, sérieuse et efficace au même titre que les grandes banques étrangères. Elle serait certifiée ISO (International Standard Organisation) appliquant ainsi les principes de management par la qualité et auditée chaque année. Les conditions d’accord de crédit seraient transparentes et réglementées. Le risque de crédit serait géré de façon efficace. Tous les prêts accordés seraient couverts par un mécanisme d’assurance (Crédit Default Swap) contre le risque de défaut de l’emprunteur (incapacité de rembourser, ne pas payer ses annuités à temps).

Canaliser les transferts des haïtiens d’outre-mer

Une fois, ce cadre de financement rationnel et solide créé, nous pouvons envisager la canalisation des transferts des Haïtiens d’outre-mer via la Banque Nationale de Développement et les orienter vers la reconstruction et le développement du pays. Selon le FOMIN[2], les transferts des haïtiens d’outre-mer vers Haïti, ont été évalués à 1.8 Milliards $ en 2007. Ce chiffre ne prend pas en compte les transactions faites par voie informelle. Elle pourrait à travers une stratégie de développement international, implanter une succursale dans chaque mégapole étrangère à forte concentration de la communauté haïtienne (New York, Montréal, Paris, etc.). Si la Banque prélève en moyenne 6% de frais sur ce montant. C’est 108 millions $ qui revient annuellement à la banque pour financer le développement.

Collecter une partie de l’épargne des haïtiens d’outre-mer

Outre la canalisation de transferts, on pourrait aussi envisager la collecte d’une partie de l’épargne des haïtien d’outre-mer à partir d’un simple dépôt à terme par exemple un « Plan Epargne Logement » de maturité 7 ans à raison de 200 $ ou 147 Euros par mois (taux de 1.36 $ = 1 euro). Si 500 000 Haïtiens d’outre-mer sur plus de 2 000 000 souscrivent à ce Plan épargne, c’est : 500 000* 200 $ = 100 000 000 $ par mois. Ce qui donne annuellement : 100 000 000 * 12 = 1.200.000.000 $ en terme de collecte d’épargne par la banque de développement. Plusieurs pays ont privilégié cette approche de canalisation de transferts et de collecte de l’épargne de leurs ressortissants. On peut citer les cas du Maroc, de la Tunisie avec plusieurs banques en France, Belgique et Espagne. On peut aussi mentionner le Mali avec sa banque de développement en France.


B- Le lancement d’un Grand Emprunt National


Dans le cas d’Haïti où tout doit être reconstruit, il n’est pas inutile d’en appeler à l’élan civique et patriotique de tous les haïtiens au sens d’un effort de solidarité nationale. Disposant de plus de 2 millions d’Haïtiens à l’extérieur du pays, l’Etat pourrait lancer un grand emprunt en direction principalement de la diaspora haïtienne via la Banque Nationale de Développement. En 1993, l’ancien premier ministre français Edouard Balladur, trouvant la France dans une situation socio-économique grave, a lancé un emprunt dit « Emprunt Balladur » aux français pour redynamiser l'activité économique. Le montant initial était de 40 milliards de francs ; il a eu un succès tel que l’Etat français en a recueilli environ 110 milliards de francs. Quant au cas d’Haïti, on chercherait à lever 1 000 000 000 $ à travers des « bons de développement » de maturité 10 ans, émis et garantis par la Banque Nationale de Développement (consortium réunissant Etat, Secteur Privé haïtien et l’International). Il s’agirait d’une forte mobilisation citoyenne, de toutes les forces vives du pays au sens d’un effort de solidarité nationale. L’argent récolté servirait à investir dans des projets d’utilité collective tout en préservant la rentabilité des investissements. On pourrait penser à créer des sociétés de transport terrestre, maritimes et aérien, logements sociaux, sociétés d’autoroutes, de chemins de fer par exemple, industries. On pourrait même donner droit et non obligation aux souscripteurs la possibilité de transformer le nominal et les intérêts à maturité en actions de ces sociétés à prix préférentiels. Ils deviendraient ainsi propriétaires de celles-ci. Pour assurer le succès d’untel projet, il faut des moyens incitatifs tels que la double nationalité, le vote des haïtiens à l’étranger via les ambassades, la rétention d’un mois de salaire de tous les membres des pouvoirs exécutif et législatif (Président de la république, PM, Ministres, Secrétaires d’Etat, Parlementaires, etc..) pour la souscription de ces bons, la mise en avant du patriotisme haïtien, la nostalgie du pays et le désir de vivre ensemble, transformeraient à coup sur ce projet en un grand succès national. Ces moyens incitatifs ont été mis en évidence par Dilip Ratha[3] qui reconnaît en cette approche un moyen sure et stable de financement. L’idée des Bons de développement est la meilleure façon de capter une partie de l’épargne des Haïtiens d’outre pour financer le développement. Actuellement, la qualité de signature de l’Etat haïtien ne lui permettrait pas de trouver preneur de ses bons sur un marché financier. Quand bien même, on trouverait preneur, cela reviendrait trop cher à notre pays de passer par les marchés obligataires étrangers. C’est dans ce contexte, qu’Israël a eu recours à sa diaspora. À la suite de la Guerre d’Indépendance, Israël était un pays économiquement sinistré. Les immigrants qui affluaient d’Europe et de pays arabes vivaient dans des abris primitifs. La nourriture était rationnée et le pays ne disposait d’aucune infrastructure économique. Après avoir essuyé un refus de la Bourse de New York de lever des fonds, le Premier Ministre David Ben-Gourion a pris la décision de créer l’Organisation des Obligations de l’État d’Israël pour financer les infrastructures du pays »[4]. Ces bons furent réservés à la diaspora juive établie partout dans le monde. De 1951 à nos jours, Israël a levé 31 milliards $ pour financer son économie.
L’expérience de l’Inde n’est pas non plus négligeable. En effet, à travers 3 opérations : « India Development Bonds » (1991) avec 1.6 milliards $, « Resurgent India Bonds » (1998) avec 4.2 milliards $ et « India Millennium Deposits » (2000) avec 5.5 milliards $ [5], l’Inde a sollicité le support de sa diaspora dans le cadre du financement de son développement. Selon Dilip Ratha, avoir recours à l’argent de sa diaspora via de bons est un moyen indépendant de mobiliser des capitaux pour financer pour financer le développement.


C- La création d’un fond souverain dit « Fonds Louverture »


Un Fonds Souverain est un fonds d’Etat. Le premier fonds souverain créé, a été le fonds du Koweït en 1953. L’idée de la création d’un tel fonds en Haïti, est loin d’être négligeable. Nombreux sont les Etats ayant jugé nécessaire de se doter d’un tel fonds. On peut citer la France , Norvège, Emirat Arabe Unis, Etats-Unis, Chine, Koweït, etc.…
Le Fonds souverain serait un fonds d’assurance
Chaque année le pays est susceptible d’être frappé par des cyclones et inondations pouvant causer d’énormes dégâts au niveau agricole et des infrastructures. Haïti a connu durant ces cinq (5) dernières années:
- Quatre (4) ouragans dévastateurs causant d’énormes dégâts humain et matériels
- Des émeutes de la faim aboutissant au départ du MP J.E Alexis.
- Plusieurs grèves de transports causés par la hausse de prix du pétrole sur le marché international.
- Un tremblement de terre terrible aux conséquences dévastatrices.
Mais ce que beaucoup d’entre nous ignorent, c’est qu’il existe des mécanismes qui permettent de gérer ces grands risques en terme d’assurance aux dommages causés. Il est possible de se prémunir tout aussi bien contre les risques liés aux matières premières qu’aux catastrophes naturelles. Le marché traditionnel des assurances ne permet pas de couvrir ces grands risques. Il existe des mécanismes appropriés pour les gérer. Avec un tel fonds, il deviendrait possiblement de se couvrir contre les catastrophes naturelles en termes de dommages causés.
Le Fonds souverain serait aussi un fonds spéculatif
Nous ne cesserons de le dire, il faut sortir de la vision traditionnelle pour embrasser une nouvelle approche. Cette nouvelle vision du pays passe nécessairement par l’esprit d’innover. La Banque Nationale de Développement, chercherait à avoir une expertise en terme de gestion d’actif. De cette fonction, on saura comment partir d’un fond initial, le faire fructifier pour financer le développement. Georges Soros plus connu chez nous pour ses œuvres caritatives que pour son talent de grand financier, a réussi à accumuler une véritable fortune en très peu de temps. Beaucoup d’entre nous, ignorent les techniques employées par ce Monsieur, qui lui ont valu d’être le 24 ième homme le plus riche des Etats-Unis avec une fortune estimée à 13 milliards $ en 2009, selon le classement du magazine Forbes, ce qui représente deux (2) fois la richesse d’Haïti (PIB national = 6, 95 milliards $ en 2009). Georges Soros a utilisé des techniques couramment utilisées par les grandes banques étrangères, les hedge Funds, etc. Ces techniques pourraient être aussi utilisées par nous pour faire fructifier le fonds initial et dégager ainsi des ressources pour financer le développement.


C- Le partenariat avec des fonds éthiques et souverains


Il existe une catégorie des fonds qu’on appelle couramment « fonds éthiques » qui financent des investissements dits éthiques. Ces fonds essaient de concilier des objectifs financiers classiques (recherche de performance) avec des critères de sélection sociaux, éthiques ou écologiques. L’investissement Social et Éthique peut être réparti aujourd’hui selon les trois axes de développement suivants :
1. L’Investissement Socialement Responsable
2. L’investissement solidaire
3. L’investissement islamique
Certains de ces fonds peuvent dans certains cas appliquer des critères d'exclusion tels que les secteurs de l'armement, de l'alcool et du tabac pour des raisons éthiques ou religieuses. Certains incluraient des investissements allant dans le sens du développement des pays du tiers monde. Dans le cadre des grands projets d’Etat, les partenariats en terme de financement avec les fonds éthiques et les fonds souverains étrangers ne seraient pas négligeables. Le puissant fonds souverain des Emirats Arabes Unis « Abu Dhabi Investment Authority » totalisant un montant total d’actifs de 875 milliards de dollars us, ayant des participations dans des nombreuses sociétés étrangères est un exemple possible de partenariat.

Paris,
Jean-Eric PAUL,
Economiste.

PS : article mis à jour, écrit en 2007, publié en partie dans le journal LE MATIN en novembre 2008

[1] http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/international/16891-bellerive


[2] Fonds Multilatéral d’Investissement (FOMIN) de la Banque interaméricaine de développement

[3] Economiste à la Banque Mondiale

[4] https://www.israelbonds.ca/qui.asp

[5] “Diaspora Bonds: Track Record and Potential” by Suhas Ketkar Vanderbilt University & Dilip Ratha The World Bank

In Migration and Development Conference World Bank, Washington DC , May 23, 2007

lundi 19 juillet 2010

Après le séisme, la barque nationale prend de l’eau

Après le séisme, la barque nationale prend de l’eau
Leslie Péan
Jeudi, 08 Juillet 2010

Dans le cadre de son appui à son homologue haïtien, le président dominicain Leonel Fernandez a organisé, le 2 Juin 2010 à Punta Cana en République Dominicaine, la réunion des donateurs internationaux pour sécuriser les promesses de fonds de dix milliards de dollars faites à New York le 31 Mars dernier. Cette réunion fait suite à deux autres organisées antérieurement en République Dominicaine. La première a eu lieu à Santo Domingo le 18 janvier 2010 sur le thème “Unis pour un meilleur avenir pour Haïti” et au cours de laquelle fut décidée la Coordination de l’aide par le biais de l’Organisation des Nations Unies depuis la République Dominicaine et confirmée la proposition de création d’un Fonds de donateurs. La deuxième s’est tenue les 17 et 18 Mars 2010 à Santo Domingo pour concrétiser les accords de la Conférence de Montréal du 25 janvier 2010 et préparer la plateforme pour la Conférence des donateurs du 31 Mars 2010 à New York.



Tout en étant reconnaissante à la République Dominicaine pour son soutien dans le malheur occasionné par le séisme du 12 Janvier 2010, la classe politique haïtienne regarde avec inquiétude sa mise à l’écart dans la politique de reconstruction du pays. Cette inquiétude grandit au fur et à mesure que le président haïtien manœuvre pour prolonger son mandat ou encore pour trouver une position de repli en intronisant son successeur.

Le président Préval a mis fin à la politique de collaboration avec les partis de l’opposition qui avait marqué les deux premières années de son gouvernement. Le séisme du 12 janvier n’a pas ébranlé ses convictions contre cette politique qui, malgré son caractère factice, était pourtant un facteur de stabilité. L’amendement de la Constitution de 1987 a été un ballon d’essai. Voyant que les réactions se retournent contre lui, le président recule mais seulement pour mieux sauter. Après le tremblement de terre, il revient à la charge avec un programme de prolongation de son mandat au-delà du 7 février 2011 qu’il boucle au pas de charge : annonce du projet de Loi d’urgence pour dix-huit mois, présentation de ladite loi devant la Chambre des Députés et du Sénat, vote, publication au journal officiel, le tout en moins d’un mois. Hanté par la perspective de devoir un jour rendre des comptes, le président Préval se bricole une immunité post présidentielle avec ce verrouillage total du champ politique.

La Loi d’urgence créant la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) n’a aucune justification et reflète uniquement l’obstination du chef de l’État à se perpétuer au pouvoir. Toutes les personnalités politiques ont dénoncé la Loi d‘urgence qui veut ligoter le peuple haïtien. La prouesse du gouvernement a été d’obliger la communauté internationale à accepter l’inacceptable et à se taire sur les choses avec lesquelles elle n’est pas censée être d’accord. D’où la recherche par cette communauté internationale d’autres relais à sa domination. Les manifestations à travers le pays demandant la démission de Préval pour crime de haute trahison des intérêts nationaux ont vite fait passer au premier plan Edmond Mulet, représentant des Nations Unies.

Le proconsul Mulet a pris le volant et annoncé la tenue d’élections générales le 28 novembre 2010, écartant la possibilité que le président Préval puisse jouer les prolongations et garder le pouvoir après le 7 février 2011. Une manœuvre pour tenter de désamorcer la mobilisation populaire qui dérange tous ceux qui estiment que les faiblesses internes de la population haïtienne ne peuvent que la conduire à l’anarchie. Thèse d’ailleurs récupérée et maquillée par le professeur Paul Collier qui voit dans tout mouvement de revendications populaires échappant aux filets du statu quo, une excroissance du banditisme. Dans son entendement, il se produit une érosion graduelle des motivations initiales transformant les militants pour la justice sociale en de vulgaires bandits psychopathes et sadiques. [1]

Les réseaux d’unités dominantes-dominées

La crise politique post sismique donne à voir la structure de la domination et les mécanismes d’assujettissement qui bloquent le renouveau. Trois discours s’affrontent. D’abord celui de la prolongation du mandat de Préval, puis celui de la fin de son mandat le 7 février 2011 et enfin celui de sa démission immédiate. La crise montre le fonctionnement du pouvoir dans sa hiérarchie, son côté pyramidal, ses différentes couches, ses aspects macro et micro, et ses complicités même parmi ceux qui le contestent. Mais le plus important dans la crise post sismique demeure la mise à jour des réseaux d’unités de prédateurs et de proies, de bourreaux et de victimes, qui structurent le chaos haïtien. L’incompréhension du fonctionnement de ces réseaux d’unités dominantes-dominées conduit certains à ne pas appuyer les manifestations dans les rues et à se ranger au contraire du côté du gouvernement Préval tout en prétendant le combatte en paroles. Le discours de la rue fait peur à tous ceux qui se mobilisent afin “d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité.” [2]

La loi du 4 Mai 2010 émise par le gouvernement Préval sous le prétexte de vouloir « harmoniser les mandats de tous les élus des années 2006 et 2007 » est contestée par les manifestations populaires. Ces dernières la questionnent dans son essence en mettant les projecteurs sur le pouvoir des forts qu’elle représente. D’où la discorde qu’elle soulève car tous les secteurs de la population n’y trouvent pas leur compte. On ne saurait passer sous silence le fait fondamental du refus présidentiel d’organiser les élections législatives aux dates où elles devraient se tenir. Ce refus fait partie d’une stratégie du président de ne pas respecter la Constitution.

Préval refuse de s’engager dans la voie de la concorde et condamne le reste de la classe politique et du pays à la soumission voulue par l’ordre international. En effet, l’éditorial du New York Times du 10 mai 2010 appelait aux élections en novembre en Haïti en déclarant « Si des élections honnêtes peuvent être tenues en Iraq, au milieu de la guerre, du terrorisme et des affrontements ethniques, elles peuvent se tenir en Haïti. La dernière chose dont Haïti aurait besoin ce serait d’ajouter une catastrophe politique par-dessus la catastrophe naturelle. Haïti a besoin d’un gouvernement légitime issu d’une élection légitime. Que la campagne commence ! » [3] Ce que Edmond Mulet devait entériner le 27 mai en convoquant les élections générales pour le 28 novembre 2010.

Le calcul de l’éditorialiste du New York Times manque d’exactitude, de logique et de sagesse. L’Ouest et le Sud-Est qui sont les deux départements principalement affectés par le séisme représentent près de 50% des électeurs inscrits au fichier électoral : 66% des bureaux de vote y compris les six mille établissements scolaires qui servaient de bureaux de votes ont été détruits. Des deux millions de sinistrés et déplacés vivant sous les tentes, au moins la moitié a perdu sous les décombres toutes pièces d’identité incluant carte électorale et acte de naissance, réduisant un électorat déjà faible. L’Office National d’Identification (ONI) ne peut pas délivrer plus de cent mille cartes par mois. [4] Les accusations portées par Rodol Pierre, ex vice-président du CEP suivies de celles du conseiller Jean Enel Désir sur les fraudes électorales et les pratiques occultes ont fait perdre au CEP toute crédibilité.

Egalement, la Loi d’Urgence en éliminant les libertés fondamentales pendant 18 mois ne permet aucune campagne effective des candidats indépendants. Enfin, le Gouvernement a les mains libres pour financer ses propres candidats au détriment des autres partis. Tous ces éléments indiquent que les ressorts de la machine électorale sont cassés et qu’il faudra plus de six mois pour les réparer. Il faut au moins trois audits des cartes électorales, du fichier électoral et du processus électoral, avec la participation des représentants des partis politiques, pour que les élections soient honnêtes et non une mascarade. Les donateurs qui se disent prêts à financer de nouvelles élections dont le coût est estimé à 38 millions de dollars américains sont exaspérés par les lenteurs du président Préval à publier le décret présidentiel appelant aux élections le 28 Novembre 2010. Un manque d’enthousiasme qui cache mal une volonté d’utiliser l’impossibilité matérielle de faire des élections dans six mois afin de rester au pouvoir indéfiniment. L’opposition refuse cette combine et évoque la Constitution qui prévoit qu’en cas de vacance présidentielle, le président de la Cour de Cassation devient président provisoire et organise les élections dans un délai de 90 jours.

Le discours des démocrates demandant la démission du chef de l’État pour ses violations de la Constitution est légitime et ne représente en aucune façon un refus d’organisation d’élections libres pour élire un nouveau président. De 1996 à nos jours, les élections organisées par le gouvernement Préval ont toujours abouti au chaos et ajouté d’autres dimensions à la crise politique. Dans la conjoncture, vouloir les élections avec Préval, c’est placer la charrue avant les bœufs. La justice électorale n’a jamais régné. Il est donc tout à fait normal que des gens sérieux refusent de jouer aux amnésiques en allant aux élections avec ce Conseil Electoral Provisoire (CEP) contrôlé. Les manifestations répondent à la violence du pouvoir utilisant les troupes armées des Nations Unies pour imposer sa volonté. C’est l’enjeu du combat actuel qui fait descendre des milliers de gens dans la rue pour exprimer leur désaccord, au péril de leurs vies.

Non à l’enterrement du dossier Robert Marcello

L’opposition refuse de consentir à absoudre un pouvoir qui organise l’affaiblissement du pays, se livre à des exactions financières, entre autres avec les 197 millions de dollars des fonds de la Petrocaribe financés par le Venezuela, nivelle par le bas la classe politique en introduisant de vrais dégénérés au Parlement, tente d’intimider par la force ceux qui, comme Robert Marcello, ont le courage de s’opposer à son césarisme.

Ce dernier point est important car la peur fait que l’intelligentsia ne dit pas grand chose là-dessus. Ce n’est pas un procès d’intention de dire que le gouvernement, par la lenteur de la justice, se fait complice de la disparition, depuis le 12 janvier 2009, de Robert Marcello qui était à la fois un cadre du parti Organisation du Peuple en Lutte (OPL) et le coordonnateur de la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP). Les démocrates disent avec toute leur force "Non à l’enterrement du dossier Robert Marcello". Le peuple a faim de justice sur ce dossier tout comme il veut faire la lumière sur les crimes perpétrés, sous le premier mandat du président Préval, contre le sénateur Jean-Yvon Toussaint en 1999 et contre le journaliste Jean Léopold Dominique en 2000. Le dossier Marcello ne doit pas être enlisé et ne peut pas être classé.

On sait qu’en 2007-2008, la CNMP (Commission Nationale des Marchés Publics) a attribué de gré à gré une grande part des marchés publics, soit 88 sur 233, représentant 38.5% de son portefeuille. Pourquoi l’assassinat de Robert Marcello correspond-t-il au décaissement des 197.5 millions de dollars pour le financement du Programme d’urgence post-désastre adopté par le gouvernement suite à la saison cyclonique 2008 ? Quels sont les rapports entre l’élimination physique de Robert Marcello le 12 Janvier 2009 et la publication trois jours auparavant d’un article du journal Le Matin dans lequel Jean Hector Anacassis, sénateur du Département de l’Ouest, demande que le budget du CNE (Centre National des Équipements) qui était alors de 21% du budget du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communication (MTPTC) soit augmenté à 70% ? [5] Pourquoi les marchés confiés au CNE ne figurent pas dans la liste des marchés attribués par la CNMP ? Pourquoi Marcello avait-il été convoqué au Palais national quelques jours avant sa disparition ? Qui lui a remis après cette réunion une enveloppe contenant un chapelet et pourquoi ? On ne peut donc pas se démarquer de l’hypothèse que l’assassinat de Robert Marcello ait à voir avec son refus d’accepter que les travaux routiers confiés au CNE soient réalisés en régie, en dehors des procédures de la CNMP.

La disparition et la mort de Robert Marcello ne sont pas accidentelles. Il est clair qu’il s’agit d’un assassinat commandité. Il a payé de sa vie pour n’avoir pas voulu être un vassal et un obligé. Qu’a fait le juge d’instruction en charge de ce dossier ? Combien de personnes ont été questionnées ? Quelles sont les pistes qui ont été explorées ? Pourquoi une commission d’enquête indépendante n’a pas été créée pour investiguer l’assassinat de Robert Marcello ? Aucun projet démocratique ne peut être érigé sur de tels assassinats. La mort de Robert Marcello est un révélateur d’une forme de criminalité qui refuse aux parents des victimes la possibilité d’aller se recueillir sur les tombes de leurs êtres chers en faisant disparaître leurs dépouilles.

Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) de Monsanto Les manifestations expriment un besoin de vérité dans toutes les couches sociales. En milieu urbain comme en milieu rural. Chez les étudiants comme chez les paysans. Après Les Cayes, Jacmel, Léogane , Port-au-Prince, ce sont Hinche et Papaye qui donnent la réplique au gouvernement. Les paysans refusent le cadeau empoisonné de la multinationale américaine Monsanto consistant en la distribution au cours des douze prochains mois de 475 tonnes de plants de maïs transgénique et de légumes [6]. En dépit des démentis du gouvernement, le Mouvement Paysan Papaye (MPP) a dénoncé cette tentative de mise à mort de l’agriculture paysanne avec ces organismes génétiquement modifiés (OGM). Selon son dirigeant Chavannes Jean-Baptiste, ces produits cancérigènes constituent « un très rude coup porté aux petites exploitations agricoles, aux cultivateurs, à la biodiversité, aux semences créoles, etc. et à ce qui reste de notre environnement”. [7]

La souveraineté nationale est attaquée sur le plan politique avec la présence d’Edmond Mulet, sur le plan économique avec la CIRH, sur le plan foncier avec l’arrêté présidentiel du 22 mars 2010, sur le plan militaire avec la MINUSTAH et enfin sur le plan alimentaire avec l’offensive de Monsanto pour se donner le monopole des semences alimentaires. Contre ces forfaits, le peuple s’exprime de mille façons. Avec près de deux millions de personnes sinistrées et une saison cyclonique qui vient de démarrer, on voit difficilement comment le gouvernement pourra faire face à un assaut simultané des différentes forces populaires. La logique du diktat masqué de la communauté internationale triomphera-t-elle des aspirations d’indépendance du peuple haïtien ? Si en Afghanistan, la coalition internationale se propose de dépenser 500 millions de dollars pour acheter la conscience des talibans modérés, la tâche parait plus facile en Haïti avec le milliard de dollars agité devant les milieux d’affaires. Les promesses d’argent de la communauté internationale pourront-elles désamorcer la charge explosive, faire baisser les tensions et créer le sens voulu dans la société haïtienne ?

Fantasme ou réalité

Le pari est risqué et même déstabilisateur malgré les apparences car le président René Préval persiste dans une voie de garage. Pour montrer qu’il n’est pas une ombre sans consistance, comme l’ont constaté tous les observateurs nationaux et internationaux, il donne du relief au Conseil Électoral Provisoire bidon de Gaillot Dorsainvil en lui confiant des tâches additionnelles à celles qui lui étaient assignées en premier lieu. Le pouvoir aveugle, dit-on. Le message des manifestations de rue ne passe pas du côté du gouvernement. Rien d’étonnant pour un groupe qui veut rester aux commandes. Mais du côté international, quels sont les enjeux ? Les donateurs étrangers semblent persuader qu’ils peuvent acheter la conscience de tous les Haïtiens avec de l’argent et même des fausses promesses d’argent. Il n’empêche. Cet excès de confiance dans le gouvernement moribond de Préval ne se justifie pas. On est loin de la prévention quand ce n’est pas carrément de l’irresponsabilité. Pourquoi ne pas se débarrasser de certains bagages et même de l’artillerie pour alléger le bateau et n’éviter qu’il ne chavire devant les vents de la tempête à l’horizon ?

Le président Préval ne met pas de gants pour violenter les Haïtiens qui, dans son entendement, ne sont que des grands enfants qu’on peut traiter n’importe comment. Le président haïtien a bien appris la leçon de ses chers maitres. Devant les protestations des dominés, la seule réponse qui vaille est celle de la surenchère. La recommandation des tuteurs internationaux est que les dominants ne doivent pas faire montre de faiblesse devant les dominés. La recette de l’hostilité est suggérée pour provoquer l’ultime étape de l’aliénation chez ces derniers et accoucher leur sujétion volontaire. Avec des forces armées étrangères si nécessaire. La leçon a été bien apprise depuis des siècles. Depuis 1444, quand un premier contingent de 230 Africains, capturés par les négociants esclavagistes européens, furent vendus au Portugal. Commencé avec la violence des razzias, le commerce de la traite prit de l’ampleur grâce à la corruption des chefs. Comme on le voit aujourd’hui du G8 au G20.

La voix était ouverte à une racialisation des rapports de production pour laquelle l’ignorance des chefs noirs et leur désir de pouvoir sont mis à contribution. Ces derniers sont embrigadés dans la lutte contre leur propre peuple, parfois en échange de pacotille et d’alcool, mais toujours en flattant leur désir de commandement et de gourmandise pour le pouvoir. C’était le démarrage d’un processus que l’Occident a perfectionné pour faire que les chercheurs de pouvoir déciment leur propre peuple et décapitent leurs propres enfants. Avec ou sans remords, cette violence esclavagiste et colonialiste herculéenne n’a jamais cessé. Elle continue aujourd’hui avec certains arrangements d’ordre politique, les derniers étant les G8 ou les G20 où les puissances se complaisent à revoir ensemble les mécanismes de l’engrenage meurtrier d’un empire qui ne sait plus quoi faire pour garder les habitants de la planète sous sa dépendance. Car, comme le démontrent les professeurs Rediker et Linebaugh dans un ouvrage savant, plus les têtes de l’hydre de la résistance sont coupées par la répression, plus la résistance produit d’autres têtes dans « l’histoire de l’exploitation et de la résistance à l’exploitation ». [8]

L’escalade du président Préval dans la banalisation de la tutelle internationale d’Haïti n’a d’égal que son augmentation de la magnitude dans l’échelle de Richter de la déchéance politique. Sa détermination de fragilisation de la société haïtienne est évidente dans le maintien du CEP malgré les protestations de toutes les couches de la société civile. Affichage d’une fondamentale croyance dans l’abrutissement d’un peuple qui aurait perdu la capacité de se révolter. Qui aurait opté de vivre sans conscience car cette dernière ne fait pas bouillir la marmite. C’est aller vite en besogne quand on sait que ce groupement humain a non seulement fait la révolution de 1804 contre les vœux de la communauté internationale, mais a trouvé les ressorts de création pour colmater les fissures qu’un ordre international lui impose pour le faire sombrer dans une inexorable déréliction. Les jours qui suivent la coupe du monde de football d’Afrique du Sud devraient apporter la réponse permettant de dire si le parti pris du président Préval contre le peuple haïtien relève du fantasme ou représente plutôt une réalité devenue méconnaissable après le séisme du 12 janvier 2010.

Leslie Péan est Economiste, écrivain

[1] Paul Collier, The Bottom Billion, Oxford University Press, 2007, pp. 20-37.

[2] Michel Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, Paris, France, 1971, p. 11.

[3] « A Good Election Would Help », New York Times, 10 Mai 2010.

[4] Haiti : No Leadership—No Elections, A report to the Members of the Committee on Foreign Relations, United States Senate, One Hundred Eleventh Congress, Second Session, Washington, D.C., June 10, 2010.

[5] Jacques Desrosiers, « Le CNE : entre les priorités de la présidence et celles du gouvernement », Le Matin, Port-au-Prince, mercredi 7 - Jeudi 8 janvier 2009.

[6] Beverly Bell, “Haitian farmers commit to burning Monsanto hybrid seeds”, AlterPresse, lundi 17 mai 2010.

[7] “Courriel groupé de Chavannes Jean-Baptiste, 14 mai 2010” cité dans Beverly Bell, op. cit.

[8] Marcus Rediker et Peter Linebaugh, L’hydre aux mille têtes : l’histoire cachée de l’atlantique révolutionnaire, Éditions Amsterdam, Paris, 2008, p. 28.

Mis à jour (Jeudi, 08 Juillet 2010 20:34)

vendredi 16 juillet 2010

Semences de mais OGM un jeu de poker á trois

Semences de mais OGM un jeu de poker á trois
Michel William
14 juillet 2010

Le feuilleton de semences de mais OGM qui passe sur la plupart des antennes ou des colonnes de la presse nationale et internationale prend l’allure d’un jeu de poker á trois ou les joueurs , Monsanto, le ministre de l’Agriculture haïtienne et le leader du MPP bluffent sans donner l’impression de maitriser l’objet du bluff. Le résultat final est que des énergies importantes se perdent qui pourraient être mieux utilisées dans l’intérêt de la paysannerie que chaque joueur prétend défendre.

Monsanto, le joueur bluffer du commerce des semences

Le marché semencier d’Haïti tout grain confondu est estimé á 20.000 tonnes environ dont 7.200 tonnes pour le mais, 4.200 tonnes pour le millet,4.320 tonnes pour le riz et 3.400 tonnes pour le haricot , si l’on ajoute 900 tonnes supplémentaires pour les légumes et le pois Congo. La compagnie Monsanto vient de donner á Haïti 475 tonnes de semences hybrides de mais d’une valeur de 4 millions de dollars américains .En nous servant du prix donné par le MARNDR, le marché de 20.000 tonnes de semences représenterait un potentiel de 20 milliards de dollars américains ,si Monsanto devait le conquérir .Ceci est de la spéculation américaine qui a toujours mal apprécié tous les problèmes d’Haïti en nous créant des problèmes á des situations toujours mal évaluées.
En théorie Haïti a un besoin de 20.000 tonnes de semences . Dans la pratique, les habitants utilisent á 96% leurs propres semences locales qui donnent des rendements dérisoires de l’ordre 200 á 300 marmites de mais a l’ha ( ½ á ¾ de tonne) contre 1200 á 2.000 marmites á l’ha( 2 t a 5T/ha) pour les semences améliorées et hybrides utilisées depuis longtemps en Haïti. La raison majeure est que le paysan haïtien n’a pas accès au crédit agricole qui lui permettrait d’acheter les intrants agricoles pour obtenir cette production. L’agriculture pratiquée aujourd’hui en Haïti est une agriculture humanitaire qui contraste avec l’agriculture commerciale et qui fait l’affaire des ONG et des organismes d’assistance technique qui survivent dans la gestion directe de petits projets. Même dans l’éventualité de bénéficier des fonds de la CIRH dirigée par l’ancien président américain Bill Clinton, l’agriculture haïtienne au milieu de ses déboires environnementaux et structurels n’offrent pas assez de garanties pour canaliser une partie importante des fonds hypothétiques des 10 milliards de dollars de la reconstruction. D’ailleurs le plan d’investissement du MARNDR pour les cinq prochaines années ne visent que 790 millions de dollars dont une infirme partie est prévue pour les semences. Si Monsanto se positionne c’est pour avoir une partie de ces fonds prévus pour l’achat des semences..La presse internationale grossissant les faits considérablement compare MONSANTO au chef des bisounours qui essaierait de faire main mise sur le marché semencier haïtien en détruisant l’existant.
Joanas Gué, le ministre stratège qui capitalise sur la grande disponibilité de semences de mais hybride pour assurer sa propre survie politique
La presse internationale qui appelle Monsanto Bisounours, compare le ministre Gué á la jeune Candide au pays des bisounours, du genre bouki et malice. Monsanto serait le bouki américain et Gué le ti malice haïtien, toujours victime de la logique paysanne de bouki. En fait c’est á tout un autre scenario auquel on assiste.
Le ministre Gué est porteur d’une mission celle de transformer la vision d’augmentation de la production agricole du Président Préval en politiques agricoles publiques concrètes. Gué n’a pas les moyens de faire cette politique, car la majeure partie des fonds destinés á l’agriculture sont gérés par l’étranger lui-même et par les ONG. Il est obligé de jouer constamment avec la nébuleuse image de « Partenariat » qui cache la toute puissance de la communauté internationale dans l’utilisation á sens unique de l’aide publique au développement. D’ailleurs la toute récente déclaration du président de la république á propos du gaspillage des fonds par les ONG en dit long. »m’pa bezwen konen so’w fe ak kob ou, banm travay selman »
Un des facteurs clé et le plus immédiat pour faire augmenter la production agricole dans le décor humanitaire est l’utilisation de semences améliorées. Mr Gué n’a pas de fonds pour acheter traditionnellement les semences .Les statistiques de décaissement du budget de la république au profit de cet intrant accusent des chiffres annuels de onze á dix huit millions de gourdes sous le ministère de Severin François, cinq fois ministre. Ce chiffre a été majoré sous Gué grâce á l’apport des fonds d’urgence 36 millions de dollars et aujourd’hui par l’apport des fonds du tremblement de terre. En dehors de ces disponibilités, le gros de l’argent des semences est géré par l’ONG OXFAM et par la FAO qui reçoit ses fonds de l’Union européenne.
Le ministre Gué qui pour la première fois reçoit une offre de 4 millions de dollars de semences de mais hybride ou deux cent millions de gourdes s’empresse de planifier l’utilisation de cette aide dans les régions irriguées du pays pour montrer l’augmentation concrète de la production agricole et pour continuer de mériter de la confiance de son chef. Les semences reçues de Monsanto sont elles des OGM ?Non dit Monsanto, se sont des semences hybrides conventionnelles .Non ,dit le MARNDR, ce sont des semences hybrides que le commerce et le MARNDR utilisent depuis longtemps dans l’agriculture haïtienne sans causer de dommages.
La stratégie du leader du MPP
Le leader du MPP n’est ni bouki ni malice.Il est un leader paysan qui est capable de mobiliser 10.000 paysans pour convaincre politiquement toute la fauve politique du pays qu’il est dans son bon droit. Il est une force politique et un transfuge de Lavalas du président Préval. Soutenu par les alter mondialistes et la presse en général en quête de nouvelles á sensation, il bâtit sa stratégie d’attaque du président Préval sur la présence dans le pays de mais OGM, préjudiciable á la production nationale et á la santé alimentaire de la population haïtienne . La stratégie a réussi. Il multiplie les interviews dans la presse, dépense follement des énergies pour maintenir la mobilisation paysanne sur un problème de semence OGM qui n’existerait pas d’après le chef de service national de semences , l’agronome Emmanuel Prophète. Le leader du MPP oublie que depuis longtemps nous consommons en Haïti l’huile de cuisine faite avec du soja OGM et que le mais moulu importé des USA et d’autres pays pour la nourriture provient de semences de mais OGM plantées á l’étranger .
Réflexions
On est en présence de trois stratèges qui manipulent la question semence á des fins inavouées pour le même et unique groupe dont tous ils prétendent défendre les intérêts.
Monsanto défend sa part de marché á venir dans le business des semences en Haïti. Pour Monsanto, s’il peut entrer sur le marché semencier haïtien avec des semences hybrides non discriminées par les planteurs pourquoi viendrait elle avec des semences OGM discriminées qui créeraient un climat d’instabilité préjudiciable au climat des affaires ?
Le ministre Gue lui-même qui défend sa propre survie politique a- t- il intérêt aussi á entrer dans le pays des semences OGM qui creuseraient son propre tombeau ?La réponse est non. De même il a intérêt á promouvoir effectivement la production agricole qui garantirait sa pérennité dans le pouvoir.
Le leader du MPP a choisi politiquement la bonne stratégie qui est la mobilisation du peuple, la presse locale et internationale sur un sujet mondialement brulant. Comme toute stratégie politique elle est payante á la seconde. Si le leader du MPP ajoutait á sa stratégie la mobilisation paysanne pour avoir accès au crédit qui permettrait á la paysannerie d’accéder aux technologies performantes , la stratégie serait plus payante et durable. Aussi longtemps que le leader du MPP réussit á acculer le MARNDR sur la position défensive li sera gagnant. Cependant le jour où le MARNDR sûr du monopole de son autorité de ses compétences et de ses connaissances sur les questions agricoles décide d’utiliser la télévision locale et les stations de radio pour faire la lumière sur la question semence et accompagner objectivement les planteurs de mais hybride de la république dans la production de ce céréale pendant toute la saison de plantation du mais, les informations techniques et économiques sur le mais circuleront á gogo dans tout l’arrière pays, le voile du mensonge tombera et c’est le pays qui en profitera. Mais comme en Haïti on a affaire á un état mythomane où les responsables ne se soucient ni si ce qu’ils disent ni sur ce qu’ils font est vrai ou faux il y a de fortes chances que les trois stratèges ignorent ces réflexions et continuent leur feuilleton á trois comme si rien n’était.

Ref Problématique de la production des semences en Haïti Haïti IMPACT Michel William
Projet Seeds MPP
Politique semencière MARNDR SNS
Unité de programmation MARNDR 2008-2009
Wilkypedia internet
Conférence de presse MARNDR
Politique agricole MARNDR Site web Ministère agriculture
Dossier OGM Haïti Le Matin Michel william

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